‹ Idée d'un cours de physiologie, appliquée à la pathologieChapitre 5 sur 5 · LE SECOND DISCOURS · texte numérisé non relu

LE SECOND DISCOURS

(i)La Physiologie est une science qui explique la santé, ses causes , et ses accidcns ou modifications. (Castelli.) Cette définition promet beaucoup trop et comprend mal-à-propos la Pathologie. Les états physiologique et pathologique se détruisent l’un l’autre et ne sauraient coexister : aussi, quoique bien convaincu que la Physiologie pouvait être avantageusement appliquée à la Pathologie , je n’ai jamais pu concevoir l’existence d’une partie de la science de l'homme qu’il fût permis d’appeler Physiologiepathologique.

La Physiologie est Yhistoire de tous les mouvernens extérieurs et intérieurs qui s’opèrent dans l'homme . (Haller.) Cette définition, qui ne comprend nullement les principes d’action, a été cause que la physiologie de cet auteur est fort incomplète. On peut faire les mêmes re-

proches à CaldâKI (a), ainsi qu’à MM. Richerand et Broussais qui définissent la Physiologie la science de la vie : ils ne comptent le principe moral pour rien.

En définissant la Physiologie « une science « naturelle qui a pour objet la connaissance « des phénomènes propres aux corps vw ans ; >» M. Magendie (b) mérite le reproche fait à Castelli. Cette définition, ne désignant pas si les corps vivans sont sains ou malades, embrasse nécessairement la Pathologie : on peut en dire tout autant de M. Adelon ( c ).

(2) Voyez le premier discours, pag. 4-

(3) Comme exemple « de phénomènes appa- « rens qui ont pour cause d’autres phénomènes « cachés qui se passent dans l’intérieur du corps;» j’ai désigné la locomotion dépendant des mouvernens des os et de Y action des muscles, eux-mêmes soumis à la volonté .

La nécessité « d’aller à la recherche des Phé- « nomènes cachés , d’assigner l’ordre de leur « filiation et le mode de leur combinaison; » vous a été démontrée par l’action intempestive de quelques muscles dans certaines maladies ( strabisme, hoquet, spasme fixe partiel) , et par la contraction générale des muscles dans le tétanos,

(«) Institut, physiolog.

( b ) Précis élcm. de physiolog., t. I , p. i.

(c) Physiol. de l’homme, 2e édit., t, I, p. 8.

Quand nous avons voulu « suivre leurs succès- « sions depuis les actes les plus appctrens jus- « qu’aux actes les plus élevés, que notre esprit « puisse apercevoir dans leurs chaînes ; » nous avons vu qu’il était des bornes que T explication des phénomènes ne saurait franchir, et contre lesquelles les hypothèses nombreuses des anatomistes, des pathologistes et des médecins naturalistes, devaientse briser comme un verre fragile.

Dans la « détermination du nombre des pria - « cipes d’action d’après celui des actes qui se « rapportent à eux ; » je vous ai rappelé la loi de Newton, qui oblige à admettre autant de principes d’action qu’il existe de groupes de phénomènes divers , et cette loi est ainsi devenue la base de la division des phénomènes que j’ai ensuite adoptée.

Quant à l’établissement «des lois selon le^- « quelles ces agens ( les principes d’action) pro- « duisent leurs effets ; » je ne pouvais en parler sans vous faire bien sentir la différence qui existe entre la nature intime oui’ essence d'une cause , et les lois que cette cause suit dans son action. Yousavez vu que, quoique les lois qu’elles suivent dans leurs actions nous fussent bien connues, la vie et Y élasticité nous étaient néanmoins aussi peu connues l’une que l’autre dans leur essence.

(4) Des solides, les liquides, les fluides aénformes et les fluides incoercibles eux-mèmes , qui

se trouvent dans 'l'économie animale, ne subissent les lois de la physique pure que quand la vie a cessé d’exisler (a). Avant cette époque tous ces corps sont plus ou moins enchaînés et modifiés par cette cause.

(5) Les valvules des systèmes sanguin et lym pha tique ; le mode d’introduction de l’uretère dans la vessie ; les articulations que l’on imite si bien en mécanique ; les milieux réfringens de l’œil ; les dents dont les diverses formes son t appropriées à des fonctions mécaniques différentes, sont autant d’organes qui se trouvent dans cette catégorie.

Si M. Magendie avait assez estimé Galien pour se décider à lire le De usu pqrtiurn de cet auteur, il aurait jugé à propos de ne pas dire , en 1825 , que «....les bons esprits commençaient « à entrevoir qu’il pourrait bien y avoir dans « l’animal vivant plusieurs ordres de phéno- « mènes... (b). »

(6) Utilité des dents artificielles par rapport

(a) M. le professeur Gulfin a développé cette idée dans un Discours essentiellement médical, par lequel il a ouvert son Cours dé Thérapeutique à la Faculté de Médecine. On a remarqué principalement, dans cette circonstance, tout ce que ce Professeur a dit sur le désir de simplifier la Médecine et les dangers qui l’accompagnent ; sur la philosophie des causes et sur la vitalité des humeurs.

{h) Voy. précis élément, de physiolog. , t. I, p. 10. .

a l a^re mont , à la prononciation , an {eu des instrumens à vent , à la mastication et au soutien des lèvres et des joues. — Verres pour la myopie , et la presbytie soit naturelle , soit amenée par l’opération de la cataracte. — Orèilles , nez d’argent peints , remplaçant ces mêmes organes perdus par l’effet de diverses maladies , ou de supplices propres à certains pays , etc.

(y) L’animal dont l 'instinct va le plus loin ne paraît pas susceptible de se perfectionner de lui-* même : les castors d’aujourd’hui ne bâtissent pas mieux leur demeure que ceux du temps de NoÉ. La nature semble les avoir faits tout ce qu’ils pouvaient être ; tandis que l’homme abandonné dans un désert , s’il pouvait y vivre , ne manquerait jamais de s’y perfectionner.

(8). On sait bien que Pascal , sans cesse contrarié par son père dans le goût très-prononcé qu’il avait pour la Géométrie , trouva de luimême , inventa pour ainsi dire une seconde fois, jusqu’à la trente-deuxième proposition du premier livre d’Euclide. Ne sait-on pas aussi que , luttant contre la misère , un des plus beaux génies en musique , Le Sueur , a composé les plus beaux chœurs de la Caverne, couché sur le pavé de sa chambre , à la lueur d’un tison qu’il avait besoin de rallumer à chaque instant , et avec

une encre qui n’était que de la suie délayée dans de l'eau !

(g) Personne ne croit plus aujourd'hui , avec Cabanis , que le cerçeau sécrète la pensée comme

le foie sécrète la bile ; aussi un auteur qui n’est

point suspect lorsqu’il parle en faveur de la Religion , Voltaire , avait il raison de tourner en ridicule la proposition faite par La Mettrie, de disséquer des cerveaux de géans pour trouver T origine de la pensée.

La coopération du cerveau pendant l’acte de la pensée est évidente dans beaucoup de cas : Pelletan (i) parle d’une tumeur variqueuse située au haut de la région frontale , communiquant avec le crâne et augmentant de volume quand le suj et se livrait à l étude. Les douleurs de tête , les crampes , les tranchées cérébrales par contention d esprit , semblent même désigner plus spécialement le siège de l’opération mentale , Malgré cela , il ne faut pas que le cerveau et la pensée soient plus confondus l’un avec l’autre , que ne le doivent être le vaisseau ou le bistouri, au moyen desquels il a été fait un voyage ou une opération , avec le pilote ou le chirurgien qui ont tout dirigé.

(io) Trois mille cadavres d’aliénés, ouverts par M. Esquirol , n’ont rien présenté de constant : ce qui prouve évidemment que la cause des aliénations mentales , ainsi que celle d’un

(i) Clinique chir. , t. II j P* 77*

grand nombre d’autres maladies , tient à unè modification de nos principes d’action que i’Ànatonlie Pathologique n’a pu jusqu’ici nullement découvrir;

(n) i° Unité ; 2° Conscience , caractère prirn cipal de l’âme d’après Locke ; 3° Activité ; 4° Liberté et Responsabilité résultant de ces deux derniers attributs essentiels de l’âme (< a ).-

(12) i° Sensibilité ; 20 Force cl’ attention ; 3ri Conception dont le résultat est Vidée; 4° 'Mémoire ; 5° Entendement ou Faculté d 'abstraire ; 6° Jugement , et 70 Imagination Créatrice ou poétique , qui fort souvent se nuisent l’une à l’autre ; 8° Folonté ( b ).

(13) Je reconnais bien ces inclinations ou ap ■* tiludes originelles spécifiant les divers esprits, et qui ont pu faire dire nascuntur poetæit... Mais il me semble que l’éducation est toujours indispensable pour qu’on puisse aller loin dans la meme direction,

04) On sait que César dictait â la fois trois

0) Loudat , Cours de Partitions Médicales fait à la Faculté de Médecine. — Il serait à souhaiter que cédant à mes vœux et à ceux de MM. Anglada et Pobes , ses collègues , M. Lordat voulût bien faire imprimer le Cours1 que je viens de citer. Il est infiniment probable que les Llèves ne seraient point les seuls auxquels cette pubuea-? don serait utile.

(Jb Lordat, Cours de Partitions Médicale s*

lettres sur différens sujets ; que Piiilidor jouant aux échecs , les yeux bandés , pouvait diriger ainsi trois parties en même temps ; que le Prince Potemkin retint parfaitement bien tous les détails minutieux d’un long mémoire lu par M. le Comte de SÉgur (a) , quoique , pendant la lecture, ce Prince se fut successivement occupé d une foule de choses, qui devaient naturellement faire penser qu’il n’y prêtait pas la moindre attention.

(15) Ces divers sujets de Psycoîogie afférens à la Médecine, ont été ainsi énumérés par M. Lordàt dans son Cours de partitions médicales.

(16) La seconde des règles données par Newton, pour l’explication des phénomènes, est que: les phénomènes ou les effets de la Nature , qui sont du même genre , reconnaissent les mêmes causes. Celte règle doit être la base de toute bonne classification , comme l’ont prouvé des exemples fournis par la Botanique , la Chimie et sur-tout la Nosologie.

Le sens du mot inflammation bien déterminé , une fois pour toutes, il a été reconnu impossible de rapporter à cet état seul les maladies intermittentes , avec ou sans fièvre. — On a vu que l’admission à' inflammations intermittentes ne

(a) Mém. ou souvenirs et anecdocles ; par M. le Comte de Seguiu

faisait que reculer la question. — Les fièvres des semaines paroxystiques, constamment en rapport avec le type des fièvres intermittentes qu’ elles suivent , et les fièvres intermittentes qui ne sont que l’effet de l’habitude, nous ont fait regarder la périodicité comme indépendante de toute lésion organique appréciable.

(17) ylme sensitive de Pythagore et de Platon; âme, mais plus souvent Nature d’ Hippocrate et de Galien, sur-tout quand ils parlent de l’idée qu’ils se font de l’essence des maladies , des crises , etc. ; anima brutorum de Willis ; archée de Van-Helmont, qui, malgré son langage extraordinaire, est , comme l’a dit Barthez , un des médecins modernes qui fournissent le plus de faits propres à faire distinguer les phénomènes vüdUx de ceux des deux autres classes ; prœses systematis nervosi. de Wepfer ; excitabilité de Brown ; esprit d’animation de Darwin ; molécules vivantes de Buffon ; principe vital de Barthez ; unité , puissance vitale ou moi-vital de la Doctrine médicale de Montpellier.

M. Magendie (a) regarde comme inintelligi * blés, les mots force vitale , principe vital..... On risquerait de juger injustement cet auteur, si l’on oubliait que cette épithète est susceptible de

(0) Précis élém, de physiologie , t. I , p. viij.

deux sens, l’un relatif , l’autre absolu , dont te premier ne prouve rien par rapport à l’autre. Si M. Magendie nous dit qu’il ne comprend rien à une chose , nous devons le croire ; mais devonsnous en conclure que beaucoup d autres n’y comprennent rien non plus P Non sans doute , puisque ces derniers ne nous ont pas fait le meme aveu. Une raison de plus qui me fait penser que ce mot doit cire pris ici dans le sens relatif , c’est que , sans cela , M. Magendie aurait pu craindre qu’on ne détournât contre lui l’épigramme suivante , dirigée par J.-J. Rousseau contre le Secrétaire de l’Académie de Berlin: « M. Formey, qui ne veut pas enorgueillir ses « semblables, nous donne modestement la mesure « de sa cervelle pour celle de l’entendement hu- « main (a). » J’ose être persuadé que l’habile expérimentateur de Paris n’a point été dans l’intention de courir cê risque.

(iS) Non-seulement la cause de la vie doit être désignée par un nom qui ne fasse rien préjuger sur sa nature inconnue (Bacon) ; mais encore il faut que ce nom soit un singulier, pour bien désigner son unité: c’est en cela que pèchent les expressions esprits animaux et toutes celles qui lui ressemblent.

(iq) Est-on bien sûr de ce qu’on dit quand

(a) Émile , liv. I#

on nous présente V organisation comïtie cause de la vie, au lieu de regarder la vie comme cause de Y organisation P Dans la formation du cal , de beaucoup de cicatrices et de certaines brides entre des membranes séreuses , ne voit-on pas des sucs s’épancher d’abord et s’organiser ensuite ? Trouve-t-on des traces d’organisation dans la semence? L’organisation proprement dite , n’est-elle pas la meme chez un individu vivant et dans un cadavre ?

(20) On est sur d’éviter ainsi le reproche que pourraient nous faire certaines personnes , de donner au principe vital , une existence propre , distincte du corps et de l’âme. Ce reproche a été injustement dirigé contre Barthez. Ce physiologiste a eu tort , sans doute , d’employer presque exclusivement l’expression principe vital; mais il a été mal lu et mal compris , malgré la clarté de tout ce qui concerne ce point (a). Barthez avait trcs-bien senti qu’il fallait se tenir en garde contre le penchant qui nous porte , peu à peu , à réaliser le mot de convention dont nous nous servons, perpétuellement, pour désigner une cause (6). Du reste , il n’a aucune prétention sur la propriété de cette expression. Il dit lui-

(o) "V oy. Nouv. élém. de la sc. de l’homm. , 1. 1, 2e éd. ,

P- 83 , B4 , 98 , 107 , 1 10 , et les p. 96 , 97 et 100 des notes.

(Jâ Loy, ouv. cit, , 1. 1 , notes , p. 12 et i3.

11101110 (a) : «Apinus et. quelques autres modernes,

« qui ont écrit depuis un siècle , ont adopté le « nom de principe vital des animaux. Gaijbius « s’en est servi en plusieurs endroits de sa pa- « thologie , etc. » Enfin , il diffère des vitalistes proprement dits , dont il a produit la secte sans le savoir , dit-il lui-même , précisément parce que le principe , que ceux-ci regardent comme intermédiaire entre l’âme et la matière , n’est à /scs yeux qu’un être de raison (b).

(21) L’exécution régulière d’une fonction ne peut être que le résultat, ou d 'un enchaînement fnécanique nécessaire t ou à' une cause individuelle qui dirige sans cesse tous nos mouvemens,' L’enchafoement varié des divers actes constitutifs des fonctions, selon leur but différent ; le retour spontané à la santé ; le résultat des phénomènes de rédintégration en rapport avec l’organe perdu , absolument inconcevables par un enchaînement mécanique nécessaire : doivent faire admettre forcément l’existence réelle de celte cause individuelle , qui n’avait été présentée d’abord que comme une supposition propre à fournir une seconde explication. Du reste , beaucoup de médecins qui emploient ces expressions: tendance de la Nature , forces médicatrices de la

Ça) Notes sur le ierchap. , p. 29.

( b ) Notes sur le troisième chapitre , p. 99,

Nature, admettent cette individualité , sans s’eu douter.

(22) Excrétions chez les nouveau-nés. — Téter. — Première inspiration. — L’enfant qui vient de naître ignore complètement le rapport qui existe entre ces divers besoins, et les mouvemens simuL tanés ou successifs qui sont le moyen de les satisfaire.

C’est être dans l’erreur que de croire la première inspiration purement passive. La contraction des bronches , analogue à celle que Haller avait très-bien reconnue dans des organes dénués de fibres musculaires , tels que le tissu cellulaire et les vaisseaux lymphatiques ;À et cette même contraction, rapportée à l’action des libres des divisions bronchiques , décrites par PiEissEiSEN {ci) , mais démontrées dans les Cours d’ Anatomie de M. Nodin, chirurgien distingué de Toulouse', long-temps avant la publication de l’ouvrage de cet auteur: ne sauraient fournir une explication de cet acte instinctif , dont des médecins de Montpellier pussent être satisfaits. On doit reconnaître ici une dilatation active .

(20) Aussi les résultats que l’on peut obtenir sont très -certains en physique et fort incertains en thérapeutique : ceux-ci ne sont que de vraies

(«) PavNCisci-DANlELTS Reisseïsen , De falricâ pulmo mm cummentatio; Berolini, 1822 , in- fol. color,,p. g.

déterminations . De-là , les insuccès des vomitifs , des purgatifs , des vésicatoires , dans beaucoup de circonstances. — De-là, aussi, la différence du mode d’action d’une maladie contagieuse sur diverses personnes. Sur quatre individus qui s’exposent à la syphilis, trois d’entre eux peuvent prendre chacun une des formes différentes de la maladie, tandis que le quatrième n’éprouvera absolument rien (a).

L’expulsion de corps étrangers, restés pendant long-temps comme oubliés dans l’économie, se rapporte encore à ce principe. — Efforts médicateurs , crises , réactions tardives ne se manifestant que comme par souvenir. — Vésicatoire ne produisant ses effets ordinaires que vingt ou vingt-cinq jours après qu’on l’avait ôté , parce qu’il n’avait pas voulu prendre, (M. le Professeur Delmas. )

(24) On a cru devoir ajouter aux autres sens , celui dont parle Buffon, adopté, mais sous une autre dénomination, par de Rozoy, dans son poeme sur les sens (Londres, 1766) ; les sens de la faim et de la soif ( Lamy) ; un sens pneu matique (M. Broussais). Ne pourrais-je pas citer ici le petit Traité de Hottinger : Disputalio stolpiana de sensu honesti ; Turici , 1776, zV?,-8° ?

(2 5) Il est aujourd’hui bien prouvé que le$

(«) Voyez SwÉDIAUR,

parties propres des sens , réduites à une surface sentante, peuvent être animées par des nerfs autres que ceux qui s’y rendent ordinairement ; ce qui, en détruisant la spécialité des nerfs, jette du jour sur les transpositions des sens (a).

(26) Excitations nerveuses agréables trop fortes , trop prolongées ou trop répétées ; commotions vénériennes, etc. , etc. — Vive douleur amenant l’inflammation si elle persiste, avantageusement combattue , dès le principe , par i’opium , comme Grimaud s’en est convaincu dans les pleuro-pneumonies.

(27) Le médecin de Pyrmont a bien reconnu que la sensation voluptueuse vitale , causée par des moyens thérapeutiques doux, tels que les bains , avait également le pouvoir à' exciter et d 'affaiblir la sensibilité , en ramenant le terme moyen qui est l état normal , et que conséquemment on pouvait à leur aide , combattre avec succès des maladies nerveuses , soit sthéniques , soit asthéniques (fi).

(28) Apres avoir rappelé les discussions qui s étaient élevées entre les Chirurgiens du temps de Haller et les partisans de ce physiologiste , donnant tort aux uns et aux autres , par cela seul qu ils étaient exclusifs , j’ai présenté les

(a) Voyez la note delà p. 3i.

G) Voy. (je la nature et de l’usage des bains. Paris » tQOl ,

parties blanches comme insensibles dans Vélat sain, mais aussi comme très- sensible s dans l’état de maladie. L’erreur de Haller devrait dessiller les yeux à ceux qui voudraient appliquer a F homme malade , absolument tous les résultats des expériences faites sur les animaux sains.

Les matières médicales où l’appréciation des vertus des médicamens a été établie d’aprcs des expériences faites sur les animaux, peuvent dtre cause des erreurs les plus funestes. On ne peut procéder ainsi qu’en faisant deux pétitions de principe : i° on suppose que les principes d’action, et par conséquent la manière de sentir, sont les mêmes chez l’homme et chez les animaux ; 2° on applique a Y homme malade, les résultats que l’on a obtenus, en agissant avec des médicamens ou des poisons , sur des animaux sains.

Le premier vice de raisonnement est palpable: l’homme qui seul a une âme , doit sentir bien autrement qu’un animal qui n’en a point.

Je trouve une preuve irréfragable du second dans la tolérance qui s’établit pendant les maladies , et que les partisans de Rasori ont si bien constatée relativement à l’émétique , considéré comme contro-stimulant.

(29) La métasyncrise , modification subite de la constitution vitale d’ une partie , que la mort ne suit jamais tant qu’elle est simple , ne diffère

de la perturbation que parce que celle-ci est generale , violente et constamment accompagnée d’un grand danger. — Panaris traité par le vésicatoire ( loco affeclo) ; érysipèle gangréneux traité aussi par le vésicatoire sur la tumeur (M. le Pr Delpech) ; panaris , brûlure de première espece traités par l’immersion dans l’eau chaude; maladies syphilitiques guéries par des excitans , ou par un certain degré d’intoxication : métasyncrises. — Fièvres intermittentes guéries par un violent accès de colère ; ivresse par l’eau-de-vie , guérie d’après l’ordre d’un capitaine de vaisseau, chez des gens de son équipage , au moyen de l’immersion dans l’eau froide : perturbations.

Les moyens perturbateurs exigent beaucoup de prudence dans leur emploi , parce que s’ils ne réussissent pas , ils font ordinairement beaucoup de mal.

(3o) Épine dans un doigt , ne produisant chez nous qu’un panaris , avec gonflement du coude ou de l’aisselle , et des mouvemens convulsifs et

un délire légers tout au plus, ce qui est meme assez rare ; mais déterminant souvent un tétanos mortel chez les Nègres, — La disposition aux aflections convulsives , qui semble propre aux habitans des pays chauds , se conserve longtemps après qu’ils s’en sont éloignés : un négociant de cette ville perdit un domestique nègre , qn il avait chez lui depuis plusieurs années , k

ï’occasîon d’un tétanos causé par une piqûre â l’un de ses doigts.

(3 1 ) « Point de sympathies sans nerfs ; voila « ma profession de foi....» s’écrie M. Broussais. Mais des organes insensibles dans l’état normal , ne peuvent-ils point devenir sensibles dans des maladies , et ctre alors le siège de sympathies plus ou moins vives , plus ou moins étendues ? La maladie créerait-elle alors , dans leurs tissus, des nerfs que le retour de la santé fît disparaître?

D’ailleurs , Biciiat lui-mème ne reconnaîtil pas que les fluides sont vivans ? « Dire ce « qu’est cette vitalité des fluides , cela est évi- « demment impossible ; mais son existence « n’est pas moins réelle , et le chimiste qui « veut analyser les fluides , n’en a que le ca- « davre , comme l’anatomiste n’a que celui des « solides qu’il veut disséquer » (<z). Faudra-t-il admettre que le sang , quoique vivant , ri a aucune sensibilité ? Continuera-t-on à ne pas voir des sympathies par le seul intermédiaire du sang, dans les résultats de l’action de certains poisons , qui tuent trop promptement , pour que des esprits sans prévention puissent se contenter de l’explication par l’absorption veineuse (b) ?

(«) Anatomie générale.

(A) Voy. entre autres Magendie , Précis élément* da Physiol , t. II , p. 2G5 et suiv.

Quoi que l’on ait pu dire contre M.le Professeur Ribes à ce sujet , il n’en est pas moins vrai que la vitalité' du sang est évidente.

Si les sympathies dépendaient de la distribution anatomique des nerfs, tout le monde aurait les memes sympathies.

Renvoyant à Bartiiez pour tout ce qui était relatif aux sympathies (a) , je me suis contenté de citer quelques faits de sympathies d’organe à organe : ( relation entre le cou et les organes de la génération si connue , qu’il doit suffire de l’indiquer ici ) ; et de sympathies d’un organe avec le corps entier: (coup de poing à l’épigastre , ou coup de tête à la manière des • Nègres dans le même lieu , causant la mort sur-le-champ ; blessure à la région épigastrique , seulement de quelques lignes de profondeur , produisant instantanément la mort) (ô).

(82) Une malade accuse-t-elle une douleur violente dans une parlie où l’exploration la plus attentive ne vous fait rien découvrir ? Examinez les organes qui sont ordinairement en sympathie avec le point douloureux, et vous y trouverez souvent des altérations. A l’ancien Dépôt de Mendicité , une femme s’était plaint pendant long-temps d’une douleur aux seins , sans

(a) Nouv élém. de la sei. de l’hom. , chap. IX. (^) Kæmpfer , Arnocnitates exoliccc ,

que cette partie présentât la moindre altération. A sa mort , on vit avec surprise la matrice dont elle n 'avait jamais souffert , presque entière-* ment dévore e par un cancer.

(33) Beaucoup de moyens thérapeutiques ont des effets plus marqués, quand on les applique de préférence sur des parties qui sont en sympa Lhic avec les organes souffrans.

Comme les alimens introduits dans l’estomac procurent presque aussitôt un sentiment de réfection qu’il ne faut pas confondre avec la restauration des forces résultant de l’assimilation du chyle , qui arrive nécessairement plus tard ; de même aussi les médicamens introduits dans l’estomac agissent sur toute l’économie de deux manières : i° d’abord , par leur impression sur les parois de ce viscère qui est sympathiquement ressentie par tout le corps ; 20 par leur absorption. — Une ou deux cuillerées d’une potion anti-spasmodique calment une douleur, quelque éloignée qu’elle soit de l’estomac. — On a vu le quinquina administré en pilules , contre une fièvre intermittente pernicieuse , arrêter parfaitement les accès , quoique ce médicament eût été rendu peu de temps après son ingestion , ayant absolument le même poids (Lordat).

(34) On peut définir un phénomène per transiturn , le transport , d’un lieu dans un autre , des symptômes par lesquels se manifeste uuc af-

fcction. — Douleurs rhumatismales, céphalalgie* palpitations à la région épigastrique , douleurs comme calculeuses à la vessie ; se substituant les unes aux autres. — Convulsions des extrémités inférieures et supérieures, se suppléant, ?i l’ocrasion de l’immobilité forcée des unes ou des autres ; et syncope , lorsqu’on s’assurait à la fois des quatre membres («). — J’ai vu chez mie de mes malades , M. D*** , un spasme tonique musculaire, parcourant successivement plusieurs parties , telles que Je pied , la jambe , les doigLs, l’avant-bras , l’épaule , où il restait sur chacune d’elles, 10, 12 , i5 jours. Des convulsions générales venaient le plus souvent dissiper ces spasmes partiels.

(35) L 'irritabilité , de Haller, suppose Y action d’un stimulus et des réactions continuelles. La contractilité , de Bichat , ferait penser que 1 on doit rapporter toujours les mouvemens à des contractions , et jamais à des dilatations actives : ce qui est une erreur. La myotilité , de Chaussier , désigne les muscles comme les seuls organes susceptibles de se contracter ; et l’on a vu que Haller lui-méme avait reconnu le contraire.

(36) Coupez le ster no-mastoïdien d’un côté ; 1 autre se contracte et tire la tête vers lui.

