‹ Idée historique et rationnelle de la diplomatie ecclésiastiqueChapitre 14 sur 68 · I. Exercer le gouvernement universel de la com · texte numérisé non relu

I. Exercer le gouvernement universel de la com

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munauté chrétienne et confirmer les frères qui sont établis pasteurs des diverses portions du troupeau, tels sont les deux courants par lesquels se répand l’action interne de la primauté pontificale et de sa diplomatie. C’est là un point de foi catholique, nettement professé même par ces princes-archevêques qui faisaient l'opposition la plus violente à Pie VI. Cette opposition partait, non du principe, mais de la manière de l'entendre, savoir : jusqu'où s'étend, sur les troupeaux particuliers et sur leurs pasteurs, l’action du pasteur suprême? et jusqu’à quel point celui-ci peut-il déléguer son autorité sans léser les droits d'autrui? Tel est le fond de la question.

II. Une certaine » Histoire pragmatique de la Nonciature nouvellement érigée à Munich » disait ceci : n Chaque évêque a le droit exclusif et la puissance absolue d’administrer son église dans les limites de sa Circonscription, comme aussi de régler tout ce qui concerne le bien de son troupeau, sans qu’un autre évêque ait droit de s’en méler et de s’y ingérer. — Le pape n’a pas plus le droit d’y faire exercer les pouvoirs qui lui compètent (ix parlibus jura competentia) par l'intermédiaire d’un ministre résident, qu'un archevêque d'établir ses propres officiaux dans les diocèses de ses suffragants, sous prétexte d’exercer ses droits particuliers de métropolitain. — Dès que le pape, hors les cas d'intervention compétant à sa suprématie, comme lorsqu'il s’agit soit de secourir la foi, la morale ou la constitution hiérarchique en danger, soit de les relever; dès que le pape, dis-je, hors ces cas, s'arroge quelque autorité, sans pouvoir

légitimer ses actes d’après les sources pures du droit canonique, il se rend passible de la peine qu’encourt tout évêque en violant les droits d’autrui. «

III. Voilà les pivôts sur lesquels roulait tout le système du congrès d'Ems : aux évêques plein et absolu pouvoir vis-à-vis de leurs diocésains; le pape rien de plus qu'un évêque dans les cas ordinaires, bon frère à l'égard des autres, mais non leur maître; modérateur d'ailleurs et réparateur dans les défaillances ou les calamités extraordinaires. Réparateur, avons-nous dit, comme peut l’être un médecin en cas de maladie ou de santé chancelante. Mais l’action extraordinaire du médecin n’exige pas qu'il se constitue l'hôte et le gardien permanent de son client : pourquoi donc le pape le serait-il? Et ainsi d’un seul trait voilà les nonciatures permanentes abolies. Docteurs et prélats, tous se jouaient dans le même cercle d'idées : chaque évêque devait être un petit pape dans son diocèse, les métropolitains dépassant un peu les autres par la taille; à chacun en vertu de son autorité ordinaire le droit de juger tous les différends, d'accorder les grâces et les dispenses ; au pape de Rome l'honneur de siéger au sommet, mais sans permission d'en descendre, à moins que l'édifice ne vienne à se disjoindre ou à chanceler, soit dans quelques-unes de ses parties, soit dans l’ensemble.

IV. Les vapeurs de ce déplorable système avaient tellement échauffé les têtes, que le 2 avril 1787 l'archevêque de Cologne, éerivant à Pie VI qu'il avait exactement rempli tous ses devoirs de pasteur à

