BOUCHERS ET MÉDECINS
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Lundi 29 mars 1897.
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Je fus l’un des premiers, voici peu d'années, à signaler les abus de la médecine opératoire. Il se rencontre de prétendus chirurgiens qui sont .en réalité des bouchers; à toute occasion, sans nécessité urgente, ils tranchent dans la chair humaine : avec plus ou moins de dextérité ils coupent, ils taillent et dépècent comme si le pauvre corps de leur,patient était bête morte à diviser en quartiers. Le Faciamus Dericulum in anim vili semble devenu la devise des moindres couteaux de la Faculté. C’est la dernière conquête de la science que faire vivre l'homme et surtout la femme privés d'organes essentiels. La blague parisienne, qui ne perd Jamais ses droits, a trouvé un mot pour les ablations les plus à la mode : < Les ovaires ne se portent plus cette année. » Encore si les instruments de castration n’appartenaient qu'à des praticiens expérimentés, n'étaient remis qu'à des mains habiles, il n’y aurait que demi-
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mal; mais le carabin le plus étourdi, à peine en possession du brevet de docteur, se croit autorisé à porter le fer sur les sources de là vie. Ainsi les cliniques se changent en abattoirs et se font les succursalés de l'Ecole pratique. Que dis-je? ce qu'on essayait à peine sur les cadavres est tenté sur des êtres vivants: erreurs et maladresses sont irrémédiables, maïs les victimes atteintes de raisons définitives qui les empêchent de se plaindre sont condamnées au silence éternel.
Üne réflexion s'impose tout naturellement, c’est que nos grand’/mères n’offraient point un champ si varié au tranchant des chirurgiens et que le monde n'en allait pas plus mal. Un ordre nouveau d'infirmités a été découvert; de belles opérations ont été tentées et réussies; le nombre des malades a-t-il diminué? Au contraire. À chaque révélation de lésions nouvelles se lève une légion de souffre-douleur qui se déclare atteinte de la maladie à la mode.
Les excès de zèle, la passion opératoire, la manie du couteau peuvent encore s’excuser et s'expliquer, voire se légitimer, quand ils sont désintéressés, lorsqu'ils ne S’inspirent pas exclusivement d'un abominable calcul et ne procèdent pas de l'esprit de lucre. Tout au plus pourrait-on reprocher aux princes du bistouri de ne pas savoir attendre, de n user pas de moyens dilatoires tels que la médecine curative et l’électrothérapie. Maïs comment ne s'indigner pas contre le boucher qui ouvre un ventre, arrache de organes, sans motif impérieux, parfois sans n raison, pour encaisser quelques billets de mi francs ?
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