‹ Idées et doctrines littéraires du 17e siècle (extraits des préfaces, traités et autres ecrits théoriques)Chapitre 64 sur 125 · Aristote · texte numérisé non relu

Aristote

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qu'un homme de bien qui souffre, excite plus de pitié pour lui que d'indignation contre celui qui le fait souffrir, ou que la punition d'un grand crime peut corriger en nous quelque imperfection qui a du rapport avec lui, j'estime qu'il ne faut point faire de difficullé d'exposer sui la scène des hommes très vertueux ou très méchants dans le malheur.

Corneille, Deuxième Discours.

Ceux qui veulent arrêter nos héros dans une médiocre bonté, où quelques interprètes d'Aristote bornent leur vertu, ne trouveront pas ici leur compte, puisque celle de Polyeucte va jusqu'à la sainteté, et n'a aucun mélange de faiblesse.

Corneille, Examen de « Polyeucte ».

Une maîtresse que son devoir force à poursuivre la mort de son amant qu'elle tremble d'obtenir, a les passions plus vives et plus allumées que tout ce qui peut se passer entre un mari et sa femme, une mère et son fils, un frère et sa sœur ; et la haute vertu dans un naturel sensible à ces passions, qu'elle dompte sans les afToiiilir, et à qui elle laisse toute leur force pour en triompher plus glorieusement, a quelque chose de plus touchant, de plus élevé et de plus aimable que cette médiocre bonté, capable d'une foiblesse et même d'un crime, où nos anciens étoient contraints d'arrêter le caractère le plus parfait des rois et des princes, dont ils faisoient leurs héros, afin que ces taches et ces forfaits, défigurant ce qu'ils leur laissoient de vertu, s'accommodassent au goût et aux souhaits de leurs spectateurs, et fortifiassent l'horreur qu'ils avoient conçue de leur domination et de la monarchie.

Corneille, Examen du « Ciel ».

Il est vrai qu'on n'introduit d'ordinaire que des rois pour premiers acteurs dans la tragédie, et que les audi-

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teiirs n'ont point de sceptre par où leur ressembler, afin d'avoir lieu de craindre les malheurs qui leur arrivent : mais ces rois sont hommes comme les auditeurs, et tombent dans ces malheurs par l'emportement des passions dont. les auditeurs sont capables.

GoRNtiLLE, Deuxième Discours.

... Un roi... peut paroître sur le théâtre en trois façons : comme roi, comme homme et comme juge... Il paroît comme homme seulement quand il n'a que l'intérêt d'une passion à suivre ou à vaincre, sans aucun péril pour son état... Il peut paroître comme roi et comme homme tout à la fois, quand il a un grand intérêt d'État et une forte passion tout ensemble à soutenir, comme Antiochus dans Rodogune, et Nicomède dans la trao^édie qui porte son nom ; et c'est, à mon avis, la plus digne manière et la plus avantageuse de mettre sur la scène des gens de cette condition...

Corneille, Examen de « Clitandre » ,

VII. — Technique dramatique de Corneille ; exact ajustement de toutes les parties de la tra «cdie .

a) Exposition courte et complète.

b) Liaison des actes,

c) Liaison des scènes.

d^ Dénoûment natureL

« Le nœud est composé, suivant Aristote, en partie de ce qui s'est passé hors du théâtre avant le commencement de l'action qu'on y décrit, et en partie de ce qui s'y passe... » Le nœud dépend entièrement du choix et de l'imagination industrieuse du poëte ; et Ton n'y peut donner de règle, sinon qu'il y doit ranger toutes choses selon le vraisemblable ou le nécessaire... à quoi j'ajoute un conseil, de s embarrasser, le moins qu'il lui est possible^

de clioses arrivées avant l'action qui se représente. Ces narrations importunent d'ordinaire, parce qu'elles ne sont pas attendues, et qu'elles gênent l'esprit de l'auditeur, qui est obligé de charger sa mémoire de ce qui s'est fait dix ou douze ans auparavant, pour comprendre ce qu'il voit représenter : mais celles qui se font des choses qui arrivent et se passent derrière le théâtre, depuis 1 action commencée, font toujours un meilleur effet, parce qu'elles sont attendues avec quelque curiosité, et font partie de cette action qui se représente.

