‹ Idée et réalitéChapitre 184 sur 195 · LOT EE · texte numérisé non relu

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enfin, au bout d’une demi-heure, on vint nous tirer de là. Le père luttait encore un peu; moi, j'avais tellement bu d’eau que j'étais suffoqué.et ne sentais plus rien. Les femmes me ranimèrent en me frottant et me réchauffèrent avec du vin chaud. Elles geignaient et s’indignaient contre le pilote : « Ah! le pauvre petit innocent! Si c’est pas un crime d'entraîner ce mignon-là à l’eau! Le père est un bourreau, un inhumain, qui ramera sur la barque du Diable. »

» Deux jours après, il n’y paraissait plus de notre naufrage, tellement on avait mis de vin chaud et de grog sucré dans notre eau salée. — « Eh bien? dit mon père, le soir, à table, en se moquant, veux-tu toujours de la mer? Je pense que la dernière fois tu en äs eu assez pour toutes. » Encore un peu effrayé, je ne répondis pas; mais le lendemain j'étais à bord avant lui, et je pleurai si fort quand il voulut me chasser qu'il m’embrassa en murmurant: « Tu es mon petit gars! »

Ainsi, le vieux patron m'a conté ses débuts simplement, sans nulle vantardise, par plaisir de bavar- N 0 dage. J'ai été content de l'entendre, d'éprouver une … fois de plus combien le courage dont on crée le pri« : vilèce de certains est accoutumé, naturel aux êtres Fe simples; la plupart des marins de nos côtes le por- | Le tent à un aussi haut point que les plus brillants mili- RS | taires. Dans tous les cas, j'aime à écouter les gens du ” te peuple parler de ce qu'ils connaissent le mieux, de

leur nature, de l’activité déployée, de l'effort souvent | 1 héroïque du travail, de la tâche ingrate et peu rému- É: nérée si gaiement accomplie.

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l'embouchure de la Vilaine et de la Loire, de Belle- Pie Isle, des îles de Houal et d’Hédih, au promontoire de DR Quiberon.

Quiberon, c’est la presqu'île typique, l’étroit ruban de terrain sablonneux où les flots, de chaque côté, bondissent et parfois se rejoignent sur la route. Cette route médiane, plate et solide, véritable piste cycliste * de trois lieues, je l’ai parcourue vingt fois, subissant l'attraction de la nudité sauvage d’un site dans (5 lequel s’est accomplie une tragédie historique ou Lo plutôt une grande aventure. La semaine dernière,

| 282 IDÉE ET RÉALITÉ à k il Enfin, si mon histoire de marin nest pas aussi ne Le intéressante qu'elle me parut, elle vaut tout de même Le, is un récit de chasse. 1:

| La presqu'île de Rhuys, allongée entre la petite à Be | mer et la grande, la presqu’ile d’Aurav, enserrée Ve Hu: entre la rivière d'Auray et l'Atlantique, terminent le 41 bi Morbihan aux points extrêmes de Port-Navalo et de és 44 Lockmariaquer. “ al Au petit village de Port-Navalo, boucle de champs ‘48 et de prés avancés sur les deux mers, on découvre hi toute la baie de Quiberon, superbe payage marin, de

sl j y roulai encore, m arrêtant devant le mouillage de HAE: F 4 à :

Fi la flotte anglaise, à l'endroit du débarquement des

émigrés, suivant la marche et le progrès des régiments, trouvant la place des retranchements, le lieu. des escarmouches et des combats, admirant avec quelle méthode, quelle sûreté, quelle précision le génie militaire de Hoche triompha de la tactique surannée et du vain courage des officiers royalistes. C’est un plaisir curieux de reprendre, sur le champ de bataille même, les mouvements d’une ancienne

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action guerrière, d’en posséder tous les incidents, de ressaisir les-coups d’audace, les signes de faiblesse, les causes de défaite et les raisons de la victoire. En ma revue rétrospective, je m'aidais de la lecture récente d’une antique brochure : Relation du désastre de Quiberon en 1795, par M. Charles de

Latouche. Ce récit, datant de soixante ans, est ce qui ‘a été écrit de plus complet, de plus exact, de plus

dégagé de l'esprit de parti; avec lui j'ai marché dans les pas des émigrés, de l’endroit qu'ils descendirent des Canots anglais, à la vallée de Tréauray, un lieu nommé depuis « Champ des Martyrs », où ils furent fusillés en masse par ordre de la Convention.

Pour la grandeur farouche du paysage, pour la page d'histoire héroïque ouverte et facile à lire entre les bandes de sable où poussent difficilement les rares sapins, la presqu'île de Quiberon invite le visiteur. L'armée de gentilshommes royalistes, renforcée des bandes de paysans bretons, s’y brisa contre les forces de la jeune République, mais l'es-

prit a survécu au désastre et aux fusillades. Get

esprit, tous ceux qui connaissent et habitent la Bretaägne savent où il réside et se maintient après un siècle.

À peine si les chemins de fer, les moyens fréquents de communication ont. modifié l'aspect du pays, déterminé ün peu de progrès dans les villes. Pour peu qu'on s'écarte de la côte et qu'on pénètre dans l'intérieur des terres, la condition matérielle et morale du paysan apparaît dans son horrible misère. Les villages sont formés, non pas de maisonnettes, mais de basses masures séparées en deux parties

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