L’UTILITÉ DE LA PHYSIOLOGIE HUMAINE PAR RAPPORT A LA PATHOLOGIE
I. Quelle que soit la matière que l’on traite dans un Cours , il est un soin qui me semble devoir passer avant tous les autres ; c’est celui d’exposer, d’une manière précise , toute l'importance du sujet dont on poursuivra les divisions dans la série de leçons qu’on se propose de faire.
Présenter la Physiologie Humaine comme bien distincte de la Physiologie Générale ou Zoonomie ; défendre cette science des calomnies qu’ont dirigées contre elle des hommes qui n’ont pu être ses détracteurs que parce qu’ils en ont eu une idée fausse ; faire ressortir, autant qu’il sera en moi , les précieux avantages de cette branche de la science de l’homme , en démontrant en quelque sorte qu’elle est une source de satisfactions pour l’esprit ; un puissant moyen d’accroître la
Considération dont les médecins jouissent ; enfin, la seule base immuable sur laquelle l ’art de guérir puisse cire solidement établi : tel est le but que je me suis proposé dans cette première séance.
II. Je crois pouvoir définir la Physiologie Humaine, cette partie de la Science de l’homme qui a pour sujet les phénomènes du corps humain dans l’état de santé.
Quant au problème physiologique , je ne saurais mieux le faire connaître, qu’en employant les propres expressions du Professeur que je remplace en ce moment. « Ces phénomènes apparens « ont pour cause , dit-il , d’autres phénomènes « cachés qui se passent dans l’intérieur du corps. '« Il s’agit d’aller à la recherche de ces derniers ; « d’assigner l’ordre de leur filiation et le mode « de leur combinaison ; de suivre leurs succes- « sions , depuis les phénomènes apparens juste qu’aux actes les plus élevés que notre esprit « puisse apercevoir dans ces chaînes ; de déter- « miner le nombre des principes d’action d’après « celui de ces actes, et d’établir les lois selon .« lesquelles ces agens produisent leurs effets (i).»
Tels sont, en peu de mots , et la Physiologie Humaine ; et le sujet qu’elle ne devrait jamais perdre de vue ; et l’objet formel qu’elle doit toujours se proposer.
III. Depuis quelque temps, on semble vouloir nous persuader que, pour bien connaître l’homme ,
il faut étudier avec la plus grande attention tout ce qui compose le règne animal ; on nous présente la Zoonomie comme une introduction naturelle, indispensable à l’étude de la Physiologie Humaine.
Mais la Physiologie Générale ou Zoonomie est une science d une immense étendue , dont les limites, constamment mobiles , s’écarteront sans cesse les unes des autres, et d’autant plus, que nos expériences seront plus multipliées ; nos découvertes plus nombreuses ; la marche de notre esprit plus rapide , et sur-tout la force de nos microscopes plus considérable. Il est aisé de voir que le dessein de la connaître en entier, sera toujours au-dessus de nos forces.
Je dirai plus: je suis très-persuadé que l’étude de cette science , meme réduite à ce que l’intelligence humaine peut facilement embrasser r doit être encore dangereuse pour ceux qui se destinent à la Médecine. Il est bien difficile , en effet , d’empêcher que l’attrait qui l’accompagne toujours ne soit une distraction bien puissante, et n’occasionne des pertes de temps incalculables.
A toutes les époques, la Faculté de Médecine de Montpellier sut partager ces justes craintes, et mériter, sous ce rapport, des éloges que personne ne pourrait lui refuser. La Philosophie, qu’elle cultiva sans cesse avec une prédilection toute particulière , lui apprit, de bonne heure *
que la Nature avait rendu la modestie nécessaire à la faible humanité ; que la portée de l’intelligence avait des limites que l’homme ne pouvait tenter de pousser plus loin , qu’en perdantsouvent la vie au milieu meme de ses efforts ; qu’enfin c’était une grande imprudence , je dirai plus, une audace extrême , que de vouloir connaître à la fois un grand nombre de sciences , toutes trèsétendues pour quiconque les étudie avec ardeur ; et que ce qu’il y avait de plus sage , était de bien resserrer, au contraire , le cadre des études auxquelles on se vouait à jamais, afin d’être à même , ainsi que le recommande Bacon , de caver aussi profondément que possible.