(//) Observées chez un Élève en Médecine , par MM* les Prof, Lord at et Aisgi.ada,

(Test parce qu’il avait reconnu l’énergie Je cette contraction involontaire, que Verduin («) recommandait de faire de grands lambeaux, dans les amputations pratiquées d’après la méthode qui porte son nom , mais qui , suivant une lettre insérée par Jacob Yonge , dans son Traité de curru triurnphali è terebenthinâ , publié en 1679, appartiendrait à un chirurgien anglais nommé Lowdham (b). — La méthode pour les amputations , proposée par Valentin , est vicieuse , parce que , comme Poutcau l’a trèsbien vu (c) , la force de cette contraction involontaire a été mal appréciée. — C’est encore à l’effet de la contraction involontaire sur les muscles gaslrocnémiens , chez les personnes qui portaient depuis long-temps des souliers à talon, que doit être attribuée l’impossibilité de porter des souliers plats , lorsque la mode vint à changer.

(3ÿ) Bichat n’a pas été heureux dans l’explication qu’il a donnée de l’abaissement de la paupière pendant le sommeil. Ayant senti que le nombre et la direction des fibres 11e pouvaient point rendre raison du phénomène , il a eu

(a) De l’amp u ta lion à lambeau , ou nouvelle méthode d’amputer les membres ; trad. par P. Massuet, Amsterd et Berl. 1756 , in-8° , fig. , p. 3a.

(b) Voy. Éioi, Dict. de inédv

(c) OEuv. posth. , t. IL

recours à la pesanteur de la paupière : c’est supposer que Ion dort debout , car , clans, le de'-4 cubitus supinus, la paupière supérieure ne peut couvrir le globe de l’œil par l’effet de son poids, Il est évident que l’occlusion des yeux pendant le sommeil , dépend d’un surcroît de vie dans la portion palpébrale du muscle orbiculaire : à mesure que les forces s’affaiblissent chez les mourans , les yeux ne se ferment qu’avec peine ;i et l’on sait qu’ils sont à demi-ouverts sur le cadavre. Ne doit-on pas reconnaître que le releveur de la paupière et la portion de l’orbiculaire qui est son antagoniste , à peu près de force égale , se sont mis en équilibre , du moment que» la vie qui était en surcroît dans l’ orbiculaire a complètement cessé ?

(38) On a remarqué que les mouvemens produits par des irritations étaient d’autant plus intenses , que les sujets étaient eux-mémès plus faibles : les femmes , les enfans , les gens affaiblis par des excès ou des maladies longues , sont plus irritables que les autres. — Des muscles incapables de contraction volontaire ont pu présenter des phénomènes d’irritation par l’effet d’un vésicatoire appliqué sur eux.

H est des circonstances physiologiques dans lesquelles les stimulans sont sans effet: telles que i° la tension d’un muscle par son antagoniste

(Bichàt) ; i* la contraction volontaire du muscle dans l’instant où on l’irrite ( ld .) : souvent il a fallu tuer l’animal ou bien couper les nerfs qui se rendaient au muscle soumis à l’expérience ; ou bien même détacher complètement ce muscle du corps , pour que les phénomènes d’irritation pussent être produits ; 3° M. Lord AT a fait remarquer, chez un homme dont un ulcère avait mis a découvert les muscles de l’œil , que ces organes irrités, même dans l’état de relâchement, ne se. contractaient pas toujours. — Long- temps auparavant , Harvey avait irrité même le cœur d’un homme chez qui cet organe était à découvert , sans produire la plus légère douleur.

Certains phénomènes d’irritabilité sont connus de tout le monde : mouvemens convulsifs des guillotinés ; convulsions d’une foule d’animaux mutilés ; fuite des canards décollés ; etc.

Le désir de trouver, dans la constitution matérielle de nos organes, la raison suffisante de tous les phénomènes que présente le corps vivant, a fait martyriser une foule d’animaux , pour tâcher de connaître les rapports qui existent , ou qu’on a cru exister, entre les divers mouvemens et l’intégrité des différentes parties de l’encéphale dont on pensait que ces mouvemens pouvaient dépendre. ïl en est résulté une foule d’expériences contradictoires, qui font que souvent on ne sait trop

S quoi s’ért tenir (a). J’aimerais fort cependant qu’un physiologiste dé notre époque voulût bien nous dire , quelles sont les parties de i encéphale ,j dont l intégrité influe sur le mouvement musculaire , chez un canard faisant deux ou trois fois le tour d’une cour assez étendue, apres avoir eu la tête tranchée P

Le poison de la vipère détruit l’irritabilité musculaire et produit quelquefois une sorte de jaunisse (b).

(3g) Avec sa définition : Enarratio moluiim internorum et externorum , ce Physiologiste n’a pas dû voir la nécessité de s’occuper des principes d’action. Il est aisé de sentir que, d’après cette définition vicieuse , la Physiologie serait réduite' à un simple historique , ce qui ne peut pas être.

(a) « L’opinion qui place , dans les lobes cérébraux , le * siège spécial de la sensibilité et de la volonté , et dans lé « cervelet , la faculté régulatrice des mouvemens, déduite « en premier lieu d’expériences sur les animaux , trouve <‘ en grande partie sa réfutation dans ces expériences « mêmes. ( MM. Desmoulins et Magendie , Anatomie et « physiologie du système nerveux , 1. 1 , p. loi et 586. Voy, « encore la page 182 , oit il est dit que le cervelet manque « dans les lamproies et les esturgeons. ) » De l’Anatomie Pathologique , considérée dans ses vrais rapports avec la science des maladies , par M. le Professeur Ribes ; Paris , 1828 , pag. 48.

(A) Font an a , Traité sur le poison de la vipère, etc., t, I , p. 66-67,

( i oo )

(4o) Pour qu’un muscle puisse se contracter d’une manière convenable, selon notre volonté, il doit être , i° entier ; i° lié avec le cerveau et le cœur ; 3° libre.

Quand Bagliyi nous dit que les ligatures empêchent les muscles de se contracter, il parle des ligatures très-serrées et pressant également tous les points d’un muscle; les autres ligatures irritent au contraire les muscles , et les font contracter avec plus de violence : il n’est pas de chirurgien qui ne l’ait remarqué dans la réduction des luxations et des fractures, lorsque les lacs extenseurs et contre-extenseurs étaient mal-à-propos fort rapprochés du point fracturé ou de l’articulation luxée.

(40 h est des personnes qui ne peuvent parler et se mouvoir que comme les tardigrades marchent : avec beaucoup de lenteur. Cet état, quelquefois purement physiologique, est plus souvent le résultat d’une maladie.

(.42) La célérité des mouvemens musculaires paraît être sans bornes, ainsi que leur lenteur .

Dans le bredouillement , on parle vite malgré soi : les muscles de la parole , qui , dans les cas indiqués plus haut, paraissent avoir une roideur tétanique, sembleraient plutôt ici en convulsion. Voyez dans Sauvages (cl) ce qui concerne le

( a ) Vosol. mélh. , 1. 1, p. 592,

scelotyrbe festinans , et la singulière variété de cette maladie qui ne permettait de se dévier ni à droite ni à gauche.

Dans un mémoire plein d’intérêt sur le traitement du bégaiement , lu en dernier lieu à la Société de Médecine-pratique, M. Serre, d’Uzès, regarde avec raison comme une espèce de danse de St. -Guy , l’état convulsif de la langue et des muscles, dont ce vice de prononciation est l’effet. M. Serre n’aurait pas mal fait de citer M. Lordat dans cette circonstance. Les idées de ce Professeur sur ce sujet, reproduites dans ses Cours à plusieurs époques, avaient été déjà consignées, en 1807, dans une bonne Thèse, ayant pour titre : Essai sur les maladies par instabilité d' énergie , par J.-B. Laval , un de ses élèves.

On sait que quelques poissons, comme le saumon , remontent des fleuves rapides , et ce qui est bien plus étonnant , des cataractes très-élevées.

Winslow a dit le premier, que les muscles étaient actifs dans la contraction et le relâchement ; néanmoins ce dernier peut être quelquefois aussi passif : ( avant-bras tombant par son propre poids , lorsque le biceps préalablement contracté cesse d’agir tout d’un coup.)

(43) Cette modification de l’état des muscles s’unissant à la contraction volontaire , augmente singulièrement la résistance de ces organes.

La force des muscles , beaucoup mieux appré-

lorsque Ton écartelait les criminels de lèzemajesté. Fernel observe que , lors du supplice de l’individu qui avait voulu assassiner le Dauphin , fds de François Ier, les quatre chevaux ne purent marcher que lorsque le bourreau eut commencé à diviser les bras et les cuisses. Cette circonstance s’est plusieurs fois reproduite ( a ).

Pour ce qui concerne l’existence de la force de situation fixe, voyez Barthez ( b ) qu’il faudrait reproduire ici. Ce Physiologiste est bien loin d’avoir été victorieusement réfuté jusqu’à ce jour.

(44) Ces divers états des muscles sont en effet analysés dans un bon nombre de maladies.

i° Dans la danse de St.-Guy, la contraction et Y extension volontaires des muscles sont conservées , mais on n’est pas maître d’arrêter ces mouvemens à tel ou tel degré.

2° Les mouvemens d’irritation sont les seuls

( à ) \ oy. dans les Singularités historiques de DüLATJRK (Paris, i8a5, in-8°,fig.), le supplice de Jacques Clement, d’après un tableau du cabinet du Roi.

( h ) Nouv. élém. de la sc. de l’homm. — Voyez aussi : Exposition de la Doctrine médicale de P.-J. Barthez , par M. Lordat; Montpellier, 1818 , in- 8°. « Un des plus beaux dogmes dont Barthez ait enrichi la pariie de « la Physiologie relative aux forces motrices , c’est celui ff de la force de situation Jiocc* » P. ii->8.

que le corps des animaux présente plus ou moins de temps après la mort : un muscle entièrement séparé du corps vivant auquel il appartenait , se trouve dans la meme catégorie. Les phénomènes d’irritabilité prennent tantôt la forme d’une sy^ nergie acquise (fuite du canard sans tète) ; tantôt celle de la dernière maladie à laquelle l’individu a succombé : De Hàen a vu l’état tétanique persister même cinquante heures apres la mort. Prochaska a vu des faits de ce genre , mais il les explique fort mal , par la coagulation des h umeurs.

3° A l’occasion de la paralysie des muscles d’un côté du corps , la contraction involontaire s empare de leurs antagonistes.

4° Dans la catalepsie, qui permet aux individus qu’elle atteint de garder la position dans laquelle on les met, les attitudes qu’on leur donne , etc. ; la force de situation fixe est la seule susceptible d’agir. — On doit voir dans la crampe un concours de la contraction involontaire et de la force de situation fixe qui vient l’arrêter de temps en temps, et non une déchirure des fibres musculaires, comme le croit M. Richerand. « Lors- « qu’on contracte les muscles dans une position « fausse ou vicieuse , dit cet auteur , quelques v fibrilles se déchirent, et de-là naissent la plu- « part de ces douleurs instantanées, souvent ¥ très-vives, que l’on connaît sous le nom de

crampes (a). » C’est une erreur. Dans le cholérainorbus , les crampes peuvent-elles être rapportées à cette cause ? — La force de situation fixe agissant seule rend le tissu des muscles facile à se déchirer ; tandis que marchant de concprt avec la contraction volontaire , les tendons et les os cèdent alors plutôt que ces organes.

(4-5) Avec l’espèce de fumier obtenu in vitro , et qu’il plaisait à Sballanzani d’appeler du chyme , a-t-on jamais pu composer ce fluide rutilant que Bordeu a si heureusement nommé une chair coulante ? Quand une bouteille rem-> place l’estomac , plus de chimie virante : des substances alimentaires , ainsi putréfiées, ne sont pas plus du chyme , que la bouteille dans laquelle on les obtient n’est elle-même un estomac.

(46) La ténuité extrême des vaisseaux , por-? tant le sang artériel dans toutes nos parties , ne saurait être regardée comme une explication de cet acte: elle ne peut, tout au plus, que le favoriser.

(47) Les gens de lettres , et la plupart des hommes dont les travaux exigent une contention d’esprit forte et habituelle , ont souvent les voies digestives ep mauvais état. On a aussi observé , $ur tout depuis quelques années , qu’aux distri-r jutions de prix dans les collèges , les élèves le

(a) Richeeaïs'P , Nouv. élém. de physiol. , t. II , p. 146,

( io5 )

plus souvent couronnés , étaient ceux de leurs classes dont le corps était le moins développé, Des études commencées de trop bonne heure n’auraient-elles pas nui , chez eux , à l’accroissement ?

La nourriture des athlètes , chez les anciens , était légère , facile à digérer , et incapable par cela même de déplacer les forces qu’ils voulaient concentrer sur le système musculaire. Le développement des muscles était l’objet de tous leurs soins ; aussi leurs fonctions intellectuelles étaient presque milles : Platon dit que , quand bien même on l 'eût voulu , il aurait été impossible d’être aussi stupides qu ’eux.

11 est presque inutile de dire que le principe ici désigné , est celui qui concerne ce que Barthez a appelé distraction des forces du principe vital.

(48) De Rochefort ( a ) dit avoir trouvé un fruit , le junipa ou genipa , qui teignait en beau violet la chair des perroquets et des pourceaux, dont il faisait les délices. Ce fait, le seul de ce genre que je connaisse , prouve d’une manière directe que la nutrition se fait dans les muscles , comme la garance avait appris qu’elle s’opérait dans les os.

(4g) Du défaut de proportion entre la décorn -

(a) Histoire naturelle et morale des îles Antilles de l’Amérique j Roter*. , ,658, in-rlf , figur. , p. 5a.

( ioG )

jw sillon et la recomposition habituelle du corps , et de l’état stationnaire de ces deux actes, résultent : i° X obésité, la poly sarcle , la diathèse osseuse ; 20 Y amaigrissement , Yélhisie , le marasme; et 3° Y media (a) , maladie dans laquelle le corps , n’éprouvant aucune perle , n’a aucun besoin de réparation.

L’hibernement de certains animaux me paraît différer de Y media , en ce que ces animaux ont la précaution d’introduire dans leur estomac des corps plus ou moins indigestes , qui entretiennent un certain degré d’excitation dans cet organe ; et que d’ailleurs ils sont fort maigres quand ils sortent de leurs retraites : ils semblent s être vraiment nourris de leur graisse.

M. Lord Aï regarde comme des espèces d’epanchoires Idiverlicula ) , par rapport au système

(a) Vid. Langii , ÏÏb. 2, epist. 27 ; Fabrjcii HildaîU , cent . 2 , obs. 4-0, 42» etc' >' ceni’ 3 , ois. 85; cent. 5, ois. 33 ; C ASP A Ri A K EJ ES , Elys. jucundar. quœstion. camp., etc., Bruxell. 1661 , in-fol., qnœst . 58. M. LoRDAT a vu , il y a environ quinze ans, conjointement avec le Profr Baumes, une demoiselle de Narbonne, atteinte à'inedia, qui, pendant quatre mois entiers , n’introduisit pas le moindre aliment dans son estomac. Cette demoiselle , qui vit encore , a constamment joui depuis d’une bonne santé'. Tous les raisonnemens de Welscii peuvent-ils résister un seul instant à des faits positifs , observés par des gens d’un mérite reconnu, et qui , de plus, sont incapables de mentir.

sanguin , plusieurs organes dont les fonction^ étaient inconnues, tels que la glande thyroïde , le thymus , les capsules surrénales , la rate , les réseaux veineux du testicule cl du col de la vessie. Ces idées, développées depuis long-temps dans ses Cours de Physiologie ; propagées un peu partout par ses nombreux élèves , et qu’un homme à grande réputation a données , en dernier lieu , comme de lui : trouvent une nouvelle force dans une observation importante sur les animaux hibernans, consignée par M. Broussonnet, fils, dans sa thèse de concours pour l’agrégation : « Apud ammantia hibernaniia , thymus glati - « dulaque thyrdidea magnoperè intumescunt « tempore hihernalionis , cl quoddam dwerticu - « lum prœstant {ci). »

. (5o) Cette force conservatrice de la constitution chimique du corps semble avoir existé, toute seule, chez les individus qui ont paru morts pendant un bon nombre de jours , sans que la putréfaction se fût manifestée d’une manière évidente (b ),

{a) De analomiœ comparatwœ utilitate in Medicinâ ? Quausque observaüoncs circà organa digestionis apud ani- 'nulia inserviant ad Physiologiam, Pat h ologiam que digestionis in corporc humano rite cognoscendas ? Pag. 3.

{b) Voy. dans la Dissert, de Winslow, sur l’incertitude des signes de la mort, et l'abus des embuurncmcns et enterre. mens précipités, traduite et commentée par BituniEU (Paris,

( io8 )

C’est une erreur de croire que le froid et le chaud agissent sur les corps vivons comme sur les corps inorganiques. Un individu , transporté successivement dans des températures très-basses et très-élevées , pourra bien se refroidir et s’écbaulfer de quelques degrés, sur-tout dans ses extrémités, suivant les lois communes aux corps inorganiques ; mais ces changemcns de température du corps humain ne sont nullement en rapport avec les excès de chaud et de froid que la vie le met à meme de supporter. La température du corps humain est , à très-peu de chose près , la meme sous la zone torride et dans la Sibérie: ne faut-il pas reconnaître , dans la cause de la vie, un pouvoir d’engendrer du froid et du chaud, selon le besoin ?

En regardant la transpiration très-abondante des corps vivans , dans une température fort élevée , comme une vaporisation extérieure produisant la réfrigération , on est loin de se rendre raison de tous les faits. Nous expliquera- t-on par-là comment des poissons vivent , croissent

>174.2 , in- 12) , un grand nombre de faits prouvant que des personnes qu’on avait cru mortes , étant restées dans un état de mort apparente pendant un bon nombre de jours , mais sans se putréfier, ont pu recouvrer, avec la santé , l’usage de toutes leurs fonctions, dans les cas où on n’a pas commis l’imprudence criminelle de les enterrer vivantes , comme malheureusement on ne l’a fait que trop souvent.

et se reproduisent dans des eaux chaudes , qu’ils n’habitent pas ordinairement («) ?

Le corps humain vivant a donc des lois qui lui sont propres ; il se gouverne par lui-même : c’esS ce pouvoir que les anciens appelaient autonomie .

(5i) Dans ces maladies, à la suite de douze ou quinze heures d’une fièvre très-forte , il se manifeste sur un point de l’économie une escarre ayant l’aspect d’un morceau de charbon. Dans ïd charbon bénin , bien décrit par le professeur Boyer, et que j’ai vu quatre fois chez la même personne , on voit aussi des escarres , sans que , dans plusieurs cas , la fièvre soit préalablement survenue.

La potasse caustique est loin d’agir avec la même intensité ; d’ailleurs , on sait bien que son action ne consiste qu’en une impression fâcheuse pour la cause de la. vie , qui détermine cette dernière à abandonner promptement les parties en contact avec le caustique. La cause de la vie qui sert ici d’intermédiaire, n’a recours aux escarres , que comme à une sorte de rempart derrière lequel elle se retranche. On serait dans l’erreur, si l’on regardait ce phénomène comme un effet purement chimique : cela est si vrai, que la potasse caustique , appliquée à un cadavre , ne

(«) Lettres sur l’Islande , par De Troil , traduites par LiNDBLOM ; Paris , 1781 , in- 8° , fig.

produit rien de semblable à ce qui se passe chez le vivant.

(52) Plus d’une fois, à l’occasion de ce phénomène , on a condamné à mort des individus regardés injustement comme auteurs d’un crime qu’ils n’avaient point commis. Un homme de Reims , accusé d’avoir brûlé sa femme , aurait infailliblement péri , si des Docteurs consultés à ce sujet n’avaient reconnu une combustion humaine spontanée {a). Dans d’autres circonstances, on a été moins heureux s Yigné (h) nous apprend que l’infortuné Millet fut condamné à mort et exécuté , comme ayant assassiné sa femme , qui n’avait péri néanmoins que par l'effet d’une combustion humaine spontanée (c) !

(53) Les individus âgés , gras ; ceux qui s’adonnent aux liqueurs spiritueuses ; les femmes , sont les sujets le plus exposés à ce genre de combustion. Quand la disposition existe, la présence d’un corps en ignition , une étincelle électrique produite par un frottement même léger, sur-tout en hiver , suffisent pour déterminer un incendie fort difficile à éteindre. — Bianchini rapporte que la Comtesse Cornélia Bandi, qui périt

(a) Journ. de Med. , Chir. et Pharm. Jan. etFe'v. 179.3. (Æ) Médecine légale , p. i48.

(c) Voy. Orfila , Leçons de Médecine légale, t. I? P- 729*

de cette manière , avait contracté l’habitude de prendre des bains d'alcool camphré. Mais tonies ces causes, et quelques autres qu’on pourrait encore énumérer à leur suite , ne sont que de£ causes prédisposantes ou déterminantes , qui sont incapables de produire par elles seules le phénomène dont il s’agit , comme le peut uniquement la vraie cause efficiente.

(54) On doit reconnaître que la causé de la vie est aussi active dans cette destruction , que dans sa résistance à des températures tres-éloi griées l'une de l’autre. La combustion est si rapide , que presque toujours les secours arrivent trop tard. Il est très-difficile néanmoins , de réduire complètement un cadavre en cendres : la description des funérailles de Patrocle , dans Homère \ celle de la fin tragique de l’infortunée Didon, dans Virgile ; et celles de la punition de certains crimes par le feu , dans des temps plus rapprochés de nous , meme dans notre patrie : prouvent assez qu’il fallait employer, pour cet effet , une quantité de bois très-considérable. Aussi Mqntfaucon (a) remarque-t-il que 1 on trouve presque toujours beaucoup de hagmens d os , inèlés à des cendres, dans les unies cinéraires , qui , probablement à cause de cc^a , étaient appelées ossaria. J’ai vu , entre les

00 Antiquité expliquée , etc.

tnains du Directeur actuel du Depot de Mendicité de Bordeaux, une urne cinéraire, trouvée dans les environs de cette ville , qui pourrait servir de nouvelle preuve à l’assertion de Montfaucon.

(55) 11 est beaucoup d’exemples d’accumula-1 lions ou de combinaisons de corps qui s’enflamment spontanément , comme l’ont fait asse// souvent les vieilles hardes , le coton , les fourrages , etc.

Kopp (< a ) nous apprend que du noir de fumée et de Yhuile de chenevis , qui s’enflammèrent à Saint-Pétersbourg , vingt- quatre heures après leur mélange , faillirent incendier toute la ville. M. Keraudben croit que plusieurs des incendies du port de Brest ont eu des causes analogues.

La cause de la vie ne peut-elle pas combiner l’hydrogène , qui est si abondant dans notre économie , avec le calorique , le carbone , le soufre et le phosphore , et former ainsi une foule de corps éminemment combustibles dans l’intérieur de nos tissus ? Ces idées rendraient plus facile l’explica tion de certains faits analogues à ceux qui suivent. Plusieurs auteurs parlent d 'éructations enflammées. Dans les Mémoires de l’Académie royale des sciences (année 1751),

(a) Dans sa Monographie allemande sur ce sujet , publiée à Francfort-sur-le-Mein , ca i8n.

il est question d’un boucher qui vit une grande flamme sortir d’un bœuf au moment où il l’ouvrait. Morton a vu aussi une flamme sortir d<£ dessous la peau d’un cochon au moment de l’incision»

Ne sâit-on pas que l’hydrogène phosphore s’allume par son seul contact avec l’air atmo^ sphérique (a) ?

(56) Brydone parle d’une femme qui en se peignant tirait des étincelles de ses cheveux. Uri Sénateur des Etats-Unis , étant à Washington , et se déshabillant dans l’obscurité , remarqua beaucoup d’étincelles autour de ses jambes , lorsqu’il posait des bas faits de soie et de laine. Oit sait que cet état idio-éleCtrique est renforcé par la froideur de l’atmosphère.

(57) Puisque dans la Sibérie , par un froid de 4o° — o, la température du corps humain est toujours de 3o°-{-o (Réaumur) : il faut que la cause de la vie puisse engendrer, au besoin , 700 de chaleur. Ce pouvoir qu’elle a dans l’état sain * suffit pour donner une idée de ce dont elle est capable dans L ’état pathologique. Aussi je croirais que la cause de la vie a en elle-même le pouvoir de détruire le corps qui lui est entièrement SOU-

Ca) Pourvu qu’il ne soit pas trop chargé dé phospfitfré/ ^ oyez le Mémoire de M. H. Rose, Annal, de G huit, et do Phys. , 1827.

Tnis , par une combustion spontanée , dans toute la rigueur de l expression , c’est-à-dire , sans causes ni prédisposantes , ni déterminantes.

(58) Pour être susceptibles de se nourrir et de se développer, il importait que toutes nos parties eussent un certain degré de sensibilité : aussi MM. Prévost et Dumas ont reconnu , que , comme on l’avait déjà dit, F organe le plus tôt formé était, non le cœur, mais la moelle épinière. Il est même infiniment probable que la semence jouit d’un certain degré de sensibilité , avant que des nerfs s’y soient développés.

C’est aussi en raison de leur utilité qu’un bon nombre d’autres parties , telles que les yeux, les oreilles , les condyles de la mâchoire ( par rapport aux bâillemens) , les diaphyses des os longs : Sont les premières qui se développent après la moelle,

(5q) Je citerai comme exemple de vice de conformation primitive, l’espèce de nain qui n’avait à la place de ses quatre membres , que deux pieds et deux mains attachés au bassin et aux omoplates. Cette monstruosité que j’ai vue dans une édition du Tableau de l’amour conjugal, de Yenette , a été reproduite dans le traité des monstres de Moreaü-de-la-Sarthe.

Quant à la prédominance d’un côté sur l’autre, elle est loin de pouvoir toujours être rapportée à l’habitude : M. le Professeur Delpech regarda

( ïiS )

comme infiniment probable que, pHirirti vétn ent, l’un des deux faisceaux qui constituent la moelle est plus fort que l’autre. Une dame gàuchare, qui jouait fort bien du violon , n’a jamais pu parvenir à jouer du bras droit, quelques efforts qu’elle ait faits pour cela.

C’est le côté droit qui est ordinairement le! plus fort. Les animaux eux^mêmes partent du pied droit. Ceux qui blâmèrent Bouchardoîç d’avoir mis en l’air le pied gauche du cheval de la belle statue de Louis XV , ne sentaient pas que cette attitude était précisément une beauté^ Cochïn leur â fait une réponse ingénieuse et sans réplique , en leur disant qxxils ne sont arrivés que quand il était parii.

Les os du côté droit sont plus pesans que ceux du côté gauche , d’après Riolan,

Camper dit avoir remarqué que les hernies du côté gauche étaient plus fréquentes.

D’après Le Pois , Lieutaud et Ludwig , le rein gauche serait plus souvent calculeüx que le droit.

Enfin ,• Pouteàu nous assure que , sur dix ulcères , il y en a sept du côté gauche.

(6or) L’accroissement se faisant en quelque sorte par bonds , à 2 , 4 > 7 > 14 1 21 , et même a a5 ans ; on ne saurait le rapporter à l’action du cœur. Les femmes ont en général les mouvemens du cœur plus forts , leurs tissus plus

( iiG )

lâches ; et cependant leur développement est moindre que celui des hommes.

