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L'homme d’entregent sera partout le bienvenu, il réussira dans les affaires, se poussera dans le monde ; on le récherchera, on l’aimera, on le vantera à cause de son visage rieur, de sa parole légère et de son optimisme communicatif.
Di nous essayons une psychologie du timide, certaines marques caractéristiques se dévoilent aisément : le silence, la réflexion, la contemplation dé-
veloppent la vie intérieure de l'âme qui s'élève hors de l'ambiance à un idéal de beauté et de vérité.
À cette hauteur, le réveur contemplatif ne saurait s'intéresser aux conversations banales des passants; les niaiseries, les futilités dont elles sont remplies, lui semblent un bruit vain et indifférent auquel il dédaigne de participer. Il se trouve tout à fait incapable de parler pour ne rien dire, de remuer les lèvres, d'agiter des sons afin d’épuiser le temps. Ne possède:t-1l pas le domaine silencieux et toujours nouveau de la pensée, de l'imagination ? À écouter les propos de salon, les brillants causeurs mondains, le
ramas de commérages, de médisances, de méchan-
cetés, de truismes menteurset hypocrites, — le timide persiste dans son silence. Sans doute, il trouve bon tout prétexte pour ne pas combattre sa crainte
instinctive, pour ne pas faire l'effort de briser l'écorce dans laquelle il est isolé.
Quelle est l’origine de cette humeur, de cette gène qui angoisse l'Individu et lui ôte l'expansion avec la sociabilité ? L'éducation qui assujettit et prépare les caractères contient les raisons essentielles de la timidité.
Ainsi, on suppose changer la nature nerveuse et
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204 IJDÉE ET RÉAÏIITÉ
sensible, l'imagination vagabonde d’un enfant, en le soumettant à la communauté du lycée. Les écohers rêveurs et sauvages sont désignés aux taquineries de leurs camarades, aux! odieuses brimades qui favorisent la brutalité, la lâcheté naturelles des plus forts et laissent chez les souffre-douleurs un ferment de tristesse et de misanthropie. Donc, l'enfant atteint dans sa sensibilité ne trempe pas son caractère au contact d’autres enfants, ses persécuteurs, el se replie sur soi-même; il devient ombrageux, susceptible et défiant, sur la défensive pour repousser une raillerie et se revancher contre un acte hostile, Telle est l’école de la timidité !
Ajoutez aussi les disgrâces physiques, la myopie
u bien la gaucherie de la démarche, la maladresse
grand corps. Les géants sont le plus souvent
timides, comme par un jeu de la nature quinoue n lien d’angoisse les fils supérieurs en poids, tière et en force.
Le timide est bourru et brusque, soit qu'il ne trouve pas aisément la forme verbale de sa pensée ni l'expression raffinée de ses sentiments, soit qu'il täche de dissimuler son trouble par les mots rapides, d’un ton bref. Il se défend contre la familiarité et les avances des gens amis de tout le mondé, et il se sent empêché de rechercher la société d'hommes réservés comme lui, dont la conversation serait de quelque prix. Îl éprouve une aversion profonde à l'égard des camarades à la mine souriante, à l'allure libre et
dégagée, à la parole aisée et sûre: illes méprise et les envie. À quoi lui serventles pensées neuves et fortes, les conceptions originales, si cette maudite milité ne permet pas de les produire, si elle paralyse la langue et em lle les phrases, si elle glace et
annihile, si REAer re SRE ee du silence !
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savent s e fai °e écouter, acce] nent e sont les facons ordinan des intermédiaires T 1 foisonnent, par le parasitisme de l'argent, dans le monde à fai
Les affaires ! ue , rotterait le malheureux atteint de ümidité. Il réclame : aü, la poitrine serrée, la voix entrecoupée, pareil à un débiteur honteux et si | A | tage légitim Figurez-le aux dernes dont l'industrie principale consiste sionner et à imposer. Le corbeau joue sa scène accoutumée : ilest doux, clin, arrogant, menaçant : il supplie, HR gronde et fulmine, il rit et pleure il fait le malade et g comme un chevreau, il rappelle honneur .. Sa mère et de son père en cheveux blancs, 1l invoque la Rép sons la patrie à les Dieux... Enfin, triomphant du consentement muet de l'interlocuteur lassé, il le pousse doucement vers la porte. pur le palier, la dupese dit : « J’ai été encore une fois roulé », cependant quele déprédateur pense en Souriant : « Pauvre hère, il n’est pas fort! »
Une dérision cruelle et fréquente, c'est le goût de
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l'amour, la passion des femmes chez un timide. Quel dépit de n’oser rien entreprendre quand la victoire est aux audacieux ; quel déplaisir de ne pouvoir exprimer les belles imaginations que suggère un objet aimé ! Demeurer tremblant et muet sans trouver la force de se déclarer, n'est-ce pas la pire infirmité, alors qu'un malotru quelconque n'hésite ni à dire ni à faire ? Hélas! le goût des femmes aggrave encore la timidité ; l’exaltation sentimentale, le culte de la beauté et de la grâce ajoutent au respect de timides qui redouteraient de porter une main téméraire sur une voisine ardemment désirée.