En effet, il n’est pas un seul , même de nos Maîtres actuels , qui , dans l’exercice de ses fonctions, n’ait eu l’occasion de vous rappeler la justesse de cette pensée du YieilJard de Cos: T^ita b revis , ars longa...... ! Hé ! qui ne sentirait
qu’il est impossible de faire les premiers pas dans la carrière médicale, sans voir aussitôt avec peine combien la vie est courte , et combien sont nombreuses les difficultés dont la Médecine est, pour ainsi dire , hérissée de toutes parts !
D’où peut donc être venue cette idée qui fait regarder la £oonomie comme indispensable à la Physiologie Humaine ? — Je ne sais si je me trompe ; mais j’ai cru devoir l’attribuer au défaut de distinction, suffisante des modes différons selon
lesquels la Physiologie devrait être enseignée , dans une Faculté des Sciences , dans une Ecole Vétérinaire et dans une Faculté de Médecine.
Le tableau fidèle et précis de ces trois ordres d’enseignemens prêtera peut-être une nouvelle force à mes présomptions.
IY. Tout ce qui concerne l’homme n’est qu’un point dans le vaste domaine de la Zoonomie. Il est, sans doute, dans l’esprit de cette science d’étudier avec plus de soin les animaux qui intéressent davantage : l’homme , se trouvant en première ligne , doit exiger, sans contredit , et le plus de temps, et le plus d’attention ; mais encore faut-il bien que , s’il veut conserver son nom y\ celui qui s’occupe de Physiologie Générale, c’està-dire le Zoonomiste , ait cependant le temps d’étudier les classes , genres , espèces et variétés des nombreux animaux qui se trouvent inscrits sur le tableau de la science qu’il professe. Parce léger aperçu , il est aisé de sentir que plus le Professeur de Zoonomie aura de philosophie dans la tête, moins il devra nécessairement posséder la Physiologie Humaine : l’impossibilité de rien approfondir le met dans la nécessité absolue de n’étudier, et, par conséquent, de ne connaître cjue d'une manière très-superficielle , tout ce qu’il &e procurera d’animaux actuellement existans. T cl est, ce me semble , le mode d’enseignement auquel on est nécessairement astreint, lorsqu’on
professe la Physiologie Générale dans une Faculté des Sciences.
V. Comme on le sait , tous les cours de sciences d’ensemble et tous les traités généraux , sans exception r peuvent être comparés à des lames d’or, dont on n’augmente considérablement l’étendue qu’aux dépens de la solidité. C’est quand on prend un groupe d’animaux pour en faire une îétude spéciale , comme dans les Ecoles Vétérinaires par exemple , où l’on s’occupe de l’Anatomie , de la Physiologie et de la Pathologie de tous les animaux domestiques; c’est alors, dis-je, que l’on voit tout de suite combien les idées générales que l’on devait à la Zoologie et à la Zoonomie sont insuffisantes !
Cette vérité est. bien plus sensible encore , lorsqu’on se livre a la composition de quelque monographie ; mais c’est sur-tout quand on choisit Y homme pour être le sujet d’un travail de ce genre , qu’elle se développe dans tout son jour et dans toute son étendue..
Jetez un coup-d’œil sur la manière dont l’enseignement se fait dans notre Faculté ; considérez les divisions naturelles qu’on y a établies; rappelez-vous tous les détails minutieux dans lesquels on y est obligé d’entrer : et vous verrez alors que les idées générales que vous aviez prises par-tout ailleurs sur Y homme, ne sont guère plus au grand corps de connaissances que l’on développe dans
cet établissement, que ce qu’est précisément, par rapport à un livre , l’espèce de squelette, qui, sous le nom de table , se trouve ordinairement à la fin du volume.
N’avais -je pas raison de penser que l’utilité de laZoonomie, par rapport à la Médecine, avait été fort exagérée ; et que le meilleur moyen de l’apprécier à sa juste valeur, était le rétablissement de la ligne de démarcation naturelle qui sépare les Physiologies de divers ordres , enseignées dans une Faculté des Sciences , dans une Ecole de Médecine Vétérinaire , comme celle d’Alfort , et enfin , dans une Faculté de Médecine telle que la nôtre ?
