TITRE VII
DU POUVOIR CENTRAL ORDINAIRE DÉCOULENT, SOUS DES FOR- MES DIVERSES, LES NONCIATURES OU LÉGATIONS ORDINAIRES.
I. En Chine les sages commandent et un seul gouverne. II. Partout l’amoindrissement du prince est un amoindrissement des délégués. De Dominis. III. Eybel exalte les évêques pour abaisser les papes et leurs représentants. IV. Les conciles de Lyon et de Latran tracent le pouvoir effectif et ordinaire des papes, V. qui est, comme s'exprime le concile de Florence, de paître, régir et gouverner; VI. ce qu’il peut, conséquemment, par lui-même ou par d’autres, en prévenant les maux ou en les guérissant. VII. Accord de cette doctrine avec les décrétales, vengées par Bossuet, VIII. et avec le fait des trois premiers siècles. IX. L'action diplomatique des papes s’exerce ensuite auprès des cours : X. l’origine des apocrisiaires remonte à Constantin, d’après Hinemar, ce qui est nié par De Marca. XI. Apocrisiaires du prince, leurs fonctions et leurs pouvoirs, XII. Les apocrisiaires ou légats, patriarchaux et pontificaux, forment au cinquième siècle une diplomatie ecclésiastique et impériale. XIII. Grégoire-le-Grand ; permanence de l’apocrisiaire romain. XIV. Délégation faite par Léon-le- Grand après 431; XV. bref de délégation; XVI. appréciation des pouvoirs qu’il confère. XVII. Les lettres de créance de Léon à l’empereur sont des modèles en fait de droit et d’urbanité, XVIII. exprimant toutes les charges de la légation pontificale.
I. Daniel Bartoli au début de son histoire de la Chine en décrit ainsi la police : » La Chine est bien lempire des lettrés s’il en fut jamais; là en effet eux seuls commaNDENT; et dans le corps parfaitement organisé de cette monarchie, le chef en qui réside l'intelligence occupe la place la plus élevée; lui seul GOUVERNE, et non les pieds. » Que les sages commandent, et qu’un seul ait l’empire, telle est en substance la constitution politique de cette nation,
douée, selon l’appréciation de Bartoli, » d’un génie transcendant, et de mœurs qui, loin d’être barbares ou grossières, se ressentent plutôt d'un excès de politesse dans les rapports de la vie intime. Elle est régie d'ailleurs par les lois les plus sages que puissent tracer des hommes privés de la loi divine, et elle observe sans interruption une discipline uniforme sous le gouvernement de rois et d’empereurs qui sont ou philosophes, ou dirigés et conseillés par des philosophes. »
II. Le commandement exercé par des sages, ayant au-dessus d’eux un chef investi d’une puissance et d'une sagesse supérieures pour les diriger, tel est précisement le fondement de la constitution divine, que nous avons déroulée dans le premier livre du Droit public ecclésiastique, comme ce fut aussi un des principaux fondements de l'antiquité, de la civilisation et de la stabilité de l’empire chinois. Les nations européennes furent moins heureuses, ballottées qu'elles furent, la plupart du temps, entre les excès de la monarchie et ceux de l’oligarchie. Or les excès des royautés et des républiques menacèrent de pénétrer dans l'Eglise : élever les rangs inférieurs, en abaissant le monarque destiné à y entretenir la force avec l’ordre et l’unité, tel fut le vice commun des erreurs dont nous nous sommes occupés dans le second livre, et c’est encore de ce vice que proviennent les erreurs touchant les délégations et les nonciatures. En effet, Marc-Antoine de Dominis, qui voulait travestir le régime monarchique de l'Eglise en régime républicain, ne manquait pas d’inférer de son système
que » les légats du pontife romain, en dehors de l'Eglise de Rome, n’ont presque aucun pouvoir « : Legatos romani pontificis, extra Ecclesiam Romanam, via ullam habere potestatem. Proposition que la faculté théologique de Cologne condamna comme » hérétique, schismatique et séditieuse; » par la raison qu'elle affaiblissait excessivement ou anéantissait le gouvernement général de l'Eglise.
III. Le droit des nonciatures découle donc, quant à sa nature et quant à son étendue, de l’étendue même de la primauté ecclésiastique. Si donc il était vrai, comme Eybel l’enseignait aux métropolitains d'Allemagne, que la mission de l’évêque dans son diocèse équivaut à la mission du pape dans le sien; que l’Eglise est une confédération de républiques dont les présidents n’ont pas le droit de s’immiscer dans les affaires les uns des autres; que pour le bien de l'unité seulement, pro doro unitatis, elles ont un président général, qui n’a d’autre prérogative que de suppléer à la négligence des ‘autres, et de conserver l'union par ses exhortgtions, ses conseils et son exemple : si tout cela était vrai, si à cela seul se réduisait la primauté pontificale, il faudrait réellement admettre, avec de Dominis, qu’une fois hors des portes de Rome les légats du Souverain Pontife n'ont plus qu’une ombre de juridiction : /egatos Romani Pontificis via ullam habere potestatem; et qu’il manque à l'Eglise ce pouvoir central solidement établi, qui fait la gloire et la force de l’empire chinois comme de tout Etat raisonnablement organisé.