III. — L'écrivain doit se proposer de corrig-er les hommes
Le philosophe consume sa vie à ob-erver les hommes,
et il use ses esprits à en démêler les vices et les ridicules ; s'il donne quelque tour à ses pensées, c'est moins par une vanité d'auteur que pour mettre une vérité qu'il a trouvée dans tout le jour nécessaire pour faire limpression qui doit servir à son dessein. Quelques lecteurs croient néanmoins le payer avec usure, s'ils disent magistralement qu'ils ont lu son livre, et qu'il y a de l'esprit; mais il leur renvoie tous leurs éloges, qu'il n'a pas cherchés par son travail et par ses veilles. Il porte plus haut ses projets et agit pour une fin plus relevée : il demande des hommes un plus grand et un plus rare succès que les louanges, et même que les recompenses, qui est de les rendre meilleurs.
Des Ouvrages de fesprit, 34.
Je rends au public ce qu'il m'a prêté... Il peut regarder à loisir ce portrait que j'ai fait de lui d'après nature, et, s'il se connaît quelques-uns des défauts queje touche, s'en corriger. C'est l'unique fin que l'on doit se proposer en écrivant, et le succès aussi que l'on doit moins se promettre; mais, comme les hommes ne se dégoûtent point du vice, il ne faut pas aussi se lasser de leur reprocher : ils seraient peut-être pires, s'ils venaient à manquer de censeurs ou de critiques ; c'est ce qui lait que Ton prêche et que l'on écrit.
Caractères^ préface.