‹ Ictère puerpéralChapitre 2 sur 8 · Pouls à 86; langue blanche, diarrhée, lochies fétides · texte numérisé non relu

Pouls à 86; langue blanche, diarrhée, lochies fétides

Le soir, pouls à 10G; peau chaude, langue sale, douleurs dans la région hypogastrique; six garde-robe en diarrhée.

18 juin. Peau chaude; pouls à 112; langue blanche; douleurs abdominales généralisées, avec retentissement dans les lombes et le dos.

19. Commencement d’ictère sur la face et le tronc; coloration jaune des conjonctives et de la muqueuse buccale. Pouls à 126; chaleur à la peau, respiration a 34; expression d inquiétude et de souffrance; météorisme abdominal, diarrhée, vomissements bilieux, lochies peu abondantes, d’un gris rougeâtre et très-fétides ; guérison des eschares vulvaires; pulvérulence des narines; état général grave.

20 juin. L’ictère s’est généralisé en se prononçant davantage à la face, au tronc et sur les muqueuses; pouls à 126; respiration à 34; chaleur brûlante à la peau; langue rouge et sèche. Augmentation du météorisme abdominal; pas de sensibilité à la pression, ainsi que cela a presque toujours lieu dans la péritonite des femmes en couches, quand la tension des parois abdominales est très-grande. Diarrhée; lochies assez abondantes et fétides; vomissement des boissons.

Dans la soirée, l’état de la malade s’est considérablement aggravé. Elle succombe le lendemain 21 juin, à six heures du matin.

Autopsie. — Les téguments ont conservé la teinte ictérique observée pendant la vie. A l’ouverture de l’abdomen, issue d’une quantité considérable de sérosité jaune mêlée de flocons pseudo -membraneux également jaunes. Pus épais d’un jaune ictérique accumulé dans le petit bassin avec mélange de flocons jaunes. Fausses membranes sur l’utérus, les ligaments larges, les ovaires, les intestins, le foie et la rate. Ces deux derniers organes en sont littéralement couverts. Utérus volumineux mesurant 16 centimètres sur 14. Col noirâtre, tuméfié, ramolli, ‘ déchiré à son pourtour, comme éraillé sur plusieurs points de sa circonférence. Muqueuse utérine ramollie, se détachant aisément par le raclage, et baignée par une sanie noirâtre comme de la suie, fétide, mais d’odeur non gangréneuse. Cotylédons utérins noirs, ramollis, imprégnés de la même sanie. Tissu utérin de couleur jaunâtre, mais pas nacré comme à l’ordinaire, moins consistant et criant moins sous le scalpel qu’à l’état normal. Au niveau de l’insertion de chaque ligament large, et notamment dans la portion qui correspond à l’ovaire, foyer purulent, du volume d’une grosse noix, ayant, aminci l’utérus en ce point, de telle sorte que la face interne n’en est séparée que par une faible épaisseur de tissu. Ovaires rougeâtres, ramollis, sans traces de pus, parsemés de petits foyers sanguins dont le volume varie depuis celui d’une tête d’épingle jusqu’à celui d'une lentille.

Le foie examiné au microscope par M. Cornil a présenté les altérations suivantes :

Coloration jaune rougeâtre du tissu examiné à l'œil nu. Ramollissement; le tissu ne se soutient pas. Au microscope, infiltration des éléments du foie par le pigment biliaire. La plupart des cellules présentent en outre des granulations graisseuses. Presque toutes ces cellules ont deux noyaux. La multiplication des noyaux a été rapportée par Virchow à une sorte d’inflammation parenchymateuse, non pas à une hépatite pure, mais à une altération nutritive. Selon Virchow, cet état précède la dégénérescence graisseuse.

La bile était d’un vert noirâtre très-foncé, très-épaisse, consistante, visqueuse.

Les reins ictériques contenaient du pus dans les calices et les bassinets. La vessie renfermait aussi un pus jaune évidemment coloré par le pigment biliaire. La rate, couleur lie de vin, est ramollie.

Les poumons un peu engoués à leur base. Quelques adhérences pleurétiques entre les lobes et sur les parois thoraciques, mais sans épaachement aucun. Le cœur très-petit; l’endocarde violacé. L’aorte d’un rouge de carmin depuis son origine jusqu’à la naissance des artères iliaques. Examinée au microscope, elle a montré l’absence totale de vascularisation. Il y avait imbibition pure et simple, ce qui s’explique par la présence des caillots sanguins noirs contenus dans le vaisseau et sur une grande étendue. La dure-mère et l’arachnoïde présentaient une teinte jaunâtre. Le cerveau exempt de toute congestion et de toute al^ tération.

Cette observation démontre que l’ictère est une des complications possibles de la péritonite puerpérale. Il ne s’agit pas dans ce cas, non plus que dans ceux qui vont suivre, d’un pseudo-ictère-, d’une teinte subictériquc analogue à celle que l’on observe dans certains états graves, tels que l’infection purulente. Il s’agit d’un ictère vrai, manifesté non-seulement par les phénomènes observés pendant la vie, mais encore par diverses particularités de l’examen cadavérique. On a vu en effet que la peau, ainsi que les muqueuses accessibles à la vue, étaient le siège d’une coloration d’un jaune foncé, coloration que nous avons pu constater encore sur toute la surface tégumeutaire au moment de l’autopsie. On se rappelle que les produits de sécrétion épanchés dans la cavité abdominale participaient d’une manière très-frappante à cette coloration ictérique, que le foie et les reins étaient jaunis par le pigment biliaire, et que nous avons retrouvé cette teinte safranée jusque dans les membranes d’enveloppe de l’encéphale.

Je m’empresse d’ajouter que le foie n'avait pas diminué de volume,

et que, si son tissu offrait un certain degré de ramollissement, si ses éléments étaient infiltrés par le pigment biliaire, si la plupart des cellules, ainsi que l’examen microscopique l’a prouvé à M. Cornil, contenaient chacune deux noyaux, ce qui serait, selon Virchow, l’indice d’un commencement de dégénérescence graisseuse, d’une autre part on n’a observé aucun des caractères propres à l’atrophie aiguë du foie.

J’appelle l’attention sur cette circonstance anatomique parce que, indépendamment des conditions spéciales dans lesquelles apparaît la variété d’ictère que nous considérons, elle servira à distinguer cet ictère deutéropathique de l’ictère primitif qu’on rencontre dans l’état puerpéral et notamment chez les femmes grosses.

L'observation suivante confirmera la plupart des données fournies par le fait précédent.

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