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IX. Comment donc, dans un schisme si désastreux

dans une si grande agitation de la part des rois, des évêques et des docteurs, comment ne prenait-on pas garde au foyer qui alimentait le schisme? Ce foyer, c'était le nombre restreint des électeurs pontificaux. Le fameux Cossa fut élu par dix-sept voix, Boniface IX par quatorze, et Innocent VII par neuf. Longtemps les papes avaient été élus par le clergé romain, sur la proposition ou aux applaudissements du peuple, qui rendait témoignage de l'élu : éeséimonium bonum; condition requise d'ailleurs pour toutes les ordinations. Et il est à observer que tout évêque se trouvant à Rome était compté dans le clergé romain; de sorte qu'un clergé, pour ainsi dire, universel donnait son suffrage au pontife universel. Le collége des cardinaux, cette fleur de sagesse et de vertu recueillie de toutes les parties de la chrétienté, demeure ensuite comme signe d'une représentation universelle. Devant ces élections œcuméniques faites par de vertueux et sages électeurs, le monde inclinait le front avec respect; et si des rois ou des empereurs lançaient en avant leurs créatures antipapales, le monde catholique n'avait pour elles que du mépris. Mais à l'apparition de ces misérables conclaves , la médaille est retournée. Nous parlons des effets extérieurs, et du mobile des convictions communes, qu'il ne faut jamais dédaigner. On ne voyait plus l'ombre d'une représentation universelle dans ces quelques électeurs, sans consistance et comme vagabonds, élus eux-mêmes dans la discorde des partis, et dont le public, la plupart du temps, ignorait les vertns et connaissait les artifices. L'élection de Cossa à Bologne

mettait malheureusement le sceau è la défiance publique envers l’élu comme envers les électeurs, et généralement envers ce pitoyable mode d'élection. Nous verrons ce que l'assemblée diplomatique de Constance décréta sur ce point.

X. Il est donc manifeste que les mauvais papes avaient leur origine dans le vice des conclaves; et par contre, on ne voit que trop ce que devaient . choisir, pour cardinaux, un Pierre de Lune et les antipapes, cette écume des révoltés, et un Cossa, qui, sous le manteau de Pierre, cachait des plaies si invétérées. Ainsi, et c'était là le fond du schisme, la chrétienté tout entière avait à ses flancs une chaîne renaissante de créateurs et de créatures qui portaient la même image. Comment briser cette chaîne? On la brisait de fait, en revenant avec de plus vives clameurs que jamais à la décision de Pise, qui soumettait cardinaux et papes à un nouveau concile. L’abîme appelait un autre abîme : abîme de faits, abime de doctrines ; et pas un rayon de lumière sur la face de l’abime. Pas un rayon de lumière, car la papauté , cet astre de l'Eglise, était enveloppée dans les ténèbres par les cardinaux de Bologne, qui, au lieu d'un soleil éclatant, imposèrent à l'Eglise un tison ardent, c’est-à-dire un pape qui, dans les choses temporelles, était un intrigant habile et audacieux, pour ne rien dire de plus, mais complètement nul dans les choses spirituelles, comme l’observe Léonard d'Arezzo : Vir quidem în temporalibus magnus, in spiritualibus nullus atque ineptus. Répétons-le pour le salut de l’Eglise et l’instruction de l’avenir : Un con-

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clave et un pape digne, l’un et l’autre de vénération eussent suffi pour réunir les membres disloqués de la chrétienté; tandis que le conclave et le pape de Bologne dilataient le gouffre du schisme. Et la Diplomatie avec ses doctrines s’enfoncait dans ce gouffre.

XI. A la suite du débat diplomatique de Pise, tout le monde raisonnait diplomatie : lequel est pape, lequel est antipape; quel serait le moyen pour l'Eglise de se réformer dans son chef et dans ses membres; tel était le sujet de toutes les conversations. Les prétendants à la papauté, au lieu de suivre la voie sûre tracée par Jésus-Christ, étudiaient, pour leur conduite, les artifices de la diplomatie. Qu'y a-t-1l d’étonnant que ce monde diplomatique, en suivant des sentiers tortueux, ait oublié et dépassé les limites surnaturelles posées à l'Eglise par son divin fondateur? Scandales sur scandales descendaient du sommet de la hiérarchie : ils sont enregistrés dans l’histoire ; puisqu'il est impossible de les taire ou de les voiler, étudions-en les conséquences afin d’en prévenir le retour. Cependant, tandis que les faits et les doctrines semblaient conjurés pour submerger la barque, elle triomphait : c'est ce qui rassure et console même notre foi; il n'en faut pas davantage. Les scandales pleuvaient donc d'en haut, et les esprits échautfés couraient de la réforme des individus à la réforme des principes juridiques, surnaturels, irréformables. Ici gît l'erreur, ou plutôt le faisceau d'erreurs qu’une ‘diplomatie intempérante et parlementaire disséminait à Constance. Elles avaient pour appui un empereur, et pour représentant le célèbre Gerson.

