PRÈS LA PRÉFECTURE, N° I
PREFACE
J . La Physiologie Humaine de nos jours est un peu comme la littérature latine dit temps de Sénèque, surchargée de faux ornemens, qui semblent devoir bientôt la faire tomber en décadence.
Affligé de voir cette science marcher, d’un pas rapide, dans une direction de plus en plus funeste à la Médecine (1), qui,
(i) Quand on est de bonne foi et sans prévention, il est aisé de voir que la direction des études physiologiques devra procurer beaucoup de Professeurs de Physiologie vétérinaire , ou de Physiologie générale , qui ne sauraient convenir qu’à des Facultés des Sciences ; mais peu de Professeurs tels qu’il les faudrait pour enseigner la Physiologie Humaine dans une Faculté de Médecine.
Dans la Physiologie et la Pathologie humaines , qu’on semble vouloir créer aujourd’hui uniquement par la dissection d’une foule d’animaux plus ou moins éloignés de l’homme dans l’échelle des êtres, espèrerait-on trouver la moindre chose sur les influences réciproques de la cause de la vie et du moi moral, que Bacon a appelé Doctrina fouler is P La Physiologie et la Pathologie humaines seraient cependant bien incomplètes , si on en séparait tout ce qui
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attachée à sa suite, ne peut que subir le même sort ; j’ai du moins voulu joindre mes efforts a ceux des médecins de Montpellier qui désireraient prévenir sa chute, devenue désormais inévitable, si l’on ne se hâte de lui procurer les secours dont elle a absolument besoin. Le Cours de Physiologie que j’ai été chargé de faire à la Faculté de Médecine, en qualité d’Agrégé en exercice, me fournissait une trop belle occasion de témoigner le grand désir que j’avais d’être de quelque utilité a cette Science, pour que je n’aie pas du la saisir avec le plus vif empressement.
IL Parmi les sujets nombreux qui pou-^vaient convenir à un Discours d’ouverture, l’ utilité de la Physiologie par rapport ci la Pathologie m’a paru devoir mériter la
est relatif à ce sujet. Et puis, je dois le dire, autant cette idée , que Y homme a été fait à l'image de Dieu, élève lame et nous porte sans cesse à devenir meilleurs ; autant les idées qui tendent à nous faire voir l’homme tout entier dans la brute , me paraissent devoir être funestes à l'humanité, qu’elles dégradent , avilissent et humilient tout à la fois.
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préférence. Il était en effet assez naturel pour moi de commencer par bien pénétrer mon auditoire de Futilité de la Science que je devais enseigner.
La Physiologie Humaine, c’est-à-dire, la Science de la nature de V homme , a été • présentée comme Constituant la vraie Philosophie médicale ; il est aisé de voir que la différence des Ecoles ou des Doctrines est tout entière dans la différence de leurs physiologies.
Je me suis attaché à distinguer avec soin la Physiologie Humaine de tout ce qui n’était point elle; j’ai repoussé les reproches injustes qui lui étaient adressés; j’ai fait ressortir ses principaux avantages, parmi lesquels celui de servir de fondement à la Médecine pratique a dû occuper le premier rang; et je crois avoir ensuite bien prouvé que , par cela même que toutes les Doctrines médicales avaient une Physiologie bonne ou mauvaise pour base, aucune de ses doctrines ne devait être appelée exclusivement physiologique.
Dire que la Physiologie , qui est la partie la plus relevée de la Médecine, n’est point
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le fondement de la Pathologie , ce serait presque avouer qu’on n’a réfléchi ni sur l’une ni sur l’autre, et qu’on ignore également ce qu’elles sont.
S’il est encore des Docteurs qui nient l’utilité de la Physiologie, et méconnaissent les services signalés que cette Science rend s^ns cesse a la Pathologie, ils se réduisent au petit nombre de ceux qui font de la physiologie, dans leur pratique, a chaque instant du jour, comme le Bourgeois-Gentilhomme ferait lui-même de la prose : sans le savoir .
111. Toutes mes séances, dans lesquelles je me suis occupé de Physiologie générale , d'abord ; et de Physiologie spéciale , ensuite; ont été, non des lectures , mais autant àl improvisations préparées , pour me servir de l’heureuse expression de M. Tjssot (i).
