ANALYSE DE CE LIVRE, ET QUALITÉS DU DIPLOMATE
I. Condition de tout bon gouvernement, d’excellents ministres. II. C’est une condition fondamentale dans l’Fglise. III. Origine, développement et office de la diplomatie. IV. Analyse des neuf premiers titres : l’antiquité ecclésiastique. V, VI. Du dixième au quatorzième titre : Relations avec les cours et la hiérarchie; moyen àge; dictature, laquelle n’est pas usurpation; elle est contigente et non permanente. VII. Troisième âge : nonciatures, leurs influences, avantages et inconvénients ; plaintes et abus : jusqu’au titre vingtième. VIII. Du vingtet-unième au vingt-huitième : abus généraux, tentatives de reformes, conflit de toutes les diplomaties, schisme d’Occident, études sur le congrès de Constance au point de vue diplomatique. IX. Diplomatie peu apostolique et ses effets : jusqu’au titre trentième. X. La renaissance et la diplomatie. XI. Considérations diplomatiques sur le conci Trente et son siècle : dernier titre. XII. Le congrès d'Ems rappr: la fin du point de départ. XIII. Noble défi de Pacca à la dipiomatie. XIV. Où et comment se forme l’esprit du diplomate. XV, XVI. Les titres et les pompes ne font point l’homme; les Nunces doivent étre précédés d’une bonne renommée. XVII, XVIII, XIX. Nécessité, dans le diplo mate, d’une sage lenteur. XX. Un problème sur le ministère de Consalvi. XXI. Noblesse de sentiments, et bassesse contraire ; avis d’un roi à la cour romaine. XXII. Constance apostolique. XXIII. Autant de points à méditer.
I. On conçoit un bon gouvernement avec un prince médiocre et d'excellents ministres. Mais le contraire,
savoir, un bon gouvernement avec un prince même AUDISIO IV. 1
excellent et des ministres incapables, c’est chose impossible et qui ne se verra jamais. La chose ne se fera pas en règle ordinaire : car un prince excellent est porté à s’entourer de sujets excellents, un bon prince s’en choisira au moins de bons, et un prince médiocre ou en dessous sent le besoin de faire appel à des sommités, pour suppléer à sa médiocrité ou à son insuffisance. La chose est impossible en pratique : car les mouvements d’un corps dont la tête est saine, mais les membres paralytiques ou difformes, ne sauraient jamais être beaux n1 prompts, et c'est un adage vulgaire que l’aveugle qui conduit un autre aveugle l’entraîne avec lui dans la fosse.
II. Le gouvernement politique ou extérieur de l'Eglise, abstraction faite des dons intérieurs et divins dont il est l'instrument, ne saurait échapper à cette loi. Bien plus, comme l'Eglise est le roygume de Dieu sur la terre et le gouvernement des Ames pour la vie éternelle, les documents évangéliques, apostoliques et canoniques de tous les siècles ont établi cette loi comme loi fondamentale de l’Eglise; et la coutume n’empéchera jamais que, du sommet de la hiérarchie jusqu'au degré le plus infime, la- supériorité des talents et de la vertu ne soit la règle des élections ct des promotions parmi ses ministres. Or ceux qui occupent le rang le plus élevé dans le haut gouvernement de l'Eglise, ce sont les ministres et les
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représentants immédiats du premier Siége. On les nomme diplomates, mais diplomates apostoliques : titre qui en rappelle l’origine et en règle l'office.
III. En conséquence, rechercher l'origine de la diplomatie apostolique, et en considérer le cours, pour en tracer ensuite les devoirs, telle est la tâche qui s'offre le plus naturellement à quiconque veut pénétrer dans ce sujet.
IV. Mais tout discours a ses parties : un principe, un développement et une fin. Le principe préliminaire sera la notion de la diplomatie en général et de la diplomatie pontificale en particulier (tit. 1, 11). Puis, comme notre méthode doit être rationnelle, analytique et synthétique, et non pas simplement historique, nous devons choisir un champ sur lequel l'idée dé la diplomatie nous apparùt entière et vi vante; nous avons pris l'Allemagne et Rome sous Pie VI, en remontant jusqu'aux origines de cette lutte terrible (tit. 111, Iv). L’antiquité et la solidité des droits de la représentation papale en ressort avec tant de force, qu'on n'ose pas en attaquer l'essence, mais seulement l'exercice; et cela par les machinations d'Ems, que l'antiquité tout entière a d’avance réduites à néant (tit. v. vi). Nous sommes maintenant à l'aise pour considérer comment, à partir des siècles les plus reculés, le pouvoir central exerça son influence sur les églises et sur les cours par des
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délégations fixes et ordinaires; ici apparaît le grand Vicariat d’Illyrie, émanation de l'autorité universelle et non du patriarcat d'Occident, recevant ses limites juridiques et géographiques de Pierre et non de César (tit. VII, VIII, IX).