Il me semble qu’on doit être convaincu maintenant de tout le danger qu’il y aurait d’appliquer, à l’un de ces établissemens , le genre d’enseignement physiologique qui ne saurait convenir qu’à un seul des deux autres.
YI. Cette distinction , sur laquelle j’ai cru devoir insister, était pour moi une précaution que je ne pouvais me dispenser de prendre , pour deux puissans motifs.
D’abord, je suis très-persuadé qu’il serait malheureux que le domaine de la Physiologie de 1 homme, devînt en quelque sorte une conquête de la Zoonomie : et cependant je ne saurais voir autre chose qu’un envahissement funeste à la Médecine , dans une grande partie de ce que des
Zoologistes, de beaucoup de mérite d’ailleurs, nous signalent comme des progrès rapides, faits dans ces derniers temps par la Physiologie Gén craie.
En second lieu , si par la suite on me voit emprunter plus souvent à la Pathologie Humaine qu’à Y Anatomie Comparée des faits, des preuves, des analogies , en un mot, tout ce que je croirai capable de répandre quelque agrément sur les sujets que nous passerons successivement en revue ; je désirerai que ceux qui m’entendront alors , veuillent bien se rappeler que j’ai donné la préférence à la Pathologie Humaine, parce que je ne saurais oublier que c’est dans une Faculté de Médecine que l’honneur d’enseigner la Physiologie m’a été momentanément accordé ; parce que , de toutes les sciences qui sont en contact avec la Physiologie de l’homme , la Pathologie Humaine est celle qui la touche par le plus grand nombre de points , et la plus propre à répandre sur ses difficultés des rayons de lumière , qui , souvent même , sont réfléchis, avec beaucoup d’avantage , vers le foyer dont ils étaient sortis ;
parce qu’enfin , les Élèves studieux qui suivent
habituellement les cours dans cette Ecole , ont fait vœu de consacrer tout leur temps à la connaissance des maux qui affligent l’humanité ; et qu’ils seraient en droit de se plaindre , si l’on perdait de vue un seul instant Y homme, sans
avoir enseigne tout ce qu’il était possible dé connaître en ne considérant absolument que luu
VII. J’ose cependant espérer que vous ne confondrez pas en moi le désir de réduire à leur juste valeur les avantages de la Zoonomie, avec une conviction que je n aurai jamais , je veux dire celle de son inutilité Je serais péniblement affecté , si je pouvais seulement soupçonner que quelque expression inconsidérée de ma part a été capable de fausser ma pensée à ce point.
Si l’Anatomie Comparée n’est pas aussi indispensable à notre Physiologie que X Anatomie Humaine, ce n’est pas à dire pour cela que nous ne lui devions aucune reconnaissance. Sans elle , Thomas Bartholin aurait-il découvert les vaisseaux lymphatiques ? Harvey, lu circulation du sang dans tous ses détails P Aselli , les veines lactées, comme il les nommaitfui-méme ? Regolo Lippi , des communications nouvelles entre les vaisseaux veineux et chilifères ?
Sans l’Anatomie Comparée , M. le Professeur Dübrueil aurait-il pu voir aussi (2) un mode de distribution nerveuse qui détruit à jamais la spécialité des nerfs P
Mais, gardons-nous d’oublier néanmoins que, quand il s’agit d’Anatomie Humaine , l’étude directe du corps de l’homme doit apprendre beaucoup plus , d’une manière plus sûre , et dans uu temps infiniment plus court .
On sait bien qu’à toutes les époques où les mœurs, les lois et les idées religieuses, ont permis de fouiller dans des cadavres humains , le désir de découvrir les ressorts cachés dont nos fonctions dépendent, a été trop vif, pour que l’on pût se contenter , comme du temps de Galien , d’étudier Yhomme dans le singe.
Quand l’histoire de la Médecine nous fait savoir qu’HÉROPHiLE etÉRASiSTRATE méritèrent une grande réputation comme Anatomistes, elle nous apprend aussi qu’ils ne se bornèrent pas à la seule dissection des animaux. Non-seulement ils furent les premiers qui ouvrirent des cadavres humains, mais encore , si nous en croyons Celse* Hérophile obtint la permission de disséquer meme des hommes vivans (3) : et ce qui ferait penser que cet ancien médecin aurait souvent usé de la liberté qu’il avait obienue, c’est l’épithète de lanius que Tertullien lui donne dans ses
écrits.