l'égard de ses églises, inférait de là deux conséquences, savoir : 1° qu'aucune raison n’autorisait le pape à exercer sur ces églises les droits extraordinaires de sa primauté; l’unité et la pureté de la foi n’y étant pas en danger, il n'y avait, selon lui, aucune nécessité d’y envoyer des légats extraordinaires : lU/rgentes las causas subintrare non video, quibus Sanctitati Vestrae vi primatus a Deo instituti jus competit, pro conservanda religionis unitale ac puritate, EXTRAOR- DINARIOS mellendi legatos ad ecclestas, ubi religionis NECESSITAS 24 postulaverit. 2° Que si le pape n'a pas le droit d'y envoyer des légats, l’archevêque n'a pas davantage l’obligation de les recevoir, et de leur laisser exercer leurs pouvoirs, au grand préjudice de sa propre autorité ordinaire sur le troupeau divivement confié à sa vigilance : Si 4oc, ut confido, non evistit, multo minus me obligatum censeo ut Nuncio gurisdictione et facultatibus instructo, in grave potestatis meae ordinariae praejudicium, locum cedam, quem Christus, ut ibi vigelem, ut ibi laborem, miki commisit. Ce latin que l’archevéque envoyait au pape était déjà bien clair; et il le devenait plus encore par ce promemoria qu'il remettait à la diète de l’empire : » C’est, disait-il, une vérité incontestable et universellement reçue en fait de droit ecclésiastico-politique, que le pape ne peut envoyer des légats dans les archevêchés ou évéchés, QUE POUR DES CAS URGENTS, et cela afin de conserver l’unité et la pureté de la foi catholique; que par conséquent LES NONCIATURES PERMANENTES ET INVESTIES D'UNE JURIDICTION SONT PROHIBÉES. # C’est ici le point que les métropolitains s’efforçaient de battre en bréche.

V. À proprement parler, la controverse roulait sur deux points, qui sont enveloppés l’un dans l’autre, savoir : l° les légats extraordinaires pour des circonstances extraordinaires ; et 2° les légats permanents et ordinaires pour la besogne courante et ordinaire.

VI. Quant au pouvoir extraordinaire d'intervenir, par lui-méme ou par d’autres, dans le gouvernement de l’église catholique, l’hétérodoxie seule oserait le denier au pontife romain. De ce principe il suit, par voie de conséquence, que le jugement sur l’opportunité et la necessité du remède appartient à celui qui doit l'appliquer, non à celui qui doit le recevoir. Qui dirait bien, par exemple, qu’on dût laisser à l’assemblée gallicane de 1632 ou au conventicule d’Ems, le soin de décider si c'était le cas ou non d’une intervention de la part du pape, c’està-dire de la part de cette autorité même que les deux assemblées repoussaient en droit et en fait?

VII. Mais il y a quelque chose de plus étrange encore dans le congrès d’Ems. Tandis que ses promoteurs se glorifiaient auprès du pape de leur propre diligence, ainsi que de l’ordre parfait qui régnait dans leurs églises, ils formaient entre eux le projet « d’entreprendre la réforme de la discipline ecclésiastique DANS TOUTES SES PARTIES, et d’arracher jusqu’à la racine les abus qui s’y étaient introduits »; ils affirmaient qu'un concile général ou national était devenu indispensable, et ils exhortaient, c’est ce que faisait l’archevéque de Mayence en s’adressant à ses suffragants, ils exhortaient les évêques à substituer sans crainte un droit nouveau aux usages anciens. Le

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droit nouveau c’était l’omnipotence à laquelle aspiraient les métropolitains. Les anciens usages c'était la juridiction qu'avait coutume d'exercer le Saint- Siége. Régler son intervention en pareil cas d’après le jugement des perturbateurs, ce serait imiter le berger qui, pour la garde à exercer sur le troupeau, s'en rapporterait au loup.

VIII. C'était donc un conseil salutaire que le pape donnait aux conjurés, en leur recommandant de commencer la réforme par eux-mêmes: de fonder cette réforme sur l’observance plus fidèle et plus exacte des prescriptions du concile de Trente, selon le dessein de leurs anciens prédécesseurs, et d’en finir avec ces aspirations séditieuses au futur concile et à des réformes indues.

IX. Et en effet, dès l’an 1573, lors de la conclusion du concile provincial de Salzbourg, Porateur inculquait à l’archevêque et aux évêques de mettre à exécution les décrets revêtus de l'autorité apostolique, leur montrant que par là ils fermeraient la vole aux nouveautés dangereuses, et que d’ailleurs on n’a rien à craindre de l’opposition lorsqu'on marche en grâce avec Dieu. Ce sont les réflexions que suggérait aux prélats d'Allemagne le théologien du concile, Félicien Ninguarda. Ce qui était vrai alors le sera toujours, savoir, que les proclamateurs de réformes doivent commencer par se réformer euxmêmes, en observant les lois générales et en remplissant leurs devoirs.