V. Après avoir victorieusement établi la légitimité des délégations ordinaires et permanentes dans les vicariats, on s'occupe des délégations près les cours souveraines, ainsi que des relations pontificales avec les empereurs et les usurpateurs par l'entremise des apocrisiaires résidants à Constantinople (tit. x). On passe ensuite au gouvernement de la hiérarchie pendant le moyen âge, et on traite du démembrement des vicariats en primaties, en montrant la supériorité de l’organisation ecclésiastique sur le système féodal (tit. x). Mais c'est une forêt que ce moyen âge, à cause des formes si variées que revétent les délégations apostoliques; un critère nous vient en aide pour la traverser et l’apprécier (tit. x1r). Comme toutes les formes de la diplomatie ecclésiastique résultent du principe : Sollicitudo omnium ecclesiarum, 1 était nécessaire qu'elle se montrât, sous Alexandre II et à d’autres époques pareilles, comme une dictature salutaire, divinement proportionnée aux catastrophes et aux périls de la société chrétienne (tit. x111). Passant en revue les temps et les événements, nous voyons réellement que la FONDATION, la CONSERVATION
ou la RESTAURATION de cette divine société sont les trois fins et les effets certains des légations apostoliques (tit. xrv). Ici se terminent le premier et le second âge de l’Eglise, et commence l’aurore de l’âge moderne.
VI. Or l’analyse et la comparaison des faits avec les règles juridiques qui doivent y présider nous font comprendre que des écrivains distingués, en parcourant ces âges, sont tombés dans deux excès. Les uns, ne prenant pas garde à la nécessité de la dictature pontificale au milieu de la dissolution de toute discipline ecclésiastique, créèrent le gigantesque fantôme des usurpations romaines. Les autres, convertissant l’exception en loi, et le remède prescrit par la nécessité en aliment ordinaire, rendirent le Saint- Siége odieux en lui attribuant une colossale et per- pétuelle dictature. Les événements prouvent, au contraire, que les droits jadis administrés par des légats ou rappelés au centre, à cause des abus commis par les évêques, firent retour peu à peu aux siéges particuliers, à mesure que les temps devinrent meilleurs. Envisagées à ce point de vue, les délégations papales, les réserves, la mesure variée des attributions diplomatiques apparaissent sous leur véritable jour, et laissent voir leurs affinités et leurs proportions avec les trois époques de fondation, de conservation et de restauration. Le flambeau qui nous a éclairé à
travers les premiers âges, nous accompagnera pareillement dans les suivants.
VII. Une puissante conspiration prétendait s’armer de l'antiquité pour combattre les nonciatures modernes, en restreignant la primauté pontificale à un rôle presque passif, celui de contempler le monde du haut du vatican. Il fallait proportionner la défense à la vigueur de l'attaque. Quelles sont les origines des nonciatures et leur influence sur la diplomatie ‘européenne (tit. xv)P quels sont leurs avantages et leurs inconvénients, pour les peuples, les princes et les évêques (tit. xvi)? les attributions déléguées et les réserves papales ont-elles été respectivement exorbitantes (tit. xvr1)? Voilà trois questions à vider à l’aide de la raison et des documents. Et elles nous mettent en face d’une question plus délicate, celle des abus, lesquels s’introduisent à la longue et dans des époques de décadence, même en dépit des constitutions les plus sages. On entre donc dans l’examen historique des plaintes suscitées contre les légations romaines (tit. xvirt). Mais ces plaintes se propagent comme la flamme et enveloppent la cour romaine (tit xx). La racine des abus est dans les hommes et non dans les institutions; et la sentence qui frappe les méchants, laisse intacts ou fait briller davantage des hommes et des faits complètement recommandables (tit. xx). S'il y eut des abus, la volonté des papes ne fut ni lente ni timide à les réprimer.