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VIII. Comme les légats viennent de la cour même des papes, ceux-ci comprirent fort bien qu'on ne réformerait point les parties sans réformer le tout. Saint Bernard posa les bases d’une réforme romaine et universelle (tit. xxr). Ce que le saint docteur conseillait, les papes l’exécutèrent dans une réforme canonique, inculquée sans relâche par quatre conciles oecuméniques, assemblés au palais de Latran (tit. xx). C'était là l'Eglise; mais autre chose étaient les ambitions humaines qui avaient envahi le sanctuaire, et qui, durant le schisme d'Occident, troublèrent si profondément les relations hiérarchiques et diplomatiques (tit. xxm). De même que le pilote étudie les tempêtes afin de les éviter, ainsi l’autorité hiérarchique et la diplomatie qui la représente, doit-elle méditer les éléments de ce schisme, les papes, les antipapes et les conclaves (tit. xxIv); éléments terribles, qui revétirent une forme légale et en vinrent aux prises à Constance (tit. xxv). Mais comme les commotions sociales suivent des voies longues et tortueuses, comme dans le champ clos de Constance il y avait une véritable mélée de toutes les diplomaties, papales et antipapales, cardinalices et épiscopales, impériales et féodales, universitaires et presbytérales; nous ferons une étude spéciale de cette lutte, afin de discerner la bonne voie de la fausse (tit. xxvr). Puis nous recueillerons les moralités ecclésiastiques,
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politiques et diplomatiques qui en découlent (tit. xxvm), La principale, c'est que, bien que le concile de Constance ait donné au monde un pape certain et légitime, il ne donna cependant pas à l'Eglise la réforme et la restauration dont elle avait besoin, mais laissa derrière lui des germes de nouveaux schismes et de nouvelles révoltes, et en propagea les funestes étincelles (tit. xxvII).
IX. Durant cette malheureuse époque du schisme d'Occident qui dura huit lustres, qu’avait-il donc manqué à la diplomatie ecclésiastique? Ce n’est point l’Apostolicité du droit, qui subsistait dans l’un ou l'autre pape; mais l’Apostolicité de l’action, c’est-àdire de la science et de la vertu. Le livre de la Considération de saint Bernard et les réformes de Latran gisaient abandonnés; la cour romaine ne brillait plus d'un pur éclat; le monde tombait en dissolution, et il ne devait point se relever avant le Concile de Trente (tit. xxix). Bien plus, un nouveau mal venait s’ajouter à tant d’autres. Si, à l’époque du concile de Constance, la diplomatie des cours et des universités avait supplanté la théologie mal cultivée et mal défendue, bientôt après on voit les alliances guerrières des papes, de leurs neveux et de leurs familles, faire descendre la diplomatie pontificale des hauteurs de la sphère catholique, où seuseulement elle est sacrée et vénérable, pour l’enga-
ger dans le conflit des politiques nationales, où elle joua en perte et tomba dans un misérable asservissement (tit. xxx). Cette sentence est confirmée par les pontificats de Clément VII et de Paul III, avec le sac de Rome, les alliances, les guerres et les repentirs; avec la réforme véritable toujours différée et la fausse qui fait de rapides progrès (tit. xxxI).
X. Si, de Martin V à Paul III, du concile de Constance à celui de Trente, à cette ère de renaissance, comme on l'appelle, mais qui fut effectivement l'ère du divorce entre la culture européenne et la civilisation chrétienne; si, au milieu de cette foule de beaux esprits, au sein de cette fermentation de choses grandes et nouvelles, et pour ainsi dire à l’aurore d’un nouveau monde intellectuel coincidant avec l’apparition du nouveau monde d’outre-mer; si à cette époque, dis-je, l’autorité catholique représentée par des illustrations en tout genre de mérite eût imprimé aux esprits la concorde et l’unanimité dans le culte du vrai, du juste et du beau, de quel secours n’eût-elle pas été pour l’univers? Mais si les intelligences se fortifiaient, la chair était faible. Et y avait-il autre chose que la chair dans Luther et Henri VIII? Y avait-il autre chose que l’orgueil de la vie dans ces armées qui foulaient aux pieds la justice des nations? Rome n’était pas sans tache; sa politique n'était guère vénérable, n1 sa di-
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plomatie, apostolique. Mais Rome ouvrit, pour la réforme d’elle-méme et du monde, un concile universel.
