BOHÈMES
Samedi, 20 novembre 1897.
Entre les bourgeois de lettres séducteurs du cœur des foules, l’un des plus méprisables fut certainement cet Henry Mürger dont la binette outrage maintenant une allée du Luxembourg, et dont la légende de sottise intitulée la Vie de Bohème vient d'avoir au Théâtre-Français un regain de succès grace au stupide respect du public pour les anas con- Sacrés dans le roman d’où est tirée la rapsodie comique et larmoyante du théâtre. Mürger donna à rire aux bourgeois par le spectacle joyeux de misérables jouant la farce de leur détresse et se faisant les singes de la misère avec des rengaines d'atelier, des tours de polissons et des façons d’escrocs. L’inventon plut extraordinairement à la bourgeoisie française et même à celle des autres pays, car rien ne pouvait sembler plus réjouissant aux réguliers bien pourvüs que des crève-la-faim jouant du tambour sur leur ventre vide et célébrant la fantaisie des pitances accidentelles.
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