L’homme est quelquefois susceptible d’accroissement, quoiqu’il manque de nourriture. Le Ch. d’iGBY et Chaussier avaient vu des vipères privées de nourriture s’accroître sensiblement ; mais Pouteau a observé qu’une demoiselle atteinte d 'media , avait crû de deux pouces dans dix-huit mois , pendant lesquels elle n’avait pris que du sirop de capillaire.

Citois , médecin du Cardinal de PiICHELïeu , dit qu’une fille atteinte tout à la fais à' media et d’ ostcomalaccie , grandit d’un pouce dans deux ans. J’ai vu moi-même un accroissement de plusieurs pouces, pendant la seule durée d’une fièvre maligne qui fut mortelle.

Il est question dans les Mémoires de l’Académie. royale des sciences , d’un enfant qui avait six pieds moins un pouce à cinq ans ; et six pieds a six ans. Il avait de la barbe r et soulevait un poids de 1 5o livres.

Dira-t-on , d’après cela , que l’accroissement doit toujours être rapporté à la quantité de nourriture et à l’âge ?

(bi) On a remarqué que certaines personnes ne ressemblaient à leurs père ou grand-père, que quand l'accroissement était terminé. Ne semblet-il pas que , dans ces circonstances , la nature travaille à une ressemblance , comme un peintre

travaille à un portrait ? Ils ont l’une et l’autre leur modèle , mais leur ouvrage n’est ressemblant que quand il est fini.

C’est encore à la force plastique que doit être rapportée la conservation des formes de certaines parties , malgré l’embonpoint excessif de tout le reste du corps. Dans l’état physiologique , le tissu cellulaire des organes de la génération et des paupières n’est jamais graisseux : on sent combien les fonctions de ces parties auraient été gênées , si l’embonpoint s’était distribué d’une manière égaie.

(62) Il existe entre les pieds et les mains, ainsi qu’entre les articulations du pied et du poignet , du genou et des coudes , des rapports de forme qui n’avaient pu échapper au génie observateur de INo verre (a).

Quant au rapport du développement des pieds et des mains avec la taille que l’on doit acquérir un jour, il est si connu qu’il n’est peutêtre personne qui l’ignore.

(63) Chez les animaux des classes inférieures sur-tout , des organes même composés se régénèrent facilement. Spallanzani a vu des têtes de limaçons se régénérer. Si l’on adoptait le système de révolution pour la génération des

(<?) Voy. Lettres sur les arts imitateurs et sur la dansa en particulier, Paris 1807 , 2 vol. in-8°.

janimaux, on devrait aussi admettre l’existence à' organes de rechange...!— *Pour ce qui concerne la régénération de nos divers tissus, voyez ma Thèse doctorale (a) où se trouvent des exemples de régénérations dans des cicatrices et des cals ; ainsi que des preuves bien constatées de régénérations de portions d’os articulaires , et même d’os entiers.

Le fait de Jamieson ( h ) sur la régénération du gland chez l’homme , ne m’a pas semblé propre à convaincre. Le rétablissement des fonctions de l’organe , sous le rapport des deux sécrétions principales , ne prouve absolument rien dans ce cas. Un homme de 60 ans, à qui j’avais fait l’amputation de la verge près du pubis, s’aperçut deux ans après , que , malgré son âge et malgré l’opération , ces deux fonctions n’étaient pour lui nullement altérées.

(64) Des faits bien constatés prouvent que des parties complètement détachées du corps humain , sont encore susceptibles de s’y réunir.

L’excellent mémoire de Percy , sur cette question : Une partie vivante ayant été entièrement séparée du système animal , est- elle sus -

(a) Ayant pour titre : Considérations physiologiques et pathologiques sur Le Cal. Montp. , 1817 , in-40* § III.

' ( b ) Essais et observations de Mddec. d’Édimb, , t, V j

eeptible de s’y réunir ? (a) ; les operations de rhinoplastie , si heureusement pratiquées par MM. Carpue , Græfe , Delpech , Lisfranc , etc. ; et celles de cheiloplastie faites avec tant de succès par MM. Lallemand , Delpech , Textor, etc., (b) : doivent être regardées comme des espèces d’échelons conduisant vers l’admission de cette vérité. On savait depuis long-temps que des parties pi'esque entièrement détachées pouvaient très-bien se réunir ; mais les faits recueillis dans le Mémoire de Percy , et l’observation de M. Lespagnol , dont il est fait mention dans les Bulletins de l’Athénée de Médecine de Paris ( c ) , sont des preuves irréfragables de la réunion de parties entièrement détachées. Fauchard et Hunter ont vu reprendre deux dents implantées dans leurs alvéoles immédiatement après leur avulsion ( d ).

(65) Fauchard et Hunter ont vu participer à la vie , même des dents étrangères transplantées. — Hunter et Astley Cooper ont implanté des dents sur des crêtes de coq , où elles ont très^ bien pris. Le dernier a même convaincu de la vérité de ce fait John Bell , comme on peut le

(a) Journ. de Méd. , Chir. et Pharm. milit. , 1. 1, p. 85, (A) Yoy. Journ. des progrès , ete. , t. XIV, p. 34.7*

(c) Mai 1817 , p. ig8.

(J) V oy. le Chirurgien dentiste. Paris 1 786 , 2 yoI. in- 12; et 1 Lncyclop, méthode (Chirurgie, art. Dentf)\

voir dans la troisième édition de son Traité des plaies. — L.e Prof. Fages nous a eu cité un cas de syphilis constitutionnelle , causée par une transplantation de ce genre, qui fit les plus grands pavages.

A la suite du traitement d’une fracture singulière de la mâchoire inférieure , Carpue dit avoir trouvé dans une tumeur qui vint à la langue , une dent qui s‘y était greffée. « M. Carpue « cite aussi une lettre d’un de ses amis et élèves, « M. Sawbjsy , qui lui parle d’un Suédois , ac- « tueîlement â Londres , lequel lui a affirmé

avoir dans sa jeunesse fait avec un de ses amis « d’enfance , comme un souvenir d’une affecta tion inaltérable , F échange d’un morceau de « peau de leurs bras ( a ). » — Si Garengeot vivait encore , il pourrait bien rire à son tour de ceux qui se sont, tant moqués de lui !

Pour tout ce qui concerne les articulations anormales qui se forment quelquefois à la suite de la non-consolidation des fractures, voyez le Mémoire , avec figures , que j’ai publié sur ce sujet , en 1819 , dans le Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales. Je 11e sache pas qu’avant cette époque , 011 connût sur ce point autre chose que des observations éparses. Je reproduirai ce travail, avec beaucoup

O) Voy. le.Mérn, filé de Peücy , p. 140, ,

d’additions et réuni à neuf autres mémoires, dans un ouvrage avec lithographies , que je publierai peut-être avant la fin de cette année , sous le titre de Décade Médico - chinirgicale .

(66) Ruysch , entre autres , cite des faits de ce genre. — On ne peut pas méconnaître non plus une véritable création dans certaines parties accidentelles où l’on voit des vaisseaux de tout ordre , telles que les brides membraneuses des plèvres ; celles que présentent quelques fausses ankylosés et certaines vieilles hernies. La membrane croupale et les môles sont aussi dans ce cas.

(67) Le rapport des diverses modifications du flux menstruel avec la génération ( à ) ; les grossesses extra - utérines ( b ) ; l’influence de

(a) La suppression de ce flux peut , dans certains cas , s’accompagner d une pneumatose utérine , ayant assez d’anplogie avec une vraie grossesse , pour que même un chirurgien expérimenté puisse s’y tromper. Le Prof. Fages a eu cité un fait de cette nature , dans son Cours de Médecine opératoire à la Faculté : des rots de matrice énormes furent le résultat de cette espèce d’accouchement singulier.

(J>) iNori-seule ment un fœtus peut se former et se développer hors de l’utérus , dans la cavité abdominale , mais encore il peut se pétrifier et rester alors vingt-cinq ans, et plus, dans l’abdo rnen , sans que la femme qui le porte en soit très-fortement incommodée. JBlégny a publié , dans ses nouvelles déçonyertes sur toutes les parties de la

^imagination de la mère sur le foetus (a) , et ^indépendance de la vie de ce dernier, dans les circonstances ordinaires (6) ; enfin , une disposition spéciale dont la production des jumeaux est l’effet , susceptible de se conserver dans une

Médecine , l’histoire d’une femme qui porta pendant vingtcinq ans , un enfant pétrifié. Bayle et Santorini ont aussi vu des faits de ce genre. Le fait de ce dernier est même accpmpagné d’une circonstance bien remarquable ; c’est que la femme qui fait le sujet de l’observation portait json enfant pétrifié depuis vingt-trois ans , lorsqu’une nouvelle grossesse se manifesta malgré cet état.

(a) Voy. Pline, Schenck (*) , Thom. Fienus (3) , Malle br anche (3) , et la bonne dissertation de M. Prosp. Thomas (£). J’ai connu un enfant manchot , fils (d’une femme qui étant enceinte à l’époque de la Révolution , avait appris avec douleur que son mari était entré dans une Église et avait cassé le bras d'un Christ d’un coup de bâton. N’est-il pas digne de remarque que le njême bras de l’enfant ait été tronqué dans le même lieu ?

(b) Vid. Ekn. Gottl, Bose ( De yitâ fœtûs post mortem jïiatris superstite. Lips. 1786),

Une femme peut être morte et porter un enfant vivant; voilà pourquoi l’on est dans l’obligation de pratiquer l’opération Césarienne chez les femmes enceintes peu d’inslans après la mort , lorsque la grossesse est assez avancée pour que l’enfant soit viable, M. Pourché a eu fait une opération Césarienne de ce genre à la Maison-Centrale-de-Déten-

(0 Oh s. med. rar . , lih. IF, de gravidis.

(a) De viribus imaginationis traclatuff Lugd. Bat . l635; J71-X3©

(3) Recherch. de la vérité,

(4) Montp. iSia ,

famille où elle paraissait héréditaire (a): tel» sont quelques-uns des nombreux objetsqui , a cetlA époque , ont été passés successivement en revue.

(68) Les vers, les cirons de certaines gales, les pedijciUi humani , les poux , sont autant d’insectes propres à l’homme ( [b ).

Il y aurait des insectes , selon Bonomo (c) et Camper 7 dans l.e virus, de la petite-vérole ; et selon Hugman , dans la matière des dartres.

Il n’est pas de partie où l’on ne puisse trouver des vers: Spigei, eq a rencontré dans le corps

lion ; et j’ai njoi-même pratiqué cette opération dans des vues analogues , sur une femme de la Valfère , dont l’enfant dûment ondoyé vécut 4° minutes.

Comme ordinairement la certitude de la mort ne saurait être acquise , dans ce cas , d’après la putréfaction bien établie , qui cependant est le seul signe capable de l’attesteu lorsqu’il est isolé; le tempérament du sujet, mais sur-tout la nature et la marche de la maladie, seront les principale^, circonstances les plus propres à fournir des indications.

(a) Il existe réellement des familles gémellipares ; ». Vire Y en a consigné une belle preuve dans l’article Génération , du Dict. des Sc. méd. en 6o vol. Non-seulement u deux frères jumeaux ont eu de leurs femmes des jumeaux « à plusieurs reprises, » mais bien plus « la femme de l’un « d’eux étant morte , la seconde femme produisit encore * des jumeaux. »

(b) \oy. Bremser , Traité zoolog. et pysiolog. sur les vers intestinaux de l’homme , trad. par Grundler. Pari$ $824 et suiy. ( au moins pour ce qui concerne les vers).

Ç6) Oss< intorn. a pellicelli. del corpq umano, FlRENZ, 1787.

vîtré de Tœil ; mais faudrait-il en conclure que les œufs des vers roulent dans nos vaisseaux avec le sang , et sont portés par ce fluide dans tous nos organes ?

Le Taenia n’a été appelé solitaire , que parce que souvent on le rencontre seul. Van-Swieten a vu aussi des vers uniques. Lqbstein et Chapo- Tin ( a ) ont de plus rencontré des chenilles uniques dans le corps humain.

On trouve dans Sauvages l’histoire singulière d’un homme qui rendait par la houche , par l’anus , et par plusieurs plaies non-seulement des poux et des pediculi humain, mais encore ,des scarabées et des espèces d’araignées (b).

(69) Les yeux de beaucoup d’insectes ne sont formés que par une expansion nerveuse, recouverte d’une pellicule doublée d’un enduit plus ou moins opaque ( c ). La simplicité de cette organisation doit rendre moins étonnans les faits que je vais indiquer. — Transport des sens de la vue et du goût à l’épigastre ; et de celui de Y ouïe aux doigts, chez une cataleptique somnambule ( Petetin ), — Transport des sens de la vue

(a) Descript. topograph. de l’Ile-de-France.

(A) Voy. dans les Éphémér. de Montpellier (Juîn 1828) le Mémoire que j’ai publié sur des vers engendrés dans Vinièrieur de nus tissus.

(c) Cuvier , Leç. d’Anat, comparée , t, II , i2nie leç., art. i3.

et de l 'ouïe à la région épigastrique cüéz Une Demoiselle qui, pendant ses attaques, éprouvait successivement un tétanos , un opisthotonos et une catalepsie ( Fouquet ). — Transport des sens de la vue à la nuque , chez une somnambule par l’effet du Magnétisme (a).

(70) Taies à la cornée; hypopyon ; cataractes de divers genres ; glaucome ; coloration des milieux réfringens en jaune , cause que les ictériques voient tout de cette couleur. — Myopie ; presbytie ; diplopie ou vue double par cicatrice à deux facettes de la cornée. = Un habitant de cette ville a eu éprouvé une maladie singulière. Trop de continence lui procurait une vraie diplopie : il voyait tous les objets doubles jusqu’à ce que la cause de cette altération de la vue eût été directement attaquée et détruite. Cet exemple de sympathie entre les organes de la génération et les yeux , était trop intéressant pour que j’aie pu le passer sous silence. La Diplopie , purement vitale , dont il vient d’être question , pourrait s’ajouter aux dix espèces qu’énumère Sauvages (b).

(ci) Rostaîï , Dict. de Med. en 21 vol. (Magnétisme .) Voy. dans les Éphémérides médicales de Montpellier, la Lettre du docteur CazaïNTRE à M. L.ORDAT , sur une transposition du sens de la vue ; la réponse de M. Lordat , et ses réflexions sur quelques points de la théorie de la vision.

(fi) Vid . Nosol. method. syst. morb. clas . , tom. II , p. 192,

* (’jt) La lumière blanche est compose'e de dlfférens rayons colorés , réfrangibles a divers degrés , comme le prouve sa dispersion par un prisme de verre -donnant lieu à la formation du spectre solaire. L’ôeil humain est organisé d’une manière si admirable , qu’à très-peu de chose près, il réunit au même foyer tous les rayons colorés , malgré leur divers degré de réfrangibilité : c’est en cela que consiste son achrotna tismê presque, par fait. Eulkr cherchant la cause de cet achromatisme de l’œil, avait soupçonné la réfraction par des milieux différens. Dollond , Savant opticien anglais, s’empara de cette idée, et en combinant un verre concave de Flingt-glass , avec deux verres convexes de Krown-glass , il inventa la lentille achromatique. On né doit pas être étonné, d’après cela , que l’épaississement des humeurs de l’œil , ou le ramollissement du crystallin , altèrent l’achromatisme naturel de cet organe

C’est probablement à quelque altération de ce genre , que l’on doit rapporter le vice de lâr vision qu’un fameux peintre , Hyâc. Rigaud , de Perpignan , avait éprouvé vers la fin de sa vie , et qui lui faisait voir sur tous les objets une légère teinte violette. Ses derniers tableaux se sont ressentis de sa maladie , comme il est aisé de s’en convaincre principalement par les carna* Lions.

( te? )

(72) Phfhisis pupillœ (a) ou synîsésis (i) tnydriasis; héméralopie ; nyctâlqpie ; vué de côté ( strabismus luscitans de Sauvages (c) ). — Une! de mes parentes ne peut voir que les objets placés tout-à-fait à sa droite. La cause de cette maladie est la paralysie du côté droit des deux rétines*

(y3) On ne peut rien voir de satisfaisant dans}' ce qu’on a dit pour l’explication de ce phénomène , ni sur rallongement et le raccourcissement du globe de l’œil , par Faction des muscles droits et obliques ; ni sur la contraction et la dilatation de la pupille ; ni enfin sur le déplacement du crystailin en avant et én arrière (d).

(à) Castelli, Lexicon grœco-latinum. Geneç. 1746, in-tp*

( b ) Sauvages , Nosol. méthod. , 1. 1 , p. y3o.

(c) Le strabisme étant un défaut de r apport entre les deux yeux , Sauvages n’aurait pas dû appeler ainsi une maladie qui peut n’atteindre qu’un seul œil*

(d) Haller rapportait cette faculté de l’œil aux mouvemeus de l’iris ; mais Daviel avait vu l’œil conserver cet avantage chez1 un homme dont Y iris était restée adhérente et immobile apres une opération de cataracte. — « Il est « impossible de dire,....,, à quelles causes cet organe doit " de pouvoir voir à des parties différentes ( 1 ). »> M* Magendie ne fait , avec raison , aucun cas de ces explications (2) ; et M. SiMONOFF , savant astronome russe , soutient , en s’appuyant sur des démonstrations mathématiques , que pour y voir à des distances différentes , il n’est pas nécessaire que l’œil change de forme (3),

(t) Adelon, Dict. en 21 vol. (Vision,)

(.->) le t. IY du Journal d.o Physiologie de M. MAGENDIE,

(^4) Galien appelait fondions privées , ce que Bordeu a nommé depuis vie propre. Ce que Galien désignait par fonctions publiques n’a pas besoin d’étre défini.

(75) Fourcroy et M. Vaüquelin n’ont point trouvé l’acide hydro-phtorique (fluorique) que Berzélius a désigné le premier dans les os humains ; mais ils ont reconnu , dans la composition de ces organes , des oxydes de fer et de manganèse , de la silice et de X albumine , que le savant chimiste suédois n’a pu y découvrir (a),

Lémery et Menghini avaient déjà démontré l’existence de parcelles de fer, dans la terre qui , chez les vieillards , se porte sur les articulations ou dans les reins (b);

Du reste , M. le Pr Ànglada s’est assuré , par des expériences faites en 1816, que les principes constituans des os avaient les memes proportions dans les substances compacte , réticulaire et spongieuse.

(76) Calcination des os ; extraction de leur gélatine par une longue ébullition , ou à l’aide du Digesteur de P api N ; macération dans des acides muriatique ou nitrique affaiblis.

Je ne puis me dispenser de signaler ici l’appîi-

(a) Orfilx , Élém. de Chim. , t. II , p. 537.

(£) Voyez les Mém, de l’Académie des Institut, de Bologne , t. II.-

cation tout-à-fait ingénieuse de ces connaissances chimiques faites par M. de Gimbernat , à l’extraction de la gélatine des os , pendant le blocus de Strasbourg ; et à laquelle M. Le Zai , Préfet de cette ville , dut le plaisir tout nouveau de manger une soupe an té-diluvienne : le bouillon en avait été fourni par les os d’un Mammout de l’Ohio, pris dans le cabinet de M. Hermann (a).

La nature opère quelquefois des analyses chimiques fort analogues , dans certaines maladies.

Os friables par défaut de gélatine. Tous les auteurs reconnaissent qu’ils sont ainsi dans la vieillesse. G alien (b) paraît avoir connu des faits semblables à celui de Lamotte , rapporté par SÉnac(c) , au sujet d’une femme dont les enjans étaient très-sains , et chez qui néanmoins les os devinrent extrêmement fragiles. Les os de la veuve Mellin étaient si friables , qu’à l’ouverture de son cadavre, les doigts de Saillant (cl) entrèrent, avec la plus grande facilité, dans un des genoux dont ce chirurgien avait voulu seulement reconnaître la consistance. Platner (e)

( a ) Journ. de Méd. chir. et pharm. milit. , t. I , p. it^i.

(/>) Vidimus enitn non semel , cum valenter siccarentur ossa , œgrè provenisse caltum. ( Meth. med, , lib. 6 9 ym!t ,

00 Préface sur les mal. des os de Du Verney , p. xv.

(d) Mém. de la Soc. de Méd. , 1776 , p. 32 1.

00 Insiit, chirurgien ration. Vend, 1747» in~lV •

reconnaît la friabilité des os par le scorbut et la syphilis. J. -Ch. Heyne (a) nous fait aussi connaître un exemple remarquable de friabilité du bras , par l’effet de la syphilis. Le Camus (6) a vu des os comme calcinés par le vice cancéreux. Marc-Ant. Petit (c) a vu une femme dont les os se brisaient quand elle se tournait dans le lit : elle avait sept fractures à sa mort.

Os ramollis par excès de gélatine, ou par défaut de phosphate calcaire. Péroné que l’on coupait comme du fromage (d). Enfant dont l’humérus se tordait comme une courroie ( Forestus ). Fiachitique dont le fémur était aussi mou que du lard (Strack). Branches de la mâchoire converties en une substance demi-ligamenteuse et demi-cartilagineuse (e). Voyez en un mot tous les faits consignés dans la Thèse du Dr C ase (/) , et qu’il serait trop long de reproduire ici. Les plus

curieux sont, sans contredit, ceux de la femme

SüPPIOT , d’ELISABETH WlNKLER , de PlERRE Siga et de la veuve Mellin.

(«) Haller , Theses chirurgicœ-medicce , de prœcipuis ossiurti mordis , U XXIX , p. 38g.

(J)) 'Médecine rendue plus simple , plus sûre et plus méthodique , t. II , p. 21.

(c) Ess. sur la méd. du cœur , p. 32 4-

( d ) Haller, Opusc. pathologie., p.xZ’j.

( e ) CHESELDEN , Osieogrupli. iniroduct.

(/) Considérât, physiol. et patholog. sur Y ostèomulaxie . Montp. 1819 , in-4°.

II sera question plus tard des exostoses , surtout éburnées , causées par Ja prédominance du phosphate de chaux , et qui dépendent d’une diathèse spéciale.

Ostéogénie. On est étonné que pendant longtemps on ait voulu rapporter la formation et la réparation des os exclusivement au périoste : on devait croire , je ne sais trop pourquoi , que faire un os était , pour la cause de la vie , plus difficile e[\\e faire du périoste. Mais les cristallins, les testicules osseux , etc. , ont bien prouvé qu’il >e forme des os sans le secours de cet organe.

J ai vu , avec ML Jallaguier , sur le cadavre Tune femme qui portait depuis long-temps une fistule à l’hypocondre gauche , l’intérieur de la -a te forman I une caverne tapissée de fragmens osseux , absolument semblables aux os ordinaires , comme l’analyse chimique l’a démontré* L 'abrasion des os au voisinage des anévrismes ;t de beaucoup d autres tumeurs non puisantes , si loin d être 1 effet d’une cause purement phyique : c est un phénomène synergique entièrenent vital , fort analogue à la destruction des acines des dents de lait , qui , comme on le sait, ie sont nullement en contact avec la couronne les dents qui doivent les remplacer (Lordat).

1 semble que , dans ces cas , la cause de la vie ,} >ou r qui les efforts médicateurs ne sont pas alors ossibies , travaille à mettre à leur aise les tu-

meurs de ce genre , pour éviter la production des symptômes que leur compression ou leur gêne ne manqueraient pas de causer.

(77) Mêlée à beaucoup d’erreurs dans l’Anatomie générale de Bichat ; passée pour ainsi dire à pieds-joints dans les ouvrages de MM. Magendie , Broussais et Isid. Bourdon ; exposée avec un peu plus de détails dans la Physiologie de M. Richerand, et sur tout dans celle de M. Adelon , qui n’aurait pas manqué de rendre un plus grand service , s’il avait séparé de sa Physiologie les détails anatomiques dont ses quatre volumes abondent: la Physiologie du système osseux n’a été convenablement enseignée , que lorsque M. Lordat l’a choisie pour sujet du Cours qu’il a fait à la Faculté de Médecine en 18 1 3.

(78) Peut-on regarder la sensibilité et la contractilité comme des propriétés ? Très-certainement non.

Une propriété, c’est-à-dire, une qualité propre à un corps , doit être toujours par-tout où le corps lui -même se trouve : vrai caractère de cet objet , elle en est inséparable. Un muscle és t susceptible de sensibilité et de contractilité, chez le vivant ; mais dans le cadavre , il ne présente plus ni Y une , ni Vautre : il n’a cependant pas cessé d’être un muscle. Peut-on regarder comme des propriétés de ce muscle , la sensibilité et la

contractilité qui l’ont abandonné ? Il faudrait pour cela , que les propriétés des corps pussent ou se joindre à eux , ou s en séparer , ce qui serait réellement absurde.

Il en est bien autrement des facultés ou des forces. Un homme a la faculté de lire , de penser, de raisonner ; mais il a acquis ces facultés , et il peut les perdre. Un homme est doué d’une force corporelle extraordinaire ; mais il l’a acquise peu à peu , et mille causes peuvent Y affaiblir en lui , ou même Y anéantir , sans que pour cela il cesse nécessairement d’être un homme. Les facultés ou forces peuvent donc s’acquérir ou se perdre, la constitution matérielle du corps restant la même ; tandis que les propriétés d’un corps ne sauraient être détruites sans que sa nature , dont elles dépendent , ne le fût aussi.

On aura toujours des idées confuses sur ce sujet, tant qu’on ne distinguera pas , comme ou doit le faire , d’abord , les attributs essentiels des principes d’ac tion , d’avec leurs facultés respectives (a) ; mais sur-tout , ensuite , la vie et Y âme, d’avec Y arrangement pur et simple de la matière <

Sensibilité des os. Elle a été prouvée par la carie de l’émail des dents, qui ne s’affectent ainsi que pendant la vie ; par les exostoses éburnèes,

fa) \ oyez les noies (n) et (12) , p. 81.

dont Rxjysch , Bidloo , Morand , MM. iJu-s PUYÏREN et sur-tout RibeLl, de Perpignan, nous ont donné de beaux exemples ; et qu’on ne peut concevoir que comme le résultat d’un vice de nutrition , supposant nécessairement un certain degré de sensibilité. Pourquoi ces exostoses ne vivraient-elles pas comme les dents de l’éléphant?

Contraction des os. Elle est lente et souvent peu sensible , mais elle existe. Retour de la cloison du nez ou des parois de l’an tre d’H ygmor, après l’extraction des polypes de ces parties. Retour des parois du canal vertébral et du crâne, après l’évacuation des eaux, dans l'hydrocéphale et l’hydrorachis. — Boîte osseuse s’affaissant après l’extraction d’un séquestre. — Trou optique étroit après l’atrophie du nerf de ce nom ; orbite resserré après l’extirpation d’un œil cancéreux ; canal carotidien rétréci après la liga ture de la carotide interne (Bichat, Anat. génér. „ 1. 111, p. 4 1).— Contraction des alvéoles dentaires vides ( Blumenbacü ; Sue, dans la traduction de l’ostéol. de Monro). Canines de la mâchoire supérieure , séparées seulement par un petit espace triangulaire à leur base , chez un jeune homme de Béziers qui avait perdu les quatre incisives intermédiaires (Lordat).

