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et fort, un gracieux oiseau marin à la grande aile blanche, fendeuse d’infini, qui vole sur la crête des vagues. C’est un cutter de 60 tonnes qui des chantiers d'Ecosse a pris son essor du nord au sud, de la Scandinavie à la Grèce, de la Méditerranée à l'Atlantique, vers toutes les rives où il fait bon de vivre libre, de regarder et de rèver.
Aller à sa fantaisie, ne dépendre que du vent etde la marée, boire l'air pur du ciel par tous les pores, être en contact avec l'inconnu, éprouver presque Sans danger les incidents toujours nouveaux du péril de mer, quitter les hommes et jouir de la solitude entre le ciel et l’eau, atterrir et parcourir les visages humains en curieux et en étranger, telle est la faculté du yacht, le plaisir de la plus coquette et de la plus commode, de la plus confortable des maisonnettes flottantes, de Miriam.
Cadie matin, à l'aube, le plancher du pont est astiqué, brossé comme le boudoir d’une coquette ; les cuivres luisent, les cordages et les échelles brillent sous l’éclatante blancheur des voiles, mais dans le l0sement, dans le salon où s ouvrent les trois cabines, s’apprécient le soin de chaque détail, la commodité de l'aménagement. Au milieu, une table ; à chaque bord, un canapé au-dessus duquel rayonnent les cartes, les ouvrages spéciaux, les plus récents livres et les plus anciens. Sur le reste du mur règnent les photographies des divers bateaux qu a possédés mon hôte : goélette, cutter, yacht de course vainqueur de vingt régates, construit pour l'épreuve solennelle de la Coupe de France, et renommé comme un cheval de
pur sang.
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is | HE ‘TR Ne 156 IDÉE ET RÉALITÉ RUE Le vent souffle avec rage, la pluie tombe en coups il de fouet, les montagnes d’eau s'élèvent : nous sommes k if bloqués dans la rade, mais les incidents de chaque pit journée, de chaque soirée, n'offrent-ils pas l'attrait Val û de nouveauté à un terrien? Par la grosse mer et la A d bourrasque, il me semble que ce soit une expédition von de franchir les six cents mètres qui nous séparent A du môle. Les deux rameurs refoulent énergiquement (bi le flot, le canot roulant gravit et redescend les crêtes; dans la difficulté de l'accostage, nous sautons à terre, satisfaits de notre traversée victorieuse. Ces sensalions élémentaires s émoussent vite qui paraîtront ridicules aux marins : elles gardent leur fraicheur et leur charme pour moi rompant le prévu de l'existence coutumière, Et pourtant de grands voyages à HA travers les océans ne me furent pas refusés ! fi Après le diner à terre, comment remplir la soirée? il 1 ' À travers les musics-halls du port traînent nos | |. tristes figures qui ne s'amusent plus de rien ettächent A de retrouver, Dieu sait où! un frisson de joie. {l ë Le premier music-hall où nous entrons est une SL longue salle rectangulaire ornée de japonaiseries à À | treize et de turqueries à vingt-neuf sous; des para | h | sols en papiers tricolores pendent du plafond, des | A1 éventails enluminés se plaquent à la muraille, des 4 b. chiffons orientaux s'accrochent dans le chambranle ji des portes et des croisées à vitraux. Au fond de la L salle, en face de la porte, sur une estrade, six femmes La tapissent la scène où elles s'exposent assises. Elles ne pu paraissent ni plus laides ni plus gauches que leurs R | camarades des « beuglants » des grandes villes : trois 14% au moins sont jeunes, ont de jolis traits, mais tout | | al pui dé je ”
à fait flétris. Un appareil de robes décolletées les recouvre, tenue professionnelle achetée ou louée en quelque décrochez-moi ça Spécial, aux soies naœuère flambovantes, maintenant vagues, décolorées, éteintes, oripeaux de combat portés par des vingtaines de demoiselles.
Ce que chante chacune des demoiselles du Divan
oriental appartient au répertoire classique du caféconcert, Lour à tour, la romancière sentimentale, la sommeuse, l'Yvette Guilbert, la gigolette débagoulent leur partie sans nul souci d'harmonie, puis, descendant de la scène, viennent tendre une sébille à la générosité du consommateur. Les plus légères offrandes, cinq centimes, un décime, sont recues d’un regard reconnaissant,
La marque du lieu, c'est la haute taille de toutes ces pauvres filles. Le tenancier les choisit au mètre, à la facon dont Frédéric le Grand recrutait les sus perbes grenadiers qui lui servaient à plus d'une fin,
Le public n’est pas nombreux ; nous sommes cinq spectateurs en tout : mon ami et moi, deux caporaux d'infanterie et un monsieur déjà vieux qui, au coin le plus sombre, cause de près avec l’une des artistes. Cependant une bande de jeunes yachtsmen fait irruplion dans la salle, en joyeuse turbulence. L'un bondit sur la scène, embrasse toutes ces dames dont il connaît les noms, puis, saisissant à bras-le-corps la chanteuse en exercice, menace de la projeter dans
l'orchestre. Les autres, ses camarades, chantent, sif… flent, crient à tue-tête, font le chien, le chat, le perroquet, bombardent l'estrade de bonbons et de gros
sous. La chanteuse que le compagnon a làchée con-
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