‹ Idée et réalitéChapitre 67 sur 195 · ES 4 LEE · texte numérisé non relu

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poème est tout imprégné de l'esprit du dix-huitième

siècle ; on dirait d’un conte de Voltaire.

Mais le pommier sait-il pourquoi il porte des pommes ?.. Si l'on avait dit à Meilhac et à Halévy qu'ils bafouaient également les contes, la légende et la politique, les histoires de brigands et la royauté, la patrie et les aventures de saltimbanques, l’amour et l'enthousiasme, ils se seraient récriés furieusement et eussent protesté de l’innocence de leurs intentions. Pourtant, qu'ils l’aient voulu ou non, la destruction par la moquerie et la parodie, telle est la marque virtuelle de leur œuvre, la conséquence et l'intérêt.

Je dis « leur œuvre », car M. Ludovic Halévy est inséparable de Meiïlhac. Le jeu du taquin consiste à répartir les mérites des collaborateurs et à exalter la part de l'un au détriment de l’autre. Meilhac eut le tort vaniteux de s’y prêter et de se laisser attribuer la prépondérance ; mais un examen impartial prouve au contraire qu'en cette collaboration fameuse le rôle d'Halévy fut essentiel et décisif : il apporta dans l'œuvre commune l'ordonnance, le goût, la logique

et la clarté. Il y mit une sorte de largeur, d'intensité

et d'émotion que Meilhac ne retrouva pas. Ses pièces ultérieures avec des qualités de grâce, de légèreté, roulent toutes et parfois confusément sur un fond de vaudeville.

Au théâtre d'Henri Meiïlhac vu d'ensemble, il manque la passion et l'émotion ; tout ce qui n’était pas domaine du ridicule et de la moquerie lui a été étranger, Il faut aimer quelque chose, il faut savoir

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