Dilatation active des os. Expansion de l’extrémité des os à l’occasion de leur fracture. — Expansion plus marquée encore dans la carnifcaimn

des os, dont Petit, entre autres , a vu un exemple remarquable dans une articulation iléo-fc morale. Le meme auteur parle encore d’une tumeur osseuse , spongieuse, développée assez rapidement sur les os du crâne , à la suite d’un coup de pied de cheval. M.Lordat a vu aussi des végétations considérables venant d’une côte et qu’il fallait toujours déprimer.

On peut voir, dans le Conservatoire de la Faculté, une pièce anatomique, donnée par Vigàrous, portant la majeure partie d’un kyste osseux qui avait été trouvé rempli d’une matière suiffeuse : seul fait de stéalôme osseux qui me soit connu.

Pourrait-on ne pas admettre, indépendamment d’une fluxion , la dilatation active de la partie malade , sur-tout dans ce dernier cas P

(79) Comme dans la note (76) il a été déjà question de la friabilité des os et de Y ostéomalacie , nous ne parlerons ici que de la diathèse osseuse. Cette disposition tantôt générale, tantôt bornée à une seule partie , est l’unique cause des réunions des os et des générations osseuses , que l’on ne saurait plus aujourd’hui rapporter exclusivement au périoste.

Aux faits déjà cités en faveur de cette assertion , nous ajouterons les suivans : cœur ossifié (C heseld e n). M. le Professeur Delmas en a long -temps conservé un dans cet état, —

Valvules semi- lunaires de l’aorte ossifiées et adhérentes (a). — Aorte ossifiée (b). Dans le Conservatoire de la Faculté, il existe une pièce anatomique de ce genre , déposée par M. le Professeur Dubrueil (c).

Tout le système artériel a été trouvé ossifié chez un vieillard , par Puolan. Le fameux Thomas Parr , mort à i53 ans , a présenté un phénomène semblable , comme on peut le voir dans la relation que nous a laissé Harvey , qui fut chargé de l’ôuverture du cadavre (d).

Une fracture met en jeu la diathèse osseuse qui souvent ensuite va beaucoup plus loin qu’il ne le faudrait : c’est à cela qu’on doit attribuer les cals volumineux, et l’ossification de quelques

(a) Ruysch , Obs. anat. chirurg. Cent. , obs. LXIX , p. 90.

{U) Wepfer et beaucoup d’autres qu’il serait trop long de citer.

(c) J’espère prouver bientôt , dans ma Décade médicochirurgicale , - que c’est uniquement parce qu’on a manqué de philosophie, dans la considération des diverses causes de l’angine de poitrine , que l’on a pu admettre l’erreur qui a porté Fothergill (1) à regarder l’ossification de quelques points de l’aorte et des artères coronaires , comme cause efficiente de cette angine.

(J) Anal. Thom. P a rri , Harvey op. omn. a Collcg. mcd. Lond. cdiL , p. 607 ci seq.

(1) Vid.mei. ois. sociel. of, phys, in London , vol. P' ,

organes avoisinant les fractures. M. le Prof, Lallemand a vu l’ossification des artères de la jambe à l’occasion d’une fracture du tibia.

Les veines peuvent aussi s’ossifier , quoique Bichat ait assuré le contraire (a). Veine-cave inférieure ossifiée ( [b ). — Saltzmann, Walter et Murray ont vu des veines dans le même état (c).

J’ai vu , avec M. Lordat, le cerveau ossifié d’un bœuf qui , pendant sa vie , n’avait pas donné le moindre signe d’une semblable altération. Cet animal faisait toutes ses fonctions aussi-bien qu’on pût le desirer.

Pour ce qui concerne la tête, signalée comme extrêmement curieuse et propre d’ailleurs à jeter du jour sur la théorie de l ankylosé, on pourra la voir lithographiée dans l’ouvrage que je dois publier après celui-ci.

(80) Cette disposition a produire de la matière osseuse n’atteint parfois que quelques articulations. Le prétendu sauteur qui donna lieu à la brouillerie de Barthez avec Dumas , porte une ankylosé vraie au coude du coté droit. ( Conservatoire de la Faculté. ) On peut voir aussi ,

(а) Anal, génér. , t. II , P. 404.

(б) Morgagni , episl. 64 , n° 9.

(e) Yoy. le Mém. de M. J. F. LoBSTEIN sur l’ossificalion des artères , t. I des Mém. de la Société des sciences agric. et arts de Strasbourg.

dans le meme lieu , une belle pièce anatomique ayant deux ankylosés vraies , l’une entre le fémur elle tibia ; l’autre entre un des condyles du fémur et la rotule. Cette pièce présente , en outre , un cal assez remarquable au-dessous d’une carie.

(81) Cette disposition générale devenant plus fortement prononcée , s’empare quelquefois de toutes les articulations , quoiqu’elle respecte même alors le corps des os. Columbus et Deslandes ( a ) , Walter ( b ) , Percy (c) et Larrey , nous fournissent des exemples d’ankylose universelle. Un des plus curieux est , sans contredit, celui de Percy, relatif au Capitaine Simorre. Forcé de rester dans un fauteuil pendant plusieurs mois , à cause d’une insomnie occasionée par le travail qui souda ses articulations , ce malheureux mililaire eut toutes les pièces de son squelette ankylosées dans une position si singulière , qu’on ne pouvait se dispenser de le caler, après l’avoir transporté d’un lieu dans un autre. — J’ai cité , dans ma Thèse doctorale , un exemple curieux d’ankylose universelle , que M. le Dr Gay a bien voulu me communiquer, et qui reconnaissait la masturbation pour cause.

(a) Notes de Sue , sur sa trad. de l’ostéol. de Monro.

(b) Mus, anatomie.

(c) Bullet. des scienc. par la Soc. plûlom. , A. X , n° 60 , p.g3.

(82) Dans d’autres circonstances, la diathèse osseuse porte exclusivement sur le corps des os et respecte les articulations mobiles. Marc-Aurèle Séverin («), Bidloo(^), Petit (c), Platner(J) et un grand nombre d’autres auteurs modernes , en citent de beaux exemples.

Cette disposition atteint aussi quelquefois tous les os du squelette : Courtial parle d’un chapon que l’on servit dans un dîné et qui fut trouvé entièrement osseux, au grand étonnement des convives. Dans une lettre de Saucerotte écrite à Barthez , en 1 772 , et trouvée dans les manuscrits dont M. Lordat a hérité , il est question d’un homme de la Lozère , dont les os croissaient beaucoup en épaisseur seulement. Le développement des os du crâne avait exigé des chapeaux faits exprès ; les côtes avaient un pouce et demi d’épaisseur et chevauchaient les unes sur les autres ; les pieds , œdémateux en apparence , étaient reconnus réellement osseux au toucher; la mâchoire inférieure dépassait de beaucoup la supérieure: les dents de l’une étaient à deux travers de doigt de celles de l’autre. On ne put arrêter la marche de cette maladie , quoique l’on

(a) De effic. medic. , lib. 3.

(.b) Exercit. anatomie, chirurg. , Dec. duæ,p. 36g. 00 Malad. des os , t. II , p. 38o.

00 Institut, chirurg. ration. , p. 370.

eut eu la précaution de bannir du régime prescrit au malade , les alimens que l’on croyait propres à. fournir des matériaux à cette disposition. Cette affection était si profonde , que les urines se prenaient comme de la gelée.

Le docteur Ribell , de Perpignan , a publié, dans sa Thèse doctorale (a) , un exemple trèsremarquable d’exostose éburnée des os du crâne et de la face.

(83) D’abord, il est des tumeurs d’une nature mixte, qui ont été déclarées tantôt osseuses, tantôt pierreuses , par des auteurs également recommandables : il semble qu’elles forment , pour ainsi dire , le passage des tumeurs décidément osseuses , à celles qui sont décidément pierreuses. Ensuite, on a observé que la production de pierres s’accompagnait quelquefois d’une sorte d’ atrophie r, de marasme des os. M. Ribes , de Paris (lé) , a trouvé plusieurs centaines de calculs , dans les reins, les uretères et la vessie d’un directeur du théâtre des ombres chinoises, appelé Séraphin. Cet homme était mort, âgé de 55 ans, â la suite de la troisième des opérations de taille , qui lui avaient été faites dans dix-huit mois. M. Ribes rfose affirmer que ces pierres

(û) Dissert, sur les exostoses , etc. ; Paris , i8a3, in- 4°,

avec une lithographie.

(Jb) Dict. des sc. méd. en 6o vol. , art. Os,

étaient formées au détriment du système osseux , mais il fait observer , du moins, que les os étaient si appauvris et si peu résistons, que, serrés entre les doigts , ils cédaient aisément à la pression et se fracturaient avec la plus grande facilité. INT estil pas permis , d’après cela , de soupçonner quelque rapport entre les diathèses lithique et osseuse ?

(84) Parmi les causes de la nécrose , consistant dans des impressions fâcheuses qui tendent à éteindre directement les mouvem eus intimes dont la vie dépend, j’ai indiqué les suivantes.

i° Le froid. Fabrice de Hilden avait observé que le froid pouvait nécroser les os d’un membre , sans que la congélation des parties molles fût indispensable. Cette observation s’accorde parfaitement avec celle de M. Lord AT , qui a remarqué que , dans la congélation des membres, la nécrose s’étendait plus haut que l’altération des pai ties molles.

Les anciens croyaient que l’exposition des os à l'air suffisait pour les nécroser : c’était une erreur. Fabrice de Hilden a vu des dénudations d’os qui n’ont pas été suivies de leur nécrose , et il n’est pas le seul qui ait fait des observations de ce genre. Quand la nécrose se manifeste dans ces circonstances , il est infiniment probable que , comme le pense M. Boyer , c’est plutôt le froid que V air qui en est cause.

2° te chaud , ou l’impression du calorique au-dessous du degré comburant , comme dit M. Boyer. Les parties molles sont douées d’un pouvoir frigorifique , dont la cause est peutêtre dans la vive contractilité dont ces parties sont susceptibles , et qui semble manquer dans les os.

3° Les spiritueux , les acides , les alcalis. Ces diverses substances ne paraissent aussi agir

directement contre la vie des os , que parce que ceux-ci n’ont pas la faculté de resserrer leur tissu , comme les parties molles sur lesquelles ces corps exercent leur action ; ou de faire épancher un liquide protecteur entre eux et les substances qui les affectent , comme lorsque les cantharides attaquent la peau. — Quant à l’action du pus sur les os , des expériences nombreuses, faites avec M. Lord AT , à la Maison-Centralede-Détention de cette ville , nous ont bien convaincu qu’elle était nulle dans la production de la carie et de la nécrose.

(85) On peut lire, dans le Journal des progrès et des institutions médicales («) , un bel exemple de nécrose médicatrice : à l’occasion d’une atrophie , on a vu un bras maigrir d’une manière si forte à la partie moyenne de l’humérus, que , lorsqu’il se détacha quelque temps après dans ce

(«) Première année.

point, la cicatrice fut parfaite sur le moignon.

(86) J’ai été étonné que Samuel Cooper se fût exprimé ainsi qu’il suit , dans le bon Dictionnaire de Chirurgie que nous lui devons. « A l’ex- « ception de la mâchoire et de Y omoplate, on « n’a observé le travail de la régénération que « dans les os cylindriques. » D’après la manière dont Clopton H avers (a) et M. Fodéré ( b ) s’expriment, il paraîtrait qu’ils ont vu beaucoup de cas de régénérations osseuses après l’opération du trépan. Il résulte d’un fait consigné dans les Essais de Médecine d’Édimbourg , et reproduit par Tarin , dans son Ostéographie , que , chez un enfant , on a vu une grande portion des os du crâne , de la dure-mère et même du cerveau . parfaitement régénérée.

Morand et Fahet ont eu présenté à l’Aca^ démie Royale des Sciences , des portions de crânes où l’on voyait évidemment des régénéra lions osseuses.

Walter décrit , dans son Muséum , une collection de crânes ainsi réparés. Les régénérations osseuses de quelques-unes de ces pièces sont meme si parfaites, qu’on a de la peine à se figurer qu elles aient réellement éprouvé de grandes déperditions de substance.

{(i) Deossil., cap. 3, p. i44*

(I) Physiol. posit. , t.I, p. ai.

Galien, et MM. Boyer ( a ) et Delpecii ( b ) , ont vu aussi des portions de sternum régénérées .

On a conseillé , il n’y a pas long-temps, de remettre en place le bouton osseux que l’on enlève au crâne dans l’opération du trépan : plusieurs faits prouvent qu’il se forme alors un cal circulaire ( c ). On peut voir, dans Joe à Mecckr’en(é/), l’observation curieuse où il est question de l’ouverture d’un crâne humain parfaitement réparée par une portion d’os enlevée au crâne d’un chien. Le personnage qui fait le sujet de cette observation fut excommunié jusqu’à ce que, par une opération nouvelle , il se fût délivré de la portion d’os de chien à laquelle il devait sa guérison.

(87) Le séquestre est le résultat d’un véritable effort médicateur : la nature , ne pouvant chasser l’os nécrosé , l’empêche au moins de nuire, en renfermant dans une boîte ou un étui osseux de nouvelle formation. Inett a envoyé à Hunter une pièce , où l’on voit tout le corps du tibia nécrosé et enveloppé comme dans une gaine osseuse , dans laquelle il est mobile , mais par-

(a) Trait, des mal. chirurgie. , t. III , p. 36.

{]>) Précis élém. des malad. réput. chirurg. , l. III, p. 36. (c) Yoy. Nouv. Biblioth. médic.

(J) Obscivationcs medico-chirurgicœ ; Amstel. 1682, in- 8®. fig. , pag . 6 et seq .

faitement retenu (a). WeidmANN a vu un fait de ce genre (b). « Morand , Cheselden et « Brumfield ont donné des gravures représen- « tant une reproduction de la partie supérieure « de l’humérus, dans laquelle la portion osseuse « ancienne et nécrosée , se trouvait renfermée <c comme dans une espèce de cylindre osseux (c). »

(88) De nocorum ossium, Wiinlegris aut maxirnis, ob morbos , deperditionibus , rcgeneralione , expérimenta. Lut. Par. 1770, p. 27.

(89) Le cal , disproportionné à la déperdition de substance des os , est cause d’un raccourcissement ou d’un allongement des membres , dont la claudication, s’il s’agit des membres inférieurs,; est également la suite inévitable. Barthez a vu une exfoliation du tibia , après un érysipèle donner lieu à un cal volumineux , avec allongement très-sensible du membre.

(90) Le diplo'é et les lames compacte et vitrée des os du crâne qui le recouvrent , semblent avoir été imités par les ingénieurs militaires , dans les remparts faits d’un moellon de remplage , entre

(a) Med. obs. and inquir., vol. II ; cit. par S. Cooper.

(Jj) De necrosi ossium, p. 29.

(c) Sam. Cooper , Dict. cit. Nécrose. = Voyez dans le même article , les idées propres à Weidmaisn , sur la nature du pus qui accompagne les nécroses. Suivant lui , la mauvaise qualité du pus est moins l’effet de la nécrose „• que celui de la constitution détériorée des sujets.

deux murs de revêtement en pierre de taille. On trouve , en effet , dans les constructions de ce genre, la solidité réunie avec la légèreté ; et un mode de résistance , analogue à celui que les os du crâne et du bassin opposent à l’action des corps vulnérans qui peuvent les atteindre.

Certaines portions d’os ont pu être composées presque exclusivement de matière compacte , quoiqu’elles soient alors ircs-fragiles ; parce que elles sont situées à l intérieur du crâne : la voûte sus-orbitaire est dans ce cas ; mais , par cela même , leurs fractures sont toujours accompagnées de graves accidens : ori n’ignore pas que les coups d’épée dans l’œil sont très -souvent mortels. Aussi , dans les points extérieurs du crâne , où le rapprochement des deux tables est considérable , comme à la tempe , la nature s’est fait en quelque sorte un rempart de parties molles (Crotâphyte et ses aponévroses ).

Pour que l’on sentît bien les avantages respectifs de la construction des différentes cavités, j’ai fait connaître les suites du transport , par la pensée , de l’organisation de chacune d’elles aux deux autres.

11 vous a dès-lors paru facile de pressentir, quels auraient été les effets inévitables, de X état mou des os du crâne ; de la solidité des parois de l 'abdomen ; et de la fixité de celles du thorax. Parmi les applications de ces idées à la Pathologie , qui

tous ont été faîtes immédiatement après , vou£ avez trouvé l’explication de la gène habituelle de la respiration chez les vieillards , par la roideur, et l’ossification qui s’emparent des articulations de la poitrine {respiration abdominale}.

L’exposé des avantages dus à la forme des os longs et à leur canal médullaire , m’a fourni l’occasion de démontrer, que , comme l’avait si heureusement trouvé Galilée , de deux colonnes de meme hauteur , faites avec une égale quantité de meme matière, l’une pleine, et l’autre •ayant un canal dans son centre ; celle-ci était d’autant plus forte que son diamètre était plus grand , jusqu’à un certain point.

(91) A l’occasion des leviers , voici comment s’exprime M. Magendie : « Dans le levier du « premier genre, le point d'appui est entre la « résistance et la puissance. » Et il ajoute : « la « résistance est à une extrémité et la puissance « à l’autre extrémité [a). » La définition de chaque genre de levier est accompagnée d’un commentaire analogue.

Quand on considère seulement trois choses, et que l’on suppose? une d’elles au milieu , il est si clair que les deux autres sont aux extrémités , que cela n’aurait pas eu besoin d’etre dit , surtout dans un livre. Mais M. Magendie a voulu

(a) Précis élém. de physiol. , t. I , p. 282.

faire un ouvrage élémentaire , coînme Son titre l’indique , et sous ce rapport il a complètement réussi: on est forcé de convenir que Barthez n’a pas cette clarté.

(92) Lordat , Cours de Pysiologie à la Faculté de Médecine , en 18 1 3.

Ce Professeur a fait remarquer en effet , que si l’on faisait à la partie inférieure d’un ovoïde en cire , des froncemens analogues à ceux que présente la base du crâne , on obtiendrait , entre le reste de l’ovoïde et ces plis , des rapports analogues à ceux qui existent entre les trois quarts supérieurs du crâne et sa base elle-même : plus la courbure de l’axe du crâne est considérable et plus aussi le pariétal est plissé, etc. , etc.

(g3) Chez tous les mammifères, le crâne peut être conçu comme un ovoïde , dont l’axe, ayant son apside antérieur au trou borgne et le postérieur au trou occipital , se courbe d’autant plus inférieurement , que l’animal sur lequel on l’examine approche plus de l’homme. 'Chez la chauve-souris , l’axe est droit ; et l’on voit qu’il se courbe de plus en plus , en abaissant l’apside postérieur du crâne , chez les herbivores ; les carnivores ( le chien , le loup , Tours ) ; et les quadrumanes. On n’ignore pas que , dans l’échelle des êtres , les singes sont ceux qui s’approchent le plus de l’espèce humaine. Mais l’homme

est de tous les animaux , celui dont la courbure de Taxe du crâne , et par conséquent la convexité des os qui composent cette cavité, sont le plus considérables. M. Lordat regarde l’axe du crâne , chez l’homme , comme une courbe qui approche beaucoup d une spirale d’ARCHiMÈDE , dont le centre serait en arrière.

Existe-t-il quelque rapport entre la courbure de l’ ovoïde qui forme le crâne et le reste de l’économie ? Il en est un beaucoup trop saillant pour qu’il ne doive pas être indiqué. La nature semble avoir attaché quelque grand avantage à la situation horizontale de la base du crâne. Cette base est horizontale même chez les animaux dont la colonne vertébrale affecte une direction analogue. Elle paraît avoir pour utilité de soutenir toute la masse du cerveau d’une manière égale.

On sait combien est pénible l’état des quadrupèdes que l’on contraint à se tenir debout : cela provient de ce que , la base du crâne devenant perpendiculaire , cet organe pèse alors sur lui-même.

Le décubitus supinus long - temps continué , causerait des changemens peut-être incalculables. C’est à l’effet du poids du cerveau sur les os du crâne dans cette position , que l’on doit attribuer la déforma tion de la tête de Pierre Sic a : chez ce bourgeois de Sédan , le crâne l’amolü était devenu sphériefue.

(g4) L1 ossification précoce et Y immuabilité de la base du crâne étaient de rigueur , à cause des organes importans auxquels cette partie livre passage. Sans cela , la moelle , des nerfs et des vaisseaux considérables , auraient éprouvé des distensions souvent funestes. Aussi la base du crâne , ou plutôt la partie comprise entre l'apophyse crystfi galli et le trou occipital , est de bonne heure peu susceptible d’accroissement : elle demeure presque immobile pendant le développement de tout le reste du crâne , qui est par - tout ailleurs facile et sans inconvénient (Lordat).

Cette partie de la base du crâne est presque immuable , même chez les hydrocéphales : j’ai vérifié cette observation d Iànke , comme l’avait l'ait M. Lordat , sur la tête du Canarien hydrocéphale dont le Prof. Aug. Broussonnet a enrichi le Conservatoire.

Bien plus , Thouret a observé que celte portion du crâne restait immuable , même pendant les accouchemens laborieux , dans lesquels le chevauchement des os de cette cavité était des plus prononcés.

L’avantage du défaut de suture coexistant avec la solidité de la base du crâne , confirme encore le principe déjà établi ; savoir : que Y ossification çlcs diverses parties du squelette est en raison de leur utilité actuelle s

(95) Voyez Mém. de T Acad. roy. des Scienc. 1730 , p. 545 et suiv. Les idées consignées dans ce mémoire font parfaitement connaître le mécanisme de certaines fractures , telles que celle de la grande aile du sphénoïde près de son corps , à l'occasion d’un coup sur la réunion des pariétaux et du coronal ; celle de Fécaille du temporal au-dessus du rocher , chez un vieillard mort à la suite d’une chute sur la tête ( Morgagni) , etc.

(96) L’erreur de Bichat , au sujet du mouvement de bascule du temporal , par l'effet de l’action des pariétaux sur la portion écailleuse du premier os , à la suite d’un coup sur le sommet de la tête ; ne pouvait point échapper à M. Lordat (à). La pointe du rocher ne saurait être en effel arrêtée , dans ce mouvement de bascule , par l’apophyse basilaire. Cette pointe se trouvant non au-dessous , mais bien au niveau de l’apophyse basilaire , ne pouvait que s’en écarter dans le mouvemenent indiqué ; et c’est aussi ce

(a) Voy. le Traité d’Anat. descriptive de Bichat , t. I, p. 61 , où cet auteur prétend que dans ce cas les temporaux « . . , . éprouvent eux-mêmes un mouvement de bas- « cule , qui tend à rapprocher les rochers , et à affermir « par conséquent leur articulation avec l’occipital et le v sphénoïde; en sorte que tout l’effort latéral vient sc a Concentrer sur la ligne médiane de la hase du crâne t .»

qu’elle fait , quoique l’auteur que j’ai elle ait avancé le contraire.

(97) L’écartement des os du bassin, par l’effet du ramollissement des fibro-cartilages de la symphyse («) ; par la rupture accidentelle de cette partie ; ou bien par l’opération connue sous le nom de symphyséotomie , a été quelquefois assez avantageux chez des femmes en couches , pour qu’on ait pu se dispenser de pratiquer ou l’opération Césarienne , ou le morcellement du fœtus.

Il est meme des cas ou la symphyséotomie seule doit convenir : tels sont ceux où la tête est fortement enclavée dans le bassin (Ma R jo lin).

(98) Le sacrum est réellement suspendu entre les os des îles par les ligamens iliaques , comme par deux soupentes ; si bien que les os des îles sembleraient plutôt s’appuyer sur le sacrum. Ainsi que l’a dit l’auteur de cette observation, M. Lordat , l’erreur qui fait regarder le sacrum comme un coin tendant à écarter les os iliaques par leur partie postérieure , est commune à presque tous les Anatomistes.

Dans les chutes sur les pieds , les genoux et les fesses, ces soupentes, fort analogues par leurs

(a) Il a été reconnu par Hippocrate, Galien, S. Pineau, Amür. Paré , Fernel , etc. , ainsi que par le plus grand nombre des accoucheurs de nos jours. {Voyez ; le Manuel d' obstétrique de M , le Prof. DüGÈS , p. a3g. )

fonctions à celles des voilures, modèrent la propagation des ébranlemens, dont des commotions fâcheuses auraient été bien plus souvent la suite, si la disposition anatomique que l’on a si longtemps supposée avait réellement existé.

(99) On sait que chez l’enfant le développement du bassin n’est point en rapport avec celui des autres parties. Son diamètre transverse est étroit ; les cavités cotyloïdes sont plus rapprochées; la base de sustentation est nécessairement moins étendue : aussi les chutes sont-elles , chez eux , très-fréquentes.

(100) Galien comparait la colonne vertébrale à la quille d’un vaisseau. Si l’on se souvient encore que le Médecin de Pergame était réduit à étudier l’homme dans les animaux qui en approchaient le plus (a), on trouvera sa comparaison très-juste : la suite des apophyses épineuses des vertèbres , et la disposition des côtes par rapport

(a) Camper a bien prouvé que le singe qui servail aux démonstrations anatomiques des anciens était l’Orangoutang. Ce savant avait remarqué , dans la description que fait Galien du singe dont se servaient les Anatomistes de son temps , l’indication des deux sacs du larynx et des deux trous par lesquels ils communiquent avec la glotte , qu il avait déjà signalés lui-même comme propres à ce quadrumane (1).

CO Vicq-D Azyr, OEuv, çompl. ; Paris i8o5., in-8° , l. I; p. 317 çt 3x8,

à l’épine , chez un grand nombre d'animaux autres que l’homme , rappelle fort bien l’idée de la caréné d’un vaisseau en construction . Chez l’homme c’est bien différent : la convexité des parties postérieures et latérales du thorax dépasse le niveau des apophyses épineuses: aussi l’homme est-il peut-être le seul des mammifères qui puisse se coucher sur le dos.

Le corps d’une vertèbre est , en général , d’autant plus fort que cette vertèbre est elle-même plus inférieure : cela devait être chez les bipèdes sur-tout , puisque plus une vertèbre est inférieure , plus aussi le poids qu’elle doit supporter est considérable. Si , chez les quadrupèdes, la colonne lombaire est en proportion moins forte que chez l’homme , cela tient à ce que , chez ces animaux , la moitié antérieure du corps est ordinairement supportée par les extrémités correspondantes.

La série d’anneaux des vertèbres forme à la moelle un étui à la fois solide et mobile : le nombre et la diversité de nos mouvemens , et le danger des lésions de cet organe, exigeaient cette disposition.

Les apophyses épineuses semblent avoir pour but de borner les mouvemens de l’épine qu’il serait dangereux de pousser trop loin. — H es exercices habituels, tels que ceux que les baladins exécutent, sur-tout quand ils s’y sont adonnés

dès leur enfance, procurent une facilite , une promptitude et une étendue de mouvemens , favorisées par le redressement et par une sorte d’atrophie des apophyses épineuses. Chez les sauteurs, ces apophyses sont en effet plus droites et plus courtes. Chez ces individus , il s’établit meme quelquefois des articulations accidentelles entre ces éminences osseuses : on en verra des preuves dans ma Décade Médico- chirurgicale.

