‹ Idée et réalitéChapitre 13 sur 195 · FRE CE D 4 ES 57 TP · texte numérisé non relu

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puis les années d’exil. A l'issue de la soirée, le socialiste et le légitimiste s’en furent bras dessus bras dessous, causant passionnément d'art et de littérature. Celui-ci avait perdu son roi, celui-là n'avait pas trouvé sa République.

La légitimité, dans son essence, est un principe dépassé par le processus du monde moderne, et ses derniers fidèles gardent en eux leur foi politique et religieuse, soumise aux ironies de la volonté d'en haut. Bien plus amère est la désillusion de ceux qui n’ont encore vu dans le régime nouveau, ni triompher leurs convictions, ni s'appliquer leurs rêves. Ces républicains de la veille avaient conçu un gouvernement composé des meilleurs citoyens désignés par le suffrage populaire, gouvernement réformateur, probe, loyal, destiné à relever les mœurs publiques; à redresser les torts et les abus de l'Etat monarchique, à refaire une France grande et libre.

Très rapidement notre pays a dévalé aux coutumes du pire américanisme. Il existe de l’autre côté de l'Atlantique une catégorie d'hommes politiques errants, toujours en voyage, un jour dans le Nord, deux jours plus tard dans le Sud, convoquant les électeurs, agitant les esprits, changeant de principes selon le lieu, tournant leurs opinions au vent de la popularité. On les a surnommés :/0$ Sacs de nul. Ces recruteurs de suffrages se retrouvent dans nos politiciens français. L'espèce esl éclose depuis dix ans pour le malheur de notre pays; elle a été créée par l'instabilité et l'égarement des électeurs. Prenez un avocat sans causes, un médecin sans clientèle, un

faux savant marchand d'’orviétan, un industriel com- «)

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promis, un commerçant gêné, un fonctionnaire révoqué ou démissionnaire {la nuance est parfois imperceptible), enfin un raté protéiforme, et je vous donne le politicien. Ce produit nouveau n’est point gèné par des engagements antérieurs, ni embarrassé par des scrupules. Il est libre d’attaches aussi bien que de toute contrainte : il attend son OPINION, | c'est celle du département où il se présentera et des Fe journaux, Son appui. Le hardi compère est radical, à opportuniste ou ministériel selon les besoins de sa cause. Les courbettes devant les turlupins des comités, les complaisances aux passions de la foule ne lui coûtent guère. Îl est beau à voir dans les réunions publiques, haranguant les citoyens, traitant de vingt questions capitales dont il ne sait pas le premier mot, promettant toutes sortes de réformes dont à n’a cure. C'est à lui qu'iront les suffrages plutôt qu’à un candidat sérieux et sûr. Le peuple n'entend pas la voix de la raison et du sens pratique ; il ne cherche dans ses élus que l’écho de ses passions et de ses colères. Hélas ! il n’a pasencore appris queles g ip mots ne sont pas de grands remèdes. | Cette inconsistance du suffrage universel tend à écarter peu à peu de la vie publique les hommes utiles et capables. Il n’y a plus d’empressement parmi eux à courir ces aventures équivoques, alors que les votes des électeurs se porteront souvent sur des sujets médiocres ou des personnages douteux. À peine revêtu, le politicien songe à servir ses intérêts : il a hâte de prospérer danssa nouvelle carrière, de se refaire de ses déconvenues industrielles et commerciales. Îl entre dans les assemblées tel qu’un loup aux

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