‹ Idée et réalitéChapitre 160 sur 195 · LA SL · texte numérisé non relu

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toyables retentissent dans des pages sonores comme la cloche d’airain de la postérité. Mais nulle part l'historien n’est plus hautement inspiré qu'en retracant la résistance des consciences individuelles aux ordres de Rome et au despotisme de la religion d'Etat. Le droit d'examen en matière religieuse, la disposition du for intérieur, le libre choix d'une con” fession. la liberté de conscience enfin, soulevant les minorités, les individualités contre la tyrannie ecclésiastique et les exaltant jusqu’au martyre: telle est la substance des beaux chapitres de la RérorMe. Il n'est pas inutile de relire aujourd’hui ces exemples de la volonté héroïque de penser et de raisonner, de choisir son Dieu et son Eglise, au mépris du fanatisme et des persécutions.

Les partisans d’une histoire impassible reprocheront à Michelet la personnalité et la passion de ses récits, la couleur éclatante, le pittoresque de variété, la vie qui y déborde, Ils objecteront que parfois l'ordre et les conséquences des événements sont détournés, que l'exactitude et la précision des faits sont sacritiés à l'interprétation, sinon au parti pris de lPauteur. Pour ma part, je ne comprends pas un historien qui ne soit dans ses investigations, ses recherches, son analyse des hommes, des événements, des caractères généraux d’une époque, dirigé par une pensée'motrice. Ilne saurait embrasser d’une vue d'ensemble le mouvement d’une période d'années, ni considérer les faits, ñi les grouper, ni découvrir leur enchainement, s’il n’a pas en luile principe conducteur.

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Qu'est-ce que la vérité historique et l'exactitude ? Est-il possible de les déterminer et de les fixer? ne varient-elles pas selon l’état des hommes et les jugements incertains de l'opinion? Je choisis deux ou

trois faits, deux ou trois personnages de l’histoire

moderne et je défie que l’opinion historique s'accorde sur eux. Voicile maréchal Marmont, duc de Raguse, qui, par le témoignage de Napoléon à Sainte-Hélène, est accusé de trahison. Les historiens bonapartistes enregistrent l’arrêt impérial contre le maréchal, auquel ils prêtent la force de la chose jugée. Au contraire, d’après ses Mémoires et l’opinion de plusieurs de ses contemporains, le duc de Raguse parait un soldat intelligent, capable, politique, d'un caractère assez ferme, tâchant de concilier ce qu'il doit à son souverain et à son pays avec son avantage personnel. Autre exemple : Bernadotte a été fait roi de Suède par Napoléon [°'. Etait-il tenu de sacrifier son peuple à l’empereur qu’il n’aimait pas, de subordonner l'intérêt de son royaume et de sa dynastie à la dynastie impériale? L'ancien Français devait-il l'emporter sur le Suédois nouveau? La. fidéhté l’obligeait-elle envers son royaume ou envers son ancienne patrie ? Naturellement la question est posée selon la politique et non au point de vue sentimental.

Troisième exemple : la royauté chasse Napoléon et

rentre en France avec l’appui de l'étranger ; le roi revient sur les fourgons des alliés. Je mets au défi les historiens de s’accorder sur ce fait: les uns le qualifieront de rétablissement de la monarchie légitime, les autres, d’invasion honteuse pour la France. De l’avis des premiers, Bonaparte est un usurpateur,

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