Quant à la nature bipède de l’homme , elle a été prouvée à plusieurs époques de ce Cours :

i° Par la situation fâcheuse du cerveau dans l’autre attitude ; il pèse alors sur lui-même , la base du crâne étant devenue verticale, d’horizontale qu’elle était ;

2° Par la position des yeux , qui ne pourraient avoir tous leurs avantages qu’à la faveur d’une courbure et d’une torsion de la colonne cervicale , nécessairement très-pénibles ;

3° Par l’obstacle que le menton opposerait à la préhension des alimens ;

4° Par la gêne que les cheveux occasionneraient à la vue et à la marche : il n’existe probablement pas un seul animal dont la vision et la marche soient aussi embarrassées, que le seraient ces mêmes fonctions chez l’homme quadrupède ;

J Par la brièveté de la colonne cervicale , dont la longueur, réunie à celle de la mâchoire, §çj'Uit loin de surpasser celle des bras ;

6° Par la position des omoplates , tronen. arrière pour pouvoir soutenir avantageusement la poitrine , dont le diamètre antéro-postérieur est le plus petit chez l’homme ;

7° Par la direction du calcanéum , qui appuie sur le sol chez l’homme , au lieu d’étre élevé comme chez les quadrupèdes, dont cette disposition favorise beaucoup la marche , etc.

Je me contenterai de ces preuves que j’aurais pu pousser plus loin , si je l’avais cru nécessaire.

(101) Les courbures de la colonne vertébrale n’existent pas dans la première enfance.

Il est infiniment probable que , comme le pense M. Fodére , elles sont l’effet de l’action des muscles: ces courbures ne se manifestent que lorsque l’enfant a pu exécuter quelques mouvemens.

Je croirais meme qu’il faut ajouter l’effet du poids des parties supérieures du corps à l’action musculaire , pour se rendre raison de toutes les circonstances du phénomène. Un homme qui aurait passé toute sa vie couché , ne présenterait pas , dans sa colonne vertébrale , les courbures ordinaires , parce que ni Y action des muscles , ni le poids des parties supérieures du corps, n’auraient pu les produire. Cela rendrait raison de la rectitude de l’épine , observée chez certains sauvages abandonnés de bonne heure a eux-

memes , et qui marchaient sur leurs quatre extrémités ; le haut clu corps portant tout son pouls sur les membres thoraciques, la colonne vertébrale était restée droite.

Dans l’état pathologique , comme dans l’état physiologique , à l’occasion d’une première courbure , il s’en produit toujours une seconde , qui tend à ramener le centre de gravité et la ligne de propension dans les points de l’économie dont ils s’étaient l’un et l’autre écartés. Voyez le développement de ce principe , et les savantes applications qui en ont été faites aux maladies nombreuses qui réclament le secours de l’orthopédie , dans l’excellent ouvrage de M. Delpech, intitulé : Ve VOrthomorpkie par rapport à l’espèce humaine (a).

(102) Je ne connais pas un seul ouvrage qui contienne l’exposé du véritable mécanisme de cette articulation, quoique M. Lôrdat l’ait présenté avec beaucoup de détail , dans son Cours de Physiologie fait en 18 1 3 à la Faculté. Il n’appartient qu’à ce Professeur de publier les idées qui lui sont propres sur ce sujet ; puisque , jusqu’à ce jour, elles n’ont pas été usurpées sur lui, comme tant d’autres propositions fondamentales, énoncées dans ses Cours , soit particuliers, soit

(a) Paris 1828 , deux vol. in-8° , avec un Atlas iii~4° , de 78 planches,

publies ; ou consignées dans des Thèses de Docteurs qui étaient ses élèves.

Je me contenterai de dire , que Vesale , Winslow et Sabatier, n’ont vu, dans cette articulation, que les seuls mouvcmens d extension et de flexion; tandis que Cheselden et Biciut y reconnaissent des mouçemens latéraux.

On est généralement fixé , même depuis longtemps , sur la nature des premiers mouvcmens indiqués ; mais Cheselden et Bichat sont évidemment dans l’erreur pour ce qui concerne les autres: ces deux auteurs admettent mal-à-propos, l’un, la circumductioTi (Bichat) ; l’autre, la circumduction et la rotation ( Cheselden ).

(103) Il a été ici question , d’une manière assez étendue , des luxations , de V ankylosé et des fractures des vertèbres, ainsi que de leur théorie ;

des effets de Y ostéomalaxie , de la friabilité et de la carie sur l’épine du dos ; du mal vertébral de Pott, et de la nature de l’impotence des extrémités inférieures qui l’accompagne ; du développement des tubercules scrophuleux dans les os, conformément aux idées de M. le Professeur Delpech , qui a eu la bonté de me faire remarquer plusieurs fois, pendant sa clinique , de beaux exemples de ces générations morbides.

(104) Voyez le Journal des progrès et des institut, méd. , t. XII ; mais sur-tout dans le second n° du Mémoiial des Hôpitaux du midi et

de la Clinique de Montpellier (ci) , la bonne analyse de l’ouvrage du Professeur Rust 7 de Berlin , ayant pour titre : Art HBOC ACOLOGI E , ou Traité des luxations par cause interne, et de T efficacité , du mode d’action et d 'emploi du fer rouge dans ce genre d affections.

(ioa) Voyez , dans Sandifort , la description de cinq cas de ce genre , dont les pièces anatomiques se trouvent dans le Musée de Leyde ; la description d’une pièce anatomique déposée par Datjeenton dans le cabinet du Roi ; la dissertation de Schupkf (b) ; les ouvrages cités de M. Boyer et de Rust.

Dans un des cas décrits par Sandifort , la luxation de la première vertèbre sur la seconde avait amené l’une d’elles du côté droit et l’autre du côté gauche , de manière à ne laisser le canal libre, que dans l’étendue de six lignes. Du Verney a vu un fait analogue , ne différant de celui-ci. qu’en ce que le déplacement s’était fait d'avant en arrière. = On trouvera dans le Conservatoire de notre Faculté, une pièce anatomique donnée par M. le Professeur Delmas, présentant une ankylosé des vertèbres cervicales supérieures ,

(à) Pag. 81-98 , mais principalement les pag. q3 et suiv. (/>) De luxaiione sponianea atlanlis et epistrophei ; Bcrol. 181G. Rissertalion que Sam. Cooper cite comme intéressante , et accompagnée d’une gravure.

dont la luxation , par cause interne , n’a pu s’opérer qu’avec une distension et une compression de la moelle très-considérables, mais qui ont du se faire peu à peu et d’une manière insensible.

(106) Dans divers mouvemens brusques du cou , la luxation de l’articulation occipito-ailoï dicnne étant impossible par cause externe (a) , c’est sur-tout dans l’articulation atloido axoïdienne que les efforts se font ressentir.

i° Dans une forte flexion de la colonne cervicale , l’apophyse odontoïde peut s’enfoncer dans la moelle épinière , après avoir rompu ses ligamens s us penseurs et le transverse. Mais il arrive plus communément que la fracture de cette apophyse a lieu à sa base : c’est là ce qu’on a vu dans certaines provinces, où les exécuteurs des hautes œuvres faisaient peser leur corps sur l’occipital de ceux qu’ils pendaient. Une chute sur la tète, et meme sur les pieds, peut aussi être suivie de ce résultat. A la suite d’une chute sur les pieds , le Docteur Branca a observé la fracture de l'apophyse odontoïde , avec déchirure du ligament vertébral commun antérieur interne (b).

2° Si la rotation de la tête , à droite ou à

(a) Boyer, Sam. Cooper , Dict. cit. , etc.

(b) Annali di Medicina , i.XLI, p. 5. \oy. Bulletin des Sc. de M. De Férussac , part, médic. , novembre

gauche , vient se joindre à la flexion en avant de la même partie , l’apophyse odontoïde , ayant rompu ses ligamens suspenseurs, peut s’échapper par les côtés du petit arc de l’atlas , sans rompre le ligament transverse , et causer la mort aussi promptement que dans le cas précédent : c’est ce dont Louis s’est convaincu dans ses recherches ( a ).

3° Chez les enfans, dans les mouvemens de ce genre , X apophyse peut passer directement en* arrière sous le ligament transverse sans le rompre, ni sans se fracturer elle-même.

Dans l’enfance , les ligamens suspenseurs sont plus longs ; ils sont , en outre , ainsi que le transverse , moins consistans ; l’apophyse odontoïde , plus courte , moins développée , est souvent cartilagineuse en partie , et aussi plus susceptible de plier sans se rompre.

Dans l’observation de J.-L. Petit, repro^ duite par Mauchart (b) , M. Boyer et Sam.,

(a) Dans un Mémoire sur une question anatomique , relative à la jurisprudence, dans lequel on établit les principes pour distinguer, à l'inspection d'un corps trouvé pendu , les signe» d'un suicide d'avec ceux de l'assassinat ; Paris i683 , in- 12 : ce chirurgien a cru , mais à tort , que la luxation des vertèbres du cou n’avait jamais lieu chez un homme qui se pendait lui-même : Éloy a vu la preuve du contraire (i).

(b) Dissertation citée.

(1) Dict. de méd. , art, Louis.

Cooper, au sujet d’un enfant qui mourut pendant' qu’on le soulevait avec les deux mains placées l’une sous la mâchoire , l’autre sous l’occipital ; je serais tenté de croire qu’il s’était plutôt fait une fracture de l’apophyse odontoïde que toute autre chose.

(107 ) Desàult parlait quelquefois à ses élèves d’un jeune homme qui, s’étant tourné brusquement, dans un moment d’impatience, était resté la tête inclinée dessus l’épaule. Chopart a vu aussi un individu dans la même situation , par l’effet d’un mouvement analogue.

Des u lt refusa, devant Peariliïe , de réduire une luxation de ce genre , parce qu’il n’ignorait pas que la mort pouvait être la suite des tentatives qui doivent nécessairement être faites. Cependant il paraîtrait, d’après Léveillé (a) , que ce même chirurgien aurait été moins prudent , et néanmoins heureux, dans d’autres circonstances.

On trouve , dans les mélanges de chirurgie de Schmucker, une observation de Settin , sur la luxation en arrière, du corps des vertèbres du cou qui suivent la seconde. Ce fait a été reproduit dans le Journal de chirurgie de Desault et dans le Dictionnaire de chirurgie de Sam. Cooper.

Dans le cas de luxation de la septième vertèbre.

(a) Nouvelle Doctrine chirurgicale , t. II , p. 62.

cervicale , observé par C. Bell , et dont Sam. Cooper ne parle qu’avec une sage réserve , il existait une fracture avec carie , probablement par cause interne.

Quant à l’observation de Rüdiger («), sur une prétendue luxation de la douzième vert'ebre dorsale, il est aisé devoir, dans sa rédaction meme, des preuves de son peu d’aulbenlicité. La fracture des lames postérieures a dû paraître une luxation, parce qu’on a mal observé. Nous avons vu , M. Pourché et moi , la fracture de deux apophyses épineuses du dos, sans symptômes alarmans, du moins dans la moitié inférieure du corps , chez un nommé Evrard , à l’occasion de deux chutes qu’il fit coup sur coup : l’une de quarante-cinq pieds de haut sur le dos , l’autre de sept pieds de hauteur sur la tctc. Il ne reste plus à ce plâtrier qu’une fracture non réunie du corps de la mâchoire ; fracture qui paraît avoir été l’effet d’une forte contusion sur l’une des branches de cet os ,( et qui aurait été facilement guérie, pour peu que le malade eût voulu suivre les conseils que nous lui avions donnés. Si le corps des vertèbres avait été luxé, il y aurait eu bien certainement, tant dans ce cas que dans celui de Rüdiger , quelque paralysie de la moitié inférieure du corps.

(108) Cette incurvation latérale de l’épine ,

(«) Voy. Desmjlt , Journ. de Chir. , t. III , p. 5g.

dépendant uniquement d’un spasme tonique permanent des muscles d’un côté du tronc, s’était manifestée à la suite d’une suppression des règles. On verra aussi l’histoire de cette maladie singulière dans ma Décade médico-chirurgicale.

Il existe un certain nombre de faits bien constatés , ayant pour sujets des contractures ou des incurvations de ce genre , qui quelquefois même ont persisté plus ou moins après la mort.

PouTEA.tr a vu une saillie du sternum qui ne tenait qu’à l’action musculaire (a). Une des formes de l’affection spasmodique de la Dlle D*** citée à la page q5 , peut être ici rappelée.

D’autre part, on a vu des individus rester courbés pendant long-temps , se redresser parfaitement à leur mort: j’ai vu plusieurs cas de ce genre.

Sauvages a même vu la rectitude du corps ne se rétablir, chez un sujet, après la mort, que quand les muscles droits abdominaux eurent été coupés.

(109) Dans la maladie appelée par le Prof" Rust spondylarthrocace , la luxation du corps des vertèbres est suivie d’ankylose. M. le Profr Delpech nous a fait remarquer , sur des sujets morts du mal vertébral de Pott, des productions osseuses nouvelles , soutenant et maintenant en

(a) Œuv. poslh. , 1. 1 , p. 56o.

place les corps de plusieurs vertèbres , dont la substance osseuse avait été presque entièrement détruite. On doit, ce me semble, considérer la production de cette substance osseuse comme un véritable effort médicateur.

Les vertèbres des vieux chevaux sont souvent ankylosées par des stalactites osseuses («). Ce défaut de flexibilité de l’épine donne à leurs allures une dureté dont le cavalier ne peut que se ressentir.

(nu) J’ai décrit en peu de mots le monstre double , dont les individus sont unis l’un à l’autre par les ischions , et qui a fourni à M. le Profr Dubrueil l’occasion de créer un nouveau genre ( lschiadclphes ) .

Comme exemple de bifurcation supérieure de l’épine, j’ai cité les deux filles hongroises (Judith et Hélène), dont le corps, unique jusqu’au nombril , était double par les parties supérieures (b).

(a) On peut en voir un exemple dans le Conservatoire de la Faculté.

' (0 Voyez leur histoire singulière dans les œuvres de Buffon. — Quoique le système sanguin fût commun chez, elles, leur caractère était loin d’être le même : elles n’étaient presque jamais d’accord. Elles furent baptisées sous des noms différens , et vécurent plus de vingt ans. A cette époque , l’une d’elles tomba malade , mourut et força néces— sairement sa sœur à la suivre»

Existe-t-il des monstres triples, quadruples , etc. , etc. ? Liceti (a) a représenté un monstre à deux pieds , mais à sept têtes et autant de bras ! Bartholin (b) parle d’un monstre qui expira après avoir poussé des cris horribles. Bürel (c) fait mention d’un chien à trois têtes c|ui rappelait fort hien le cerbère des anciens Payens. Bordenave ( d ) a vu aussi un monstre provenant de la réunion de trois fœtus. — Haller, Chaussier, J.-E. Meckel et M. Adelon, ne sont nullement disposés à regarder ces monstruosités comme possibles, je ne sais trop pourquoi : la Nature me paraîtrait, même dans ses écarts, beaucoup plus puissante que ces auteurs ne se l’imaginent.

(ut) Par cela même que , chez l’enfant, le diamètre antéro-postérieur de la poitrine l’emportant sur le latéral , est cause que la forme de cette cavité s’approche davantage de celle du thorax des quadrupèdes ; Y adulte seul est regardé comme décidément bipède par Barthez. Le sentiment de ce physiologiste sur ce point , est encore renforcé par la position qu’affectent les omoplates chez l’enfant : ces os beaucoup plus en dehors et un peu en avant, sont en effet

(a) De monsiris ; Paiaoii 1668 , • » PaS • 192*

(Jj) Hisior. rar. , cent. 6, obs. 4-9» P» 278.

(c) Ilisi. et ois. medico-physic. , cent. 2 , obs. 83.

W) Qfem. de l’Acad, roy. des Sc. , ann, 177G , p, 21 a*

Lien plus favorables à la marche quadrupède (a).

(112) Le sternum sert de point d’appui a l’extrémité antérieure des côtes , dont il règle les mouvemens. Ces arcs osseux , s’ils eussent été flottans , n’auraient pas manqué de blesser des organes dont les lésions peuvent être trèsfâcheuses. La Peyronie a vu chez une hile dont le sternum manquait , les extrémités libres des côtes comprimer quelquefois le cœur et causer des syncopes alarmantes.

(11 3) 11 est naturel de craindre d’abord que les parois de la poitrine , faites de bandes alternativement osseuses et musculaires , ne défendent que faiblement les organes qu’elles entourent , quoiqu’elles soient fortifiées par des masses de muscles assez considérables dans certains points. Mais n’oubliez pas , i° que les organes de la poitrine sont moins importans que ceux du crâne ; 20 que le cœur dont les blessures sont souvent , mais non toujours , mortelles , est environné par les poumons comme par un rempart ; 3° que les blessures et les déperditions de substance de ces derniers ont été souvent très- considérables , sans entraîner la mort â leur suite ; 4° enfin que leur souplesse , leur légèreté , le poli de leur surlace toujours lubrifiée , leur permettent souvent d’éyiter, en

( P ) Voy, la note (ioo) , pag. i55.

cedant , les corps vulnérans qui pénètrent et traversent même de part en part la cavité qui les renferme.

Il n’est pas de chirurgien militaire qui n’ait vu des coups d’épée traversant la poitrine de part en part , guérir avec beaucoup de facilité et dans peu de temps. Ravaton ( a ) a vu un coup d’épée à travers la poitrine , dont Ventrée était à côté du mamelon droit , et la sortie entre la quatrième et la cinquième des vraies côtes du côté gauche , guérir complètement en 18 jours. Mais le fait le plus étonnant que je connaisse dans .ce genre , est celui qui a été publié par les journaux anglais et répété par ceux de toutes les nations en 1814. On se souvient sans doute de ce personnage de Londres, dont un bras de cabriolet garni de métal traversa de part en part la poitrine , en forçant successivement deux espaces intercostaux opposés ; et qui , un mois après, se ressentait à peine de son accident.... !

(n4) Dans l’inspiration, la partie moyenne des côtes est portée en dehors ; l’extrémité antérieure monte ; et le sternum lui-même est porté en haut et un peu en arrière; chez un homme étendu sur une table , la face et la poitrine tour-

(<3) Chirurgie d’armée , ou Traité des plaies d’armes à feu et d’annes blanches, etc, Paris 1768, in-8° ,

Pg' 479'

nées en bas , le cou et les e'paules s abaissent constamment, pendant l inspiration.

Le mouvement des côtes doit être rapporté à la rotation de ces os autour de l’axe de leur col (Barthez) , et non à un mouvement analogue à celui d’un arc , autour d’un axe que représenterait sa corde. Par la rotation autour de l’axe du col tout s’explique : partie moyenne des côtes en dehors; extrémité antérieure en haut; redressement des cartilages ; sternum en haut et en arrière ; agrandissement des espaces intercostaux dans l inspiration (a).

Prochaska a fait une observation qui prouve, d’une manière directe , ce qui a été avancé sur le mouvement du sternum. Chez un homme dont le sternum, ouvert de haut en bas , laissait voir les mouvemens du cœur , il a vu les lèvres de la division , s’ écarter au lieu de se rapprocher , dans

(a) Si nous considérons , par abstraction , la partie moyenne de deux côtes qui se suivent , et les deux fibres obliques qui bornent en avant et en arrière un des plans musculaires formés par les intercostaux ; nous serons forcé de reconnaître que ce quadrilatère , rhomboïde après l’expiration , tend à devenir rectangle par l’effet de l’inspiration. Je ne sais comment M. lll cher AND a pu voir que dans une grande inspiration, «les muscles intercostaux se « contractent , et rapprochent les cotes entre lesquelles ils ,v sont placés (i). »

CO Nout. dém. Plijsiol. , 1. 1 , P. 4a7»

Y-inspiration. Pourra-t-on dire encore que pendant Y inspiration le sternum est poussé en avant comme beaucoup d’auteurs l’assurent ?

(115) L’allongement des mâchoires, trèsconsidérable chez un grand nombre d’espèces , exige que les muscles qui meuvent le maxillaire intérieur soient plus forts ; que la fosse zygomato-temporale , qui loge ceux-ci , soit plus étendue , plus profonde ; et que l’apophyse zygomatique soit elle-même plus convexe en haut , et plus di jetée en dehors. Ces changemens qui commencent à se manifester chez le Nègre , sont poussés très-loin chez l’ours. Voilà pourquoi l’on a pu établir que le degré de férocité des animaux était en rapport avec l’ouverture de la fente sphéno-maxillaire.

Il est aisé de sentir encore , que si , chez les animaux dont la tête a son plus grand diamètre presque perpendiculaire à l’horizon , les mâchoires viennent à se prolonger ; le ligament cervical postérieur , et les muscles de la partie postérieure du cou , doivent être nécessairement beaucoup plus forts : ils ne suffiraient pas , sans cela , pour maintenir , ou pour mouvoir un levier du premier genre , que la longueur du bras de la résistance aurait rendu si désavantageux.

(116) Camper a remarqué , le premier , que le menton , très-marqué chez les Européens , tend à s’effacer chez les Nègres , et disparait

complètement chez les singes. On regarde chez nous le défaut de menton comme une monstruosité. « Cette défectuosité peut résulter de « la brièveté ou du défaut de développement de « l’os maxillaire inférieur , ou de son absence « complète. Quelques auteurs ont cité des exem- « pies de cette dernière espèce de monstruosité,

« et entre autres Schubarth, Walter,

« H A.LLER (a). »

Pinel a remarqué que l’apophyse zygomatique , à peu près horizontale chez l'homme , était convexe en bas chez les herbivores , et convexe en haut au contraire chez les carnivores.

- Cette disposition de l’apophyse zygomatique est en rapport avec le développement des muscles qui meuvent la mâchoire , et la résistance que les dents doivent surmonter. L’apophyse zygomatique convexe en bas , sans inconvéniens chez les herbivores , n’aurait pas manqué de se fracturer très-souvent chez les animaux carnassiers , chez lesquels elle aurait conservé cette meme disposition.

( 1 1 7) L’articulation temporo-maxillaire n’est comparable à aucune autre. Celle d’un côté gène nécessairement les mouvemens de celle du côté opposé. L’éminence articulaire est un condyle oblique de dehors en dedans , et d’avant en ar-

(«) Marjolin 3 Diçt, de Méd. en ai yol, (Menton.)

rière , et non une portion de sphère. Dans l’abaissement de la mâchoire , le déboîtement des condyles a lieu ; ces éminences sont séparées du temporal par un fibro-carlilage intermédiaire : aucune diarlhrose orbiculaire ne présente une disposition semblable.

Bichat reconnaît que cette articulation diffère de la diarlhrose orbiculaire en ce qu’elle a la rotation de moins.

(118) Il résulte des idées que M. Lordat a exprimées , dans le § VI de ses observations sur quelques points de l’anatomie du Singe vert:

i° Que comme l a remarqué Ferrein , le centre du mouvement de la mâchoire n’est point dans les condyles , mais que ceux-ci se portent en avant , tandis que le centre de rotation est à la partie moyenne des branches ;

2° Que Barthez , le seul des auteurs connus par M. Lordat , qui se fût jusqu’alors occupé du mécanisme par lequel s’opère le déplacement des condyles , avait soupçonné que le mouvement des condyles en avant était dû à l’action combinée des muscles ptérigdidiens externes et abaisseurs du menton ;

3° Que M. Lordat a été forcé de chercher â se rendre raison de ce phénomène , en ayant recours aune autre explication, du moment qu il l a vu s’exécuter tout aussi bien dans un cadavre que chez le vivant ;

l\ Enfin , que ce mouvement de bascule de la mâchoire dépend de la suspension de cet os par le ligament presque inextensible que Winslow a appelé intermaxillaire , comme M. Lord AT la très-bien reconnu par les expériences qu’il a faites , et à la suite desquelles il a même soupçonné que la résistance du ptéri goïdien interne et du rnasséter avait sa parld ans la production de ce phénomène.

(n g) 11 suit de ce qui a été indiqué, dans la note précédente , que l’orifice du conduit dentaire inférieur s’approche de beaucoup des points par lesquels passe l’axe du mouvement de la mâchoire. Ce mouvement de bascule du maxillaire inférieur présente plusieurs avantages.

i° La parotide ne saurait être nullement comprimée : à mesure que , dans l’abaissement de la mâchoire , l’angle de cette partie porté en arrière pousse cette glande par en bas , le déboîtement du condylc agrandit l’espace qui la reçoit supérieurement. C’est sur cette observation que reposent les idées de Bordeu $ur les fonctions des glandes ( a ).

2° Les vaisseaux et les nerfs dentaires ne sont nullement exposés a être tiraillés , et ils n’au-

(a) Recherch. anatom. sur la position des glandes et sur leur action. Paris iySi , in-12 , p. 48 et suiv.

( iyï )

fraient pas manqué de l’étre , si l’articulation de la mâchoire eût été un ginglyme.

3° Enfin , quand la mâchoire est abaissée , elle ne saurait s’élever sans favoriser l’exécution des fonctions respectives des dents incisives et molaires.

( 1 20) Comme l’a dit M. Lordat, dans un de ses Cours , il est infiniment probable , que le craquement des doigls dépend de la rupture de la colonne de synovie , qui se forme et s’amincit dans son milieu avant de se rompre, lorsque l’on écarte les surfaces articulaires l’une de l’autre. L’enfoncement circulaire de la peau cesse du moment que le bruit s’est fait entendre.

On produit un phénomène analogue , si , après avoir mis une goutte d’huile sur une table , on place sur le meme point une boule de marbre , par exemple , qu’on éloigne peu à peu ( a ).

(12 1) Il faut reconnaître , avec les Physiciens,

(a) Bichat , cherchant l’origine de la synovie , a voulu prouver par des expériences dans lesquelles il a détruit la moelle , que ce n’était point ce corps gras contenu exclusivement dans les os longs , qui fournissait le fluide onctueux des articulations mobiles.

Je suis étonné qu’il ait pu seulement soupçonner que l’organe médullaire fournissait la synovie ; lui , qui savait fort bien que la moelle n 'est que dans les os longs ; et que cependant f articulation temporo-maxillaire a de la synovie, en tout semblable à celle des articulations des membres.

que des surfaces analogues à celles que présenté l’articulation du pied , peuvent exécuter deux espèces de mouvemens l’une sur l’autre.

i° Le glissement ordinaire , ou mouvement de première espèce; 2° le mouvement dans lequel les deux surfaces en rapport , se touchent successivement par tous les points qui se correspondent, mais sans le moindre glissement ; ce qui constitue le mouvement de seconde espèce . C’est cette dernière espèce de mouvement qui est la véritable cause de l’entorse.

Parent a commis à ce sujet une erreur assez remarquable. Il regardait les mouvemens ordinaires des articulations , comme des mouvemens de seconde espèce ; et il appelait mouvement contre-nature , auquel il rapportait l’entorse , le glissement des surfaces l’une sur l’autre: tandis que le contraire est précisément ce qu’il faut admettre.

(122) Voici quelles sont , sur la diarlbrose orbiculaire , les erreurs de Bichat , que je ne pouvais qu’indiquer dans le Discours.

i° « Ce genre d’articulation , dit - il , très- « éloigné de la partie du membre immédia te- « ment en butte à l’action des corps extérieurs ,

* échappé plus facilement aux luxations aux- « quelles le dispose son peu de solidité («). »

O) Anat. génér. , t.IIl, p. 5£.

Ce passage est on ne peut pas plus Inexact. Voici comment s’exprime Sam. Cooper: «Les « articulations orbiculaircs , qui permettent les « mouvemens dans tous les sens , sont celles qui « sont les plus exposées aux luxations ; L’arti- « culation de V humérus açec l omoplate est de « ce genre. Les ginglymes , au contraire , qui « ne permettent des mouvemens que dans deux « directions , sont , comparativement aux pre- « mières , très-rarement luxés ( a ). »

On 11e citerait pas un seul chirurgien de réputation , qui ne fût du sentiment de Sam. Cooper sur ce point.