(i) Il est très-difficile de bien lire, quoique beaucoup de gens ne se fassent pas même une idée de la difficulté qu’il y a à cela. D’ailleurs , lire et professer m’ont toujours paru deux choses si différentes que d’ordinaire elles s’excluaient mutuellement : Lisez-vous ? vous ne professez pas, — foulez-vous réellement- professer ? ne lisez pas . Le
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Comme pour des Médecins de notre classe, la Physiologie n’est bonne à rien, si elle n’ëclaire pas la Pathologie Humaine; a l’occasion des facultés vitales, des syrrw patliies, des synergies, et des fonctions, tant privées que publiques des organes dans l’état normal, j'ai souvent exposé la théorie des nombreuses maladies que les lésions variées de ces phénomènes naturels produisaient , dans une foule de circonstances.
ÎV'. Le Discours de Clôture, qui n’est qu’une récapitulation de mon Cours, ne doit être jugé, a la rigueur, que comme une analyse. J’avais mis beaucoup de zèle et de travail dans la composition de mes leçons, je n’ai pas dû craindre de retracer en petit le tableau fidèle des principaux objets dont j’avais entretenu mes auditeurs; en suivant religieusement la marche que j’avais adoptée dans leur exposition.
petit nombre d’heureuses exceptions qu’on pourrait alléguer , ne sont propres qu’à donner encore plus de force à ce principe. ' >
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y. On a remarqué, dit-on; que toutes les fois que j’ai traité, ou par écrit ou verbalement, un sujet quelconque de Médecine, il m’est arrivé assez souvent d’employer des expressions, des tournures de phrases, des phrases entières, quelquefois même jusqu’à des inflexions de voix, qui étaient propres à M. Lordat. Ce reproche qu’on m’a adressé est si loin de me paraître tel, que, si je suis fâché d’une chose, c’est précisément de sentir qu’il n’est pas aussi juste que je le voudrais moi-même. Je ne crains pas d’en convenir; mon plus grand désir a été constamment de le mériter. Je m’estimerais trop heureux si, à force de zèle et d’études, je parvenais à faire un plagiat complet de ce genre; et je suis trèspersuadé que celui que j’ai toujours pris pour modèle et qui a été pour moi un vrai père ; celui qui dirigea sans cesse mes études médicales, et auprès de qui, sur trente-six ans d’existence, j’ai passé trente années consécutives , serait lui-même le premier à le voir avec un vrai plaisir. N’eut-il pas été trop malheureux pour l’humanité , que le commerce de gens iguorans et vicieux eut
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pu rendre presque contagieux l’ignorance et les vices; lorsque la fréquentation d’hommes sa vans et recommandables, sous tous les rapports , aurait été elle-même incapable de communiquer et la science et la vertu!
Je dois le dire sans hésiter, si mes leçons ont été écoutées et suivies, je crois le devoir presque entièrement à la direction que M. Lordat a donnée a mes études, et sur- tout à ses propres idées, que les nombreuses conversations que nous avons eues ensemble, et la rédaction que j'ai faite de la plupart de ses Cours, m'ont permis de mettre très-souvent à contribution.
V'. Quoi qu’il en soit, déjà très-sensible à la manière dont Messieurs les Élèves m’avaient témoigné publiquement leur reconnaissance, pour l’assiduité et le zèle que j’avais constamment apportés dans l’accomplissement de mes devoirs; j’ai dû l’être bien plus encore, lorsque, par un de leurs plus studieux condisciples, auquel ils savaient que j’étais sincèrement attaché (1),
(i) M, CHARLES AnGLAJDA.
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ils m’ont prié de vouloir bien faire imprimer les deux Discours que j’avais prononces à leur occasion. La personne qui a porté la parole était trop bien choisie, et la nature de la prière était elle-même trop propre à flatter celui a qui elle était adressée, pour que je pusse ne point y avoir égard.
C'est seulement alors, qu’il m’a été permis de soupçonner que j’avais pu rendre quelque service à mes auditeurs.
Aussi , pour tâcher de leur être encore plus utile , non-seulement je publie aujourd’hui les deux Discours qui m’ont été demandés; mais encore, j’ai cru à propos de mettre un si grand nombre de faits, de développemens et de dogmes, soit physiologiques, soit pathologiques, dans les it) o notes qui suivent le second de ces opuscules , que j’ose être persuadé que Messieurs les Élèves, auxquels ils sont spécialement destinés, y retrouveront réellement Vidée d’an Cours de Physiologie appliquée à la Pathologie , comme j’ai cru pouvoir l’annoncer par le titre que j’ai donné à cet écrit.
DISCOURS
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