I. — 11 faut écrire pour être entendu de tous
f^i nom* iriifitriiîm
et pour instruire
Je tasche tant qu'il m'est possible de rendre tous mes secrets populaires, et d'estre intelligible aux femmes et aux enfans, quand mesmes je parle des choses qui ne sont pas de leur connoissance.
ËALZAC, Lclirc à Bois-Robert^ 24 fév. ir324 fl, xvii;.
Il faut advouer qu'il y a bien différence de remplir les oreilles de quelque son agreablf , et d'exprimer les pensées des artisans et des villageois, selon les règles de la Grammaire, ou de régner dans Tesprit des hommes par la force de la raison.
Balzac, Lciirc à Bois-Robert^ 28 sept. IG33 (III, Mil .
La louange de bien escrire n'est pas celle que je cherche principalement; il me semble qu'il y a quelque chose de plus haut où il faut viser dans les escrits... descouvrir des veritez fines et secrètes, débiter des originaux en
1. Les Passages défendus fonneat la seconde partie de I.i Relation à Mcnundre (François Maynard'. €■ tle œuvre que lia'.zac avait rédi^< e lors de son déuièlé avec le génêial des Feuillants, ne lut publiée que longtemps après, dans les Œuvres diverses, in 4», 16i4.
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traitaïit mesme de lieux communs, plaire et instruire tout à la fois, sçavoir distinguer entre le bien apparent et le véritable bien, entre le bien et le mieux, juger de tous les degrez et de toutes les différences du bien; peser jusqu'au moindre grain du mérite et de la valeur des choses : ce seroit en ce genre-la que vostre... serviteur voudroit réussir, et son courage le porteroit dans cette haute région de la critique, s'il avoit assez de force pour )n couraoe.
Balzac, Lettre à Conravt^ 1G5J yXXIV, i).
îl. — La première qualité de iécrivîîiii est donc la clarté.
Quandje ne me serois que mal expliqué, j'ay assez failli, puisque par là je vous ay laissé douter de mou intention. Balzac, Lettre au comte cV Exeter^ 25 juin 1(334 (VI, X).
Si pour entendremalangue, il en faloitapprendre deux, et que Yanxiété^ la décrépitude^ et les irritamcns du desespoir me fussent des paroles familières : si je prenais les ondes pour l'eau, et le mauvais sort pour la mauvaise fortune, afin d'estre poëte en prose : si je m'immolois à la risée publique, si je navigeois sur t Océan es bourrasqueuses saisons de l'année : si je disois la miséricordieuse justice de Dieu, et sa juste miséricorde : si je cherchois des comparaisons dans Pline, et que je ne peusse louer le Roy sans l'aide d'Alexandre le Grand et des Hommes illustres de Plutarque : si au lieu de parler bien, je traduisois mal Tacite, et si en despit de luy je luy faisois dire son adyis de toi|tes les affaires de notre temps, vous auriez subjet de me blasmer de faire venir de loin des choses qui ne sont pas excellentes, et de prendre de la peine à me rendre ridicule.
Balzac, Lettre à B >is-llobert, 24 février 1624, (1, xvii).
d::es i:t dochunes LixiLiiAiRiis
La clarté résulte :
i° De la pureté du vocabulaire : il faui n employer que les mots de l'usage de Paris, et pro-icrire néologismes, archaïsmes et provincialismes. Quand rusn^e nest pas encore ciab.'i, il faut s'en /■apporter à Coreille et au ju 'peinent.
Quant aux mots ils (nos petits ennemis) n'y touchent point, confessant que ce sont les plus propres de noslre langue, et qu'il n'y a rien d'étranger, ny de barbare, qui corrompe la pureté de la diction. En quoy... ils admireront, s'il leur plaisl, l'arliPice et la dextérité de M. de Balzac qui sans se départir des termes qui sont dans la bouche de toute la cour, et n'en recevant aucun que l'usage ne luy donne, sçait représenter le bien et le mal en son extrémité : ce qui est presque impossible à faire si nous n'avons recours à nos pères, ou à nos voisins, et ne parlons par conséquent un langage, ou trop vieux, ou trop nouveau. C'est pourquoy il a bien falu recompenser par rinvention et par la structure de la phrase, ce qui manque à la force des mots.
Ogier, Apologie pour M. de Balzac^ 1627.
Ni en prose ni en vers, il ne faut jamais s'opiniastrer contre l'usage, et aller à Tescart du chemin balu,
JjkLZXc, Remarques sur les deux sonnets, ch. ix.
