CESAR FRANCK
Samedi Î () mars 1 694.
Le titre de « jeune maïtre » est décerné aux musiciens vers la cinquantaine. C'est à cet âge ingrat qu'ils ont achevé leur stage et parviennent généralement à franchir le seuil d'un des deux théâtres de
musique subventionnée, sans être repoussés dehors par les garçons de bureau. Mais cinquante ans sont limite d'âge minima : Reyer n'’a-t-il pas attendu jusqu'à la soixantaine avant que son Sigurd ne s’acheminât par la route de Bruxelles au grand escalier de l’Académie nationale, et Lalo à soixante-sept ans, par la représentation tardive du Ro d’FS, ne connutil pas seulement une gloire în extlremis ?
Pauvres musiciens! Ils subissent durant leurs vertes années Îles affres du dénuement, de la misère ; ils sont réduits aux expédients comme Richard Wagner obligé de vendre un chien, son meilleur compagnon, pour ne pas mourir de faim; ils composent l'estomac vide, les pieds gelés, le feu au cerveau, et quand, après Dieu sait quelles privations,
+ AURA Fe LES ; =.
HER Res RER AE Re LE En RS EE RME RDT 2 LEE TT ML RE NL LT Etre LA - ar ’
Le
queue >s courses au cachet, quelles heures de leçons
antes, ils ont achevé la chère partition, — C ie le récommencement d’une nouvelle série d’éoreuves, les heurts contre les portes fermées à leur approche, c’est les visages durs et moroses de direc- ‘rades quand ils ne sont pas d'incompréhension stupide. De refus en rebuffades, les plus vaillants créateurs s’attristent, se lassent et se résignent. Ils en sont venus à douter d'eux-mêmes et laissent dormir aux oubliettes leur œuvre stérilisée. Dans l’ardeur de la jeunesse et la chaleur, de l’inspiration, il leur semblait avoir créé quelque page de bee et de beauté, mais la moquerie et la mal-
Es ar co
veillance leur Oôtèrent la foi en soi-même et ils
finissent par accepter le métier de professeur, le gagne-pain du donneur de lecons où séteint la flamme d'idéal qui brilla en eux.
Pauvres compositeurs ! La patience ne leur suffit pas ; il faut aussilalongévité, sinon ils s’en iront dans la nuit sans un reflet de gloire. Peut-être alors la pa artition que n’arrêteront plus ni les AU, jalouses ni les préjugés scolastiques sera-t-elle essayée sur quelque théâtre et proclamée chef-d’ œuvre aux premiers feux de la rampe. N'est-ce pas ce qui vient d’arriver pour César Franck et pour son Zw/aa?
sens
L'homme, disent tous.ceux qui l’approchèrent, fut
un juste d'âme charmante, de douceur näaive, prémuni contre les injustices de la vie par une philosophie sereine. S'il avait attaché du prix au sufirage de la foule, il eût été le plus malheureux des hommes, car jamais musicien d'élite ne vécut à ce point dans l'indifférence et la méconnaissance publiques. Ge mot
ee ne TS Sp qe mr
Ed nn mt S Sn HR. Ag Dérediéanes gi je
bn: pal mp
AS
dramatiques, il s'était
" MS € . ST i a IDEE ET REALITE 19
d'Ibsen lui était certainement applicable : « Le plus
1 et l e a £ a 4 ] 1C ec grand des hommes est celui qui est le plus seul. » à le | * a J à C* € g” * at Ce n'est point aire qu 1l consuma son existence
© L 15C12 vatoire était suivi par des disciples fidèles et il put communiquer Son art aux plus distingués des jeunes musiciens modernes. Mais, si désintéressé et si modeste que soit un artiste, il ne se résout pas aisé-
4 . 7 3. es LÉELE Fe RS 5 s # L F4 ment au silénce sur son œuvre. S'il songe aux manifestations du théâtre, aux exécutions publiques, il se
RS à = LR Pa À FLE : IE à , / console malaisément de n’y jamais af = 1 a (NE Ar à seuls qui burer
it au vin de la renommée, quand ils
savent de quelles mixtures il se compose, de quels
éléments de mode, de badauderie il se sophistique,
ont la faculté d’a À
loue
pprecier l'approbation des rares in-
Bien que l'existence toute familiale, l'apparence paisible et un peu bourgeoise de César Franck, même la forme de sa science technique ne le desti-
nassent pas à l'expression des fougueuses passions
$ onné tout entier à ses opéras, il y songeait, il v travaillait sans cesse. Pourtant
l'espoir de là représentation ne s'était pas offert à
lui; son caractère et son humeur ne se prêtaient pas aux démarches, aux sollicitations chez les direc-
teurs, el ceux-ci, S'ils avaient su l'existence de telles partitions, eussent mis tout leur soin à en éviter l'audition. En admettar m6 1 eussent appris la valeur du vieux sr sseur, qu'ils le tinssent même pour un maitre sympl at ils Se seraient gardés attribuer Île moindre. crédit à ses opéras. La peur des risques de tout essai, l'horreur des nouveautés
pu En Ts TR RE TS I ———— 2. æ aa . ‘ CT —.
Enr Se C&- FA PE CUS NE red er spé Via 7 AN OEM EE AE 22: RE EX pâte TE DRE > + CR — a mani # * LS , ; À : 7 x] uns ai ARS ÿ ; RE Re 1 ri
‘incertaines sont les marques primordiales de nos établissements musicaux, et 1l est juste d'ajouter que les conditions d'exploitation, de commandite, l'importance de la mise en scène, de la décoration, des costumes, l'indiscipline des orchestres et des chœurs enlèvent aux directeurs toute liberté d'initiative. Il faudrait à la musique un champ d'’expériences, un théâtre lyrique où les compositeurs nombreux trouvassent à manifester leurs ouvrages, à développer, à perfectionner leurs dons. Mais est-il possible d'espérer quelque fondation pour l'art sous ce régime de politiciens, quand successivement les ministres ne cherchent qu’à éviter de prendre aucune détermination, d'engager leur responsabilité, et se soucient de l'intérêt de l'art et des artistes comme « un poisson d'une pomme » ? | Ainsi César Franck passa ignoré, privé de la manifestation publique. de son œuvre : du moins en garda-t-il la joie et la fierté jusqu à sa dernière heure ; sur son lit de mort, il voulut près de lui la partiuon d'Xulda et une autre qu'il venait d'achever. À peine son corps eut-il été enfermé sous la tombe, que son 4 âme revécut dans ses symphonies, ses pièces d'orchestre, présentes à tous les concerts. Zulda enfin > représentée affirme, avec une technique admirable, | la force d'inspiration, la puissance dramatique, la robuste sincérité d'un artiste fier et libre sans concession à la mode, sans compromis avec le succès, et une seule représentation sur le théâtre d'un casino fit plus pour la renommée du grand artiste disparu que quarante ans de travail honnête et droit, de mission artistique. |
em + —— — un et + « hi «, e or rip ——"" Phree de Sur …. he EN éianter cor fer hemen us nes arte one mer
cd
Se ri nr SN ee TA pen RS GA Er 3 A LES TE ns 5 À
Bone pm Te ya
PS RCE ER, EE ET er
hp 8 nt te me a té gl e FR |
PE PE EEE
PERS er es nr Len st.