On sait bien encore , par l’histoire de la lithotomie , que , dans des temps plus rapproches de nous , on a vu Yhornrne vivant gémir, par ordre de son Roi, sous le couteau de l’expérience (4).
On n’ignore pas non plus, qu’en iy5i , Maupertuis , dans une lettre sur les progrès des sciences , a osé proposer de rendre plus utiles les supplices des malfaiteurs .
On avait donc senti déjà , à différentes épa-
ques , X avantage sans égal que devait présenter l’étude directe de la Physiologie Humaine. Mais comme, aux yeux des médecins de Montpellier, l’homme est le seul d’entre tous les animaux qui ait l’heureux privilège d être doué d’une âme ,i c’était sur-tout ici que ce moyen d’investigation devait être adopté de préférence à tout-autre : on y sait trop bien qu 'étudier l'homme ailleurs que dans l’homme , ce serait marcher, pour ainsi dire , de pétition de principe en pétition de principe (5).
VIII. Maintenant que la Physiologie Humaine, la seule dont on doive ici s’occuper , a été convenablement définie et soigneusement dépouillée de tout ce qui lui était étranger, nous allons voir jusqu’à quel point elle a pu mériter certaines dénominations peu flatteuses , je dirais presque injurieuses , qui lui ont été données, d’un air, dédaigneux , dans diverses circonstances.
IX. Les idées calomnieuses , dirigées par les détracteurs de la Physiologie contre cette science, ont été présentées sous la forme des expressions suivantes : Théories purement spéculatives ; Systèmes qui ne sont bons à rien ; enfin , Roman de la Médecine...! Gomme , dans la troisième partie de ce discours , je dois démontrer , pour ainsi dire , que la Physiologie est le flambeau de la Médecine pratique , et que par conséquent il est impossible qu’im bon système physiologique ne
■sait d'aucune utilité , la dernière de ces expressions irréfléchies sera la seule que nous examinerons en ce lieu.
X. ha Physiologie est le Roman de la : Médecine, nous dit -on Mais , qu’est-ce qu’un
Roman ? Dans sa véritable acception , un Roman est un ouvrage de l’esprit , qui n ’est que le fruit de l imagination , et dont toutes les circonstances sont enchaînées les unes aux autres, d une manière plus ou moins ingénieuse , sans que pour cela elles en aient plus de réalité.
Cette définition devait se rapporter, non aux Romans historiques , mais aux Romans proprement dits , par une bonne raison : quand les détracteurs de la Physiologie ont donné à cette science le nom de Roman , ils ne lui ont pas même fait l’honneur d’ajouter à ce mot l’épithète historique !
Quelle peut être l’idée qu’on a eue en se servant d’une pareille expression?
Il est impossible qu’on ait voulu la diriger contre la Physiologie tout entière, à moins qu’on ne désignât ainsi une science qui n’eût rien de commun avec celle dont nous nous occupons en ce moment. L’existence des phénomènes moraux; vitaux et mécaniques , dont l’assemblage constitue l’économie humaine , ne saurait être révoquée en doute. Ceux qui auraient de semblables idées , ceux qui seraient capables de pousser le pyrrho-
nisme a cc point , ne mériteraient guère que l’or* se donnât gratuitement la peine de les réfuter.
Si l’on a voulu dire que dans la Physiologie tout n a pas le même degré d’évidence , que quelques-unes de ses parties sont un vaste champ ouvert aux hypothèses les plus nombreuses : on n’a rien dit dans tout cela que nous ne pensions nous-mêmes. Presque toutes les sciences, les Mathématiques exceptées, sont peul-etre dans la même catégorie. La plupart du temps, en Physiologie , les propositions terminales nous sont connues; il nous manque sans doute beaucoup de ces propositions moyennes , qui composent cc que Bacon appelait le progrès caché de la
science Mais heureusement ce ne sont point
elles qui constituent la Physiologie proprement dite. Ainsi donc on serait justement blâmable si, tombant dans le vice de raisonnement qui fait conclure du particulier au général , on s’obstinait à donner le nom de Roman au corps entier de la Physiologie, par cela seul que quelques-unes de ses propositions seraient encore loin d’être bien démontrées.