Je m'estois rendu si délicat, en François et en Latin... qu'il n'y avoit rien de si aisé que de me faire rejetter un mauvais livre. En François tout m'estoit suspect de Gasconisme. Sur chaque mot d'un escrivain de province, je consultois l'oreille d'un habitant de Paris... Cet homme qui ne pardonneroit pas une incongruité à son propre père, ra'avoit rais en cette humeur, et m'avoit fait jurer
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sur ses dogmes et sur ses maximes. Vous entendez b.en parla nostre monsieur de Malherbe ^
Balzac, Les passages dejfendus^ 3*^ de lien se.
Ce poëte ^, si célèbre et si admiré, a ses défauts et ceux de son temps... C'est une grande source, il le faut advoiier, mais c'est une source trouble et boueuse...
Du naturel, de 1 imagination, de la facilité tant qu'on veut, mais peu d'ordre, peu d'économie, point de choix, soit pour les paroles, soit pour les choses; une audace insupportable à changer et à innover ; une licence prodigieuse à former de mauvais mots et de mauvaises locutions, à employer indifféremment tout ce qui se présentoit à luy, fust-il condamné par l'usage, traisnast-il par les rues, fust-il plus obscur que la plus noire nuict de riiyver.
Balzac, Entretien xxx\.
Ne scaiiroit-on rire en bon françois et en stile raisonnable? Pour se resjouir faut-il aller chercher un mauvais jargon dans la mémoire des choses passées et tascher de remettre en usage des termes que l'usage a condamnez ? Est-il impossible de donner un spectacle aux subjets de Louis quatorziesme. à moins... que d'évoquer l'ame de
1. Balz\g n'a pas toujours traité aussi biea Malhkrb:; : a Vous vous souvenez du vieux pédagogue do la cour, et qu on appelloit autrefois 11- Tyran des mots et des syllabes, et qui s'appelloit luy-mesme, lors qu'il estoit en belle humeur, le Grammairien à luuettes et en cheveux gris... J'ay pitié d'un homme qui fait de si grandes différence entre pas et point; qui traite l'affaiie des Gérondifs et des Participes comme si c'estoit celle de deux peuples... jaloux de leurs frontières .. La mort l'attrapa sur l'arrondissement d'une période, et l'an climaterique l'avoit surpris délibérant si Erreur et Doute estoient masc-ulius ou l'cminins...
(1 Croyons-en les anciens Pères. . Suivons le conseil que le Père Léonard Lessius donnoit à son amy Juste Lypse • « C e^tassfz Caire l'enfaut « et s'imuser à ce jeu de mots et de syllabes, il faut vieillir plus serieuse- « ment et dans de plus graves et de plus impo tantes pensées, o La propriété, la régularité, la beauté mesme du langage ne d^it pas être la liu de l'homme. » (B.\lzac, Socr. chré:., Disc. X].
2 Ronsard.
Clemenl Marot et de desenterrer une langue morte ? ou, ce que je trouve plus mauvais, à moins de confondre les deux langues... meslanl la vivante avec la morte... ?
Balzac, Enircticn xxxviii. Du stile burlesque.
Celuy de qui je vous parlois hier* vivoitsous le règne des Valois, et de plus il estoit Gascon. Par conséquent il ne se peut que son langage ne se sente d» s vices de son siècle et de son pays... Ce seroit une espèce de miracle qu'un homme eust pu parler purement françois, dans la barliarie du Quercy et de Perigord.
Balzac, Entretien xix : qu'au temps de Montaigne nostrc langue estoit encore rude.
Que si l'usage d'une langue naissante, ou à tout le moins peu cultivée, n'est pas encore bien assuré, et si nous ne sommes pas assez confirmez, dans une chose nouvelle, comme l'est notre Grammaire et nos règles de parler; en ce cas-là, à mon advis, il faut prendre conseil de l'oreille, et choisir ce qui la choque le moins, et qui est le plus doux à la prononciation.
Balzac, L^Atre à M. Girard, 7 mai 1634.
(VI, LVi.).
En telles rencontres, il vaut mieux estre superstitieux que libertin. Dans l'emploi des mots, il ne faut pas tousjours se conseillera l'oreille, qui ju^e entre les doux et les rudes, et non entre les propres et les impropres. Balzac, Hcmarques sur les deu.r Sonnets, chap. III.
Le mot... de Be/i<^/onnaire.., est bastard et monstrueux. Pour le moins il n'est pas français, comme je Tay dit d'ai^ord, et n'a jjarde d'eslre aussi bon que Sectaire^ duquel neantmoins on ne se sert pas. La meilleure partie du