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MÉTRO- PÉRITONITE ET O VA RITE PURULENTE; ICTÈRE DEUTÉROPATHIQUE

mort; AUTOPSIE.

Obs. II. — Fille Lemaire, 23 ans, primipare, originaire d’Amiens, habitait la campagne et travaillait aux champs à Saint-Cloud depuis quinze mois, où elle était cuisinière. Bonne santé habituelle; jamais de maladies graves; pas d’accidents pendant la grossesse. Accouchée le 30 décembre 1862 d’une fille vivante, au terme de huit mois, et pesant 2,650 grammes.

Délivrance naturelle. Rien de particulier à noter jusqu’au 8 janvier 1 863. A cette époque on constate de la fièvre, des douleurs abdominales, - de la diarrhée, de l'ictère.

Tous ces symptômes vont en s’aggravant jusqu’au 13 janvier où nous trouvons la malade dans l’état suivant: ictère intense, coloration jaune des conjonctives et de la muqueuse gingivo-buccale; chaleur vive à la peau; pouls à 128, langue blanche, un peu poisseuse; ventre médiocrement développé ; sensibilité utérine très-vive à la plus légère pression; diarrhée; pas de vomissements; respiration accélérée; pas de toux ni d’expectoration; soif très-vive; sentiment de courbature et d'endolorissement des membres. Pas de frisson§ antérieurs.

14 janvier. L’ictère a fait de nouveaux progrès; l’intensité de la coloration jaune a augmenté à la face, sur le tronc, sur les membres et sur les muqueuses accessibles à la vue. La sécrétion lactée a pris ellemême une teinte ictérique. Le volume du foie reste sans augmentation ni diminution appréciables. Mémo sensibilité du ventre; langue sèche, rouge, comme vernissée; respiration fréquente, voix altérée, abatte-

ment extrême, chaleur brûlante à la peau ; pouls fort, tendu, développé à 120; évacuations diarrhéiques involontaires; insomnie. L’exploration de l’urine par l’acide nitrique a donné une couleur verte très-prononcée.

15 janvier. Progression croissante de l’intensité de l’ictère. La coloration de la peau est devenue safranée ; elle présente son maximum d’intensité à la face et sur les conjonctives; 60 respirations; pouls petit, concentré, insaisissable par moments, à 130; refroidissement des extrémités et de la muqueuse buccale ; hier soir et cette nuit deux épistaxis très-abondantes. Ventre peu développé; la malade dit n’y ressentir aucune douleur, même à la pression ; elle se plaint de souffrir toujours dans les jointures; parole difficile, embarrassée; prostration excessive; intelligence conservée; ni convulsions ni délire. Diarrhée persistante.

Tous ces symptômes s’aggravent après la visite ; le refroidissement s’est étendu des extrémités à la peau du tronc, et la malade succombe à onze heures du matin.

Autopsie. — A l’ouverture du ventre issue d’une quantité considérable (deux à trois litres environ) de sérosité trouble, jaune orangé, mélangée de pus et de fausses membranes, surtout dans le petit bassin. Le grand épiploon descend à trois ou quatre travers de doigt au-dessous de l’ombilic; il est fortement injecté. Des arborisations d’un rouge violacé, bleuûtre, verticalement dirigées, le parcourent dans toute son étendue. Les anses intestinales sont agglutinées par une matière gommeuse et poisseuse; elles sont soudées les unes aux autres par tous les points de leur circonférence, de manière à former une masse serrée, compacte et devenue presque fixe, au lieu de présenter cette souplesse, cette indépendance, cette mobilité, cotte sorte de^uidité qui constitue un de ses caractères physiologiques. De plus, ces anses, au lieu d’être arrondies, cylindriques et convexes à leur partie antérieure, sont apla ties, nivelées et pour ainsi dire taillées carrément; elles présentent, elles aussi, une teinte jaune, manifestement ictérique. Il en était de même des fausses membranes disséminées à la surface du foie et de la rate; elles étaient, elles aussi, jaunies par l’ictère.

Utérus volumineux, de couleur terne, grisâtre, ardoisée. Les canaux veineux qui parcourent le corps de cet organe sont tous remplis de pus. Le col ramolli, noirâtre, fortement ecchymosé, n’offre aucune trace do suppuration. Les trompes sont pleines d’un liquide mucoso-purulenl, les ligaments larges considérablement hypertrophiés et d’une épaisseur de 1 à 2 centimètres environ. Les deux ovaires, considérés à l’extérieur, offraient sur la presque totalité de leur périphérie, un cinquième excepté, I aspect d’un corps ovoïde noirâtre. Cette coloration était due à

la présence d’une couche de sang noir coagulé évidemment située à sa surface; car l’incision de l’ovaire a montré que cette couche n'avait pas plus de 1 à 2 millimètres d’épaisseur. Dans chacun des deux ovaires, il existait en outre deux petits foyers purulents du volume d’un gros pois environ. Ces foyers étaient formés par un pus concret qui ne s’échappait pas après l’incision, comme si la partie liquide eût été absorbée. Le reste du tissu ovarique était sain. Les deux ovaires avaient contracté adhérence avec les anses intestinales voisines.

