‹ Idée et réalitéChapitre 56 sur 195 · FL A · texte numérisé non relu

FL A

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parable siège de farniente sans secousse, ni bruit. Je défie nulle voiture de l’égaler en bien-être, en commodité, en mollesse. A la fin d’une journée de cet avril ensoleillé, par une soirée douce et calme, laissez-vous mener au hasard du Grand-Canal vers neuf heures : glissez au fil de l’eau, par la voie, monumentale, à travers la grande allée de palais, allongé et à demi assoupi. Une flottille de mouvantes lueurs se croisent; cent goridoles, la lumière en poupe, frôlent la vôtre dans l'obscurité. Une voix de femme s'entend au loin, fraîche et timbrée, au-dessus des cordés, des violons et des rires nasillards des mandolines ; un chœur d'organes mâles et sonores reprend le refrain : de la rive répondent les applaudissements, les bravos. La barque mélodieuse approche dont le quadrilatère de lanternes éclaire les visages animés de la chanteuse et des instrumentistes. Autour, les nombreux rangs de gondoles forment le parterre sur lequel passe et repasse un joyeux gaillard tendant son chapeau aux piécettes de bonne volonté.

— « Si c'est là plaisir du soir, je le connais, direzvous... Ohé! la fête vénitienne !... » Oui, mais c'est une fête vénitienne à Venise, et si la musiquenest pas de la qualité d’un /ied de Schubert, si les archets râpent du fromage, il règne dans l’air et sous les cieux une atmosphère de poésie, d'illusion, un charme fantasmagorique. Je vous souhaite d'y être, de subir l'influence des témoins monumentaux, de contempler ces rives de marbre immuable dont l’eau na pas même usé les pieds. À onze heures, tout s'éteint; il se fait un silence mortel dans la pierre et sur l'onde.

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La ville des palais, des églises et des tours, appartient au sommeil, au rêve; la gonc Fe s enfonçcant dans les petits canaux tortueux, vogue sur le fleuve du passé mystérieux à travers une antique cité morte.

C'est un nerveux gondolier à la mine fière et hardie qui me conduisit au Lido : tout comme un cocher de Paris, il m'a volé : une ceinture de soie s’entortillait autour de ses reins; il connaissait ses avantages et me conta qu'une grande dame russe avait voulu se l'attacher et qu'il résista pour l'honneur. Au moment du retour, je dus l'aller quérir chez le liquoriste où il s'oubliait; à l'arrivée, 1l réclama sévèrement le double du prix convenu et un pourboire nécessaire. Pourtant chaque gondoher comprend ce qu'attendent de lui les peuples accourus! Suggestionné par le magnifique décor où étend sa rame, il est le gondolier en soi.

Le Lido où le doge se fiançait avec l'Adriatique n’est plus qu'une guinguette, une accumulation de euinguettes et de restaurants. Un vilain casino de bois intercepte la vue de la mer : on doit payer cinq sous pour regarder l’Adriatique. Ce casino donne à baigner, à boire à manger. Des Hditss oh! combien bruvants-et vulgaires! s'emploient à ne perdre ni une bouchée ni un mot. On n'entend parler qu’allemand: cest toute la couleur locale du Lido.

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