‹ Idée historique et rationnelle de la diplomatie ecclésiastiqueChapitre 65 sur 68 · XXV. Troisième loi. Mais que fait l'Eglise dans · texte numérisé non relu

XXV. Troisième loi. Mais que fait l'Eglise dans

la lutte du bien avec le mal? L’Eglise est militante, mais non emportée ; militante pour sauver, non pour perdre les âmes. Elle est intolérante dogmatiquement, mais non pas civilement : dogmatiquement, parce qu'aucune règle de bon sens ne permet de confondre le oui avec le non; mais civilement elle tolère, comme le remarque saint Thomas, tout ce que Dieu tolère ; elle enseigne, et elle attend avec patience le fruit de ses leçons. Et de même que la grâce ne détruit pas la nature, ainsi l'Eglise ne détruit pas les sociétés politiques, mais elle leur applique avec une sagesse pleine de modération les moyens de sanctification les mieux proportionnés aux circonstances ; elle tend à son but avec force, mais aussi avec suavité et avec respect (je me sers de l'expression de l'Esprit saint); c’est avec suavité et avec respect qu’elle travaille à sanctifier l’homme et la société.

XXVI. Telles sont les lois d'application, telle est la constitution politique de l'Eglise, constitution et lois dont l'étude se recommande plus hautement à quiconque a un devoir plus strict de les mettre à exécution. L'exécution et les applications sont souverainement critiques à une époque de bouleversement social, où les institutions anciennes disparaissent, et où il faut s'emparer des idées nouvelles pour les diriger, ou les tempérer, ou les apprivoiser, si l'on ne veut point les avoir pour ennemies déclarées. Si en effet l'Eglise, comme la mer, est toujours la même, les vagues à sillonner ne sont cependant pas toujours les mêmes. L’antique vaisseau réclame donc de la part de ses chefs et de ses raméurs une étude

soutenue, non-seulement à raison de sa structure propre, mais aussi à cause des soulèvements et des tempêtes nouvelles, qui ne cessent de l’assaillir. Le vaisseau ne périra point, nous le savons; mais nous pouvons périr, nous, troupeaux et nations, si nous ne retrempons notre esprit, notre cœur et nos œuvres aux sources apostoliques; si nous ne nous réformons d'après les modèles de notre mission, pour en diriger l’action de la manière la plus profitable. Qu’une éducation plus vitale et plus mâle prépare à l'Eglise une nouvelle milice, digne de cette époque, mélange de bien et de mal, dans laquelle nous avançons à grands pas. Il est deux livres que nous devons méditer et convertir en notre substance : le Pastoral de saint Grégoire-le-Grand, et la Considération de saint Bernard. Renouvelons-nous dans cet esprit apostolique, qui doit être le nôtre : spirifu mentis vestrae. Et si, avec la science qui éclaire, avec la sainteté qui édifie, avec la charité qui réconcilie, si avec toutes ses royales vertus, nous faisons porter à la divine constitution de l'Eglise des fruits religieux et civils, nous forcerons le monde à l’admirer, à l’aimer et à la bénir.

XXVII. Nous forcerons la politique du siècle à voir dans le gouvernement spirituel: de l'Eglise la solution des deux problèmes les plus ardus qui tourmentent les Etats, savoir : 1° la variété des pouvoirs et des éléments sociaux, non pas confondus, non pas absorbés, mais naturellement et rationnellement gradués dans une libre, vitale et féconde unité; 2° par conséquent, l'arbitraire banni du chef et des mem-

bres, pour laisser régner la justice et la loi avec la liberté. Telle est la nature de la monarchie de l’Eglise, monarchie qui n'est ni scindée nì mélangée, mais équilibrée et tempérée. Qu'a fait de la monarchie civile une conjuration d'hommes pervers et aventureux? » Par eux l’Epée domine la Crosse pastorale, par eux le Trône s'élève si haut, qu'il faut bien à la fin qu'il croule dans la boue « :

Per lor sovrasta al Pastoral la Spada, Per lor tant’ alto il Soglio si sublima, Ch’ al fine è forza che nel fango cada.

Elles ont croulé en effet toutes ces puissances du siècle, enflées, exaltées et lancées en dehors de leur base. Par contre, le chef suprême de l’Eglise, s’il touche au ciel, a cependant sur la terre une hiérarchie graduée de pouvoirs pour base juridique, et la hiérarchie de la science pour renfort et pour providence. Dieu ne permettra jamais une discorde complète entre ces trois éléments : le pouvoir souverain et central, le pouvoir gradué et hiérarchique, et la science destinée à les associer, non à les désunir. Jamais le schisme, l’hérésie ou un orage quelconque n’a ébranlé l'Eglise que par suite de l’affaiblissement ou de la prédominance excessive de quelqu'un de ces trois éléments. La science est dangereuse si elle n’est escortée par l’autorité; mais l’autorité s’obscurcit si le flambeau de la science et de la sainteté ne brille pas devant elle.

XXVIII. Que Rome donc, qui a la charge, nonseulement de GOUvERNER, mais aussi d’ENSEIGNER le

monde dans l’ordre spirituel, que Rome élève avec plus d'éclat que jamais, au milieu des dangers, le drapeau qui porte pour légende : rafionabile obsequium, science et discussion, obéissance et autorité. Jeunes gens qui m'écoutez, soldats du Siége auguste de Rome, le monde marche : vous contenterez-vous de le contempler du pied de ce Siége; de ce Siége de Pierre, de Léon, de Grégoire; de ce Siége arrosé de tant de sang et couronné de tant de gloire? Levez-vous; de splendides loisirs et des goûts efféminés ne sont pas dignes de vous. A vous la défense de la vérité et de la justice : volez à la tête des escadrons scientifiques, pour les guider et les sanctifier. Mais votre aréne spéciale doit être cette philosophie qui s'inspire aux sources d'où émane la constitution politique de l'Eglise; l’objet de vos études les plus approfondies, les harmonies de cette constitution dans son ensemble et dans ses éléments; et votre suprême occupation, l’exercice des vertus apostoliques et des convenances sociales, qui tempèrent ses applications et les modifient à l’infini, selon les exigences religieuses et civiles du moment.

XXIX. Je termine. La constitution politique de l'Eglise est LE TRIOMPHE DE LA SAGESSE DE DIEU, FONDATEUR DE SON ROYAUME SUR LA TERRE. Que Rome donc, qui est la métropole et la capitale de ce royaume, se renouvelle et fasse briller aux yeux de tout l’univers le flambeau de sa science et la majesté imposante, la majesté romaine, de sa morale et de ses institutions. . Et s'il arrivait encore que les pouvoirs sortant de leurs limites dégénérassent en tyrannie,

ou que les libertés populaires rompant leurs digues bouleversassent les sociétés civiles, Rome, conservant intacte, quant au dogme et è la morale, sa divine constitution, modèle de constitution hiérarchique et libérale, Rome, dis-je, survivra aux catastrophes politiques comme le type immortel de la dignité humaine et de l'accord des pouvoirs avec la liberté.

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