XII. Jadis ambassadeur de France auprès de cet impitoyable Benoît de Lune, puis ambassadeur è Pise pour la déposition de Grégoire, et n’ignorant ni les vertus ni les miracles du fameux Cossa, comme camérier, cardinal et pape, Gerson dans son principal traité de la Puissance ecclésiastique et de l'origine du droit et des lois, désespérant des hommes et des papes comme individus, remonte à Jésus-Christ, qui donne ses pouvoirs à l'Eglise lorsqu'elle est juridiquement réunie en concile. D'où il infère : 1° que le comble de l'autorité, y compris l’autorité pontificale, réside dans le concile, seul pouvoir souverain et infaillible; 2° que le concile peut imposer des limites, des lois et des réformes aux papes, mais non le pape au concile; 3° que le pape est responsable devant le concile, et peut y être déposé s'il est incorrigible. Et tout cela n’empéchait point le diplomate gallican de soutenir théologiquement la monarchie papale : ce en quoi le théologien était en contradiction avec le diplomate. Voilà la source des erreurs de cette époque, je veux dire la prééminence de la diplomatie sur la théologie.

XIII. En effet, si l’on promène ses regards sur ce mélange d'évêques, de docteurs, de princes, de barons de toute nation et de toute génération, .si nombreux à Pise et plus nombreux encore à Constance; surtout si l’on considère l’organisation, les prétentions nationales, les droits politiques, les discours, les luttes de ces assemblées, on sera stupéfait de la prodigieuse activité que le christianisme imprime aux esprits, et des hauteurs auxquelles il sait les élever : c’est un

honneur que nous rendons à Pise, à Constance et à Bâle. Mais que verra-t-on présider à ces réunions P Est-ce la sévérité du droit canonique et théologique, ou plutôt le droit diplomatique des natinns chrétiennes, en quête de combinaisons et d'accords pour recomposer la société périclitante ? Certes, c’est bien plus la diplomatie que la théologie, le droit social et naturel que le droit théologiqne et surnaturel. La théologie dit, en résumé : la monarchie de Pierre vient immédiatement de Jésus-Christ; elle est incommunicable, indivisible. Il suit de là : lo que la souveraineté pontificale ne réside point dans le concile, mais bien dans Pierre personnellement, et qu'elle ne vient pas du concile, mais du Sauveur ; 2° que l’Eglise assemblée formant avec le pape un seul corps et une seule hiérarchie, le concile n’a pas une dualité de pouvoirs, et ne peut avoir sans le pape ni contre le pape aucune autorité législative; 8° que, comme les réformes universelles et juridiques supposent un pouvoir plénier et législatif, et non pas seulement législatif, mais constituant, d'où elles émanent, si elles ont pour objet d'imposer des limites au Souverain, ou de le déposer, elles dépassent les attributions et les facultés quelconques des évêques, des docteurs et des empereurs, siégeant et fredonnant en concile.

XIV. Voilà la théologie. Mais pourquoi la diplomatie renversait-elle principes et conséquences? Pour deux motifs des plus solennels et des plus funestes : 1° parce qu'une diplomatie bavarde transférait dans l'Eglise, société surnaturelle, marquée du sceau de Jésus-Christ, la forme des sociétés humaines, arbi-

traires et libres; 2° parce qu'elle absorbait jusqu'aux erreurs et aux chances critiques de ces sortes de sociétés.

XV. On a vu sortir du sein des congrès politiques des souverainetés démocratiques, aristocratiques ou monarchiques ; puis celles-ci, au moyen de pactes fondamentaux, se limiter, se réformer ou se fusionner l’une avec l’autre, Par suite, les comices nationaux, les diètes et les parlements pouvaient jouir d’un certain pouvoir législatif, réformateur, constituant. Mais l'Eglise, qui n’est entière qu'avec son chef visible sur la terre et son fondateur dans le ciel, l'Eglise n’est pas sujette aux changements n1 aux vicissitudes des choses humaines. Elle est moins encore sujette à l’hérésie sociale, tant anglicane qu'allemande, de Wiclef et de Jean Hus, hérésie en vertu de laquelle toute personne entachée de péché est déchue de l’autorité et rejetée de droit par la communauté. Le régicide proclamé par le français Jean Petit n’était que le complément de cette erreur. Or la diplomatie de l'époque dont nous nous occupons, avec l'excellente intention

de réformer les hommes et de mettre fin au schisme, .

condamnait le corps de l’hérésie, mais en contractait les teintes, et transportait dans l’Eglise et dans le concile les théories des gouvernements et des parlements purement humains.

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