Le foie avait son volume normal, mais il présentait cette particularité que la couche la plus superficielle de la glande offrait une couleur ardoisée d'un vert bleuâtre ; cette couche avait partout 2 millimètres d’épaisseur environ. Le reste du parenchyme hépatique avait une coloration d’uu jaune rougeâtre, était bien granitée, avait sa consistance normale, ses vaisseaux et ses conduits parfaitement perméables. Les cellules du foie étaient infiltrées de pigment biliaire. La vésicule était petite et renfermait une bile épaisse, sirupeuse, d un noir rougeâtre, tirant sur le jaune, comparable à de la mélasse.

La rate était comme le foie, ardoisée à sa surface dans une épaisseur de 2 millimètres environ. Le reste de son tissu était sain et d’un rouge amaranthe très-vif. J’ai déjà eu occasion de rencontrer plusieurs fois cette altération de couleur de la couche superficielle des organes hépatique et splénique; altération coïncidant toujours avec la présence de néo-membranes à la surface de ces viscères. Y a-t-il là un effet cadavérique ou pathologique? Je l’ignore; mais la coïncidence de la péritonite diaphragmatique avec l’altération que je signale est un fait que j’ai eu bien des fois occasion de rencontrer.

Reins ictériques et anémiés ; le droit plus petit que le gauche.

. L’estomac avait subi une certaine ampliation; il contenait un ver lombric et une masse de matière rouge noirâtre évidemment constituée par du sang concret.

Volume du cœur normal ; paroi du ventricule gauche en apparence hypertrophiée, mais simplement contractée sous 1 influence du froid (nous étions au mois de janvier). Les poumons sains.

Toute la surface tegumentaire, les conjonctives et la muqueuse buccale offraient encore la teinte ictérique au degré le plus prononcé.

Dans ce dernier cas comme dans le précédent, la réalité de 1 ictère a été symptomatiquement et cadavériquement démontrée. Pendant la vie, uous avons pu suivre les progrès de la coloration ictérique depuis le premier jour de son apparition jusqu’au moment de la mort. L’aspect de la peau et des muqueuses, et l’exploration de 1 urine par

l'acide nitrique d’une part, la constatation de l’étal ictérique de certains organes, tels que le foie, les reins, les tuniques intestinales, et même des produits de l'inflammation péritonéale, sérosité, pus et fausses membranes, démontrent jusqu’à l’évidence qu’il s’agissait bien là du passage de la matière colorante de la bile dans le sang.

Mais ce qu’il importe de faire remarquer en même temps, c’est que l’ictére n’a été, dans les deux cas que nous venons de rapporter, qu’un phénomène secondaire, une manifestation sans importance, un symptôme qui est resté étranger non-seulement à la terminaison funeste, mais aux accidents graves qui ont amené et précipité cette terminaison.

Cette manière de voir sera facilement acceptée en ce qui concerne notre première observation, parce que l’ictère ne s’est montré qu’à la dernière période de l’aflèction métro-péritonéale, alors que celle-ci avait déjà fait assez de ravages pour rendre la catastrophe inévitable.

Relativement à la dernière observation, on serait peut-être en droit de révoquer en doute l’innocuité de l’ictère, 1“ en raison de l’époque de son apparition, celui-ci s’étant manifesté à très-peu de chose près en même temps que les premiers symptômes de la métro-péritonite et ayant suivi comme cette dernière une progression ascendante jusqu a la mort; 2" en raison des deux épistaxis survenues, l’une la veille, l’autre le jour même de l’issue fatale; 3° enfin, eu raison de la présence du coagulum sanguin trouvé à l’aptopsie dans la cavité de l’estomac.

Toutefois j’appellerai l’attention du lecteur sur ce point, qu’à parties épistaxis, tous les symptômes observés pendant la vie appartenaient, non pas à l’ictère grave, mais à la métro-péritonite puerpérale, que les hémorrhagies des muqueuses sont loin d’être rares dans cette dernière maladie, et qu’enfin l’on peut expliquer l’existence d’un caillot sanguin dans l’estomac, non pas par une exhalation sanguine fournie, par le foie ou la muqueuse gastrique , mais plutôt par le passage du sang des fosses nasales dans la cavité stomacale.

Cette indépendance de l’ictère deutéropathique, relativement aux accidents puerpéraux et au dénouement fâcheux qu’ils amènent, me parait également établie par l’observation suivante :

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