20 Après avoir présenté les articulations supérieures de l’humérus et du fémur , comme des articulations en quelque sorte de tout le . membre, Bichat ajoute: «aussi l’ankylose de « ces articulations rend -elle le membre com- « plètement inutile.... (bi). » Cette proposition est tout aussi peu exacte que l’autre: je vois trèssouvent un jardinier du Carré du Roi , dont les deux fémurs sont ankylosés avec les cavités cotyloïdes , qui se berce , il est vrai , en marchant , mais qui néanmoins marche presque aussi vite et aussi sûrement qu’un autre.

3° Dans l’étude des mouvemens du fémur ,

(a) Dict. de Chirurg. prat. , t. II , p. 8g.

( b ) Anat. génér. , t. III , p. 55.

ne confondez pas , comme Fa fait Bichàt , les mouvemens autour de l'axe du col , avec ceux qui s’exécutent autour de l'axe du corps de l’os J

4° Bichat prétend aussi (a) que , sans un col oblique , la rotation serait nulle dans les os ;j et cette proposition n’est pas plus juste que les précédentes. Le radius exécute des mouvemens de rotation sur la petite tête de l’humérus quoique l’axe de son col soit presque confondu avec celui de l’os ; et le scaphoïde qui exécute des mouvemens de rotation sur l’astragale, ri a point de col .

5° Enfin , Bichat pense encore que , dans les diarthroses orbiculaires , l’étendue du mouvement tient à la longueur du col de l’os ; ce qui est évidemment une autre erreur. Les mouvemens de l’humérus sont-ils plus bornes que ceux du fémur ? Il a cependant son *col plus court que celui de ce dernier.

Dans les articulations dont il s’agit, l’étendue des mouvemens dépend : i° de la convexité de la tête de l’os ; 2° de la manière dont elle est reçue ; 3° des ligamens qui la maintiennent: et nullement de la longueur des cols.

( 1 2 3} Quoique la vie soit plus obscure dans les os , que dans la plupart des autres organes , le système qu’ils constituent se ressent néan->

O) Anat. génér. ; t. III , p. 56.

moins d’un grand nombre d’affections soit aigues, soit chroniques , dont nous pouvons être atteints.

Amb. Paré avait déjà remarqué que la pctitevérole et la rougeole intéressaient les os ; et tout le monde sait que certaines maladies chroniques , telles que le cancer , la syphilis , le scorbut; les cachexies séreuses, bilieuses, etc., affectent ces organes. Beaucoup d’auteurs ont vu , ainsi que Bichat , les os plus ou moins jaunes dans la jaunisse .

L’influence de la nature des dernières maladies sur la putréfaction des os , a été sur-tout appréciée lors de la violation des tombeaux de nos Bois à St. -Denis. Henri IY fut facilement reconnu par tous ceux qui avaient vu son portrait ; Turenne n’était nullement altéré ; Louis XIY était très-bien conservé ; mais le Gband- &AUPHIN était en putréfaction liquide. Or , on sait que le premier fut assassiné ; que le second mourut d’un coup de canon ; que le troisième , mort vieux, avait constamment joui d’une bonne santé ; tandis que le dernier avait succombé à la petite-vérole.

En remontant plus haut , on trouva le squelette de Bertrand Du Guesclin intact , sa tête bien conservée, les os tout- à-fait desséchés et trèsblancs : on n’ignore pas qu’il fut tué en i38o , au milieu de ses triomphes , au siège de Châteauneuf-de-Randon , dans le Gévaudan.

Piïilippe-le-Bel fut aussi trouve très-bien conservé , son squelette était tout entier ; et , comme on le sait , il était mort en 1 3 1 4 à Fontainebleau, à la suite d’une chute de cheval y selon quelques historiens ; et victime de la violente affliction que l’inconduite de ses trois bellefilles lui oecasiona , selon d’autres , parmi lesquels se trouve Mezeray(«). Quant à Philippe- Auguste, mort en 1223, par l’effet d’une fièvrequarte qui probablement avait produit , cômme elle le lait souvent , une cachexie séreuse : il n’était plus qu’un amas de cendres.

François Ier , mort en 1547 , c’est-à-dire 233 ans après Philippe-le-Rel , était en pour riture ci en putréfaction liquide , dont il se dé~ gageait une odeur insupportable : l’histoire a appris à tout le monde quelle avait été la nature de la dernière maladie de ce Ptoi ( b ).

(i24) C’est le gonflement des cartilages de la cavité cotyloide, ou de la tête de l’os de la cuisse ,

{a) « Lui seul sentant approcher sa fin , bien que les » « médecins ne vissent aucun signe qui le menaçât.... (1) »

(Jj) \ oyez , pour tous ces détails , les notes historiques sur les exhumations faites en 1798 , dans l'abbaye de S1- Denis , dans la Description historique et chronologique des monumens de sculpture , réunis au Musée des monumens, français ; par Alex. LENOIR.

(0 Mezeray, Hist. de France, etc. Paris iG85 , in-fol. , t. Ii«

ordinairement dépendant de la diathèse scrophùleuse , qui doit être regarde comme la cause prochaine delà maladie désignée parla dénomination de luxation consécutive du fémur. Il est infiniment probable que la spondylarthrocace du Professeur Rust , tient à une cause fort analogue , si elle n’est même absolument identique.

On ne doit pas confondre cette affection , comme on l’a fait quelquefois, avec le cancer qui atteint les articulations : les symptômes, la marche et la terminaison de ces deux étals morbides sont tout-à-fait différens.

Lorsque le cancer frappe une articulation, il produit d abord , le plus souvent, la soudure des deux surfaces articulaires, qu’il convertit ensuite en une substance homogène , prenant ordinairement l’aspect de la rave, et dans laquelle on ne retrouve plus aucune trace de l’articulation ellemême : c’est ce que j’ai pu bien observer, après avoir fait l’amputation d’un pouce dont les deux phalanges avaient été envahies par un cancer.

Mais dans la luxation spontanée de la cuisse , la cavité articulaire abandonnée s’oblitère, se cicatrise , comme on l’a vu dans beaucoup de cas, pendant qu’il s’en forme une nouvelle sur le point du bassin correspondant à la tête du fémur déplacée ; ou bien , la suppuration abondante, que l’altération des os occasionne, amène peu à peu le marasme et la mort.

Si , à la suite de celte maladie , la tête du fémur ou la cavité col y loïde ont été trouvées cancéreuses, on n’a pu regarder cette circonstance que comme l’effet d’une complication , dont une autre diathèse, bien distincte de la scr ophul euse, était évidemment la seule cause.

(i25) S’il y a des maladies qui ne portent que sur le corps des os , il en est aussi qui n’affectent que les cartilages.

ArÉtëe avait remarqué que , quand la goutte se portait aux os de la tête , la douleur suivait très-exactement le trajet des sutures (a). Cela ne tiendrait-il pasàce que le cartilage intermédiaire est alors le seul organe affecté ?

Dans le cas de friabilité des os , rapporté par Sxvi^rd , les carLilages étaient restés intacts ; tandis que , dans l’observation dont le capitaine Simorre est le sujet, on a sans doute remarqué que le corps des os n’avait subi aucune altération, quoique toutes les articulations eussent été ankylosées ? ^

Quant aux faits sur lesquels on voudrait établir la sensibilité des cartilages dans Y état sain, ce qui

(a) « ..... Dolent capitis suturœ , et quid doleat œgrotus ” ignorons indicat suturarum species obliquant , recta/n , n Lrunsversarn , posierius ac prius ( i ). » \ oyez aussi Ji ARTtiEZ,

I raité des maladies goutteuses , 1. 1 , p. g.

(i) ü« iignis et vaush t Uuturnomm marlorim} } UltZ*

serait en opposition avec les expériences de Haller , ils sont loin de me paraître des preuves satisfaisantes. Les douleurs , quelquefois trèsfortes, qu’éprouvent les individus atteints de pierres dans les articulations, peuvent tout aussi bien être l’effet , soit d’une altération de la synoviale articulaire (Béclard); soit d’une affection descartilages, dont on ne lient pas compte; soit , enfin , de la distension des ligamens , produite par l’engagement du calcul entre les surfaces articulaires (a).

On objectera, peut-être, que le déchirement de la symphyse du pubis s’accompagne souvent d’une douleur. Mais les tiraillemens qui la précèdent n’ont-ils pas déjà affecté les fibro-cartilages? Mais l’état de grossesse n’a-t-il pas amené une altération de leur tissu , causée par la lymphe qui abonde alors dans toute la constitution , et dont ces organes ûbro-cartilagineux se trouvent abreuvés ?

Ces doutes prennent un peu* plus de consistance, quand on se rappelle les idées de Barthez sur les douleurs dont les ligamens sont le siège ;

(a) Celte maladie paraît avoir eu quelque influence sur la mort de Charles-Quint. « No es muy raro que se « obseroen concreciones calculosas en las articulaciones de « las gotosos por la crasicie de la sinobia. El Emperador «< Carlos-QciNTO fué niârtir de este ajecto. » Operaciones de eb'iigia , etc. ; por Von ïru \ illaveüde, 1. 1 , p. ào(î*

douleurs qu’il croyait incapables de se manifestei t si ces organes n’avaient préalablement éprouvé un certain degré de ramollissement (a).

(126) Le passage de Bichat est beaucoup trop saillant pour que je puisse me dispenser de le

transcrire : « aussi les bons praticiens ont-ils

k renoncé à ces prétendues réunions par première « intention, si vantées à la suite de l’amputation « à lambeaux (A). » On sait fort bien que , sans la réunion par première intention , la plupart des opérations qui donnent tant de lustre à la chirurgie de notre époque seraient absolument impraticables: il me suffira d’indiquer seulement les amputations à l’article , sur-tout celle de la cuisse ; la rhinoplaslie ; la cheiloplastie ; l’ablation du corps cancéreux de la mâchoire inférieure ; ainsi que l’extirpation de tumeurs d’un très-grand volume (c) : pour que l’on doive être

(a) Voyez ce qui est dit là-dessus dans la note (128).

(£) Anat. génér. , t. III , p. i35.

(c) Une des opérations de ce genre qui mérite d’être citée de préférence à toute autre , est sans contredit l’ablation de l’espèce d’éléphantiasis des bourses , formant une tumeur du poids de soixante-deux livres et demie , exécutée avec une grande habileté par le Professeur Delpech ; et à la suite de laquelle , cet opérateur a donné aux organes de la génération , soigneusement séparés des tissus graisseux dégénérés dans lesquels ils semblaient ensevelis, des bourses et un fourreau, faits avec des lambeaux de peau que la. Rature n’avait point destinés à cet usftge*

aussitôt convaincu de la vérité de cette assertion.

(127) Quoique la faculté de se contracter d’une manière active soit faiblement marquée dans les ligamens , on ne saurait nier son existence dans ces organes , si l’on prend en considération certains faits bien constatés. Quand on force la roideur que présente l’articulation d’un cadavre , les ligamens sont incapables de revenir sur eux-mêmes pour serrer de nouveau les surfaces articulaires Tune contre l’autre ; tandis que l’on a vu le relâchement des ligamens, occasioné par l’effet des tortures , ne laisser presque aucune trace , au bout de quelque temps , dans les cas où le supplice n’avait pas été poussé trop loin.

(128.) On sait que Haller n’a méconnu la sensibilité dont les ligamens sont susceptibles dans l’état pathologique , que parce qu’il n’avait fait ses expériences que sur des animaux sains.

Les idées de Barthez , sur les conditions favorables au développement de la sensibilité des ligamens , ont trouvé ici leur place naturelle. Ce profond physiologiste pense que la douleur est alors le résultat d’un combat entre les forces ioniques , qui tendent à maintenir les molécules en place , et la cause , quelle qu’elle soit , qui tendrait à les écarter. Selon Barthez , le ramollissement préalable de ces organes serait &ussi indispensable , pour que la douleur put s’y

manifester ; mais je n’ai pas cru devoir adopter son sentiment sur ce dernier point. Peut -on penser, en effet, que lorsqu’une douleur , rhumatismale ou goutteuse , passe rapidement d’une articulation à l’autre , il est indispensable qu’elle soit toujours devancée par un ramollissement dans l’organe dont elle doit s’emparer ?

(129) Nous ne percevons aucune sensation , sans que la membrane sentante sur laquelle les divers corps agissent, n’éprouve, par l’effet de la force motrice dont elle est douée , une modb fication dans ses tissus , qui soit en rapport avec la nature de ces corps et avec celle des perceptions corrélatives qui sont la suite de leur action. La modification spéciale de l’organe sensible est donc ici un intermédiaire , qui doit être regardé comme une condition de rigueur.

Il s’agit maintenant de savoir, si une modification déterminée de l’un de nos sens , que l’on saurait être produite ordinairement par l’action de tel ou tel corps , ne pourrait pas faire éprouver une sensation analogue à celle que cause la présence du corps lui-même , quoique ce dernier fût réellement absent. Or, au lieu de dire que cela est impossible , il me paraît beaucoup plus raisonnable de penser qu’il est infiniment probable que les choses se passent ainsi.

Charles Bonnet nous apprend que son aïeul Croyait voir tantôt un beau paysage , tantôt des

statues , tantôt une armée qui défilait devant lui: et comme il ne dormait ni ne délirait lorsqu’il voyait tous ces objets , il reconnaissait lui-même qu’il ne devait les rapporter qu’à une erreur de la vision.

M. Lord AT a eu pour malade un individu , qui , à l’occasion d’une goutte remontée fixée sur la tête , croyait voir des caractères d imprimerie sur tous les objets : les feuilles de papier blanç qu’on lui mettait sous les yeux lui paraissaient toujours imprimées.

On a vu des épileptiques , dont les attaques avaient été contrariées , être persuadés qu’ils suaient à grosses gouttes , quoique leur peau fût complètement sèche. On sait bien aussi que , dans certaines fièvres , les malades éprouvent ou une grande chaleur ou un grand froid, qui sont en opposition avec la température réelle de leur corps.

Mais il est un ordre de faits qui paraîtront sûrement des preuves plus directes.

Personne n’ignore qu’une fronde mise en mouvement nous fait apercevoir tout aussitôt un cercle ; qu’un tison ardent que l’on agile, nous représente parfaitement un ruban de feu. Ne faut-il pas que , dans ces circonstances , nous voyions encore l’objet là où il n’est plus ? Mais si nous le voyons encore dans le lieu où il n’est plus , n’est-ce pas la modification purement vitale de l’organe , qui, se dissipant moins vite que les-

corps ne se meuvent alors, doit être reconnue comme la seule vraie cause du phénomène dont il s’agit ?

(i3o) Quand on est médecin, on ne peut voir dans la goutte qu’une disposition pathologique générale : une idée morbifique , si l’on ne craint pas d’employer le langage de Van-Helmont ; ou bien, une Diathèse spéciale , si l’on veut se servir de celui de la Doctrine médicale de Montpellier. Cette disposition générale consiste en une altération des solides et des fluides propre à cette affection , accompagnée d’oscillations fluxionnaires intimes , qui se dirigent vers les petites articulations des extrémités inférieures , dans V attaque de goutte régulière.

Toutes les fois que la goutte est bien caractérisée , elle est incurable : nous ne pouvons alors employer contre elle qu’un traitement palliatif, dont le but doit être constamment de régulariser ses accès , c’est-à-dire , de fixer les mouvemens fluxionnaires sur l’articulation qui paraît être son siège spécial.

Il ne faut pas oublier que, dans la goutte régulière , i° le malaise général cesse du moment que la fluxion locale s’établit; 2° que le retour de la douleur qu’on a tort de regarder ici comme cause de la fluxion, ne se fait ordinairement sentir qu après une rémission bien marquée ; j° que le principal avantage de celte douleur y

est de fixer la fluxion dans le lieu qu ’ elle a pris pour terme : ce qui fait que l’on regarde justement sa disparition, dans Y étal de la maladie, comme un symptôme précurseur de ce qu’on appelle goutte remontée .

Par ce léger aperçu , il est aisé de se faire une idée de tout le mal que I on peut occasioner en s’opposant à l’établissement de la douleur, ou en la faisant disparaître mal-à-propos quand elle s’est manifestée ; et de reconnaître , dans ces cas, le danger des applications de sangsues , et de l’usage de l’opium à l’intérieur ou à l’extérieur, ainsi que celui d’un grand nombre d’autres médicamens, dont les effets tendraient vers le meme but ( a ).

(i3i) VÉsàle paraît etre le premier qui ait décrit cet organe , auquel il a donné le nom de ligament rond , ligamenlum ter es {b) ; et presque

(«) On fait souvent beaucoup de mal , parce qu’on ne distingue pas , dans la pratique, la simple maladie, de Y affection. Comme la nature du traitement le plus convenable découle de cette distinction importante , on s’expose, si on la méconnaît , à prescrire des traitcmens , tantôt insuffisans , tantôt inutiles. Voyez , sur ce point fondamental de thérapeutique générale , l’excellent discours de M. le Professeur Caizergues , ayant pour titre : Des systèmes en Médecine , et de leur influence sur le traitement des maladies. Montpellier 1827 , in-8° , pag. 102 elsuiv.

(ô) Andreæ Vesalii , etc. ; De humani corporis falricâ * lil. 7. JJusilcœ i555, in-fol. , fg.

tous les anatomistes de nos jours, le regardant encore comme un ligament, lui ont conservé la même dénomination.

Cependant les MM. CàldAni, onde et neveu, i ont bien reconnu que ce prétendu ligament était un véritable organe de nutrition pour la tête et le ■col du fémur. Voici quelques faits qui pourront être ajoutés aux preuves qu’ils ont eux-mêmes données.

Tabarrani avait déjà remarqué que, chez une , femme boiteuse dont le col du fémur était peu développé , le ligament rond de cet os était détruit ; et Schwenke , cité par Haller (a) , paraît aussi avoir fait une observation analogue.

M. Roubieü a donné , au Conservatoire de la Faculté, un squelette dont les fémurs ont leurs cols et leurs têtes plus petits que dans l’état naturel. Mais une chose digne de remarque, c’est que d’un côté , où le ligament rond avait été détruit, la tête et le col du fémur étaient plus petits que du côté opposé , où ce ligament existait encore , quoiqu’il fût peu développé.

Si les ligamens ronds manquent par l’effet d’un vice de conformation primitive , la tête et le col de ces os sont beaucoup plus petits encore.

Enfin , à la suite des fractures du col du fémur,1

(«) Biblioiheca analomica , Tiguri 177 4-77 , 2 vol, in- 1*.

il oe se fait point de productions osseuses ou ligamenteuses du côté, du fragment supérieur , si le ligament rond a été rompu ; la tète , complètement libre alors s’atrophie , diminue peu à peu de volume, et peut même quelquefois disparaître entièrement par l’effet de l’absorption.

On doit donc conclure, que le prétendu ligament rond du fémur est un organe de nutrition qui remplit , par rapport à la tête et au col de cet os , les fonctions du périoste. Ce dernier organe, qui paraît spécialement chargé de favoriser la nutrition , 11e sauraiL parvenir même jusqu’au col de l’os de la cuisse , puisque la capsule ligamenteuse de l’articulation iléo-fémorale ne peut nullement le permettre.

( 1 32) 11 ne doit être ici question que des dégénérations propres au tissu musculaire , et nullement de celles qui, comme le cancer, atteignent indistinctement tous les organes.

Les altérations du tissu musculaire peuvent se rapporter aux suivantes :

i° Les muscles sont susceptibles de devenir graisseux de deux manières.

Le tissu de ces organes restant le même, les fibres qui le composent peuvent être écartées les unes des autres par des amas de graisse , qui quelquefois même forment des couches plus ou moins épaisses , enveloppant un ou plusieurs muscles dans leur totalité. C’est là ce qu’ Aristote;

semble avoir désigné , en disant que , si les animaux « ont une nourriture fort abondante , lat graisse prend la place des chairs (a).'» Kerkring, Bonet et Morgagni ( b ) , ont vu le tissu musculaire du cœur dans cet état (c).

Dans d’autres circonstances, ce sont les fibres musculaires elles-mêmes qui présentent cette dégénération: Haller, Yicq-d’Azyr et Cqrvisart, ont trouvé des muscles ainsi altérés. J’ai vu moimême le biceps et le demi-membraneux de la cuisse convertis en graisse , sur un des cadavres que j’ai disséqués à la Faculté de Médecine , en qualité d’élève de l’Ecole-pratique.

Mais le fait le plus curieux dans ce genre est r sans contredit, celui de Yicq-d’Azyr, qui a va cette dégénérescence du tissu musculaire dans presque tous les muscles d’une extrémité inférieure ( d ).

Une circonstance bien digne de remarque , c’est que , au milieu de cette dégénération du tissu musculaire, Yicq-d’Azyr observa que l’artère principale du membre était devenue osseuse en plusieurs endroits.

(a) Hist. des animaux , trad. par Camus, livr. 3, ch. 16.

(D De sedib. et caus. morb.

(c) Leuwenhoek et Albjnus ont vu la graisse se comporter de la même manière par rapport aux tendons.

(d) Voy. ses œuv. , édit. MoRKAÜ ; Paris i8o5, t. Y, p. 567 et suiv.

CoRVlSABT , qui a vu quelquefois , chez, des vieillards , les muscles jumeaux allérés d’une manière tout-à-fait semblable , a remarqué en outre, que ceux de ces organes qui environnaient les luxations non réduites , étaient aussi sujets à ce mode d’altération (a).

2° Les muscles sont susceptibles de se convertir en tendons ou en aponévroses , ce qui dépend de la forme qu’ils ont naturellement. Lieutaud a fait des observations de ce ' genre chez des vieillards.

W alter cite , dans son Muséum Anatomicurn , des exemples de muscles convertis en tendons. Il est infiniment probable aussi que , chez les pieds-bots un peu âgés , l’impossibilité de guérir dépend, non -seulement des ankylosés vraies qui ont pu s’établir , mais encore d’une altération du tissu des muscles, analogue à celle dont il s’agit ici.

Lieutaud a vu les muscles droits abdominaux convertis en membranes fibreuses , dans l’étendue de plus d’un pouce , chez un chapelier qui avait contracté l’habitude de travailler en appuyant la région épigastrique contre le bord d’une table ( b ).

3° Corvisart a vu le ventricule gauche du

( a ) Essai sur les maladies et les lésions organiques du cœur et des gros vaisseaux ; Paris 1818 , in-8° , pag. 179.

(b) Hist. anai. medic. , etc. , t. II , p . 32g.

( ïQ3 )

cœur former « une boîte charnue , très-élastique « et résonnant, quand on la frappait, de meme « que si on eût frappé une espèce de cornet. » Ces fibres musculaires avaient leur couleur et leur aspect ordinaire, « et cependant, en les « entamant , le scalpel éprouvait une résistance « insolite , et faisait entendre un bruit de crépi- « tation singulier (a). »

(i33) Malgré tous les travaux des physiologistes de notre époque , nous ne sommes guère fixés sur le siège de la voliüon: et l’on voit des autorités, également recommandables , être diamétralement opposées sur la désignation des fonctions d’un meme organe encéphalique. Rien n’est plus difficile que de mettre d’accord MM. Rolando, Flourens , Magendie , Bouillaud , etc. , etc.

« Y oyez, par exemple combien d’opinions « diverses sur les fonctions du cervelet ! » s’écrie avec raison , M. Adelon (h) : « Organe de la « musique et siège de la sensibilité générale , « selon Willis et MM. Foville et Pinel « Grand-Champ , c’est en lui que se développe , « selon M. Gall , l’instinct de l’amour physi- « que ; il est , pour M. Rolando , un appareil « électro-moteur , destiné à sécréter le fluide « qui fait contracter les muscles; MM. Rolando

(a) Ouv. cil. , p. 167.

(b) Physiol. de l’homme , ae édit. , t, 11 , p-

« et Bouillàtjd en font l’organe de F équilibrait tion et de la progression des animaux ; les « anciens Médecins Grecs et Arabes y plaçaient « la me'moire ; Malacarne y faisait résider « l’intelligence ; Walstorff en a fait l’organe « du sommeil ; enfin , il préside, selon M. Ma- « gendie , à tous les mouvemens en avant (a). » yi b uno disce omnes.

(i34) M. Adelon m’a paru ensuite tomber dans l’erreur, quand il a pensé que la volonté était aussi nécessaire aux mouvemens , que 1 impression des corps l’était elle-même aux sensations ; ce qu’il rend de cette manière : «D’ailleurs, « n’avons-nous pas dit que la volition était dans « la locomotion , ce que Faction d’impression « était aux sensations (lé). »

Je reconnais bien que , comme le dit ce physiologiste (c) , « une volonté est le principe de

tout mouvement volontaire » ; mais comme

il existe un grand nombre de sensations fantastiques, il est aussi une foule de mouvemens involontaires.

Le somnambulisme ; beaucoup de mouvemens purement automatiques; les synergies acquises,

(a) Si Ton a jamais vu un canard dont on venait de couper le cou , s'enfuir en marchant à reculons , ce n’est Lien certainement pas ce qui arrive le plus souvent*

(h) Ouv. cit. , t. Il , p. 3a.

(c) Ouv, cit. , t. 11 , p. 25.

etc. : nous fourniraient de nombreuses preuves de cette assertion , si je ne pensais pas qu’elles sont inutiles.

( 1 35) Il est généralement reconnu que les passions accroissent singulièrement les forces.

Je suis loin de regarder comme impossible que le fds de CrËSUS , muet de naissance , fortement ému à la vue du danger que courait son père , ait pu parler alors pour la première fois , en s’écriant : « Arrête , soldat , ne porte point la main sur Crésus !» Mais comme malgré l’autorité d’HÉRODOTE , ce fait a été révoqué en doute («),' j’en citerai un autre bien plus récent et beaucoup mieux Constaté.

Le fameux L A RIVE était sur le point d’entrer en scène, quand il s’aperçut qu’une statue de marbre , qui avait été mal placée , ne manquerait pas de le gêner beaucoup. Dans le mouvement d’impatience que cette contrariété occasionne, il s’élance sur la statue, la soulève et la Irans porte un peu plus loin. Comme après la représentation on était étonné de la force extraordinaire dont il avait donné des preuves, La rive persuadé qu’il lui serait aisé de répéter ce qu’il avait déjà fait, saisit de nouveau la statue, en employant toutes ses forces ; mais il fut fort \

(«) On a été même jusqu’à regarder Crésus comme un personnage fabuleux, Voy. le Dict. histor. de Feeler.

étonné à son tour de ne pouvoir pas seulement lui faire perdre terre. La passion n’existait plus 7 et la statue pesait quatre quintaux : il fallut employer cinq hommes quand on voulut la changer de place.

Dans la théorie du mouvement musculaire qui a la combustion et l'électricité pour base , seraitil bien aisé de se rendre raison de cet accroissement des forces par l’effet des passions?

(i36) Quoique la douleur qui accompagne la section des muscles soit moindre que celle que produit la section de la peau , elle est cependant assez vive : on ne peut qu’intéresser des vaisseaux, et l’on sait bien que leurs ligatures sont douloureuses. D ailleurs la crampe , le rhumatisme et le tétanos , n’occasionnent-ils pas souvent de très-vives douleurs dans les muscles?

