‹ Idées et doctrines littéraires du 17e siècle (extraits des préfaces, traités et autres ecrits théoriques)Chapitre 101 sur 125 · i it l'aul · texte numérisé non relu

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christianisme, pour vouloir corrompre par les vanités de l'éloquence séculière la vénérable simplicité de l'Evangile de Jésus-Christ.

N'attendez donc pas de l'Apôtre, ni qu'il vienne flatter les oreilles par des cadences harmonieuses, ni qu'il veuille charmer les esprits par de vaines curiosilés. Ecoutez ce qu'il dit lui-même : « Nous prêchons une sagesse cachée; nous prêchons un Dieu crucifié. » Ne cherchons pas de vains ornements à ce Dieu, qui rejette tout l'éclat du monde. Si notre simplicité déplaît aux superbes, qu'ils sachent que nous voulons leur déplaire, que Jésus-Christ dédaigne leur faste insolent, et qu'il ne veut être connu que des humbles. Abaissons-nous donc à ces humbles ; faisons-leur des prédications dont la bassesse tienne quelque chose de l'humiliation de la croix, et qui soient dignes de ce Dieu qui ne veut vaincre que par la faiblesse.

C'est pour ces solides raisons que saint Paul rejette tous les artifices de la rhétorique. Son discours, bien loin de couler avec cette douceur agréable, avec cette égalité tempérée que nous admirons dans les orateurs, paraît inégal et sans suite à ceux qui ne l'ont pas assez pénétré ; et les délicats de la terre, qui ont, disent-ils, les oreilles fines^ sont offensés de la dureté de son style irrégulier.

Bossu ET, Panégyrique de saint Paul, Premier point.

C'est avoir de l'esprit que de plaire au peuple dans un sermon par un style fleuri, une morale enjouée, des figures réitérées, des traits brillans et de vives descriptions; mais ce n'est point en avoir assez. Un meilleur esprit néglige ces ornemens étrangers indignes de servir à l'Evangile; il prêche simplement, fortement, chrétiennement.

La Bruyère, De la Chaire,

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La morale douce et relâchée lomhe avec celuy qui la prêche : elle n a rien qui réveille et qui picque la curiosité d'un hoiume du monde, qui craint moins qu'on ne pense une doctrine sévère, et qui l'aime même dans celuy qui fait son devoir en l'annonçant. Il semble donc qu'il y ait dans lEvangile comme deux états qui doivent la partager : celuy de dire la vérité dans toute son élendiie, sans égards, sans déguisement; celuy de l'écouter avidement, avec goût, avec admiration, avec éloges, et de n'en faire cepend;int ny pis ny mieux.

La BitUYÈiit:, I)c la Chaire.

Un clerc mondain ou irreligieux, s'il monte en chaire, est declamateur.

Il y a au contraire des hommes saints et dont le seul caractère est efficace pour la persuasion : ils paroissent, et tout un peuple qui doit les écouter est déjà émû et comme persuadé par leur présence : le discours qu'ils vont prononcer fera le reste.

La BnuYÈHE, De la Chaire,

2° Il faut « connaître les choses » dont on parle.

Mais ce qui est plus nécessaire pour former le style, c'est de bien comprendre la chose, de pénétrer le fond et la fin de tout, et d'en savoir beaucoup, parce que c'est ce qui enrichit, et qui forme le style qu'on nomme savant^ qui consiste principalement dans des allusions et rapports cachés, qui montrent que l'orateur sait beaucoup plus de choses qu'il n'en traite, et divertit l'auditeur par les diverses vues quon lui donne. Gicéron demande à son orateur niultaruni reruni scientiam ; car il faut la plénitude pour faire la fécondité, et la fécondité pour faire la variété, sans laqu(3llenul agrément.

BossUET, Sur le slijie et la lecture des écrivains.

S*" Place de l'art dans réioqiience chrétienne.

Dans le style il y a à considérer : premièrement, de bien parler, ce qui ne manque presque jamais à ceux qui sont nés et qui ont été nourris dans le grand monde. Mais aussi cet avantage est-il médiocre pour les discours publics ; car il faut trouver le style figuré, le style relevé, le style orné; la variété qui est tout le secret pour plaire, les tours touchants et insinuants.

BossuET, Sur le style et la lecture des écrivains.

Que si vous voulez savoir maintenant quelle part peut donc avoir l'éloquence dans les discours chrétiens, saint Augustin vous dira qu'il ne lui est pas permis d'y paraît'^e qu'à la suite de la sagesse : Sapientiam \de domo sua, id est, pectore sapieniis, procédera intelligas et tanquam inseparabilem famulam^ etiam non vocatam, sequi eloquentiam]. Il y a ici un ordre à garder : la sagesse marche devant, comme la maîtresse; l'éloquence s'avance après, comme la suivante. Mais ne remarquez-vous pas, chrétiens, la circonspection de saint Augustin, qui dit qu'elle doit suivre sans être appelée ? Il veut dire que l'éloquence, pour être digne d'avoir quelque place dans les discours chrétiens, ne doit pas être recherchée avec trop d'étude. Il faut qu'elle semble venir comme d'ellemême, attirée par la grandeur des choses, et pour servir d'interprète à la sagesse qui parle. Mais quelle est cette sagesse, messieurs, qui doit parler dans les chaires, sinon Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est la sagesse du Père qu'il nous ordonne aujourd'hui d'entendre ? Ainsi le prédicateur évangelique, c'est celui qui fait parler Jésus- Christ. Mais il ne lui fait pas tenir un langage d'homme, il craint de donner un corps étranger à sa vérité éternelle : c'est pourquoi il puise tout dans les Ecritures, il en emprunte même les termes sacrés, non seulement pour fortifier, mais pour embellir son discours. Dans le désir

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qu'il a de gagner les âmes, il ne cherche que les choses elles senliuients. Ce n'est pas, dit saint Augustin, qu'il néglige les ornements de l'éloculion, quand il les rencontre en passant et qu'il les voit fleurir devant lui par la force des bonnes pensées qui les poussent ; mais aussi n'affecte-t'il pas de s'en trop parer, et tout appareil est bon, pourvu qu'il soit un miroir où Jésus-Christ paraisse en sa vérité, un canal d'où sortent en leur pureté les eaux vives de son Evangile, ou, s'il faut quelque chose de plus animé, un interprète fidèle qui n'altère, ni ne détourne, ni ne mêle, ni ne diminue sa sainte parole *. Bossu ET, Sur la parole de Dieu.

1. « [La vraye Eloquence] ne s'amuse point à cueillir des fleurs et à les lier ensemble: m;iis les fleurs naissent sous ses pas, aussi bien que sous les pas des déesses. En vis;int ailleurs; en laisaiit autre chose; en passant pays, elle les produit... Elle songe davantage à gaigncr l'àmc pour toujours, par une vittoire entièr<', qu'à- la dcsbaurher pour quoiquts heures, par une légère satisfaction. » (Balzac, Discours cinqu cnie : Le la grande éloqiuncc.)

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