‹ Idées et doctrines littéraires du 17e siècle (extraits des préfaces, traités et autres ecrits théoriques)Chapitre 33 sur 125 · VI. — Le roman \ sa définition, ses éléments, ses rèffles · texte numérisé non relu

VI. — Le roman \ sa définition, ses éléments, ses rèffles

Ce que l'on appelle proprement Romans, sont Des histoires feintes d'ai'entures amoureuses, écrites en prose a^ec art, pour le plaisir et V instruction des lecteurs. Je dis des histoires feintes, pour les distinguer des histoires véritables. J'ajouste, d'aventures amoureuses, parce que r amour doit estre le principal sujet du roman. Il faut qu'elles soient écrites en prose, pour estre conformes à l'usage de ce siècle. Il faut qu elles soient écrites avec art, et sous de certaines règles; autrement ce sera un amas confus, sans ordi-e et sans beauté. La fin principale des Romans, ou du moins celle qui le doit estre, et que se doivent proposer ceux qui les composent, est l'instruction des lecteurs, à qui il faut toujours faire voir la vertu couronnée et le vice puni. Car comme l'esprit de l'homme est naturellement ennemi des enseignemens, et que son amour propre se révolte contre les instructions, il le

DU XVIl^ SIECLE

faut tromper par Tappas du plaisir et adoucir la sovcriié des préceptes par ragrément des exemples.

D. HuET, De Vorioine des Romans.

J'ay... veu dans ces fameux romans de Tanliquité, qu'à l'imitation du poërae épique, il y a une action principale, où toutes les autres sont attachées, et qui fait qu'elles n'y sont employées que pour la conduire à sa perfection... Ce n'est pas que les épisodes... et les diverses histoires... n'y soient plustost des beautez que des defïaux : mais il est tousjours nécessaire que l'adresse de teluy qui les employé, les face tenir en quelque façon à cette action principale, afin que par cet enchaînement ingénieux, toutes ces parties ne facent qu'un corps, et que l'on n'y puisse rien voir de dettaché ni d'inutile...

Ces grands génies de l'antiquité, dont j'emprunte les lumières, sçachant que l'ordonnance estoit une des principales parties d'un tableau, en ont donné une si belle à leurs peintures parlantes, qu'il y auroit autant de stupidité que d'orgueil à ne les vouloir pas imiter... Avec une adresse incomparable, ils ont commencé leur histoire par le milieu, afin de donner de la suspension au lecteur, dès l'ouverture du livre : et pour s'enfermer dans des bornes raisonnables, ils ont fait que l'histoire ne dure qu'une année, et que le reste est par narration... Mais entre toutes les règles qu'il faut observer en la composition de ces ouvrages, celle de la vrai-semblance, est sans doute la plus nécessaire. Elle est comme la pierre fondamentale de ce bastiment, et ce n'est que sur elle qu'il subsiste... Et si cette charmante trompeuse ne déçoit l'esprit dans les romans, cette espèce de lecture le dégouste, au lieu de le divertir. J'ay donc essayé de ne m'en esloigner jamais : j'ay observé pour cela les mœurs, les coutumes, les loix, les religions et les inclinations des peuples : et pour donner plus de vray-semblance aux choses, j'ay voulu que les fondemens de mon ouvrage fussent historiques... Car lorsque le mensonge et la

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verilé sont confondus par une main adroite, Tesprit a peine à les demesler, et ne se porte pas aisément à destruire ce qui luy plaist... Plus les avantures sont naturelles, plus elles donnent de satisfaction...

Entre tant de rares choses, celle que j'estirae le plus, est qu'il * scait toucher si délicatement les passions, qu'on peut l'apeller le Peintre de Tame. Il va chercher dans le fond des cœurs les plus secrets sentimens; et dans la diversité des naturels qu'il représente, chacun trouve son portrait...

11 n'est rien de plus important, dans cette espèce de composition, que d'imprimer fortement l'idée, ou pour mieux dire l'image des héros, en l'esprit du lecteur : mais en façon qu'ils soyent comme de sa connai>sance : car c'est ce qui l'intéresse en leurs avantures... Or pour les faire connoistre parfaicteraent, il ne sufflt pas de dire, combien de fois ils ont fait naufrage, et combien de fois ils ont rencontré des volleurs : mais il faut faire juger par leurs discours, quelles sont leurs inclinations.

ScL'DÉP.Y, Ibrahim, préface.

1. Il s'agit d'Honoré dUrfé, dont le lomaa l'Astrée est, selon Scudôry, le modèle du genre.

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