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III. Résumé et conclusion générale

1» Parallèle de l'Espace et du Temps.

2" Opposition irréductible des deux notions.

a) Impossible de ramener le Temps à l'Es-

pace;

b) Ni l'Espace au Temps, 3"» Genèse des deux notions.

L'IDÉE DE CONTINU

DANS

C'est presque une hérésie philosophique, de nos u„e jours, de dire que les corps sont tels qu'ils nous ap- •"*£> paraissent, lorsque nous les percevons dans les con- '''''''"*• ditions normales. Le vulgaire les croit étendus en longueur, largeur et profondeur, et situés dans l'espace et le temps ; le philosophe moderne au contraire, traite cette évidence avec un sceptique dédain ; et c'est môme en cela qu'il s'estime bien supérieur au vulgaire. L'évidence des sens d'abord traitée de « perception confuse >, — la clarté étant réservée aux idées pures, — a été bientôt réduite à n'être plus qu'une simple « apparence > ou une < hallucination vraie >, provoquée par la présence d'un objet désormais inconnu qui ne lui ressemblerait en rien. En sorte que pour faire la théorie du monde matériel, il faudrait, d'après les auteurs à la mode, mettre en suspicion tout ce qui nous vient des sens, ne rien emprunter aux représentations sensibles, perdre jusqu'au souvenir du temps et de l'espace, tout demander à l'entendement pur, et considérer seulement «c ces idées spirituelles qui sont naturellement au dedans de nousmêmes >.

Cependant ces philosophes parlent souvent d'ob- j^ p^, servation et de sciences expérimentales : — la science .. * '/. étant la reine du jour, comment se soustraire entière- •

ment à son empire ? — Mais, regardez-y de près et vous verrez qu'ils n'en prennent que la partie négative, certains détails obscurs qui sembleraient fournir à la raison des armes contre les sens et parfois contre elle-même ; tandis qu'ils né<fligent ces grandes lignes fondamentales et lumineuses de la science où doivent se faire Taccord et la synthèse.

C'est ce divorce entre la raison et les sens, la théorie et l'observation, la philosophie etlascience,nonmoins qu'entre la vraie philosophie et le bon sens vulgaire, — divorce funeste, car il serait la ruine de tout savoir véritable et de tout progrès, — que nous n'avons cessé de dénoncer et de combattre dans la plupart de nos Etudes philosophiques, notamment dans la précédente sur Vobjectivité de la perception des sens externes. Nousallonscontinuernotreœuvre aujourd'hui, enprenant la défense des premières notions intellectuelles qui rattachent laconnaissance idéale à la connaissance sensible, et qui ont eu l'honneur de subir les premiers assauts du Kantisme et de l'idéalisme : les notions d'Espace et de Temps, dont on a nié à la fois l'objectivité et l'intelligibilité.

Nos Le grand coryphée de ces dangereuses erreurs, celui sï^ auquel revient la plus large part deresponsabilité dans cette crise philosophique, c'est — tout le monde en convient — l'inventeur des antinomies de la raison pure, Emmanuel Kant. Mais l'histoire impartialedans la distribution de ses critiques, devra remonter encore plus haut, jusqu'à l'auteur de la méthode et des principes dont le philosophe de Kœnisberg n'a fait que poursuivre l'application plus rigoureuse et plus complète : nous avons nommé Descartes.

Avant de nier l'objectivité du temps et de l'espace, on avait déjà nié l'objectivité de toutes les autres données sensibles, sous prétexte qu'elles manquaient de

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clarté, et qu'il ne fallait admettre en son esprit que (les € idées claires >. Aux yeux d'un malhématiclen tel que Descartes, les idées d'espace, de temps et de mouvement étaient les seules à jouir d'une clarté évidente. On comprend sans peine avec quel enthousiasme son imagination de géomètre devait contempler ces figures abstraites se mouvant dans l'espace et le temps, selon ces lois harmonieuses des nombres qui ravissaient Pythagore. Devant ce triomphe de « la mathématique universelle », il n'avait pu s'empêcher de s'écrier à son tour : F/jpvy.u !