XI. L’histoire de ce concile, avec les faits qui le préparèrent et le suivirent, est aujourd'hui l'école la plus variée et la plus féconde pour qui veut étudier à fond la diplomatie. Des théologiens et des sages de premier ordre que le monde ignorait; des ambassadeurs de tous les princes, des évéques de toutes les nations, avec une variété infinie d'intérêts et d'opinions; quatre papes, différents de caractère et d’une politique opposée; un Paul IV, ardent promoteur de l’inquisition et des armes, qui rappelle d'Angleterre le doux et prévoyant cardinal Polus, qui se lance dans la réforme et ne prend pas le moindre souci du Concile de Trente, qui pense élever ses neveux pour le service de l’Eglise et se voit contraint de les livrer à la justice; finalement un pape de moindres talents, mais bien supérieur en politique à ses prédécesseurs, précisément parce qu’il est libre et dégagé de toute politique partiale, Pie IV, qui, après dix-sept ans de douloureuse anxiété, termine heureusement le concile en quelques mois et comme par miracle : voilà autant de points de méditation pratique pour la diplomatie. Une politique, en Pie IV, universelle et non pas nationale; un Charles Borromée, l’âme de ses conseils; un Morone pour diplo-
mate et président du concile : telles sont les clefs du prodige. Pie V, les réformes de Trente mises en train si pas accomplies, et la dernière victoire de la chrétienté, forment le couronnement de ce prodige. La diplomatie romaine qui tout à la fois stimulait les cours à embrasser ces réformes, et à défendre les nations chrétiennes contre la barbarie musulmane : cette diplomatie, dis-je, remplissait une noble tâche, et montrait à la société européenne la voie par laquelle elle parviendrait à se renouveler et à se reconstituer (tit. xxxIT),
XII. Mais l’Europe entra-t-elle ou persévéra-t-elle dans cette voie? Les réformes ecclésiastiques, tracées ou indiquées par le concile, firent-elles des progrès? L'Eglise et l'État se réconcilièrent-ils, sans se confondre, sans usurper les droits l’un de l’autre? Ou bien, au contraire, la réforme privée, hétérodoxe, ne passa-t-elle pas du sanctuaire dans la cité, jusqu'à troubler les Ordres de la hiérarchie catholique? Voilà les fils qui en s’écartant de plus en plus ourdissaient la nouvelle commotion européenne, à laquelle contribuèrent, bien qu’involontairement, ces métro” politains, princes électeurs de l’Empire, qui suscitèrent contre Pie VI l’âpre querelle au sujet des nonciatures. Ici nous revenons à notre point de départ, ce qui fait présager la fin ef le terme de notre course.
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XIII. Barthélemi Pacca, le seul des diplomates modernes qui ait laissé dans ses écrits publics une trace de lui-même et de son temps, déplore la faute que commit Pie VI en confiant à la plume formaliste d’un légiste, le cardinal Campanelli, la rédaction de” sa Réponse sur les Nonciatures; toutefois il formula le vœu qu’on extrayàt, en bonne forme, de cette masse indigeste, ce qu’elle contient d’utile et
de solide. C’était un gant jeté à la diplomatie ro-
maine. Et il n’avait pas encore été relevé, lorsqu'il nous vint la pensée qu’il pouvait bien y avoir là, non-seulement un épisode de la diplomatie ecclésiastique, mais un point de départ, d'où l'on pùt remonter à ses principales époques et les embrasser dans un raisonnement suivi. Ainsi un mot de ce vieux diplomate, remarquable sans contredit entre ses contemporains par sa perspicacité, nous suggéra l'idée de ce traité; le travail qu’il fallait entreprendre pour l’exécuter ne nous a point paru peine perdue.
XIV. En effet, ce génie diplomatique qui saisit les conséquences dans les antécédents, et rapproche les faits particuliers des raisons universelles, d’où vient-il? Ce serait folie de s’imaginer qu'il naisse dans les palais ou court les antichambres. Il ne s'engendre pas davantage dans les prés fleuris des académies, ni du travail matériel des secrétaireries, n1 de l’aride faconde des tribunaux, où Pacca déplorait
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jadis que les candidats fissent leur apprentissage et leurs preuves. Ce génie est le fruit de beaucoup de science passée en nature, principalement de la science acquise par une étude approfondie et une comparaison attentive des époques dans lesquelles la diplomatie a triomphé ou s'est vue soumise à de plus rudes épreuves. Là, dans ces vastes champs parcourus par des génies puissants et pour ainsi dire originaux dans le bien et dans le mal, la nature se retrempe, les idées s'élèvent, on découvre et on apprend les voies droites ou tortueuses que suivent les événements.