« Il est vraiment trop respectueux, pense-t-elle de ce partenaire immobile ; c'est un bon garcon ! » Elle pousse un soupir de regret et attend un insolent.
Mais voici que dévoré de désirs, honteux de sa réserve, de son manque de résolution, à l'exemple des audacieux qui ne rencontrèrent pas de cruelles, notre timide se jure de parler et d'agir. À peine devant la belle, ses hésitations le Pr ce mails, comme ils’est promis de les vaincre, il House la place. Dépourvu de sang-froid, ignorant l’art des préparations, 1l ne sans préambule, les mots catégoriques et tout de suite joint le geste à la parole. Aussitôt il se voit repoussé, il se trouve déconcerté par une résistance indignée et furieuse. C'est que faute d’avoir choisi le moment, d’avoir saisi certaines nuances, ses propos ont olfensé, son attaque a paru brutale ; c’est peut-être qu’on lui tient rancune d avoir suspendu les hostilités à la première alerte, sans pousser l'assaut à fond et forcer la capitulation.
Du moins, les sentiments longtemps contenus; l'a-
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mour, l'admiration, le désir, peuvent éclater en des pages ardentes, par l’éloquence épistolaire ? Mais . non! il n'est que les amoureux en accointance, que les amants concertés qui renouvellent par lettres ies joies de leur amour, qui peignent de loin les mille nuances d’une dresse dont les rapprochements ne trouvent pas de phrases subtiles, qui se congratulent, se disputent, Se quittent, se reprennent, se séparent, se reconquièrent, se détestent et s’adorent à la faveur d'un encrier. Le timide n'écrit pas parce que la Source de son imagination et de son esprit ne jaillit pas extérieurement ; s’il a fait l'effort d'épancher son ardeur, de représenter l’état de son amour dans une lettre, il la lit, la relit, tremble de l'envoyer, se peruade qu'elle est Hnindioite. inutile, et enfin la déchire. | | Cette ue de l'homme timide, combien de fois n'en ai-je pas entendu la plainte! Je me rappelle les confidences attristées d'un artiste supérieur par le talent et l'intelligence, que sa situation rapprochait de femmes aimables et jolies dont il raffolait. Jamais . il n’avait osé se déclarer à aucune d'elles, ni su demander et obtenir ce qu’elles n'étaient pas assez sévères pour refuser obstinément. Ainsi, ce féministe s'était trouvé réduit aux caresses des filles payées, et à soixante ans, il regrettait de n'avoir jamais senti sur ses lèvres la douceur de lèvres sincères.
Pareils exemples expliquent certains mariages, certaines liaisons bizarres, comment un homme dis- | tingué se trouve attaché, domestiqué à telle com-
pagnonne trop aisée à prendre, trop difficile à quitter, — comment, d'autre part, nombre de femmes belles,
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trus qui eurent l'audace de les poursuivre et l’adresse de les capter.
Les timides se consoleront à voir que leur disposition est commune à beaucoup d'hommes distingués et que la défiance de soi-même est un signe de valeur. Au contraire, l’aplomb, l’assurance, l’entregent témoignent le plus souvent d’ un caractère médiocre et d'un pauvre esprit. À tout examiner, la timidité porte aux réflexions salutaires et fortifie l’amour de la solitude. La solitude est bienfaisante et libératrice. puisque la majeure partie des maux de l'humanité et
des nôtres vient de ce que nous ne savons pas rester’
dans notre logis.
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