Parmi les circonstances qui peuvent favoriser une manière de raisonner si vicieuse , il en est une que je dois signaler ici. Beaucoup de personnes ne regardent comme positifs que les objets qui tombent sous les sens ; leur esprit ne saurait s’élever jusqu’à concevoir .qu’une chose abstraite
peut être neanmoins positive. Est-il surprenant alors qu’elles trouvent dans une science infiniment plus de parties hypothétiques qu’elle n’en contient réellement?
Je n’insisterai pas davantage sur ce point, pouz éviter l’obligation où je serais de transcrire ici tout entières plusieurs pages du Dialogisme oral dans l’enseignement de la Médecine (6).
XI. Je me contenterai seulement de faire une réflexion : une chose qui ne saurait manquer de paraître au moins fort étonnante, c’est que la partie de la Physiologie que l’on regarde comme la plus hypothétique , n’est, pas la même pour les Médecins de tous les pays : je vais développer cette idée.
On est disposé à croire purement imaginaire tout ce qui, dans la Physiologie qu’on enseigne à Montpellier, se rapporte directement aux principes d’action en général , mais particulièrement à la cause des phénomènes vitaux ; tandis que, tout ce qui est intermédiaire à cette cause et aux fonctions qui dépendent d’elle , est généralement aussi regardé comme ce qu’il y a de réellement positif.
Eh bien! dans cette Ecole, on croit avoir raison , en pensant là-dessus précisément tout le contraire. Un exemple tiré des muscles sur lesquels la volonté exerce son influence , me paraît on ne peut pas plus propre à faire conceyoir ce que je veux exprimer.
N’est-il pas vrai que lorsque vous voulez élever le bras , à peine la volonté s’est prononcée , que les puissances musculaires qui lui sont entièrement soumises , dans l’état de santé, entrent en action, et exécutent à l’instant même l’élévation du membre ? — Analysons ce phénomène : nous y verrons la volonté donnant son ordre; la vie opérant des mouvemens cachés dans l’intérieur des muscles ; enfin , la contraction musculaire , qui est elle-même apparente, et à laquelle les mouvemens des os sont liés d’une manière purement mécanique.
Qu’y a-t-il de plus obscur dans tout cela? De plus propre à ouvrir un vaste champ à des hypo^ thèses de tout genre ? Est-ce la volonté....? Mais peut-on nier que nous ayions des idées positives sur cette faculté, qu’il dépend de nous d’étudier (ainsi que le principe de tous les phénomènes moraux), en nous-mêmes, et à chaque instant du jour? N’avons-nous pas des données positives sur son activité ; sur V intensité différente dont elle est suscep tible ; sur son indépendance ?
Si, d’un autre côté , nous voulons démontrer qu’il y a du positif dans les contractions musculaires et dans les mouvemens des leviers qui en sont la suite nécessaire : il nous suffira de tenir un instant la main de nos incrédules sur les muscles d’un membre en action.
Mais s’agit-il de donner une explication plau-
( iS )
sible de la contraction musculaire ? De dire en quoi consistent les mouvemens vitaux intimes dont elle n’est que l’effet....? C’est alors que toutes les notions positives qui nous avaient accompagné jusque-là, nous abandonnent. Plus les interprétations que les anatomistes nous donnent sont nombreuses; moins elles doivent nous inspirer de confiance.
L’un nous dira que l’action musculaire dépend de \ innervation , ce qui recule seulement la question, sans F éclaircir le moins du monde (7).
L’autre , avec MM. H. Cloquet et Broussais attribuera ce phénomène à la fibrine. Un troisième , d’accord avec M. PacHERAND , regardera comme probables les idées de Girtanner , rendues plus spécieuses par les expériences de MM» Prévost et Dumas, sur V intervention d’un double courant, électrique, au moyen des nerjs qui lui servent de conducteur.
Un quatrième, ainsi que M. Dutrochet, nous parlera imbibition ou endosmose.