X. Quant à ceux qui, outre les réformes, réclamaient un concile et avaient continuellement le mot

de concile en bouche, déjà Ænéas Sylvius, ce fier génie, alors cardinal et depuis pape sous le nom de Pie II, leur avait de son temps adressé une verte réplique, dans sa lettre apologétique, Oper. p. 666 : nOn crie au concile, disait-il, pour échapper au schisme, ou parce qu’on est tourmenté par l'envie de se faire valoir. Se célèbre-t-il un synodeP vos évèques restent chez eux, et vous, docteurs qui vous donnez de l'importance, vous allez au concile, vous y vivez somptueusement aux frais d'autrui, vous vous croyez les législateurs de l’univers, et vous devenez de grands personnages : thique laute vivitis sumplibus alienis, et regentes orbem, in mugnos et admirabiles evaditis viros. De là ces applaudissements que vous décernez aux conciles : l’autorité des conciles est salutaire, est éternelle; le monde doit être régi par le concile, tout doit être traité en concile, rien ne peut être bien défini qu’en concile : Conciliorum auctoritas ealubris atque aeterna est; mundum Concilio regendum, ad Concilium cuncta deferenda; sine Concilio nihil esse quod recte perfici queat. C'est votre cupidité et votre ambition qui vous poussent è cela : privata vos trahit utilitas et crescendo cupido. Obscurs comme vous êtes, vous espérez vous élever à la faveur des troubles; sachant bien que vous ne pouvez grandir qu'au détriment de vos prélats, vous persuadez adroitement à ceux-ci de se réunir en concile à l'effet de comprimer à leur profit les droits exorbitants du premier Siége ; et de même que vous ne cessez de les critiquer, ainsi vous offrez le Siége * Apostolique en pâture à leurs critiques : ef quemadmo-

dum vos eos corroditis, ita et illis Apostolicum Solium corrodendum offertis. Mais le concile fini, les évéques se trouvent y avoir dépensé leur argent, sans rien gagner en dignité, tandis que vous, vous en revenez enrichis, comblés de bénéfices et d’honneurs. Qu'y a-t-il d'étonnant que vous aimiez tant les conciles, ét que vous invoquiez les tempêtes qui font échouer les vaisseaux étrangers sur votre rivage? La misère d'autrui fait votre prospérité : la guerre pour vous est plus salutaire que la paix, la tempête vaut mieux que le calme : Quid mirum si Concilium amatis, et eos quaeritis ventos qui alienam navim ad vestrum littus 1lidant? Aliena miseria vestra felicitas est : bellum vobis pace salubrius, et tempestas quiete melior. n

XI. Ænéas Sylvius avait peint, trois siècles d’avance, par un trait d’une effrayante vérité, les docteurs, les métropolitains et le conciliabule d'Ems. Au concile légitime présidera toujours la haute raison, particulière ou générale, de l'Eglise. Mais la faction d’Ems, comme toutes les factions, n’invoquait le concile ou n'en usurpait l'autorité, que pour se soustraire au pouvoir central, au pouvoir du pontife qui la dominait. L'action de ce pouvoir doit donc se rendre d'autant plus forte et plus présente que les parties menacent davantage de rompre l’unité avec le centre. Qu'on nomme alors ce pouvoir ou sa délégation ou la nonciature, une chose ordinaire ou extraordinaire, peu nous importe; nous ne disputerons point sur les mots pourvu que la nécessité et la légitimité de la chose soient démontrées.