Corneille, Troisième Discours.

Je réduis ce prologue (celui de la tragédie grecque) à notre premier acte, suivant l'intention d'Aristote... Je dirai qu'il doit contenir des semences de tout ce qui doit arriver, tant pour l'action principale que pour les épisodiques; de sorte qu'il n'entre aucun acteur dans les actes suivants, qu'il ne soit connu par ce premier, ou du moins appelé par quelqu'un qui y aura été introduit. Cette maxime est nouvelle et assez sévère, et je ne l'ai pas toujours gardée; mais j'estime qu'elle sert beaucoup à fonder une véritable unité d'action, par la liaison de toutes celles * qui concourent dans le poëme.

Je voudrois donc que le premier acte contînt le fondement de toutes les actions, et fermât la porte à tout ce qu'on voudroit introduire d'ailleurs dans le reste du poëme.

Corneille, Prenicr Discours.

Toutes les deux (la tragédie et la comédie) ont cela de commun, que cette action doit être complète et achevée; c'esl-à-dire, que dans l'événement qui la termine, le spectateur doit être si bien instruit des sentiments de tous ceux qui y ont eu quelque part, qu'il sorte l'esprit en repos, et ne soit plus en doute de rien...

Corneille, Premier Discours.

l. Toutes les actions.

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Comme il est nécessaire que l'action soit complète, il faut aussi n'ajouter rien au-delà ; parce que quand l'effet est arrivé, l'auditeur ne souhaite plus rien, et s'ennuie de tout le reste... Je ne sais quelle grâce a eue chez les Athéniens la contestation de Ménélas et de Teucer, pour la sépulture d'Ajax, que Sophocle fait mourir au quatrième acte ; mais je sais que de notre temps la dispute du même Ajax et d' Ulysse, pour les armes d'Achille après sa mort^ lassa fort les oreilles, bien qu'elle partit d'une bonne main. Je ne puis déguiser même que j'ai peine encore à comprendre comment on a pu souffrir le cinquième acte de Méliîe et de la F. iwe.

Corneille, Premier Discours,

L'unité d'action consiste, dans la comédie, en l'unité d'intrigue, ou d'obstacle aux desseins des principaux acteurs, et en l'unité de péril dans la tragédie, soit que son héros y succombe, soit qu'il en sorte. Ce n'est pas qiie je prétende qu'on ne puisse admettre plusieurs périls dans l'une, et plusieurs intrigues ou obstacles dans l'autre, pourvu que de l'un on tombe nécessairement dans l'autre...

Ce mot d'unité d'action ne veut pas dire que la tragédie n'en doive faire voir qu'une sur le théâtre. Celle que le poète choisit pour son sujet doit avoir un commencement, un milieu et une lin ; et ces trois parties non seulement sont autant d'actions qui aboutissent à la principale, mais en outre chacune d'elles en peut contenir plusieurs avec la même subordination. 11 n'y doit avoir qu'une action complète, qui laisse l'esprit de l'auditeur dans le calme; mais elle ne peut le devenir que par plusieurs autres imparfaites qui lui servent d'acheminement, et tiennent cet auditeur dans une agréable suspension. C'est ce qu'il faut pratiquer à la fin de chaque

1. Allusion à la tr.igodie de Benserade, intitulée La Mort (T Achille et la ispiitc de sçs armes, représentée en 1636.

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acte pour reodre l'action continue. Il n'est pas besoin qu'on sache précisément tout ce que font les acteurs durant les intervalles qui les séparent... raais il est nécessaire que chaque acte laisse une attente de quelque chose qui se doive faire dans celui qui suit.

Corneille, Troisième Discours.