(i3y) Voyez ce qui a été déjà dit dans la note (3i) , page 92.

Les objections que se fait M. Magendie , au sujet de l’absorption veineuse (a), sont loin de me paraître les plus fortes qu’on puisse lui opposer.

M. Magendie a vu que les effets de deux grains d 'upas tieuté , enfoncés dans la patte d’un chien , dont la cuisse ne tenait au tronc que par deux tuyaux de plume adaptés l’un à la veine et l’autre à l’artère principales , se manifestaient ordinai-

0) Ouv. cit. , t. II , p. 265 et suiv.

rement après quatre minutes , et causaient la mort avant qu’il s’en fut écoulé dix. Mais laut-il en conclure , avec lui , que c’est l’absorption -veineuse qui est la vraie cause de ce phénomène ?

On a reconnu, dit-on, que Vupas tieuté ne causait la mort qu’en agissant sur la moelle épinière ; et l’on pourrait s’imaginer que, dans quatre minutes , le poison inséré dans la patte de l’animal pût arriver sur cet organe ! N’oubliet-on pas combien est long le trajet que le poison doit parcourir , et combien la marche du sang dans le système veineux est lente ?

Si l’on réfléchit sur toutes les circonstances de la belle expérience faite par MM. Delile et Magendie, on sera forcé de la regarder comme une preuve très-forte en faveur des sympathies par le seul intermédiaire du sang.

(i38) J’ai appelé synergie , un concours d actes simultanés ou successifs, tendant tous vers le même but , ce qui ne dépend nécessairement ni de la volonté , ni de la structure des organes.

Les synergies ont été divisées en synergies na ~ turelles , telles que celles de la toux, de l’éternuement, de la respiration , etc. ; et en synergies acquises : on en verra des exemples curieux dans la note (14.0). Je vous ai dit que les unes et les autres pouvaient être perdues par l’effet d’une foule de maladies ; et vous en trouverez des. preuves dans la noie (i^O*

Dans la considération du rapport des synergies avec la volonté , nous avons reconnu :

i° Que si quelques-unes d’entre elles, telles que la locomotion , dépendaient complètement de cette faculté, il en était d’autres qui ne lui étaient soumises que jusqu’à un certain point, comme la respiration ;

20 Que , dans quelques circonstances , une impression seule suffisait pour les déterminer, sans que la volonté y fût pour rien : ( déglutition de la salive pendant le sommeil) ;

3° Que lorsqu’on voulait réveiller des synergies , à l’aide d’impressions analogues à celles qui les produisent ordinairement , il n’était pas nécessaire que les individus eussent conscience des impressions que 1 on faisait sur eux. ( Irritation du larynx faisant cesser Y asphyxie; déglutition conservée , malgré la paralysie de la sensibilité seule de la gorge ; déjections alvines, dans V épilepsie , par la seule irritation du rectum .)

Cette vérité est encore mieux établie par la régularité des actes dans les accouchemens qui se sont faits spontanément après la mort. L’expérience a appris à Girard , sur ce sujet , ce que la seule force du raisonnement avait fait pressentir à Barthez.

(i3q) Les synergies vous ont été signalées comme pouvant être lésées:

i° Par défaut de correspondance entre l’action

des muscles des deux côtés clu corps (Strabisme). Dans l’ëtat normal , l’action du droit interne d’un œil , et celle du droit externe de l’autre, doivent se correspondre.

2° Par la contraction de muscles qui , étrangers à une fonction déterminée , ne peuvent agir sans la gêner. (Contraction de la glotte gênant la respiration d’un individu toutes les fois qu’il voulait parler ; occlusion complète de la glotte menaçant de suffocation un autre individu, dans la même circonstance (Lordat). )

3° Parla cessation de l’action de quelqu'un des muscles qui concourent à les produire. ( Immobilité du diaphragme dans les maladies , avec prostration des forces, étant cause que la respiration ne s’opère plus que par les seuls mouvemens d’élévation et d’abaissement des côtes.)

(r4o) J’appelle synergie acquise, l’habitude qu ’on a contractée d’exécuter certaines séries de mouvemens , qui nous met ensuite à même de les opérer avec la plus grande facilité , sans que la volonté ait autre chose à faire , que d’ordonner au premier de ces actes de s’effectuer. Le parler sans faute , n’exigeant néanmoins aucune attention ; le récit de choses apprises par cœur, pour lequel il suffit d’avoir prononcé le premier mot, etc., etc.: sont autant de synergies acquises, qui, comme on le voit , sembleraient dépendre d’une sorte de mémoire corporelle ,

Les synergies acquises depuis long-temps deviennent alors presque des synergies naturelles.

Je connais deux dames qui lisent habituellement en tricotant leurs bas.

M. Lordat a vu une fille cataleptique continuer à tricoter son bas , lorsque l’attaque venait la surprendre pendant ce travail ; bien plus , on pouvait alors lui ôter son ouvrage , sans faire cesser pour cela le mouvement des mains qui était toujours le même. — Sauvages a vu , à l’ Hôpital- Général , une fille cataleptique continuer à pétrir et à balayer, malgré l’ attaque qui était venue la surprendre. Cette malade croyait quelquefois avoir songé dans ces circonstances : elle conservait un léger souvenir de ce qu’elle avait fait.

Dans le jeu de certains instrumens , tels que le piano ; dans l’escrime ; dans la danse , etc. : il est une foule de séries de mouvemens qui n’ont pas besoin d’un acte explicite de la volonté.

040 11 ne faut point confondre , comme on ne l’a fait que trop souvent , la perle, des syner-. gies , avec le defaut, de mémoire et la paralysie.

Aug. Broussonnet , dont le nom occupe un rang si distingué dans les fastes de la Botanique , éprouva la perte de plusieurs synergies à la suite de l’attaque d’apoplexie dont il fut frappé. Il n’y avait , chez lui , ni paralysie dans les organes de }a prononciation , ni perte de mémoire; puisque

il prononçait très-bien chaque lettre prise séparément : mais il ne pouvait en aucune manière les lier entre elles pour en faire des mots.

J’ai connu un Curé de Saint-Guilhem-le- Désert, qui, à la suite d’une attaque d’apoplexie, avait éprouvé une paralysie avec perte de plusieurs synergies. Une chose bien singulière , c’est que cet ecclésiastique , qui , avant sa maladie , parlait très-bien le français , le latin et le languedocien , ne put plus parler ensuite que ce dernier , quoiqu’il comprît toujours aussi-bien les deux autres. La facilité avec laquelle il lisait les deux premières langues était même telle , qu’il rendait sur-le-champ en languedocien les auteurs français ou latins qui lui tombaient sous les mains.

(142) Mercurialis n’a classé la station , parmi les exercices gymnastiques , que parce qu’il avait très-bien reconnu que les muscles avaient besoin de beaucoup agir , dans cette attitude. La station long-temps continuée fatiguerait peut-être plus que la marche.

Il aurait fallu que toutes nos parties fussent en équilibre dans la station , pour que l’action musculaire fût alors inutile ; mais la forme de la plupart des pièces du squelette rend cette condition impossible.

(143) « Quant au degré d’écartement des pieds «, dans lequel la station est le plus assurée possi-

« ble , dit M. Riciierand (a) , on le détermine « par la longueur meme de ces parties : lors- « qu’elles circonscrivent un carré parfait , c’est- « à-dire , lorsque leu?' longueur étant supposée « de neuf pouces , chaque côté de la figure qua- « drilatere a cette étendue , la station est la plus « ferme qu’on puisse concevoir. » Malgré cela, nous avons dû conclure , de tout ce qui a été dit sur ce point , que la station était d’autant plus solide , que la base de sustentation était elle-même plus étendue ; pourvu que l’écartement des pieds ne fût pas assez considérable pour nuire à l’action des muscles.

( 1 4-4) ^oyez le Traité de la Peinture, de Léonard de Vinci , édit, de Gault de Saint- Germain , Genève 1820, in-8° , fig. , p. 240 et suiv. ; Y Art de peindre. Poème. Avec des réflexions sur les différentes parties de la Peinture ; par Watelet. Paris 1740, grand in-4° , %• , P. 89.

M. Richerand a manqué d’exactitude , quand il a dit : « La sta tion est la mieux assurée possi - <t ble, quand la ligne prolongée du centre de « gravité du corps tombe sur la base de sustente talion (Jb ). » Il aurait dû voir , que ce quil

désignait comme propre seulement à rendre la

(a) Ouv. cit. , t. II , p. 34.0.

( [b ) Ouv. cit. , t. II j p. 3i8.

une cir -

station plus solide , était précisément constance sans laquelle la station ne saurait avoir lieu : une véritable condition sinequâ non.

(i45) « L’homme étant supposé dans la station « bipède , les deux pieds placés l’un à côté de « l’autre , dit M. Adelon , le corps s’incline « du côté d’un des membres , généralement du « côté du membre droit , pour faire porter sur « lui son poids , en affranchir en entier, ou au « moins en partie , Vautre membre , et permettre « à celui-ci de se mouvoir (a). »

Mais ce physiologiste est dans l’erreur à ce sujet. Si les soldats partent tous du pied gauche (b), ce qui a été cause que , plus d’une fois , des gendarmes ont reconnu des déserteurs , on ne doit l’attribuer qu’à la marche artificielle introduite, dans les évolutions militaires , où elle est aujourd’hui sur-tout indispensable. L’homme et les animaux partent généralement du pied droit. Je ne garle pas des gauchers: ils ne doivent être regardés que comme faisant exception à la règle. Voyez ce qui a été déjà dit dans la note (g5) , pag. 1 1 4 1 15.

(а) Ouvr. cit. , t. Il, p. 160.

(б) 11 n’en était pas de meme chez les anciens. Les troupes romaines , qui formaient un corps de réserve et que l’on désignait sous le nom de Triarii , avaient toujours la jambe gauche étendue, pour être prêles à marcher, en parlant du pied droit, ( TlTI-LlYlI , Bisl. t lié, VIII , c, 8. )

Quand il est question de la progression du centre de gravité dans la marche, M. PacHERAND dit ensuite : «Il en est ici du poids du corps, relative- « ment aux membres inférieurs, comme de celui « d’un char qui passe successivement sur les di- « vers rayons de ses roues (a). » Cet auleur est encore inexact en ceci : la phrase qui suit immédiatement celle que je viens de citer en est elie-méme la preuve: « Le centre de gravité ne se « meut point suivant une ligne droite , mais entre « deux parallèles , dans l’intervalle desquelles « il décrit des obliques qui vont de l’une à « l’autre en formant de véritables zigzags. » S’il avait bien réfléchi sur ce sujet, M. Pucherand y aurait encore vu quelque chose de plus ; c’est que les zygzags dont il est ici question , et qui représentent la progression du centre de gravité, sont réellement formés , non par des lignes droites , mais par des lignes courbes à convexité supérieure. Cela s’accorde parfaitement avec l’élévation et l’abaissement à chaque pas , que M. Adelon a très-bien fait remarquer , mais que Barthez avait signalés long-temps avant lui. Ce physiologiste avait reconnu que chaque pas imprimait au bassin une impulsion en avant et en haut, suivie d’un abaissement.

(146) Vers la fin du dernier siècle, on a essayé

(a) Ouv. cit. , t. II , p. 35 1,

d’introduire la marche oblique dans les évolutions militaires ; mais l’expérience a appris que leur exécution était impossible. Si l’on avait consulté des physiologistes , on se serait probablement dispensé même de faire des essais dans cette intention : on aurait bientôt appris que ce projet devait trouver des obstacles insurmontables dans la différence de taille et de force des soldats.

(147) Au lieu de chercher à nous faire connaître la théorie du saut , la plupart des physiologistes se sont contentés de le décrire ; ils n’ont consigné dans leurs écrits que l’historique du fait , au lieu de nous y donner la solution du problème qui s’y rapporte. On savait depuis Aristote, que le saut ne pouvait s’exécuter sans que les articulations des extrémités , d’abord fléchies alternativement en sens opposés , ne se fussent ensuite étendues d’une manière subite : Bichàt et MM. Richerand , Magendie et Adelon, ont-ils ajouté quelque chose à cela?

(14b) Parmi le petit nombre d’auteurs qui se sont occupés de la cause du saut , se trouvent Willis , Borelli , Mayow , Hamberger et Haller: on peut voir l’exposé de leurs théories , dans la Nouvelle Mécanique des mouvemens de l’homme et des animaux , de Barthez (a). Je ferai seulement remarquer que > pour l’expli-

(«) Pag. 75-80.

Cation de cet acte, on ne peut avoir recours ni à Y élasticité du corps , ni à celle du sol ; puisque après la chute , le corps n’exécute pas une suite d’autres sauts qui aillent progressivement en diminuant , comme on sait bien que le fait une paume à jouer, par exemple.

Mayow est peut-être le seul , avant Bartiiez , qui ait donné du saut une théorie tout à la fois raisonnable et fort ingénieuse, ayant pour fondement les idées relatives à l’action qu’exercent les forces centripète et centrifuge sur les corps qui sont mus par une fronde ; mais cet auteur ne se rend pas encore raison du détachement du corps d’avec le sol.

Nous devons la vraie théorie de cet acte à Barthez, qui l’a exposé d’une manière détaillée dans sa Nouvelle Mécanique des moiwemens de l’homme et des animaux ( a ).

(a) Pag. 80 et suiv. D’après Barthez , pour que le saut puisse s’exécuter, il faut absolument cjue plusieurs articulations successives soient fléchies en sens inverse ; tandis que Bichat dit seulement que cette flexion est utile : c’est ainsi qu’il désigne une condition sine quâ non !

u Toute espèce de saut , dit M. Magendie, nécessite la k flexion antécédente d 'une ou de plusieurs articulations du « tronc et des membres inférieurs ; l’extension subite des « articulai ions fléchies est la cause particulière du saut (i). » Une seule articulation fléchie ne suffit pas ; et Y extension

(i) Ouv. cit., t, J , p. 3î;.

( 1 49) mouvemeiis qu’exécutent les os dans le saut , ont paru à M. Lord AT fort analogues à ceux du bâtonnet, dont on a frappé une des terminaisons coniques. Ce professeur n a vu dans l’un et l’autre de ces phénomènes , que des corps solides plus ou moins longs , tournant par leurs extrémités autour d'un centre de rotation variable.

Cette idée dut être regardée comme très-juste par Barthez , puisque à l’occasion de la communication que M. Lordat lui en avait faite , ce physiologiste avait rédigé une note qui a ététrouvée dans ses manuscrits.

(i5o) Voyez la Nouvelle Mécanique des moucemens de l’homme et des animaux , de Barthez, pag. 63 et 64.

subite des articulations fléchies ne saurait être la cause particulière du saut , puisque l’on peut les étendre subitement . sans sauter. — M. Adelon a été induit en erreur au sujet du sauteur déposé dans le Conservatoire de notre Faculté , dont les extrémités inférieures n’avaient qu’une seule articulation ; il est bien prouvé que cet individu ne sautait pas : M. le Professeur Delmas s’en est convaincu par lui-

mêtne.

Enfin , malgré ce que dit M. Isidore Bourdon , je ne saurais croire Y occlusion de la glotte aussi utile dans le saut que la contraction des muscles gastroenémiens , et par conséquent « que la paralysie des muscles laryngés et la paralysie « des muscles jumeaux empêcheraient le saut à un degré " presque semblable , v

Dqîîs Ici corn sc , la ligne de propension du corps tombe toujours un peu en avant de la base de sustentation ; et il en est de meme des personnes qui marchent contre le vent (a). Les Peintres qui n ont pas suffisamment réfléchi sur ces deux circonstances, s exposent à commettre de graves erreurs dans leurs compositions. — Il n’est pas îaie de voir des dessins et meme des tableaux ou 1 artiste , avec 1 intention de représenter des gens qui courent, n a peint réellement que des personnes qui dansent tout, au plus.

(151) Voyez la Nouvelle Mécanique , etc. , de Barthez , pag. 64 et 65.

(152) Diogène-le-Cynique regardait la course comme un exercice auquel on avait tort de se livrer ; mais Platok , Stace et presque tous les auteurs , tant anciens que modernes , ont eu une opinion différente.

Pierre Fabre ( b ) a été inexact quand il a dit , sans restriction , que les Lacédémoniens regardaient la course comme inutile; on en trouve la preuve dans l’histoire et dans les lois de ce peuple soldat.

Il paraîtrait plutôt , que , défendue dans cer-

(a) Voy. Léonard de Vinci , ouv. cit., pi. 24 , p. 265.

(b) Vid. Pétri Fabri, agonisticon swe de re athleticâ ludisque veterum gymnicis, ai que circensibus spicilegiorum tractatus. Lugd. 1 5g2 , in- 4°.

taines circonstances , elle était conseillée dans d’autres.

Hérodote nous apprend bien que les soldats qui avaient fui , étaient déclarés infâmes , indignes d’étre mariés ; et que ceux qui mouraient blessés par derrière , étaient privés de sépulture. Thucidide, Plutarque et Pausanias disent, de plus, qu’il leur était défendu de poursuivre les fuyards. On ne voyait en cela qu’un défaut de générosité , ou meme une action déshonorante (a)*

Mais Plutarque nous fait savoir aussi , que les lois de Lycurgue permettaient le larcin ; et que quand les enfans étaient d’un certain âge , ils couchaient sur des roseaux , couraient à la chasse , et gravissaient des rochers sans chaussures et presque sans habits.

Proscrire la course de la Stratégie , ce serait renoncer à un grand nombre d’avantages. Est-ce à autre chose qu’à une fuite raisonnée , que le dernier des Horaces dut et sa victoire et le triomphe de sa Patrie ? N’est-on pas persuadé aujourd’hui qu’une armée exercée à la course en vaudrait deux dans certaines circonstances ?

W) Voy. la savante dissertation de Mathon de la Cour,' sur cette question : Par quelles causes et par quels degrés les lois de Lycurgue se sont altérées chez les Lacédémoniens jusqu’à ce qu’elles aient été anéanties ; couronnée par fAcad des Inscript, et lieUes-Lett. , le 28 avril 1767.

Cette vérité a du être sentie dans tons les temps»

(i53) Les idées de Barthez relatives au sauty s’appliquent parfaitement à la progression des poissons dans l’eau : cet auteur regarde le redressement de deux courbures en sens opposés, comme indispensable à leur progression directe.

M. Richerand compare la queue des poissons à un aviron ; mais celui-ci est inflexible , et par conséquent incapable de courbures en sens opposes. Les deux percussions en sens inverses que M. Richerand croit être successives , sont réellement simultanées. (Barthez). Ce n’est qu’apres cette double percussion simultanée, en sens opposés, que la queue agit à la manière d’un gouvernail.

(i 54) M. Magendie , ayant énuméré divers mouvemens tels que le grimper , l’action de gravir, etc. , etc. , qu’il ne juge pas à propos même de décrire ; ajoute ensuite : «... des con- « sidérations de ce genre seraient très-impor- « tantes , mais elles ne peuvent faire partie que « d’un traité complet de mécanique animale , « ouvrage qui est encore à faire , malgré ceux

« de Borelli et de Barthez (a). » Voilà

comment M. Magendie traite la Nouvelle Mécanique de Barthez , que l’on regarde ici , avec raison, comme un chef-d’œuvre dans son genre,

(a) Préc. élom. de Physiol. , t. I , p. 332.,

à cause de la profondeur des vues , et de l’érudition, aussi vaste que choisie, dont son auteur donne à chaque instant des preuves.

Il serait à souhaiter que le physiologiste de Paris voulût bien se charger lui-mëme de l’ouvrage qu’il dit être encore à faire !

( 1 55 ) Les muscles de l’abdomen ont été considérés d’abord , comme formant des parois parfaitement convenables aux organes contenus dans cette cavité ; bientôt après, comme propres à expulser les matières renfermées dans les viscères abdominaux ; ensuite , comme coopérant aux rnouvemens de la respiration ; enfin, comme moteurs du thorax et du bassin.

A l’occasion du troisième chef de division , les objets dont j’ai entretenu mes auditeurs ont été les suivans ;

i° XI ex puition , le moucher, Y éternuement.

2° Le souffler continuel. J’avais entendu, il y a quelques années , un joueur de cor-anglais , qui faisait sur son instrument des tenues aussi longues qu’on le voulait ; il ne respirait jamais, disait-on. Après avoir cherché la cause de ce phénomène , je l’ai trouvée dans le désemplissement de la bouche opéré par l’action des buccinateurs , dans l’instant meme où l’on fait l’inspiration. L’abaissement du voile du palais doit durer autant que l’inspiration elle -meme. Je me suis convaincu x par ma propre expérience , qu’a l’aide d’un exer*

cice convenable, il n’est pas de joueur d’instrument à vent qui ne puisse acquérir cet avantage: il est fort aisé de souffler même assez fort par la bouche , pendant que l’inspiration s'exécute par le nez.

3° Le bâillement. Bichàt , mettant à profit les idées d’un médecin du 16e siècle , sans le citer, regarde comme cause du bâillement la rétention du sang dans les cavités droites du cœur : mais il suffit de savoir que le bâillement se communique quelquefois avec tant de facilité , qu’on le croirait presque contagieux ; pour qu’on ne puisse point admettre cette théorie.

L’explication que donne M. Piïcherand ne me paraît pas plus heureuse : « La mémoire du « soulagement que procure la longue inspiration « qui constitue le bâillement , le soutenir du « bien-être qui succède à l’oppression que l’on <t éprouvait auparavant, nous porte involontaice rement à répéter cet acte toutes les fois qu’une ce autre personne l’exécute devant nous (a). » La mémoire et le souveniruv sont là pour rien ; et une éducation , même ordinaire , nous accoutume à ne jamais bâiller en bonne compagnie.

Le bâillement est une pandiculation des muscles de la mâchoire , qui fait cesser leur fatigue et les dispose à agir.

Ça) Ouvr. cité , t. I, p. 49^*

4° L a soupir. Cet acte n’est qu’un diminutif du bâillement ; une pandiculation portant principalement sur le diaphragme et le poumon , qui ne doit pas être confondue , même quand on la répète plusieurs fois de suite , avec l’essoufflement. Bichat n’a pas su éviter cette erreur.

5° La toux . J’ai rappelé que , pendant cet acte , l’ouverture de la glotte devait être , momentanément , non pas seulement rétrécie , comme on l’a dit ; mais complètement fermée. Sans cela on n’exécute qu’une expiration plus ou moins forte, une rascation , analogue à celle qui précède souvent le cracher ; et qu’il ne faut pas confondre avec la toux proprement dite. Les personnes dont la glotte ne saurait se fermer complètement , ne peuvent pas tousser : celles dont la glotte est ulcérée ; celles qui sont atteintes du croup , etc. , sont dans ce cas.

(i56) Les objets dont je vous ai entretenu à cette époque sont :

i° Le véritable mécanisme de la* déglutition , qui n’a été exposé d’une manière complète que par M. Lordat , dans ses Observations sur l'anatomie du singe vert (a) ;

2Ü La déglutition de lair, en rappelant les expériences de M. Gosse d’abord, et de MM. Magendie et Rullier ensuite ; déglutition qui

(a) Pag. 74-78

est si aisée , qu’il suffit de vouloir la faire pour réussir ;

3° Le mouvement péristaltique et anti-péristaltique de ï œsophage (a) , ainsi que la rumination ;

4° Diverses causes singulières de T)ysphagies : ï0par spasme de l’œsophage (Frank) ; i° par retrécissemens de différente nature, traités avec succès au moyen des bougies et du nitrate d’argent (Everard Home); 3° par le développement d une glande dans ce conduit (Bordeu) ; 4° par une espèce de bourrelet artériel que formait la crosse de 1 aorte , et dans lequel passaient l'oesophage et la trachée-artère (Rommel) ( b ).

5° L’estomac et ses fondions. J’ai prouvé ici que la connaissance des tissus d’un organe était insuffisante pour faire connaître à priori ses fonctions ; et que rien ne devait dispenser de 1 étude directe de l’organe dans son intégrité et pendant la vie.

(a) Pendant long-temps les anatomistes ont été dans î cireur au sujet de la direction des fibres du plan musculaire interne de l’œsophage : l’Anatomie Comparée était cause que l’on avait cru , mal-à-propos , ces fibres spirales. M. le baron Portal est le premier qui ait bien prouvé qu’elles étaient circulaires chez l’homme.

(/;) Ce fait singulier a été extrait du Commère, lilter . N orimberg , par Tiedemann, qui l’a représenté par une figure coloriée dans son bel ouvrage déjà cité.

6* TJ ne sorte de choix dont l'action digestwe de l’estomac et des intestins est susceptible. — Vomissement spontané' d’une grande quantité' de tabac, qui avait dû exiger un temps très-long , pour s’accumuler dans cet organe ; sans que néanmoins les digestions eussent été dérangées (Triller). — Jeune homme atteint de phthisie , mis par M. Ciirestien à l’usage des escargots. Il en prenait déjà au nombre de sept à huit , matin et soir, « lorsqu’un jour, quelques heures après « s’ètre mis au lit, il fut pris de nausées et re- « jeta bientôt , par le vomissement , plus de « cinquante escargots bien, entiers , et sans aucun « débris des alirnens qu il avait pris à son dernier « repas ( a ). » — Café au lait pris par un convalescent qui venait d’essuyer une fièvre maligne , et qui n’avait jamais pu digérer le lait. Café seul digéré : lait pur rendu par le vomissement (Lordat et Ku’iinholtz).

70 Spasme dilatatoire des intestins démontré par un fait de Leidenfrost (b) , qui nous a été

{a) Voyez dans les Ephémérides me'dic. de Montpellier (octobre 1827 , p. i58) , l’analyse , faite par M. Bertin, des Nouveaux êlémens d'hygiène , de M. LoNDE. On trouve aussi , à la page i5/ , un fait très-curieux relatif à l’objet qui nous occupe , extrait de l’ouvrage de M. Londe par M. Bertin-

( h ) « Tune pars, vel alitjuandb integra Tiœc ftsLuhi inles- M (urgeùal , simulque crcscebat longitudinc et lalitudine ,

fort utile pour établir convenablement la théorie des imaginations intestinales. •

(i5y) J’ai fait remarquer , à l’occasion du cœur r

i° Que les blessures, meme graves , de cet organe , n’étaient pas toujours mortelles ;

2° Que sa dilatation était active. Pechlin avait observé que le cœur arraché à un animal vivant, et tenu dans la main, pouvait écarter les doigts avec assez de force , quoiqu’on eût exprimé tout son sang (a) ; et Bichat, M. Rullier et M. le Professeur Ribes, ont obtenu les mêmes résultats dans leurs expériences. — Bacojn avait déjà vu le cœur d’un criminel de lèze-majesté s’élancer hors du brasier dans lequel le bourreau l’avait jeté.

3° J’ai bien prouvé qu’un spasme fixé sur cet organe , durant autant que la vie , mais cessant au moment de la mort (û), devait donner lieu à des syncopes mortelles , qui , ne laissant pas plus de traces sur le cadavre que tant d’autres maladies

« tantùmque contrahebat ruborem , ut milia vel maxîma « infiammaiio huic par esse possit. Indè ca/or major. Procter c'a « erigebatur iulestinum et erectum stabat , ut quasi colem « lascivienlem æmularetur. » ( De moiu pèristaltîco in vutnere intestini viso , Disput. morb. Halleri , t. HI.) {a) Obs. physic. medic. , lib. 3 . Hamburgi i6q i , in-tj fig. (b) Cela arrive le plus souvent , mais non toujours : j’ai cité des preuves du contraire , page 107 entre autres*

purement vitales, seraient toujours le desespoir de l’Anatomie Pathologique,

(i58) Quand il a été question de la physiologie de la vessie, vous avez dû remarquer sur-tout, parmi les applications faites à la Pathologie , ce qui a été dit sur le spasme dilatatoire fixe {ci) de cet organe.

