APRÈS « TRISTAN ET ISEULT
Lundi 26 mars 1894.
Puis-je concevoir autre sujet? Ne suis-je pas absolument bib par cette représentation de Trisian et Iseuit au théâtre de la Monnaie? Ce drame de passion sublime et énorme memplit, me posse de m'enferme en son circuit.
Je l’entendis souvent ailleurs dans des conditions de spectacle et d'interprétation plus propices; Je suivis le poème par la prononciation excellente des chanteurs allemands qui permet de saisir presque chaque mot; mais rien n'égale le plaisir d'écouter dans sa langue une œuvre admirable de laquelle on s’est lentement pénétré auparavant. Il me semblait qu'à cette audition, la musique prenaitune expression, une intensité ovelle, maintenant qu s déclare et dialogues ne préoccupaient point mon attention. Et cependant la version française de Victor Wilder, contient de mirifiques exemples de cacographie. Mais il existe pour nous dans la langue natale, même aux
pires accidents de forme, une habitude et une quiétude qu veérsél
qui sont la négation d’une langue musicale unile, ce qu'a prétendu être un moment l'italien.
. Une sensation étrange m'étreint toujours après ine séance de Tristan et ISeull. Elle m'opprime ie elle pèse sur ma poitrine, cette fois. Un rêve me hante ensuite. Sous les traits de Tristan, Richard Wagner vivait devant moi ce formidable drame et, au-dessus du génie par la toute-puissance de la passion, il atteignait à cette prodigieuse capacité de force et d'expression. Je vis Iseult : c'était une créature de race supérieure, au tempérament véhément, à l'esprit hautement cultivé, exerçant dans les emportements de la chair les raisons suprêmes des philosophies. Un tel duo d'êtres n’accepte pas les lois ordinaires de l’espèce : ils s’absorbent, ils se possèdent rénétiquement, et quand ils sont au bout des forces humaines ils mesurent l’inertie des réalités auprès des conceptions, ils sentent la brièveté des voluptés, le dégoût de l'impuissance ; ils éprouvent le besoin du néant, la lassitude mortelle :
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Que les rideaux baissés nous séparent dû monde Ou que la lassitude amène le repos,
Je veux m'anéantir dans ta gorge profonde
Et goûter sur ton sein la fraîcheur du tombeau!
À ce paroxysme tout cède, la foi jurée et l'amitié. dans l'emportement de l’'égoiïsme à deux. Iseult a un
mari, le bon roi Marke qui admire Tristan, héros.
superbe et généreux, de telle sorte qu’au spectacle de l’infidélité étalé devant lui il prend le parti des
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