Le poète n'est pas tenu d'exposer à la vue toutes les actions particulières qui amènent à la principale : il doit choisir celles qui lui sont les plus avantageuses à faire voir, soit par la beauté du spectacle, soit par l'éclat et la véhémence des passions qu'elles produisent, soit par quelque autre ngrément qui leur soit attaché, et cacher les autres derrière la scène, pour les faire connoitre au spectateur, ou par une narration, ou par quelque autre adresse de l'art; surtout il doit se souvenir que les unes et les autres doivent avoir une telle liaison ensemble, que les dernières soient produites par celles qui les pré- <jèdent et que toutes aient leur source dans la protase qui doit fermer le premier acte.

Corneille, Troisième Discours.

Le nombre des scènes dans chaque acte ne reçoit aucune règle... Il faut, s'il se peut, y rendre raison de l'entrée et de la sortie de chacjue acteur ; surtout pour la sortie, je tiens cette règle indispensable, et il n'y a rien de si mauvaise grâce qu'un acteur qui se retire du théâtre seulement parce qu'il n'a plus de vers à dire.

Corneille, Premier Discours.

Il n'v auroit pas grand artifice au dénoûment d'une pièce, si après l'avoir soutenue durant quatre actes sur l'autorité d'un père qui n'approuve point les inclinations amoureuses de son fils ou de sa fille, il y consentoit tout d'un coup au cinquième, par cette seule raison que c'est le cinquième... Il faut un effet considérable qui l'y oblige.

Corneille, Premier Discours,

Dans le dénoûment, je trouve deux choses à éviter, le simple changement de volonté, et la machine. Il n'y a pas grand artifice à finir un poëme quand celui qui a fait obstacle aux desseins des premiers acteurs, durant quatre actes, s'en désiste au cinquième, sans aucun événement notable qui l'y oblige... La machine n'a pas plus d'adresse, quand elle ne sert qu'à faire descendre un dieu pour accommoder toutes choses, sur le point que les acteurs ne savent plus comment les terminer.

Corneille, Troisième Discours.

VIII. — Il faut observer rig-oureusement la vérité dramatique, dans les récits, les nionolog-ues, l'expression des sentiments.

La comédie n'est qu'un portrait de nos actions et de nos discours, et la perfection des portraits consiste en la ressemblance. Sur cette maxime je tâche de ne mettre en la bouche de mes acteurs que ce que diroient vraisemblablement en leur place ceux qu'ils représentent, et de les faire discourir en honnêtes gens, et non pas en auteurs. Corneille, La Veuve. Au lecteur.

Cette comédie peut faire connoître l'aversion naturelle que j'ai toujours eue pour les a parte.

Corneille, Examen de « CUtandre ».

On peut considérer que, quand ceux qui écoutent ont quelque chose d'important dans l'esprit, ils n'ont pas assez de patience pour écouter le détail de ce qu'on leur vient raconter, et que c'est assez pour eux d'en apprendre l'événement en un mot ..

Surtout, dans les narrations ornées et pathétiques, il faut très soigneusement prendre garde en quelle assiette est l'âme de celui qui parle et de celui qui écoute, et se passer de cet ornement, qui ne va guère sans quelque

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étalage ambitieux, s'il y a la moindre apparence que l'un lies doux soi! trop en péril, ou dans une passion trop violcnle poui' avoir toute la patience nécessaire au récit ([u on se propose.

CoHNEiLLE, Ec'inien de « Médce ».

Ce n'est pas que je veuille dire que quand un acteur parle seul, il ne puisse instruire l'auditeur de beaucouj) de choses; mais il faut que ce soit par les sentiments d'une passion qui l'agite, et non par une simple narration Le monologue d'Emilie, qui ouvre le théâtre dans Cm/ia, fait assez connoître qu'Auguste a fait mourir son père, et que pour venger sa mort elle engage son amant à con-p;rcr contre lui ; mais c'est par le trouble et la crainte que Vt péril où elle expose Cinna jette dans son âme, que nous en avons la connoissance.

Corneille, Premidr Discours.