XII. Les effets de l'intervention pontificale fourniront un complément et un nouveau degré de force à la démonstration. Et il nous est doux de pouvoir apporter ici le témoignage du clergé de Pologne, de cet infortuné pays contre lequel semblent s'être liguées toutes les perfidies et toutes les cruautés de ce monde. Le venin des hérésies septentrionales y avait pénétré, et le clergé en 1556 s’adressait au nonce en ces termes : » Depuis trente ans et plus, l’hérésie étend ses ravages dans nos contrées, parce que nì nonce ni légat n'y a été envoyé... Le premier remède à employer, c’est qu'à l’avenir le Saint-Siége Apostolique ait dans ce royaume, comme ailleurs, un nonce ou légat en permanence, homme instruit, vertueux, craignant Dieu et versé dans les affaires; lequel résiderait à la cour et serait constamment à côté du roi, pour l’avertir de ses devoirs, défendre la foi et la liberté de l'Eglise, entretenir dans le royaume l’obéissance et le respect envers le Siége Apostolique, et donner accès à tous les honnêtes gens qui voudraient recourir à sa protection. » (Cf. MaRTEN. Co. vet. script. t. vil, p. 1452.)

XIIT. Les intelligences les plus droites et les plus élevées en Allemagne ne pensaient ni n’écrivaient autrement à la même époque. Voici comme on s’exprimait généralement : » Rien n'est plus désirable pour les évêques, rien n’est plus propre à leur facihter l’accomplissement des devoirs de leur charge, que la présence d’un nonce apostolique à leurs côtés. surtout dans ces temps sì funestes pour la religion et pour les mœurs, et où l’on rencontre des hommes

qui ont autant d'aversion pour le Saint-Siége que pour ses représentants. Ce déplorable état de choses, qui n’est que trop connu des évêques d'Allemagne, doit les exciter à entretenir, à resserrer de plus en plus les liens qui les attachent au Siége Apostolique, et à redoubler de zèle et d'entente pour procurer le bien de la religion et le salut éternel des âmes. » (A. À Turre, Ærpostulat. c. 111, p. 120.)

XIV. Ces sentiments n'étaient qu’un écho lointain et fidèle des anciens oracles de l'Eglise. Pour la science, la piété, l'expérience, qu'était-ce que les évêques impérialistes d'Allemagne en comparaison d’un Chrysostème et d'un Basile, ces grandes et nobles âmes? Eh! bien, écoutez les touchants appels qu’un saint Basile adressait au pape saint Damase, ep. 52. au milieu des conjonctures périlleuses où se trouvaient les églises d'Orient : » Votre Sainteté devrait nous envoyer continuellement de généreux frères pour nous visiter dans nos peines et nos persécutions, et nous adresser bien plus souvent des lettres amies, soit pour nous confirmer dans nos démarches, soit pour nous corriger si nous manquions en quelque chose. Car, nous ne le nions pas, nous sommes sujets à des erreurs sans nombre, comme hommes et comme vivant dans une chair fragile, mais nous sommes prêts à suivre votre direction » : Debebant continuo a vestra dilectione EX SINCERIS FRATRIBUS ALIQUI MITTI, 9%? nos afficlos et oppressos inviserent; et multo crebrius amicae ad n08 VESTRAE DESTINARI LITTERAE, Qui0us vel in proposito CONFIRMAREMUR, tel si qua în re offendamus CORRIGEREMUR. Non enim negamus innumerts

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nos erroribus obnoxios esse, quum homines simus et in carne vivamus, parati in hac re VESTRAM INSTITUTIO- : nem amplecti. Voilà l'Eglise! voilà la monarchie dans la hiérarchie! voilà le pivot sur lequel tout repose, et par lequel les parties qui dévient sont ramenées dans l’unité et la force du centre.

XV. Saint Basile parle de l’envoi de FRÈRES cé- NÉREUX ou de LETTRES AMIES pour Confirmer les esprits dans le bien ou corriger les erreurs. Ce sont bien là les deux canaux par lesquels les instructions pontificales se répandent sur les troupeaux et les pasteurs, par tout l’univers. Qu'elles sont basses ces factions qui ne s'élèvent pas jusqu'à cette éclatante unité ou qui la repoussent! Mais son éclat est tel qu'aucun catholique ne saurait nier ses droits dans les grandes épreuves ou les violentes secousses. Nous pensons en outre que la Providence, qui a si sagement organisé l'Eglise, a déposé dans son sein un pouvoir constant, capable d'y maintenir l'ordre et de le protéger en règle ordinaire contre tous les bouleversements, non-seulement au Vatican, mais dans le monde entier. De ce pouvoir découlent les nonciatures fixes.

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