Un autre , enfin , de toute autre cause qui lui plaira davantage ; et il nous serait aussi difficile de les blâmer que de les louer, en nous appuyant toutefois sur de bonnes raisons.
Est-ce bien là du positif..? Je vous le demande !
Et avais-je tort de penser qu’un bon nombre
d’auteurs , étrangers à cette Ecole , regardaient comme positif ce qui est un vrai Roman, et
comme Roman, ce qu’il y a au contraire de plus positif.... P
XII. Si nous en venons maintenant aux avantages de la Physiologie, je devrai m’empresser de signaler, en première ligne , cette satisfaction que notre esprit éprouve, tantôt*, à débrouiller des maladies qui d’abord semblaien t inextricables ; tantôt, à voir sans étonnement, parce qu’ils avaient été prévus, une crise amenant la santé, ou un accès malin qui ne pouvait qu’être mortel.
Le médecin dont les principes physiologiques, solidement arrêtés , seront le fruit des lectures impartiales qu’il aura faites, de livres de tout genre , de tout esprit , de tout temps et de toutes Doctrines, se gardera bien de considérer comme idiopathique , une altération de la voix , ou toute autre affection de la gorge , qui ne serait que l’effet d’une association morbide , produite par
une maladie des organes de la génération U
sait ce qu ’est une Sympathie.
Un accroissement rapide pendant la convalescence d’une maladie grave , telle qu’une fièvre maligne par exemple, lui inspirera toujours les craintes les plus vives. . . . , parce qu’il a médité Barthez et qu’il connaît les raisons pour lesquelles on doit redouter ces distractions des forces , si fréquemment funestes.
Un vomissement de sang périodique occasioné par la suppression de l’évacuation sanguine men-
suelle ; ou bien , un flux d’apparence urincuse par Y épigastre, coïncidant avec une suppression d’urines , comme dans le cas rapporté par Marceelus Donatüs (8) : ne surprendra pas le médecin dont il s’agit autant qu’un autre peutêtre ; parce qu’il connaîtra beaucoup trop de faits tendant à établir une véritable solidarité , entre la plupart des organes qui composent l’économie humaine.
Mais * je dois le dire , vue ainsi la Médecine n’est pas aisée. O11 s’aperçoit bien vite que la Nosologie n’est pas plus une seule classe de maladies , que la Thérapeutique un seul ordre de médicamcns. Cette Médecine , la seule véritable, est au contraire une science , qui , meme pour être incomplètement connue , exigera néanmoins des éludes sérieuses et non interrompues) qui devront durer autant que la vie.
XI ïl. Quant à la considération raisonnée dont les Médecins jouissent, on sait bien qu’elle est généralement en rapport avec le nombre des idées arrêtées et des connaissances approfondies qu’ils possèdent.
Je dirai plus, l’ascendant du mérite est tel, qu’un Docteur qui réunit l’expérience et l’habileté à une instruction réelle,, est sûr d’inspirer une grande estime même à ses ennemis. On pourra ne pas l’aimer, sans doute ; mais on n’oserait lui refuser ce qui est devenu désormais la conquête de ses veilles et de ses travaux.
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XIV. Entre les moyens les plus propres à accroître , d une manière à la fois prompte ef solide , cette considération dont tout Médecin devrait être jaloux , les consultations écrites me sembleraient peut-être mériter le premier rang..
Mais par consultation écrite, je n’entends pas désigner une simple formule , ou même une formule motivée, comme on le pratique en certains pays.
J’appelle consultation écrite, un. petit traité pour ainsi dire , composé à F occasion de la maladie sur laquelle on est consulté ; où l’on voit, d’abord, le tableau succinct des maux dont le malade se plaint; ensuite, une partie théorique, dans laquelle les principaux symptômes sont interprétés, convertis en signes, pour devenir ainsi une source naturelle d’indications ; enfin , la description d’une ou de plusieurs méthodes detraitcment, présentant chacune des groupes de moyens thérapeutiques propres à remplir les indications que l’on a reconnues, et qui peuvent beaucoup varier dans leur nombre et dans leur nature, selon que la maladie est elle-même aiguë, chronique , simple , compliquée , etc.