XV. Mais de même qu'Achille ne se prévalait que de la force de son bras et de son épée, et nullement du luxe de Pâris ni du faste d’Agamemnon; ainsi que la diplomatie apostolique à tous les degrés se souvienne qu'elle ne sera honorée et forte que par la puissance de l'intelligence et des œuvres. A la diète de Francfort, au milieu de l’Allemagne en rumeur, quelle figure fit le nonce Caprara avec son luxe de carrosses et d’équipages, avec ses trois diners diplomatiques et une somptueuse soirée chaque semaine? Bien qu'il ne prodiguàt que sa fortune, il fomentait cependant l’ancien préjugé que Rome accapare les richesses du monde chrétien et les gaspille au profit des siens. Eh! bien, ce monde est aujourd'hui plus résolu que jamais à juger l’homme par l'homme, et non par la couleur ni par les insignes
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que d'aventure il porte sur la poitrine ou sur les épaules.
XVI. Aussi le cardinal Pacca, avec sa longue expérience, recommandait-il de choisir pour nonces et pour auditeurs des hommes jouissant d’une réputation distinguée, acquise par leurs actes ou par leurs écrits; versés dans la connaissance de l’histoire nationale et diplomatique de la nation près de laquelle ils sont envoyés, et aptes à se concilier de prime abord l’estime et la confiance du gouvernement, du clergé et des séculiers. Aux gouvernements éphémères, la gloire
ou la nécessité d’improviser des ministres : {omines
novi et repentini! Mais Rome ne subira point la loi de l'impromptu, elle qui peut faire appel, dans le monde entier, à une foule d’hommes de talent, d'une éducation soignée, et, au besoin, d’une solide instruction. Car si, pour le missionnaire qui va évangéliser des peuples grossiers, la foi et la croix suffisent bien souvent, il n’en est pas de même de la magistreture pontificale; celle-ci sans le concours du talent sera inefficace ou méprisable aux yeux des peuples civilisés. C’est le génie qui gouverne le monde ; bien d’autres l’ont dit et répété, et on n’a pas voulu les croire. Mais on en croira enfin le vénérable Pallavicin, qui, dans son testament ascétique, je veux dire l’Art de la perfection chrétienne, énonce cette vérité dès le début : » Finalement, dit-il, toutes
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les autres puissances de l’homme s’inclinent devant l'intelligence : l'intelligence juge de tout, L'INTELLI- GENCE GOUVERNE LE MONDE. » Et il continue, en forme de louange ou d'avertissement à l’adresse du pouvoir : » On voit en effet que les princes euxmêmes, lorsqu'ils ne sont pas aveuglés par quelque passion, ont soin de préposer au gouvernement des affaires ceux qu'ils estiment les plus capables ou que la voix publique désigne comme tels ». Ainsi parle l'humble ét éminent cardinal; et Fénélon ajoutait qu'avec la nécessité d'exercer la pêche, a cessé aussi, pour les ministres de l’Eglise, le temps et la faculté d'ignorer.
XVII. Des talents donc; mais une chaussure de plomb plutôt que des ailes. D'abord, pour prévoir les conséquences d’un engagement ou d’un traité; et ensuite pour éviter les différends et les piéges, tout en sauvegardant l'honneur du Saint-Siége et de son représentant. Pombal ne cherchait que des prétextes de querelle avec le nonce et le Saint-Siége, lorsqu'il omettait à dessein de donner officiellement communication du mariage royal au nonce Acciajoli, déjà cardinal. La prudence commandait au nonce de se taire; et lorsqu'on lui eût répondu qu’il n'existait ni exemple ni formule dans les archives d’une pareille communication, parce que jamais il n’y avait eu de nonce cardinal, il eût été plus prudent encore,
comme le remarque sagement le cardinal Pacca, de terminer le différend en disant : « Puisqu'il en est ainsi, Excellence, je tiens la communication pour faite «. | Mais le nonce se pique, et s’abstient de prendre part aux réjouissances publiques; tandis que toute la ville est magnifiquement illuminée, son palais reste plongé dans l'obscurité : aussi dès le lendemain matin il reçoit ordre de sortir immédiatement de la capitale et du royaume de Portugal. Le violent ministre Sébastien Carvalho, marquis de Pombal, premier moteur des scènes féroces contre les pontificats de Clément XIII et Clément XIV, est maintenant jugé : mais le nonce devait les connaître, les prévoir, ne pas jeter lui-même l’étincelle sur la paille, réfléchir que les susceptibilités ne font point les martyrs, que le point d'honneur a ses limites, et que c’est mal défendre ses droits et ceux de son prince que de les mettre tous en jeu pour une bagatelle. La chaussure de plomb est utile à tous, mais surtout à ceux qui exercent un ministère de charité, de confiance et de persuasion.