Après les mœurs, viennent les sentiments, par où l'acteur fait connoîire ce qu'il veut ou ne veut pas, en quoi il peut se contenter d'un simple témoignage de ce qu'il se propose de faire, sans le fortiiier de raisonnement-moraux, comme je viens de le dire. Cette partie a besoin de la rhétoriq ic pour peindre les passions et les troubles de l'esprit, pour consulter, délibérer, exagérer ou exténuer ; mais il y a celte différence pour ce regard entre le poète dramatique et l'orateur, que celui-ci peut étaler son art, elle rendre remarquable avec pleine liberté, et que l'autre doit le cacher avec soin, parce que ce n'est jamais lui qui parle, et que ceux qu'il fait parler ne sont pas des orateurs.

CouNEiLLii;, Preniitv Discours,

J'avoue que les vers qu'on récite sur le théâtre sont présumés être prose : nous ne parlons pas d'ordinaire en vers, et sans cette fiction leur naesure et leur rime sortiroient du vraisemblable... Si nous en croyons Aristote,

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il faut se servir au théâtre de> vers qui sont les moins vers, et qui se mêlent au langage commun, sans y penser, plus souvent que les autres... Par cette... raison les vers de stances sont moins vers que les alexandrins, parce que parmi notre langage commun il se coule plus de ces vers inégaux, les uns courts, les autres longs, avec des rimes croisées et éloignées les unes des autres, que de ceux dont la mesure est toujours égale et les rimes toujours mariées.

Corneille, Examen cV « Andromède «.

ÏX. — Distinction de la trag-edie et de la comédie. Geure intermédiaire : la comédie héroïque. ^

La comédie diffère donc en cela de la tragédie, que celle-ci veut pour son sujet une action illustre, extraordinaire, sérieuse ; celle-là s'arrête à une action commune et enjouée ; celle-ci demande de grands périls pour ses héros; celle-là se contente de l'inquiétude et des déplaisirs de ceux à qui elle donne le premier rang parmi ses acteurs.

ConxEiLLE, Premier Discours.

Les conditions du sujet sont diverses pour la tragédie et pour la comédie. Je ne toucherai à présent qu'à ce c^ui regarde celte dernière, qu'Aristote définit simplement, une imita ion de pers mnes basses et fourbes. Je ne puis m'empêcher de dire que cette délinilion ne me satisfait point...

La poésie dramatique, .selon lui, est une imitation des actions, et il s'arrête à la condition des personnes, sans dire quelles doivent être ces actions. Quoiqu'il en soit, cette définition avait du rapport à 1 usage de son temps, où l'on ne faisait parler dans la comédie que des personnes d'une condition très médiocre ; mais elle n'a pas

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une entière justesse pour le nôtre, où les rois mêmes y peuvent entrer, quand leurs actions ne sont point au-dessus d'elle. Lorsqu'on met sur la scène une simple intrigue d'amour entre des rois, et qu'ils ne courent aucun péril, ni de leur vie, ni de leur état, je ne crois pas que, bien que les personnes soient illustres, l'action le soit assez pour s'élever jusqu'à la tragédie.

GoHNElLl-E, Premier Discours.

Voici un poëme d'une espèce nouvelle, et qui n'a point d'exemj)le chez les Anciens. Vous connaissez l'humeur de nos Français; ils aiment la nouveauté... c'était 1 humeur des Grecs, dès le temps d'Eschyle... et, si je ne me trompe, c'était aussi celle des Romains... Ainsi jai du moins des exemples d'avoir entre[)ris une chose qui n'en a point. Je vous avoûrai toutefois qu'après l'avoir laite je me suis trouvé fort emharrassé à lui choisir un nom. Je n'ai jamais pu me résoudre à celui de tragédie, n'y voyant que les personnages qui en fussent dignes. Gela eût suffi au bon-homme Plaute, qui n'y cherchoit point d'autre finc^sse; parce qu'il y a des dieux et des rois dans son Amphitryon^ il veut que c'en soit une, et parce qu'il y a des valets qui bouffonnent, il veut que ce soit aussi une comédie, et lui donne l'un et l'autre nom, par un composé qu'il forme exprès, de peur de ne lui donner pas tout ce qu'il croit lui appartenir. Mais c'est trop déférer aux personnages, et considérer trop peu l'action. Aristote en use autrement dans la définition qu'il fait de la tragédie, où il décrit les qualités que doit avoir celle-ci, et les effets qu'elle doit produire, sans parler aucunement de ceux-là : et j'ose m'imaginer que ceux qui ont restreint cette sorte de poëiiie aux personnes illustres n'en ont décidé que sur l'opinion qu'ils ont eue qu'il n'y avoil que la fortune des rois et des princes qui fût capable d'une action telle que ce grand maître de l'art nous prescrit. Cependant quand il examine lui-même les qualités nécessaires au héros de la