Les consultations écrites., faites d’après cette légère esquisse , par des hommes instruits , se répandent avec une facilité prodigieuse , et sont) bientôt portées par la Renommée jusque dons, les points du Globe les plus éloignés. Mais au jouc-'
d’hui sur-tout , sans de bonnes études en Physiologie, on sé flatterait vainement de l’espoir d'atteindre à ce but.
XY. En effet, serait-on à même de bien distinguer les maladies les unes des autres; de prévoir les changemens qui peuvent survenir dans leur cours; d’annoncer leur terminaison heureuse ou funeste? Pourrait-on goûter le bonheur de faire , la plupart du temps , un grand bien avec connaissance de cause ; d’inspirer même souvent tine confiance sans bornes ; et de mériter la juste considération attachée à de pareils bienfaits : si l’on n’avait sans cesse recours à la Physiologie , qui , ainsi que je l’ai déjà dit, doit être regardée comme la seule base immuable sur laquelle la Médecine puisse être solidement établie....? Non , sans doute , Messieurs : et vous devez tous en être persuadés.
Si l’horloger est parfaitement en état de remédier à tous les dérangemens que l’on peut occasioner dans une montre , vous savez bien qu’il doit cet avantage, non-seulement à la connaissance de la forme des pièces, de leur situation et de leurs rapports , ce qui est, pour ainsi dire , l’anatomie de la montre ; mais encore aux notions exactes qu’il a acquises , sur les lois de l 'Élasticité; sur le mouvement qui en est la suite, ainsi que sur la communication du mouvement ru plus grand nombre des pièces de celte admi-
rable machine ; ce qui en constitue en quelque sorte la Physiologie. Sans la connaissance indispensable des lois de ce principe d’action, l’artiste presque toujours en défaut, s’apercevrait bien vite que les dernières heures , mesurées par son ouvrage imparfait, seraient constamment beaucoup plus longues que les premières.
XVI. D’après ce qui vient d’ètre dit , pourrezvous concevoir l’existence d’une Doctrine inédit cale qui doive être exclusivement appelée physiologique é Pour moi , je ne la conçois pas.
Toutes les Doctrines médicales, quelles qu’elles soient, sont déduites de la comparaison de l’état normal avec l’état morbide : toutes les Doctrines médicales sont physiologiques ; f empirisme pur n’a jamais existé. Ce que l’on doit reconnaître seulement , c’est que la Physiologie que nous adoptons peut être bonne ou mauvaise ; et que si quelqu’un a pu donner exclusivement l’épithète physiologique à la Doctrine médicale qu’il s’est faite, ce n’a pu être qu’à l’oubli de cette décence, qui nous défend d’être juge et partie dans nos propres causes ; et surtout, de cette modestie K qui sied si bien même aux hommes les plug savans.
XVII. On me demandera peut-être, si, entraîné par les avantages que la Physiologie pré-» sente , je ne crains pas qu’on m’accuse d’avoir perdu de vue ce que des hommes recommandables ont souvent dit de Y Instinct médical é
Le motif pour lequel je crois être à l’abri d’un semblable reproche , est qu’il m’a toujours semblé que l’Instinct médical était une chimère.
L’enfant qui vient de naître respire ; sent l’utilité d’une mamelle quoiqu’il n’en eût jamais, vu ; opère la succion qu’il n’avait jamais faite ; chasse de son corps des excrétions qui rincommod,ent , pour la première fois : et nous disons qu’il opère tous ces actes par un pur effet de l Instinct, c’est-à-dire, saris qu'il sache ni pourquoi , ni comment. Y aurait-il, par hasard, des Docteurs qui fissent la Médecine de celte manière..... ? Je ne le pense pas.....
Les gens de l’Art qui soutiennent cette thèse , en supposant qu’ils se trompent réellement euxmêmes , ne sauraient faire adopter leurs vues , pu partager leur erreur , à quiconque voudra réfléchir un instant. Peut-on, en effet, raisonnablement penser que ces hommes privilégiés savaient, en naissant, tout ce qu’on est obligé d’apprendre dans une Faculté de Médecine , pour pbtenir le grade de Docteur ?
