VI. — Distinction de la tragédie et de la comédie (p
IUi:i:S ET DOCTUIXES LliTÉRAUlES DU XM!"^' SIECLE lOi
TEXTES CITES
Chapelain : Lettre sur l'art dramatique, 1630.
— Sentiments de l'Académie sur le a Cid », 1638.
Maiket : Préface de « Silvanire », 1631. D'Atjbignac : Pratique du théâtre, 1657. Se^raisiana, 1721.
D Olivet : Histoire de l'Académie, 1729.
I. — Le but du théâtre est non le plaisir, mats la « purg-atîon des passions » . Le théâtre est « récole du peuple. »
II est vray qu'on jDOurroit croire que les maistres de l'Art ne sont pas bien d'accord sur cette matière. Les uns trop amis, ce semble, de la volupté, veulent que le Délectable soit le vray but de la Poésie dramatique ; les autres plus avares du temps des hommes, et l'estimant trop cher pour le donner à des divertisseraens qui ne fissent que plaisir sans profiter, soustiennent que l'Utile en est la véritable fin. Mais bien qu'ils s'expriment en termes si differens, on trouvera qu'ils ne disent que la mesme chose, si l'on y veut regarder de près, et si jugeant d'eux aussi favorablement que l'on doit, on vient à penser que ceux qui ont tenu le party du Plaisir estoient trop raisonnables pour en authoriser un qui ne fust pas conforme à la raison. Il faut croire... qu'ils ont entendu parler du plaisir qui n'est point Tennemy, mais l'instrument de la vertu, qui purge l'homme, sans degoust et insensiblement, de ses habitudes vicieuses, qui est utile parce qu'il est honneste, et qui ne peut laisser de regret ny en l'esprit pour l'avoir surpris, ny en l'âme pour l'avoir corrompue... Si ce plaisir n'est l'utilité mesme, au moins est-il la source d'où elle coule nécessairement... De cette sorte ils sont d'accord et avec eux et avec nous, et nous pouvons dire tous ensemble qu'une Pièce de
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Théâtre est bonne quand elle produit un contentement raisonnable.
Ghapf,lain, Sentiments.
Mais quant à la dernière de vos raisons, par laquelle vous supposés que le théâtre d'à présent n'est plus que pour le plaisir, et que le plaisir au théâtre sera de beaucoup plus grand toutes les fois qu'on se dispensera de cette règle de vingl-quatre heures... et que par conséquent on la doit laisser pour parvenir à ce plaisir*, je penserois qu'il suffit de nier l'une et l'autre des suppositions pour réplique, et qu'il seroit fort mal aisé de les prouver. Je diray, néanlmoins, sur la première, que si le goust du siècle avoit réduit le théâtre à ne plus fournir que le plaisir, et qu'il en eust retranché le proffît pour lequel principalement il a esté jadis inventé, tant s'en faut qu'il le fallust suyvre dans cette vitieuse réformation, qu'au contraire on ne devroit point avoir de plus grand soin que de le ramener à son institution ancienne, la Nature nous enseignant que les changemens ne sont louables que de bien en mieux et non de bien en mal, de façon qu'au lieu de le tenir quitte de l'utilité qui lu}' est naturelle, je voudrois qu'on luy rendist non seulement ses chœurs, ses messagers et ses musiques, mais que l'on fist encore effort pour luy adjouster s'il estoit possible quelque autre partie qui aydast plus que celles-là ne font la juste intention de l'Antiquité.
Chapelain, Lettre sur Vart dramatique. (Voir :
Gh. Arnaud, Etude sur d'Aubignac, 1887,
Les mauvais exemples sont contagieux, mesme sur les théâtres; les feintes représentations ne causent que trop de véritables crimes, et il y a grand péril à divertir le peuple par des plaisirs qui peuvent produire un jour des