‹ Idée et réalitéChapitre 29 sur 195 · PRIS · texte numérisé non relu

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grognonne le chef; placez-moi l’ambulance sur la col-, line, en plein rayon de Phœæbus, père des fièvres mortelles !

— » Mais il y fait 37 à 40 degrés de chaleur, objectent les médecins.

—» J'ai dit...

— » Mes aides n'y peuvent résister, réplique le médecin en chef; ils sont frappés d’insolation sous la tente.

— » Allez au diable ! »

Au bout de longs pourparlers, l’ambulance est installée, dans une paillotte brülée : l’armée des fiévreux sy couche; il ne manque plus que les soinset les médicaments. Or, il n’y a pas assez d'’infirmiers et bientôt il ne reste plus du tout de quinine, — point de quinine dans le royaume de la fièvre.

Pour cette invraisemblable expédition, on n'avait eu cure ni des navires de transport, ni des routes, ni des véhicules, ni des provisions, ni des malades, ni. des infirmiers, ni des pharmacies. L’affaire devait se terminer en fumant un cent de cigarettes, en fusillant un millier de Malgaches, dans le grand jeu d'ordres du jour, de promotions et de décorations.

Cependant les pauvres pioupious, affalés, jaunissent grelottent, dessèchent et rendent l’âme. Gloire, où es-tu ? Ah! s’en aller, respirer un‘peu d'air frais, à l'ombre ; revoir la France tant aimée, ou au moins s étendre dans un bon lit d'hôpital, propre et salubre, à douze heures de ce pays maudit, à la Réunion! Les colons de l'île Bourbon ont offert de vastes salles d'hospice et préparé les draps avec les oreillers. Ils seraient si heureux de soigner, de réconforter les

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valétudinaires ! Mais le ministère de la guerre pour

faire. une niche à la Marine, ou bien celle-ci pour être désagréable à celui-là, see le transfert des plus malades à Bourbon et en ordonne le rapatriement.

Et on rembarque les bataillons de cadavéreux sur le Shamrock de manière à ce qu’ils éprouven ntlar ne Rouge pendant la saison torride : c ee la continuation de l'ambulance selon le bon général. Ils n’ont pas vu les Hovas, les petits pioupious ! Quarante et un jeunes hommes ne reverront pas les toits de leur village ni de leur ville. On les a jetés à la mer, un boulet attaché aux pieds, symbole de la servitude militaire.

Et maintenant, femmes de France, la population décroit, faites des enfants, surtout procréez des fils, soignez les enfantelets, formez des garcons de vingt ans pour le bétail militaire et les manigances coquettes des politiciens.

Car à un chef d’armée coloniale aguerri, expérimenté, nos politiques profonds préférèrent, par peur . d'un dictateur (!) possible, un général sans prestige sans acquit, inaple aux campagnes pen . AUSSI le militaire évincé, le général Borgnis-Desbordes, ne contient-il pas son impatience, ses ie, Par la façon dont il parle ou plutôt dont il ne parle pas de son collègue, par ses prévisions et ses craintes, — par ses paroles et encore plus par ses silences, — il ne semble pas maälaisé de conjéciurer l'avenir, la retraite devant un ennemi qu’on n'aura pas même entrevu, la retraite dans une contrée défie par la pluie, sans communications, sans provisions, sans voitures d’ambulance, les paquets d'hommes agoni-

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