Les seutimeats des aaciens
150 IDÉES ET DOCTUINES LITIKHAIRES
ment : d'où l'on voit avec combien d'injustice nous respectons l'antiquité dans ses philosophes ; car, comme la vieillesse est l'âge le plus distant de Tenfancc, qui ne voit que la vieillesse dans cet homme universel ne doit pas être cherchée dans les temps proches de sa naissance, mais dans ceux qui en sont les plus éloignés ? Ceux que nous appelons anciens étaient véritablement nouveaux en toutes choses, et formaient l'enfance des hommes proprement; et comme nous avons joint à leurs connaissances l'expérience des siècles qui les ont suivis, c'est en nous que l'on peut trouver cette antiquité que nous révérons dans les autres*.
Pascal, Fragment cC un Tra té du Vide.
Ji. — Idées de Pascal sur l'art décrire.
V' La rhétorique est l'art de persuader. Or on persuade par deux voies : en s' adressant à l'' entendement [raison), ou ci la volonté [Pascal dit encore le « sentiment » ou le « cœur »). Les opinions que l'on reçoit par le cœur sont plus nombreuses, et, quoique « plus basses et indign's », plus persuasives que celles que l'on reçoit par r entendement .
11 y a deux entrées par oii les opinions sont reçues dans l'âme, qui sont ses deux principales puissances, l'entendement et la volonté. La plus naturelle est celle de l'entendement, car on ne devrait jamais consentir qu'aux vérités démontrées ; mais la plus ordinaire, quoique contre la nature, est celle de la volonté ; car tout ce qu'il y a d'hommes sont presque toujours emportés à croire non pas par la preuve, mais par l'agrément. Cette voie est
1. « Il n'y a pas lieu de s'incliner devant les anciens à cause de leur antiquité : c'est nous plutôt qui devons être appelés anciens. Le monde esi plu-, vieux maintenant quaulret'ois et nous avons une plus grande expérieuce des clioses. » (DiiscAHiES, t'ragnent d'un manuscrit, conservé par Baillet.)
basse, indigne, et étrangère : aussi tout le monde la désavoue. Chacun fait profession de ne croire et même de n'aimer que ce qu'il sait le mériter.
Pascal, Traité de C esprit géométrique , section II : De l'Art de persuader.
Je ne parle... que des vérités de notre portée ; et c'est d'elles que je dis que l'esprit et le cœur sont comme les portes par oia elles sont reçues dans 1 âme, mais bien peu entrent par l'esprit, au lieu qu'elles y sont introduites en foule par les caprices téméraires de la volonté, sans le conseil du raisonnement.
Pascal, Traité de t esprit géométrique, section ii.
Nous connaissons la vérité, non seulement par la raison, mais encore par le cœur ; c'est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes, et c'est en vain que le raisonnement, qui n'y a point de part, essaye de les combattre... C'est sur ces connaissances du cœur et de l'instinct qu'il faut que la raison s'appuie, qu'elle y fonde tout son discours... (Les principes se sentent, les propositions se concluent ; et le tout avec certitude, quoique par différentes voies.) Et il est aussi inutile et aussi ridicule que la raison demande au cœur des preuves de ses premiers principes, pour vouloir y consentir, qu'il serait ridicule que le cœur demandât à la raison un sentiment de toutes les propositions qu'elle déii.ontre, pour vouloir les recevoir.
Cette impuissance ne doit donc servir qu'à humilier la raison, qui voudrait juger de tout, mais non pas à combattre notre certitude, comme s'il n'y avait que la raison capable de nous instruire. Plût à Dieu que nous n'en eussions au contraire jamais besoin, et que nous connussions toutes choses par instinct et par sentiment î
Pascal, Pensées^ 282.
Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point.
Pascal, Pensées, 277,
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M. de Roannez disait : « Les raisons me viennent après, mais d'abord la chose m'agrée ou me choque sans en savoir la raison, et cependant cela me choque par cette raison que je ne découvre qu'ensuite. » Mais je crois, non pas que cela choquait par ces raisons qu'on trouve après, mais qu'on ne trouve ces raisons que parce que cela choque.
Pascal, Pensées, 278.
Aussitôt qu'on fait apercevoir à l'âme qu'une chose peut la conduire à ce qu'elle aime souverainement, il est inévitable qu'elle ne s'y porte avec joie.
Pascal, Traité de l'esprit géométrique. Section II.
2^ L'art de persuader V entendement ou la raison n'est autre chose que l'art de la démonstration géométrique ; en quoi consiste C esprit géométrique ?
Cet art quejappelle l'art de persuader, et qui n'est proprement que la conduite des preuves méthodiques parfaites, consiste en trois parties essentielles : à définir les termes dont on doit se servir par des définitions claires ; à proposer des principes en axiomes évidents pour prouver la chose dont il s'agit; et à substituer toujours mentalement dans la démonstration les définitions à la place des définis.
Pascal. Traité de l'esprit géométrique. Section II.
Cet art ^ consiste en deux choses principales, lune de prouver chaque proposition en particulier, l'autre de disposer toutes les propositions dans le meilleur ordre.
Pascal, Irait ■ de l'esprit géométrique. Section I.
En l'un 2 les principes sont palpables, mais éloignés de l'usage commun ; de sorte qu'on a peine à tourner la tête