II. — Conditions morales delà satire
a\ Elle doit être animée par la seule vérité et fuir la méilisance.
L'ardeur de se montrer, et non pas de médire. Arma la vérité du vers de la satire.
Je veux dans la satire un esprit de candeur.
BoiLEAU, Art po-iiqiie, chant III.
Un esprit né sans fard, sansbasse complaisance, Fuit ce ton radouci que prend la médisance.
BoiLEAU, Satire IX.
/) Elle doit combiner la justice avec la vérité, et, en atta'juant les ridicules de V écrivain, respecter r homme privé.
Considérons tousjours qu'il y a des bornes marquées par l'honneur, au delà desquelles on ne peut aller sans aller irop loin. Ne perdons jamais le respect, qui est dû au mérite et à la condition d'un grand adversaire...
Ce n'est pas assez d'estre juste et légitime ennemy ; il faut estre civil et généreux ennemy. Soit que nous nous défendions, soit que nous attaquions les autres, taschons premièrement de le faire sans blesser la charité et sans
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violer le droit des gens. Apres cela meslons, s'il se peut, la courtoisie avec la guerre. Et s'il est impossible quelquefois que la cholere n'entre dans le sentiment de l'injure, en ce cas que la cholere serve, et qu'elle ne commande pas : qu'elle soit à la suite de la vertu et de la raison; qu'elle n'agisse pas de son chef et toute seule. Il ne faut jamais que la passion emporte le jugement, il faut que le jugement conduise tousjours la passion.
Balzac, Entretien Xll,
lia tort, dira l'un ; pourquoi faut-il qu'il nomme ?
Attaquer Chapelain I Ah ! c'est un si bon homme I
Balzac en fait l'éloge en cent endroits divers.
Il est vrai, s'il m'eût cru, qu'il n'eût point fait de vers.
Il se tue à rimer : que n'écrit-il en prose?
Voilà ce que l'on dit. Et que dis-je autre chose ?
En blâmant ses écrits, ai-je d'un style affreux
Distillé sur sa vie un venin dangereux?
i\Ia muse, en l'attaquant, charitable et discrète,
Sait de l'homme d'honneur distinguer le poëte,
Qu'on vante en lui la foi, l'honneur, la probité ;
Qu'on prise sa candeur et sa civilité ;
Qu'il soit doux, complaisant, officieux, sincère :
On le veut, j'y souscris, et suis prêt à me taire.
Mais que pour un modèle on montre ses écrits,
Ma bile alors s'échauffe, et je brûle d'écrire.
BoiLEAU, Satire IX.
En attaquant dans mes satires les défauts de quantité d'écrivains de notre siècle, je n'ai pas prétendu pour cela ôterà ces écrivains le mérite et les bonnes qualités qu'ils peuvent avoir d'ailleurs.
BoiLEAU, Préface pour les éditions de 1G83, 1685 et 1694.
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