Le désir d’acquérir promptement une grande çonsidéralion , et les avantages qui en sont la suite , a pu quelquefois suggérer cette idée ; mais il me semble qu’on a pris alors un mauvais moyen, pour atteindre ce but. Les praticiens recommandables qui ont eu celte pensée, ont mal entendu, leurs intérêts, sous le rapport scientifique : ils
sont bien certainement plus sa vans qu’ils ne vou- (Iraient le faire croire. Se présente-t-il un cas difficile dans leur pratique? Je ne doute pas le moins du monde qu’ils ne fassent aussitôt, les réflexions, les comparaisons , en un mot , tontes les opérations intellectuelles qu’est obligé de faire, avec beaucoup de lenteur , celui qui commence à marcher dans la carrière médicale : mais ce qui doit leur faire illusion , jusqu’à un certain point, c’est que la longue expérience qu’ils ont acquise, et la grande habitude qu’ils ont contractée, leur fait exécuter ces actes de l’entendement avec tant de promptitude, qu’ils franchissent, sans s’en apercevoir, les propositions moyennes ; et voient,* en quelque sorte , du même coup-d’œil , et le tableau de la maladie , et les indications qu’elle présente à remplir.
Telle est, n’en doutez pas, Messieurs, la source de la confiance et de la juste considération dont jouissent les Nestors de la Médecine. S’il en était autrement, des médecins , par la grâce de la Nature , n’auraient besoin d’aucun grade, puisqu’ils ne trouveraient rien à apprendre dans les Ecoles ; ils ne seraient d’aucune utilité dans, un corps enseignant, puisque ce prétendu Instinct Médical ne saurait se communiquer ; et enfin , ils ne jouiraient, arec leur qualité naturelle , que de bien peu de considération , parce que , en fait (le mérite , celui qui coûte le plus à acquérir ^
est ordinairement celui qui nous inspire l’admiration la plus forte.
Etudiez donc la belle science qui doit faire le sujet de ce Cours , avec tout le zèle dont vous êtes susceptibles ; n’oubliez pas que la Chirurgie de Montpellier , brillante sans témérité , ne doit le plus souvent ses succès qu’aux connaissances médicales profondes qui caractérisent nos opérateurs ; mais souvenez-vous aussi que la Médecine ne serait qu’un édifice bâti sur du sable , si elle ne reposait sur une bonne Physiologie , dont la philosophie eût efie-même disposé les fondemens (9).
Messieurs les Élèves ,
Je n’ignore point combien est pénible toute la charge qui m’est imposée, et dont je commence à m’acquitter envers vous aujourd’hui. Une invitation de M. le Doyen a été pour moi un ordre : obéir est mon seul devoir.
Animé du zèle le plus ardent ; plein d’amour pour la science à laquelle j’ai consacré ma vie; pénétré pour vous des sentimens affectueux que tous inspirâtes toujours à vos Maîtres , et qui se sont développés en moi par une sorte d’hérédité: il n’est pas de soins que je ne me donne ; de teilles que je ne puisse prolonger ; de recherches pénibles auxquelles je ne me livre ; de sacrifices, enfin , que je ne me sente capable de tous faire
de bien bon cœur, si je puis espérer de rendre plus faciles les brillans succès qui attendent la plupart d’entre tous , dans la carrière épineuse mais honorable de l’Art de guérir.
Je sais bien que l’Enseignement Médical a, comme la Navigation dans des mers inconnues , des obstacles, des difficultés insurmontables , des dangers même que souvent on ne peut éviter.
L’un et l’autre ne fournissent leurs occasions de triompher, qu’après les avoir, en quelque sorte , environnées d’écueils presque inabordables, aussi funestes, la plupart du temps , aux navigateurs les plus intrépides qu’aux gens de lettres les plus laborieux.
N’importe ; je remplirai ma tâche , malgré tout
le péril qui l’accompagne
Et , si le malheur s’appesantit assez sur moi , pour me faire succomber au milieu de ma glorieuse entreprise , quelques-uns d’entre vous, touchés de mon infortune , ne pourront du moins s’empêcher de se dire : « S’il a péri , c’est « dans la voie de l’honneur ; remplissant fidèle- « ment ses devoirs ; donnant des preuves non « équivoques d’un grand zèle et de beaucoup de
« courage ! Il était digne d’un meilleur
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