XVIII. Ces considérations sont d’une grande importance, et plus on s'élève plus il est nécessaire de ne les jamais perdre de vue. On se souvient d'un Concordat avec le Piémont, au sujet duquel ni évêques ni archevêques ne furent consultés. Et dans son Appendice sur les Nonces, article vi, le
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diplomate déjà cité écrit : » Quelquefois on cache au nonce la demande qu’on a intention d'adresser à Rome, et on atteint son but au détriment des droits du Saint-Siége. En vérité, ces instances sì pressantes de ministres étrangers sur des objets dont le nonce ne fait pas la moindre mention devraient suggérer quelque soupçon, et faire au moins suspendre la décision jusqu’à plus amples renseignements. Souvent au contraire les faveurs sont accordées et 1l en est donné avis au nonce après coup. C’est alors le cas de s’en tenir à l’ancien adage : Commande qui peut, obéisse qui doit ». Passe encore lorsqu'il ne s'agit que de faveurs qui ne lèsent pas le droit d’un tiers : mais dans les cas de graves difficultés ou de danger public, une chaussure de plomb ne suffit pas, il en faut deux. Qu'on ne se contente pas alors de l’avis du nonce, mais qu'on interroge aussi les évéques qui sont les correspondants et les coopérateurs nés du premier Siége. C'est là en réalité la marche pleine de circonspection de la cour romaine; et nous n'avons fait allusion à quelques exceptions que pour mettre les commencants sur leurs gardes.
XIX. Mais entendons-nous bien touchant la chaussure de plomb. Elle ne consiste pas à faire le minutieux qui fatigue, ni l’indécis qui ne conclut jamais, ni le paresseux qui perd les occasions. Elle a été mieux comprise par le poète, lorsqu'il a dit :
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Guarda quel che tu dì....
E va più lesto, e col calzar del piombo.
n Prends garde à ce que tu dis... Et marche plus lestement et avec la chaussure de plomb. » Il s’agit donc d’affranchir la raison des écarts et des précipitations de l'imagination, afin de la rendre plus leste et plus libre dans ses vues et ses conclusions. Cette agilité est d'autant plus nécessaire de la part du diplomate ecclésiastique, que le régime de l'Eglise, jusque dans ses variétés accidentelles, est plus constant, plus uniforme et plus universel. En conséquence, du moment où il se sera fidèlement représenté l’ensemble des usages soit traditionnels, soit réglés par concordat, et qu’il aura sauvegardé la fidélité aux concordats, pour rappeler aux gouvernements leur devoir à cet égard et leur donner l'exemple; il aura soin d'arrêter dans son esprit un plan conforme, d’après lequel il règlera toutes ses démarches. Ce plan dans son unité doit s'adapter, pour ainsi parler, aux variétés nationales et les combiner avec l'unité universelle. Une large intelligence qui n’envisage point les faits isolément et en détail, mais les domine d’un double point de vue, le point de vue national et le point de vue universel, pour les faire concourir à leur fin, telle doit ‘être la première et souveraine règle du gouvernement spirituel, qui est ui-même en quelque sorte la règle des gouvernements
temporels. Touchant le gouvernement temporel de l'Eglise nous ne prononcerons pas de jugement, mais nous proposerons à la diplomatie un problème.