Par malheur, Leibnitz survint, pour railler cette prétendue clarté de l'espace et du temps; il en expliqua la nature de manière à supprimer la chose tout en conservant le mot; et Kant, à son tour, poussant la logique et la sincérité jusqu'au bout, n'hésita plus à conclure de l'obscurité de ces notions à leur subjectivité complète.

Mais qui ne voit le vice d'une telle méthode ? Si pour Leur admettre un fait, il faut commencer par le comprendre et nous en faire une idée parfaitement claire : en d'autres termes, si avant d'admettre Veocistenceàes choses, nous devons avoir clairement scruté leur essejice, nous allons droit au scepticisme universel, car nous ne connaîtrons jamais clairement ni adéquatement les essences des choses, ou comme l'a dit le bon sens populaire : nous ne connaîtrons jamais le tout de rien. L'idée d'un grain de sable ou d'un atome, pas plus que l'idée de l'être infiniment parfait, ne sauraient résister à une telle méthode : c'est la dissolution fatale de toute croyance et de toute science. Aussi à quoi ont abouti ces philosophes ? La nature est devenue pour eux, la cause inconnue de nos sensations, c'est-à-dire que l'abîme obscur de Vincognoscible a remplacé le demi jour deslumières naturelles. Ilsont éteint le flambeau sous

prétexte qu'il n'éclairait pas assez et voici qu'ils se trouvent en pleines ténèbres !

D'autre part, cette méthode renverse évidemment l'ordre naturel et essentiel de la connaissance humaine. S'il est un fait psychologique indéniable, c'est que nous constatons les choses avant de les comprendre, nousconnaissonsles existences bien avant de pénétrer les essences. Ce serait donc tout confondre et tout mettre au rebours, de vouloir qu'on prouve les essencesavantlesexistences(l).

Voilà la n" ''hode essentiellement fausse et subversive que Kanta eu le tort d'accepter sans contrôle, — lui qui se vantait d'avoir tout fait passer au crible de la plus exacte critique, — mais qu'il n'est du moins pas coupable d'avoir inventée. Il l'a prise telle qu'elle est sortie du cerveau de Descartes, sans se douter qu'il y avait là, pour lui, une inconséquence singulière et un manque de logique, puisqu'il ne croyait plus aux essences, aux noumènes, ou du moins à la possibilité, pour l'esprit humain, de les connaître.

Plan Fidèle aux traditions de l'École, nous allons redres-

de rettc

étude, séria méthode et nous occuper tout d'abord de l'existence de l'espace et du temps. Lorsque nous aurons démontré, dans une première partie, l'objectivité de ces notions, nous essayerons, dans les suivantes, d'en pénétrer la nature.

Cette étude nous montrera sans doute des difficultés graves, des obscurités profondes, voire même des antinomies apparentes; — mais rassurons-nous — elle ne nous montrera dans ces notions premières aucune

(1) «Il faut toujours préalablement connaître avec pleine évidence le fait et son existence. Par exemple, il faut savoir tout d'abord qu'H y a une éclipse de lune (avant d'en rechercher la nature) ; sans cette condition, il n'y a pas de recherche possible. » Aeî '/«/s tô Ôti xai to tivui vKxpyjiy Sviia ôWa, )~iy(ù 8'oiov ôrt yi (reï-h'jri h^einEt... it yàp pij oûrw;, oùôèv Çjjtiî. Aristote, Meta., 1. VI, c. 17, $ 3,4.

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contradiction réelle. La raison humaine qui a ses limites, comme toute chose créée, n'a pourtant rien d'irrationnel dans ces conceptions ni de contradictoire. Ceslimites d'ailleurs ne sont pas si étroites qu'on se l'imagine parfois ; et si leur joug trop réel impose au philosophe une sage réserve, une modestie nécessaire, le souvenir des difficultés vaincues et des solutions conquises peut aussi lui inspirer un légitime orgueil et une profonde admiration pour ces puissants génies qui ont reculé si loin les barrières de l'esprit humain !

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