LA GRECE VAINCUE
Samedi 15 mai 1897.
Ce qui se passe sous le ciel bleu de la Grèce, aux bords de la mer retentissante, achève le mépris de la politique et rend vibrante la haine contre les prétendus pasteurs de peuples, funestes empiriques, politiciens menteurs, empereurs, rois, princes, armées. Îls attendent l’arme au pied, ces représentants de Ia vieille Europe, vassale du tyran argent, serve de la banque internationale, — ils attendent que le soldat turc ait assez tiré de sang du cœur de ce pauvre petit peuple grec et fini d'écraser la tête élevée vers le ciel et les veux remplis de l'idéal de la patrie antique. Les flots de barbares roulent à travers les plaines de Thessalie et submergeront peut-être demain le sol sacré de l’Attique. Il n’est plus de Léonidas pour les arrêter, plus de Miltiade pour les repousser; les bords de Salamine, au lieu de la plainte des Perses, répercuteront les cris victorieux des détestables cohortes de l'Islam.
Pourtant ils ne sont pas dégénérés, les arrièrepetits-fils des Hellènes : ils luttent vaillamment et ils donnent au monde un exemple’ de courage. Mal armés, mal commandés, mal organisés, divisés en petites phalanges, ils font preuve de foi, d’erthousiasme et de beau dévouement. Les individus s’affirment dans le combat, la résistance et l’épreuve, en dehors de la confusion du gouvernement et de l’incertitude des chefs.
Jamais je ne cesserai d'aimer, d'admirer et de plaindre l’héroïque nation grecque.
Cependant les armées du Croissant, en nombre vingt fois supérieur, triomphent, dominent et dispersent les faibles corps des troupes adverses. Chaque jour, elles gagnent du terrain, et les tacticiens de l’Europe, notamment les officiers français,
approuvent l'exécution du plan de l'état-major
allemand-turc. Ils supputent dans quel délai seront défaites, exterminées, les troupes de la Grèce. Quant aux politiciens, diplomates, ministres et chefs d'Etat, ils débattent quelles charges s'imposeront à l'Hellade, coupable d'avoir défendu l'intégrité de son sol, d'avoir soutenu la cause de la chrétienté et de la civilisation.
La Porte bourrelle a, depuis trois ans, massacré plus de cent mille créatures humaines parmi les chrétiens d'Arménie. La France, avertie, aura fermé les yeux pour ne pas voir les tueriés et bouché ses oreilles pour n'écouter point les cris des victimes. Et le Turc, au lieu du châtiment, recevra récompense ; on lui a permis d'essayer sur les Grecs la valeur de ses forces militaires, la justesse de son ar-
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