XX. Hercule Consalvi, avant comme après la restauration, fut l’âme du pontificat éminemment historique et diplomatique de Pie VII. En 1801, il signait le célèbre Concordat. » Dans cinq jours il nous faut terminer «, lui disait Napoléon impatienté. n Je n’en demande que quatre », lui répondait le diplomate romain. Il montra dans l’infortune une fidélité et une constance pleines de dignité. Il intervint au congrès de Vienne, conclut des concordats avec la France, la Bavière, Naples, la Savoie, la Prusse, l'Autriche, la Toscane et jusqu’avec la Pologne; tandis que dans le gouvernement de l'Etat il fut tout. Esprit conciliateur et intelligent, il était doué d’une grande activité et très-assidu au travail. Voilà son côté brillant et honorable. Mais, en premier lieu, comme les gouvernements sont bons, mauvais ou médiocres, selon la qualité des gouvernants, eut-il soin de former et de promouvoir aux charges ecclésiastiques , politiques ou administratives, une prélature distinguée; en somme, opéra-t-il une restauration? Les parties saines de l’ancien gouvernement qui avaient été renversées par la république et l'empire furentelles relevées? Et les nouvelles soudées sur les anciennes étaient-elles d’une bonne trempe? Ne for-
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maient-elles pas avec celles-là un contraste perpétuel, irrémédiable? Ce sont là des problèmes, et rien de plus, mais qui aboutissent à un autre problème, plus large et plus élevé, savoir : si le ministère du cardinal Consalvi a été marqué, comme les temps l’exigeaient, au coin de l’unité, de l'originalité et de l’apostolicité; ou bien si, au lieu de régler les actes du gouvernement sur le plan d’une vitale unité, il n'a pas trop accordé aux circonstances précaires du moment, construisant sans aucun plan arrêté d'avance et pour ainsi dire sans ciment; en un mot, s’il a réalisé la perfection propre du gouvernement le plus sacré, et qui doit être le modèle de tous les gouvernements. Cette perfection a ses degrés; à son sommet c'est un type idéal auquel on aspire. Ce type était-il présent à l'esprit de Consalvi, et brille-t-il maintenant dans les fastes de cet illustre ministre.
XXI. Quelle que doive être la solution du problème, on ne peut s'empécher d’admirer en lui, comme fondement des vertus morales du diplomate, cette constante noblesse de sentiment, qui est incapable de bassesse ou de ménagements indignes avec les grands. Ami de la paix, mais » jusqu'à l’autel », usque ad aras, il s'abstint de paraitre au mariage de Napoléon, subit l’exil, refusa le subside annuel, et, pour se procurer de quoi vivre, vendit à Paris la tabatière enrichie de diamants qu'il avait reçue à
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l’occasion du concordat. Il fut un temps, au contraire, ou les diplomates romains se courbaient, se taisaient, faisaient la cour, afin d'obtenir, des gouvernements, des faveurs, des bienfaits, ou des recommandations qui favorisassent leur avancement; si bien que, sur l'avis des cardinaux Morone, Saint- Clément et Amulius, Pie IV par sa constitution : Etsi romanum pontificem, crut devoir condamner ces procédés rampants sous peine d’excommunication /atae sententiae. Les représentants du Saint-Siége auprès des cours ayant soin de s’abstenir de tout trafic de recommandation pour eux-mémes ou pour d’autres, Rome de son côté gardera la même ligne de conduite avec les ministres étrangers. Une réponse que fit un jour Charles VII, roi de France, peut tenir lieu d’avis à ce sujet. On reprochait à ce roi d’avoir proposé pour un archevéché un jeune homme de grande naissance, mais de mince capacité : » Que voulez-vous! répondit-il. Je l’ai proposé pour me soustraire aux importunités dont j'étais poursuivi, mais je n'aurais jamais cru que Rome l’eût approuvé «.
XXII. Finalement cette grandeur d'âme, cette constance virile ou, pour mieux dire, apostolique du diplomate, tout en consacrant sa langue et son cœur au culte exclusif de la vérité, le rendra imperturbable au milieu des tempêtes, auxquelles tout homme est exposé, et dont aucun mérite ne saurait le ga-
rantir. Un Contarini succomba à la cour de Paul III, un Polus à la cour de Paul IV. La vigilance, quelle qu'elle soit, n'empêchera jamais que les bas fonds et la vase, pour ainsi dire, ne s'élèvent parfois à la surface. Malheur au làche, qui est sans cesse occupé à regarder de quel côté souffle le vent! Heureuse l’âme noble et fière, qui pourra dire en toute rencontre : Quod debui facere, feci : n J'ai fait ce que j'ai dù ».
XXIII. Pour ce qui est de l'utilité de cette introduction, le lecteur en jugera. Venons-en au sujet,