‹ Idée et réalitéChapitre 156 sur 195 · LA UR · texte numérisé non relu

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de la réflexion, dans l'énergie persistante de l’action.

Les genêts en fleurs jaunissaient chaque côté de la route et plus loin les jaunes couches des ajoncs fleuris couraient en ondulations violentes jusqu'à la mer. À droite, le Morbihan étalait les ondes grises de son vaste lac comme endormi et dans cette petite , mer pareille à l’autre de tempêtes, d’'écueils, de ® trahisons, émergeaient les dix îles d’un archipel à divers et contradictoire par la grâce et la richesse de celles-ci, par la sauvagerie et le secret druidique de celles-là; mais à gauche, au détour de la route, apparut l'Océan dont tumultueusement les flots verts battaient les rives de la presqu'île comme jetant un

1 défi indigné à la petite mer captive dans les terres.

4 Jamais je ne saurais exprimer le charme de ce ciel | :. … : gris, la douceur dont il enveloppe, la quiétude dont il fé J pénètre. ii

La patache roulait irrégulièrement au trot de deux chevaux peinant, suant et très joyeux, dont l’un morpi: dillait l’autre et gambadait aux plus rudes montées. + Au-dessous de moi, les dirigeait le cocher dont je ne voyais que les longs favoris. Il ne cessait de causer avec ses bêtes et témoignait toute son affection

à la préférée, la plus tranquille, la plus vieille ; il l’en- 6

} courageait par de tendres appellations : « Bel Homme, é . allons! mon chéri, mon mignon, mon bijou, mon Le à petit saint ! » Le cheval entendait son maître et se- $ 7 couait la tête. | : A chaque village, le cocher arrêétait l'attelage et, 4 : m'ayant prié de tenir les rênes, il entrait dans un E +. : débit de boissons. Bientôt il ressortait le visage un: 1 je. M peu plus rouge, avec un morceau de pain noir à la

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main; les chevaux trainaient la voiture jusqu à lui et il leur faisait manger les bouchées en ayant soin d’avantager son favori. À l’une des stations, un curé s’approcha de la voiture et lia conversation avec le cocher. Nous attendions patiemment, L'ecclésiastique, de mauvaise mine, la figure rougeaude, bestiale et hypocrite, était vêtu d'une sale soutane trouée et visiblement ne savait comment tuer le temps. Il tâta es reins des chevaux, examina leurs dents et écouta le conducteur vanter chaudement les mérites de Bel Homme : « Quand on me l’amena, voici deux ans, il était plus mince que vous ; on aurait passé les doigts au travers ; à présent, c'est un guerrier à qui aucun de ceux d'iei ne ferait le poil. Il s’agit de traïter les chevaux comme des personnes humaines ; n’est-ce pas, Bel Homme ? »

Le cocher et le curé se regardèrent en silence; ils ne trouvaient plus rien à se dire; enfin l'homme remonta sur le siège et la voiture na artit. 4

Sur la route, un bicycliste nous croisa, mais un : 1 bicycliste de tenue remarquable, un paysan breton dans le costume traditionnel, veste et gilet de velours, chapeau à larges bords dont les longs rubans noirs tombaient sur les épaules. Le paysan et sa machine | formaient le contraste le plus singulier : ceci tuera | + cela. De

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Comment pourrait-on formuler le principe absolu Ée # de la beauté dans les formes et les lignes? Nous * 0 sommes émus par les contours d’un paysage, par la + grandeur, le pittoresque, la poésie d’une contrée à dont l'habitant ne voit rien. L'œuvre de l’artiste divin 4

qui créa la nature, qui dressa les montagnes, creusa

les mers, dessina les rivages et étendit la ligne des forêts n’est même pas comprise par la plupart des hommes et nous avons la vaniteuse hardiesse de décider des créations individuelles du ciseau et du pinceau, de blâmer ce sculpteur, d’exalter ce peintre, de prononcer d’après les laides conceptions de la foule et les déformations de la mode.

La frise du Parthénon contient la beauté immanente, mais est-elle plus belle qu'un ciel bleu de l’'Attique? Combien de paysans brétons sentent le charme du ciel gris auquel je suis sensible ? Et pourtant ils vivent dans une atmosphère qui agit sur eux à leur insu.

Nous voudrions garder pour nous jalousement, avec l’égoisme d’amants, certains endroits préférés. Il semble que l’aspect en soit changé et l'attrait dérobé lorsque la foule les visite, s’y arrête et s'y établit. Ge ne sont plus les mêmes rochers, ni la même mer, ni les mêmes iles, ni la même rivière, ni enfin l’Océan qui m'appartenait. Trop d'yeux les ont vus ei regardés. O le banal spectacle ! |

Tels étaient à peu près mes sentiments enrevoyanti

le coin de terre, la bourgade de pêcheurs transformée

en réduction de station balnéaire ; des villas y sont construites, des maisons s'élèvent, des boutiques s'ouvrent et l’odieux commerce armera demain les trafiquants contre les hôtes étrangers. Où fuir un moment les hommes, où trouver une nature qu'ils n'aient pas déguisée et profanée? où chercher la solitude qui te permettra d'être seul ?

Crée-la donc en toi, camarade, dans ta conscience individuelle affranchie de respect et de crainte, ta

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