tragédie, il ne touche point du tout à sa naissance, et ne s'attache qu'aux incidents de sa vie et à ses mœurs. 11 demande un homme qui ne soit ni tout méchant, ni tout bon; il le demande persécuté par quelqu'un de ses plus proches; il demande qu'il tombe en danger de mourir par une main obligée à le conserver : et je ne vois point que celane puisse arriverqu'à un prince et que dans un moindre rang on soit à couvert de ces malheurs. L'histoire dédaigne de les marquer, à moins qu'ils n'aient accablé quelqu'une de ces grandes têtes, et c'est sans doute pourquoi jusqu'à présent la tragédie s'y est arrêtée. Elle a besoin de son appui pour les événements qu'elle traite ; et comme ils n'ont de l'éclat que parce qu'ils sont hors de la vraisemblance ordinaire, ils ne seroient pas croyables sans son autorité qui agit avec empire, et semble commander de croire ce qu'il veut persuader. Mais je ne comprens point ce qui lui défend de descendre plus bas, quand il s'y rencontre des actions qui méritent qu'elle prenne soin de les imiter ; et je ne puis croire que l'hospitalité violée en la personne des filles de Scédase, qui n'étoit qu'un paysan de Leuctres, soit moins digne d'elle que l'assassinatd'Agamemnon par sa femme, ou la vengeance de cette mort par Oreste sur sa propre mère, quitte pour chausser le cothurne un peu plus bas :

Et tragic'.is plerumque dolet sernione pcdestri.

Je dirai plus... la tragédie doit exciter de la pitié et de la crainte, et cela est de ses parties essentielles, puisqu'il entre dans sa définition. Or, s'il est vrai que ce dernier sentiment ne s'excite en nous par sa représentation que quand nous voyons souffrir nos semblables, et que leurs infortunes nous en font appréhender de pareilles, n'est-il pas vrai aussi qu'il y pourroit être excité plus fortement par la vue des malheurs arrivés aux personnes de notre condition, à qui nous ressemblons tout-à-fait, que par l'image de ceux qui font trébucher de leurs trônes les

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plus glands monarques, avec qui nous n'avons aucun rapport qu'en tant que nous sommes susceptibles des passions qui les ont jetés dans ce précipice ; ce qui ne se rencontre pas toujours.

CoiiNEiLLK, Don Sanchcy Epilre dcdicnloire à Monsieur de Zuijlic/ie/n.

Bien qu'il y ait de grands intérêts d'état dans un poème, et que le soin qu'une personne royale doit avoir de sa gloire fasse taire sa passion comme en Don S nielle^ s'il ne s'y rencontre point de péril de vie, de perle d'états, ou de bannissement, je ne pense pas qu'il ail droit de prendre un nom plus relevé que relui de comédie ; mais pour répondre aucunement à la dignité des personnes dont celui-là représente les actions, je me suis hasardé d'y ajouter l'épithète d'héroïque, pour la distinguer d'avec les comédies ordinaires. Gela est sans exemple parmi les anciens ; mais aussi il est sans exemple parmi eux de mettre des rois sur le théâtre, sans quelqu'un de ces grands périls. Nous ne devons pas nous attacher si servilement à leur imitation que nous n'osions essayer quelque chose de nous-mêmes, quand cela ne renverse pas les règles de l'art, ne fût-ce que pour méi-iter cette louange que donnoit Horace aux poètes de son temps :

Nec non niiniinuin ineruci-c dccus. \c.>//ijii'i ^/-œca Ausi deierere.

ConxEii.M:, Premier Discoury.

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