‹ Idées et doctrines littéraires du 17e siècle (extraits des préfaces, traités et autres ecrits théoriques)Chapitre 71 sur 125 · II. — Le but de l'œuvre littéraire est de plaire · texte numérisé non relu

II. — Le but de l'œuvre littéraire est de plaire

N'off'rez rien au lecteur que ce qui peut lui plaire.

BoiLEAU, Art poétique, ch. I.

Vous donc qui, d'un beau feu pour le théâtre épris, Venez en vers pompeux y disputer le prix, Voulez-vous sur la scène étaler des ouvrages Où tout Paris en foule apporte ses suffrages,

Que dans tous vos discours la passion émue Aille chercher le cœur, l'échauffé et le remue. Si d'un beau mouvement l'agréable fureur Souvent ne nous remplit d'une douce terreur, Ou n'excite en notre âme une pitié charmante, En vain vous étalez une scène savante.

102 IDKES KT DOCTHINES LITTÉRAIRES

Le secret est d'abord de plaire et de toucher : t' Inventez des ressorts qui puissent ra'attachor.

]^ulLEAU, Art poétique, ch. m.

On ne considère en France que ce qui plaît : c'est la grande règle, et pour ainsi dire, la seule.

La Fontaine, Fables, Préface du premier recueil.

Je voudrais bien savoir si la grande rècçle de toutes les règles n'est pas de plaire, et si une pièce de théâtre quia attrapé son but n'a pas suivi le bon chemin. Veut-on que tout un public s'abuse sur ces sortes de choses, et que chacun n'y soit pas juge du plaisir qu'il y prend ?...

... Car enlin, si les pièces qui sont selon les règles ne plaisent pas, et que celles qui plaisent ne soient pas selon les règles, il faudrait, de nécessité, que les règles eussent été mal faites...

Pour luoi, quand je vois une comédie, je regarde seulement si les choses me touchent; et, lorsque je m'y suis bien divertie, je ne vais point demander si j'ai eu tort, et si les règles d'Aristote me défendaient de rire.

Molière, Critique de « V Ecole des Femmes », Se. vik

Je dis... que le grand art est de plaire, et que cette comédie ayant plu à ceux pour qui elle est faite, je trouve que c'est assez pour elle, et qu'elle doit peu se soucier du reste.

Molière, Critique de « C Ecole des Femmes », Se. vu.

Je les conjure d'avoir assez bonne opinion d'eux-mêmes pourne pas croire qu'une pièce qui les touche, et qui leur donne du plaisir, puisse être absolument contre les règles. La principale règle est de plaire et de toucher. Toutes les autres ne sont faites que pour parvenir à cette première.

Racim:, Bérénice, Préface

îll. — Le moyen de plaire est rîmîtation exacte de la « nature », de la « vérité ». La raison étant la faculté qui connaît de la vérité, tout, dans Tceuvre littéraire, doit tendre à la raison. — Tout ce qui est dans la « nature » est dans Tart.

Rien n'est beau que le vrai : le vrai seul est aimable;

Il doit régner partout, et même dans la fable :

De toute fiction l'adroite fausseté

Xe tend qu'à faire aux yeux briller la vérité.

BoiLEAU, Epître IX.

Sais-tu pourquoi mes vers sont lus dans les provinces, Sont recherchés du peuple, et reçus chez les princes ? Ce n'est pas que leurs sons, agréables, nombreux, Soient toujours à l'oreille également heureux ;

]\Iais c'est qu'en eux le vrai, du mensonge vainqueur, Partout se montre aux yeux, et va saisir le cœur.

BoiLEAU, Epître IX.

L'esprit lasse aisément, si le cœur n'est sincère.

BoiLEAU, Epître IX.

La simplicité plaît sans étude et sans art.

Le faux est toujours fade, ennuyeux, languissant ; Mais la nature est vraie, et d'abord on la sent : C'est elle seule en tout qu'on admire et qu'on aime.

BoiLEAU, [-: pitre IX.

Quelque sujet qu'on traite, ou plaisant, ou sublime, Que toujours le bon sens s'accorde avec la rime :

1G4 iDi':i:s et poctrixes littéraires

Aime/ diHic la raison : que toujours vos écrits Empruntent d elle seule et leur lustre et leur i)rix.

BoiLEAU, Art poétique^ ch. I.

Il faut, même en chanson, du bon sens et de l'art.

BOÎLEAU, An poétique, cll. II.

Jamais de la nature il ne faut s'écarter.

BoiLEXij, An poétique, ch. m.

J'aime sur le théâtre un agréable auteur Qui, sans se diffamer aux yeux du spectateur, Plaît par la raison seule, et jamais ne la choque.

BoiLEAU, Art poétique, ch. m.

Il n'y a que le vraisemblable qui touche daus la tragédie ; et quelle vraisemblance y a-t-il qu'il arrive en un jour une multitude de choses qui pourrait à peine arriver en plusieurs semaines ?

Racine, Bérénice, préface.

Ils se moquent de moi qui, plein de ma lecture, Vais partout prêchant l'art de la simple nature.

La Fontaine, Epttre à Iluct.

Si l'on se plaît à l'image du vrai.

Combien doit-on rechercher le vrai même ? J'en fais souvent dans mes contes l'essai, Et vois toujours que sa force est extrême, Et qu'il attire à soi tous les esprits.

La Fontaine, Contes : Le Remède.

C'est un ouvrage de Molière ^ :

Cet écrivain par sa manière Charme à présent toute la cour.

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