L’existence d’un spasme de ce genre , fixé sur les parois de la vessie dans certains cas de rétention d’urine , a été très -bien constatée par M. Lordat , à la faveur de faits dont l’ensemble équivaut à une démonstration. Il vous a été aisé de sentir combien les conséquences thérapeutiques qui en ont été naturellement déduites , étaient précieuses par rapport au traitement de quelques rétentions d’urine , auxquelles l’oubli de ces mêmes idées ne manquerait pas d’être souvent funeste {b).

( a ) Voyez les Nouveaux élémens de la science de l’homme, chap. 4 , §. 73.

( Jj ) Voyez sur ce sujet : i° dans les Nouvelles remarques sur les hernies abdominales , de M. Lordat (Montpellier i8ii , in-8° , pag. 2 3 et suiv. ) , l’observation faite conjointement par lui et M. Maisonnabe ; 2° dans les Éphcm. médic. de Montpellier (1827, t. V, p. 3oi ) , des Réflexions sur le spasme dilatatoire dans un cas singulier de rétention d urine ; par M. le Docteur Thomas.

On trouve assez d’exemples de spasme fixe du canal de l'urètre. — - L’ouverture du corps de J.-J, Rousseau ne

(i5g) La mobilité des traits du visage peut être poussée très-loin ; c’est elle qui constitue \e /aient mimique ou d "imitation.

Péchlin a vu à Venise un Mime , nommé Alessandro Marciano , qui pouvait prendre la ressemblance de toutes les personnes qu’il voulait représenter. Péchlin vit ce singulier personnage donner successivement à sa figure les traits des douze Césars; d’ Agrippine, de Lime, de Drusille , de Faustine , et d’une foule d’autres hommes ou femmes célèbres. 11 poussait la perfection qu’il apportait dans l imitation de certains scélérats , jusqu’au point d’inspirer une véritable horreur. Il imitait aussi parfaitement ces ornemens d’architecture , connus sous le nom de rnascarons. Indépendamment de cela , Alessandro Marciano donnait à sa voix des intonations et des articulations si variées , que , pour peu qu’on cessât de le voir , lorsqu’il récitait une comédie, on croyait être sûr d’entendre six ou sept personnes , quoiqu’il fût réellement seul (a).

présenta aucune altération sensible dans les voies urinaires , quoique cet homme célèbre eût souvent éprouvé des rétentions d’urine. — On peut lire une bonne observation sur ee sujet dans la thèse de M. Reimonenq , ayant, pour titre : Essai sur les rétentions d'urine occasionécs par les rétrécisse w mens de Vuretre ; Montpellier 1827 , in-4° , p. 5, 6 et 7.

(a) Obscrv. physic . medic., lib. 3 , p. 5oi.

Le talent mimique était porté au plus haut degré chez le célèbre Garrick.

Lorsque, dans ses récits, il lui arrivait de prendre le ton , les gestes et le caractère des personnes dont il parlait ; on voyait l’action ellemême : ce n’était plus une narration.

Tous les traits de sa figure étaient susceptibles dune mobilité si considérable et si variée, qu’il pouvait prendre facilement les ressemblances que son caprice ou les désirs de ses amis lui suggéraient.

Garrick et le peintre Hogarth étaient tous deux amis de Fielding. Cet auteur venait de mourir, sans avoir voulu permettre qu’on fît son portrait , lorsqu’on publia une édilion de ses œuvres. Hogarth , voulant absolument que le portrait de son ami ornât l’édition de ses œuvres complètes , prenait un jour le parti de le dessiner de mémoire , lorsqu’il entendit une voix s’écrier du fond d’un cabinet voisin de son atelier, où Garrick était entré un instant auparavant :

« Hogarth ! Hogarth ! Hogarth !

« n es-iu pas las de me faire attendre ? Prends « tes crayons ; viens ici ; je ri ai que quelques

« instans à te donner Le trouble qui agite

w Hogarth confond ses idées : il oublie que « c est dans ce cabinet qu’il a relégué Garrick. « Il prend scs crayons et vole avec précipitation <s où ces accens l’appellent. Quel prodige! C’est

« Fielding qu’il voit : ce sont ses traits , son « air , sa coiffure , sa démarche ; en un mot > « c’est son ami. Hogarth étonné , effrayé , in- .« téressé , ému , dessine à la hâte. Le peintre « s’applaudit de la ressemblance. Il ne sort de « l’erreur , que quand , l’ouvrage achevé , il « échappe au comédien un éclat de rire qui dé- « compose son visage , et en fait disparaître les « traits empruntés , pour restituer à leur place « ceux de l’inimitable Garrick.

« C’est ce dessin original qui est à la tête des « œuvres de Fielding (a). »

On sait bien aussi , qu’une jolie femme de Londres profita de ce talent qu’elle avait reconnu chez Garrick , pour avoir le portrait d’un seigneur anglais qu’elle aimait et qui ne voulait pas se laisser peindre (b).

I. Nous allons faire quelques réflexions propres à diminuer ce que des faits de ce genre pourraient avoir d’étonnant.

i° Pour imiter une figure , il n’est pas nécessaire que tous les traits soient parfaitement ressemblans: les esquisses que les Peintres appellent dessins spirituels en sont la preuve. Il en est de même dans la représentation mimique.

2° Un certain degré de développement et de

(a) Encyclopédiana (Garrick), (Jj) Encyclopédiana *

souplesse , dans les parties molles de la face , doit être regardé comme une des dispositions naturelles qui favorisent le plus ce talent d’imitation. On sent facilement qu’une figure dont les traits seraient roides et les yeux enfoncés , éprouverait nécessairement des difficultés insurmontables.

Il ne serait pas étonnant que les sujets chez lesquels on a rencontré des muscles qui ordinairement n’existent pas , eussent eu moins d’obstacles à surmonter que les autres. Il me suffira d’indiquer ici ce qui a été dit par Santorini , de divers muscles dont l’existence n’est pas constante (a) ; et par Albinus (b) , de certaines fibres anormales qu’il a observées à la joue.

3° Quelques muscles ne seraient-ils pas susceptibles de prendre une structure analogue à celle de la houppe du menton? On sait que cette pulpe musculaire , ce tissu érectile , est capable

(à) Vid. Joan.-Dominici Santorini septem decim tabula,, etc. ; 1775 , in-fol., fig. ; Tabul. prim. (n,o,o) nasi orbiculus in pinnas , seu alas drn'sus ; (1) musculus zygomaticus minor ferè hifariàm diremptus ; (w) talus filrarum fasciculus , qui etsi portiuncula ejusdem quadrati sit , inierdiim lumen ah ipso discrela muscidum per se constituere videtur , qui à Santorino RISORIUS dictus Juif. ; (h) musculus zygomaticus major , qui non ità Tard dioidiiur ac partem unarn mteriùs depressori lahiorum commuai adjungit, quemad/nodum et nos his ohservavimus.

( h ) Bern. Sig. Alrini , Tabules sceleti et musculorum corporis humani; Lugd. liai. 17.47, gr. in-fol.

hon-seulement de contraction dans tous les sens , mais encore d’une expansion active.

Je ne saurais penser que , comme Barthez était disposé à le croire , l’habitude des mouvemens pût donner lieu à la formation de muscles nouveaux : il faudrait pour cela que tous les hommes fussent susceptibles d’acquérir le talent mimique ; ce qui n’est pas, bien certainement.

II. Tachons maintenant d’ajouter quelques réflexions à celles qui ont été consignées dans les bons ouvrages de Descartes ( a ) , Le Brun ( b ) , Camper (c) , J.-G. Lavater (ci) et Engel (c) ,

(a) Les passions de l’âme ; Amsterd., Louis Elzevier, i65o , pet. in- 12.

(U) Conférences sur l’expression des passions , avec fig. , de Bern. Picart ; Amsterd. 17 13 , in- 12. A oyez aussi la Dissertation sur un traité de Ch. Le Brun , concernant le rapport de la physionomie humaine avec celle des animaux ; 1806, grand in-fol. , fig. , ornée du portrait de Le Brun , par EdelïNCK.

( c ) Discours sur les moyens de représenter les diverses passions qui se manifestent sur le visage ; sur l’étonnante conformité qui existe entre les quadrupèdes , les oiseaux, les poissons et l’homme , etc. ; trad. du ho/l., par Quatremère d’IsjONVAL ; Utrecht 1792, in-lp , fig*

(J) Essais sur la physiognomonie , destinés à faire connaître l’homme et à le faire aimer (trad. en français par Madmc de La Fite , MM. Caillard et Henri Renfner) La Haye 1781-1803, 4 vol., in- 4\ fig .

(e) Lettres réunies sous le titre de : Idées sur le Geste

sur la manière de représenter les passions ; snt? la physionomie, et sur les gestes,

i° On a dit , et souvent répété , que les y eu& étaient le miroir de lame. Quand on se pique d’un peu de sévérité dans le langage , comme on doit le faire lorsqu’il s’agit d’une science telle que la Physiologie , il ne faudrait pas oublier que, considéré en lui-méme, le globe de l’œil n’est presque susceptible d’aucun changement. L ‘expression des yeux , dans les diverses passions , ne dépend presque exclusivement que de l’action des muscles qui les meuvent ou les environnent.

2° L>a face est susceptible d une expression indépendante des passions . qui n’a pas besoin d’une étude antérieure pour être bien sentie.

II n’est personne qui ne connaisse l’effet que produisent une figure gracieuse et une figure sérieuse me les jeunes enfans qui les voient pour la première fois. A cet âge où l’on ignore encore également ce que sont la bienveillance et Vindifférence , on se sent néanmoins attiré ou repoussé , selon que les physionomies que l’on rencontre , expriment l’un ou l’autre de ces senti mens.

et V Action théâtrale , avec fig. ( Recueil de pièces intéressantes concernant les Antiquités , les Beaux-Arts, les llelles-* Lettres et la Philosophie , t. III , p. 320 et suir. ; t. IV * p. 102 et suiv. ; t. \ , p. 1 4.7 et suiv. )

Cette influence de la physionomie s’exerce înême sur les animaux : voici un fait singulier qui en est une preuve évidente. Larive possédait un singe constamment enfermé dans une cage , à cause de l’habitude qu’il avait contractée d’attaquer et de mordre toutes les personnes qui venaient le voir. Un graveur , de ses amis , qui probablement avait déjà fait un essai de ses forces , vint un jour le supplier de donner un instant de liberté à cet animal. Le singe ne fut pas plutôt libre qu’il allait s’élancer sur le graveur > quand celui-ci Y attendit de pied ferme , fixant fortement ses regards sur lui , dans une attitude qui , sans être menaçante , annonçait la persuasion d'une grande supériorité : pour le coup , l’animal se contenta de tourner plusieurs fois autour du graveur en grinçant des dents , mais il no sa l attaquer.

Larive surpris de ce qu’il avait vu , donna le singe à son ami , qui parvint à le rendre si doux , par le jeu de sa physionomie , qu’il put lui faire faire presque tout ce qu’il voulut uniquement par ce moyen.

3° Descartes avait observé que des personnes qui voulaient peindre une passion sur leur visage , donnaient quelquefois à leurs traits le caractère de la passion opposée.

On a vu une actrice qui ne manquait pas de mérite , avoir l’air de rire quand il aurait fallu

qu’elle pleurât , lorsqu’elle remplissait le rôle de Clytemnestre , dans I’Iphigénie de Racine,: Le fameux peintre anglais que j’ai déjà cite' , Hogarth , avait fait une observation analogue chez un mendiant ; et j’ai eu moi-même l’occasion de reconnaître toute son exactitude : j’ai vu un Docteur m’annoncer d 'une figure riante, que sa sœur était sur le point de périr, quoique je fusse bien sûr qu’il en était très-fâché dans le fond de son âme.

Il m’a paru que la véritable cause de ce phénomène était une altération des synergies des muscles, analogue à celle qui constitue certains cas de bégaiement et de strabisme , résultant de l’action de quelque muscle , qui ordinairement ne devrait point agir. Dans la tristesse , les paupières sont basses ; les sourcils froncés , sont également abaissés , et la houppe du menton est relevée ; tandis que la commissure des lèvres est portée en bas par l’action des triangulaires: et malgré cela , si les muscles zygomatiques viennent à se contracter vicieusement, on pourra fort bien avoir l’air de rire , quoiqu’on soit réellement disposé à pleurer.

(160) A une époque où les beaux-arts semblent renaître dans notre ville , je ne pouvais terminer un Cours de Physiologie, sans dire quelques mots sur Y Anatomie et la Physiologie appliquées à la Peinture.

ii 5,

Le Musée , que nous devons à M. le Bon Labre , doit être pour nous un puissant motif de faire tous nos efforts, pour que la culture des arts du dessin soit favorisée et complétée , autant qu’elle est susceptible de l’être.

Quand les acquisitions que l’on fait chaque jour auront amené, dans ce bel établissement, assez de tableaux de toutes les Ecoles , pour donner une idée satisfaisante des genres variés dans lesquels elles ont réussi ; quand , conformément à ses vues, M. Fabre aura placé à la tête de l’Académie , des Maîtres habiles , qui pourront peindre aussi , sous les yeux de leurs élèves , la Miniature et le Paysage, en approchant de la perfection qu’il apporte lui-même , dans l’exécution des portraits , ou des tableaux d’histoire qui sortent de son pinceau : l’enseignement ne saurait être encore complet.

Plus les progrès des beaux-arts sont considérables, et plus on sent combien il serait avantageux que les jeunes artistes pussent suivre, chaque année, un Cours d’ Anatomie et de Physiologie appliquées à la Peinture ; afin que toutes les branches de cette science, cultivées aussi soigneusement les unes que les autres , fussent susceptibles de s’accroître d’une manière égale (a).

( a ) Quelques passages extraits de Y Histoire de la Peinture en Italie, depuis la renaissance des beaux-arts jusque vers Ut

Une chaire de ce genre , telle qu’elle a été fondée dans plusieurs vilies de France , me paraît

fin du XVIIIe siècle , par l’Abbé Lanzi , feront sentir les avantages que l’Anatomie procure à la Peinture, bien mieux que tout ce que je pourrais en dire moi-même.

« Luca Signorelli naquit à Cortonc , fut allié des « Vasari d’Arezzo, et disciple de Pietro della Fran- « cesca ; ce fut un peintre plein d’esprit et de sentiment, « et l’un des premiers qui , en Toscane , dessinèrent les « figures avec la véritable intelligence de V Anatomie , quoi- « que un peu sèchement encore (i).

On sait que Léonard de Vinci , « s’étant lié d’une « étroite amitié avec Marcantonio DELLA Torre , lecteur « de Pavie , il concourut avec lui à illustrer la science de « V Anatomie de l’homme , peu connue alors en Italie , et « qu’i? décrivit avec exactitude celle du cheval , dans la « connaissance de laquelle il est regardé comme le premier « de tous (2). »

Fn parlant de Michel-Ange : « il devint savant en

« Anatomie ; et cette science ; à laquelle , dit-on , il con- « sacra douze années , quoique sa santé en souffrît, décida « par la suite du caractère de son talent , et prépara l’im -

« mensité de sa gloire ; ses raccourcis , ses attitudes, sont

" toujours les plus difficiles (3). »

Enfin , en parlant des imitateurs de Michel-Ange : « Ils « transportaient ensuite, dans leurs propres compositions,

« cette régularité de la sculpture , ces formes prononcées ,

('■*) T. IV , p. 84. On connaît la réputation du groupe de cavaliers qui se combattent, et dont un veut arracher un drapeau à l’autre.

(3) T. I , p. 20g et 210,.

l’unique moyen de réveiller , parmi nos compatriotes , ce génie dont les Parrocels , les La Fages, les Michel-Anges, ont donné de si beaux exemples dans leurs compositions, (a).

« ce jeu des muscles , cette sévérité des traits , ces gestes , et « ces attitudes pleines de vie , qui rendent le Buonarroti « si imposant et si terrible. Mais n’approfondissant point « les théories de cet homme inimitable , et ne sachant pas « bien quelle était la véritable action des ressorts du corps « humain sous la superficie de la peau , ils tombaient Jacile- « ment dans les plus grossières erreurs : tantôt en indiquant « des muscles hors de leur place , ou en les exprimant de la « même manière , et dans une figure en mouvement , et dans « une figure en repos ; dans un jeune homme délicat, et dans « un sujet parvenu à V âge viril : satisfaits de cette manière « qu’ils croyaient grande , ils n’attachaient pas beaucoup « d’importance au reste (i). »

(a) La représentation du nu dans tous les états de l ame , et surtout des raccourcis , tant du corps que des extrémités, fut et sera toujours la véritable pierre de touche des Peintres.

On peut voir, à la Bibliothèque de la Faculté de Médecine , de beaux exemples de raccourcis en tout genre , principalement sur les dessins originaux de La Fage, que. M. Atger a réunis dans la salle exclusivement destinée à des ouvrages de Peintres du midi.

Dans peu de temps , et par suite des libéralités de cet amateur distingué , cette salle , jusqu’à présent unique, sera suivie de deux autres renfermant des dessins de Peintres de diverses Ecoles, parmi lesquels se trouveront plusieurs productions de grands Maîtres.

(i) T. I, p.aSo.

Si, pour reparer celle lacune, M. le Doyen de la Faculté de Médecine permettait jamais que l’on fit , dans cet établissement , un Cours d* Anatomie et de Physiologie à l'usage des Peintres, voici quel serait le plan qui m a semblé pouvoir être adopté , au moins pour une année,

i° Description des os du corps humain, mais principalement de celles de leurs parties qui sont sous •cutanées.

L’étude des saillies des os , et de l’influence qu’elles exercent sur les formes , dans divers degrés d’embonpoint , ainsi que dans différens mouvemens ; est plus importante que beaucoup de gens ne se l’imaginent. On a dit que , dans la flexion , le bras paraissait plus long ; mais , pour être précis , il a m'ait fallu dire : que la ligne qui dessine les extenseurs de V avant-bras , la saillie du coude et les extenseurs de la main , était devenue réellement plus longue; tandis que celle qui lui est opposée se trouve alors véritablement plus courte. Quand on connaît bien le squelette , on trouve la cause tout entière de ce phénomène , dans la configuration des sut faces articulaires du coude.

La traduction delà belle Ostéologie de Monro par Sue (a) , où l’on semble avoir voulu réunir

{a) Paris 1759, 2 vol. in-foL,Jig. L’Académie de Peinture ei de Sculpture , établie au Louvre , avait conféré à -Suc la place de Professeur d’ Anatomie , pour que rien ne manquât

tous les avantages des traités d’ALBiNUS et de Cheselden sur les os ; tiendrait un rang distingué parmi les ouvrages que l’on consulterait sur ce sujet.

2° Description du premier Plan des muscles de tout le corps humain , tel que le cadavre le présente , en utilisant ce que renferment sur ce point , les ouvrages faits pour les médecins, tels que ceux d’ALBiNUS , de Loder , de Caldanï , de Cloquet, etc. ; mais sur-tout ceux de B. Genga («) , de Berrettini ( b ) , de Gautier cTAgoty, de Gamelin(c), de J.-H. Layater(J)7

à l’instruction de ses élèves. « Le Cours d’Anatomie « pittoresque qu’il a fait pendant plus de quarante ans « à l’Académie de Peinture , était sur-tout instructif, en « ce qu’il faisait suivre les démonstrations sur le cadavre „ « de leçons sur le vivant ; idée ingénieuse et utile , qu’il a « exécutée le premier , et dont les avantages, même pour « les Médecins et les Chirurgiens, sont aisés à sentir (i). « (a) Anatomia per usa del disegno. Roma 1691, in-fol.

(f) Pétri BerrETTINI Cortonensis , opus Chirurgis et Pictorilus opprimé necessarium , etc.; Romæ 1788, in-foL fig. (Ed. Franc. Petraglia.)

( c ) Nouveau recueil d’Ostéologie et de Myologie , dessine d’après nature , pour l’utilité des sciences et des arts- Toulouse 1799» 2 part, in-fol. atlant.

( d ) Élémens anatomiques d’Ostéologie et de Myologie , à l’usage des Peintres et Sculpteurs (trad. par Gauthier de La Peyronie) ; Paris 1797 , grand in- 8° ,fg.

(1) Voy. Les siècles littéraires de la France, etc. , par DÉ9ESSARTS et plusieurs biographes. (SUE.)

de Chaüssier (ri), etc. : plus spécialement destinés à des Peintres.

3° Myologie superficielle étudiée dans les divers mouvemens que l homme exécuté.

Ici les Trois Dialogues d’ÂNGELO Tuccaro t sur l exercice de sauter et voltiger en l’air ( b ) ; V Académie de l’art admirable de la lutte représentée en so ixa nte-on zefi gares, arec des instructions claires et familières , de Rom yn de PIooge (c) ; le De acte gymnaslicâ , de Mercurivlts ; la Nouvelle Mécanique des mouvemens de l'homme et des animaux , de Barthez ; la Dissertation de Lessing , sur le Lancoon ( d ) ; et sur- tout l’admirable travail de Salvage ( e ) , sur Y Anatomie du Gladiateur Combattant : ne manqueraient pas de fournir les matériaux les plus précieux.

- (a) Recueil anatomique à l’usage des jeunes gens qui se destinent à l’étude de la Chirurgie , de la Médecine, de la Peinture et de la Sculpture; Paris 1820, in-lp , avec fig.

(b') Paris i5gg, in-l±,fig. Ce traité est assez rare.

( c ) Leyde 1712, in-ly ,fig. Ouvrage difficile à trouver.

{d) Du Laocoon , ou des limites de la Poésie et de la Peinture (trad. de l’allem. par Ch. V anderrourg ) ; Paris 1802 , in- 8°.

( c ) Paris 1812, grand in-f al. , fig. Les dissections anatomiques , et les autres travaux nombreux , pénibles et soutenus, auxquels la composition de cet ouvrage a donné lieu, ont acquis a son auteur un nom qui triomphera long-temps de l’oubli.

Salvage était l’élève et l’ami de Jacques Moulinier,

aux

4° La différence des races par rapport traits du visage et à la couleur de tout le corps.

On sent combien il serait peu convenable de représenter des Africains avec des figures européennes noircies. Camper , qui pendant plusieurs années de suite , a fait , à Amsterdam , des Cours d’ Anatomie appliquée à la Peinture (a) , a réuni sur ce sujet, dans sa Dissertation sur les variétés naturelles qui caractérisent la physionomie des hommes des divers climats et de différais âges {b) , des réflexions ingénieuses qu’on aurait le plus grand tort de négliger.

5° L étude des mouvemens des muscles de la

î’un des collaborateurs du Voyage pittoresque et historique de l’Espagne (i), mort le 19 février 1828, Professeur à l’Académie de Dessin de Montpellier. On peut voir deux paysages de cet artiste distingué , dans le Musée-FABRE , sous les n° 282 et 233.

(a) « M. Camper ne se contenta point d’étudier comme o anatomiste , et de comparer entre elles les formes exté- « Heures de l’homme et des animaux ; il appliqua ces con- « naissances à l’art du dessin , et il rédigea un Cours « d’ Anatomie en faveur des Peintres , auxquels il enseigna <f cette science pendant plusieurs années , dans l’amphi- « théâtre de l’école de Peinture d’Amsterdam. » Œuor . de Vicq-d’Azyr, t. I, p. 322 et 323.

(/y) Trad. du holl. par Jansen ; Paris 1792 , in- 4° ,fig.

(1) Paris, impr. de Didot aine', 4 roi. grand in-fol., fig. , public par M. Alex, de La Borde.

face , relatifs à l'expression des sentimens et des; passions.

On retirerait alors une grande utilité de lai lecture des ouvrages de Descartes , de Le Brun, de Camper, de Layater(«), de Gall et Spurzheim (b). — On pourrait réunir à ce chef de division, comme un appendice naturel , un extrait des lettres spirituelles d’ENGEL sur le Geste et Y Action théâtrale, déjà désignéesà la page 222.;

6° Au sujet de l exagération des formes naturelles, on mettrait à profit les Têtes de caractères et de charges dessinées par Léonard de Yinci,; et gravées par le Comte de Cayhjs(c) ; ainsi que les principes de caricatures , suivis d’un essai sur la peinture comique , par Grose (d) ; mais en ayant le soin d’assigner à ces exagérations des limites telles , qu’elles pussent être vraisemblables , alors même quelles cesseraient d’être vraies.

70 L’étude des proportions du corps, chez des

(a) Ouvr. déjà cités.

(t) Anatomie et Physiologie du système nerveux en gé-‘ néi al , et du cerveau en particulier , avec des observations sur la possibilité de reconnaître plusieurs dispositions intellectuelles et morales de l’homme et des animaux , par la configuration de leurs tètes. Paris , 4 vol. m-4° et Allas.

(c) Pans 1730 , grand in- 4°.

(é) li'4d, de l’anglais, Leipsick 1802 , grand m-8°, avec

Individus des deux sexes, à differentes époques de la vie , serait présentée aux jeunes artistes comme devant mériter toute leur attention. 11 est arrivé si souvent à des peintres qui ne s’étaient livrés ni aux réflexions , ni aux exercices pratiques relatifs à ce sujet , d’exposer aux regards du public , des compositions dans lesquelles on ne voyait que de petits hommes , à la place des enfans qu’ils avaient eu réellement l’intention de représenter !

8° No verre , dans ses Lettres sur la danse , fait des observations curieuses touchant certains rapports des extrémités inférieures avec les supérieures , que les Peintres ne pourraient quelquefois négliger sans inconvéniens.

9° L’influence de certaines habitudes et des diverses professions , sur la production de rides de différentes espèces, ainsi que sur l’altération des formes des organes le plus souvent employés; paraîtrait encore , aux Peintres accoutumés à réfléchir , des sources précieuses où ils puiseraient cette vérité , cette représentation exacte de la Nature, qui est le plus puissant moyen d’obtenir les suffrages d’un public réellement éclairé.

i o° La considération de l’altération des formes, produite par des causes, soit passagères, soit permanentes , telles que la grossesse et les maladies les plus communes , pourrait être aussi d’une grande utilité dans certaines circonstances.

Ce que la Nature présente de moins gracieux dans ses foi mes, ne vous paraît-il pas admirable quand c’est le pinceau de Tenier qui le représente P

Ne pensez-vous pas que Greuse a dû faire des études spéciales , accompagnées de beaucoup de réflexions, pour représenter avec tant de vérité cette tête de vieillard qui semble se putréfier toute vivante qu’elle est encore (< a ) ?

Tels sont les divers objets dont les développemens m’ont paru pouvoir composer un cours de ce genre.

Je termine ici un travail que je ne croyais pas devoir pousser si loin.

Si les Elèves de première et de seconde année pouvaient y retrouver quelques idées qui leur fussent réellement utiles, j’aurais atteint le but que je m’étais proposé.

(a) Musée-FABRE , n° 175.

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