LE SAGE
Histoire de Gil Blas de Sanlillane.
Nunez me fit voir une préface qu'il prétendait, disait-il, mettre à la tète d'un recueil de comédies qu'il avait sous la presse. Ensuite il me demanda ce que j'en pensais. Je ne suis pas, lui dis-je, plus satisfait de ta prose que de tes vers. Ton sonnet n'est qu'un pompeux ;;nlimatias ; et il va dans ta j)réface des expressions trop rechercliées, des mots qui ne sont point marqués au coin du public.
des phrases entortillées, pour ainsi dire. En un mot, ton style est singulier. Les livres de nos bons et anriens auteurs ne sont pas écrits comme cela. Pauvre ignorant, s'icria Fabrice! Tu ne sais pas que tout prosaieui qui aspire aujourd'hui à la réputation d'une plume délicate, afTecle celte singularité de stvle, ces expressions détournées qui te choquent. Nous sommes cinq ou six novateurs hardis qui avons entrepris de changer la langue du blanc au noir; et nous en viendrons à bout, s'il plaît à Dieu, en dépit de Lope de Vega, de Cervantes et de tous les autres beaux esprits qui nous chicanent sur nos nouvelles façons de parler...
Notre dessein est louable ;... nous valons mieux que ces écrivains naturels qui parlent comme le commun des hommes... Je veux par un seul trait te faire sentir la didérence qu'il y a de la gentillesse de notre diction à la platitude de la leur. Ils diraient, par exemple, tout uniment : Les intermèdes embellissent une comédie; et nous, nous disons plus joliment : Les intermèdes font beauté dans une comédie. licmarque bien ce font beauté. En senstu tout le brillant, toute la délicatesse, tout le mignon?
J'interrompis mon novateur par un éclat de rire. Va, Fabrice, lui dis-je, tu es un original avec ton langage précieux. Et toi, me répondit-il, tu n'es qu'une bête avec ton style naturel.
[Gil B/as, livre VII, ch. xiii.)
Cinquième Partie. — Les Genres en prose. I. — L'Histoire; Voltaire (p. 367).
VOLTAIRE
l» Objet de l'histoire (p. 368).
Toute certitude qui n'est pas démonstration mathématique, n'est qu'une extrême probabilité : il n'y a pas d'autre certitude historique. Si deux ou trois historiens seulement avaient écrit l'aventure du roi Charles XII, j'aurais suspendu mon jugement; mais ayant parlé à des témoins oculaires, et n'ayant jamais entendu révoquer cette action en doute, il a bien fallu la croire, parce qu'après tout, si elle n'est ni sage, ni ordinaire, elle n'est contraire ni aux lois de la nature, ni au caractère du héros.
(Dictionnaire philosophique, art. Histoire.)
Les vérités historiques ne sont que des probabilités. Si vous avez combattu à la bataille de Philippos, c'est pour vous une vérité que vous connaissez par intuition, par sentiment. Mais pour nous qui habitons tout près du désert de Syrie, ce n'est qu'une chose très probable, que nous connaissons par ouï-dire. Combien faut-il
de ouï-dire pour former une persuasion égale à celle d'un homme qui, ajant vu la chose, peut se vanter d'avoir une espèce de certitude?
Celui qui a entendu dire la chose à douze mille témoins oculaires n'a que douze mille probabilités, égales à une forte probabililé, laquelle n'est pus égale à la certitude.
Si vous ne tenez la chose que d'un seul des témoins, vous ne savez rien; vous devez douter. Si le témoin est mort, vous devez douter encore plus, car vous ne pouvez plus vous éclaircir. Si de plusieurs témoins morts^ vous êtes dans le mrme cas.
Si de leux à qui les témoins ont parlé, le doute doit encore augmenter.
De génération en génération le doute augmente, et la probabilité diminue; et bientôt la probabilité est réduite à zéro.
[Dictionnaire philosophique, art. Vérités historiques.)
2° La Matière de l'histoire (p. 372),
Ce n'est pas seulement la vie de Louis XIV qu'on prétend écrire ; on se propose un plus grand objit On veut ess.tyer de peindre à la postérité, non les actio is d'un seul homme, mais l'esprit des hiimmes dans le siècle le plus écLiiré qui fut jamais...
On croit nécessaire de dire à ceux qui pourront lire cet ouvrage, qu'ils doivent se souvenir que ce n'est point ici une simple relation de campagnes, mais plutôt une histoire des mœurs des hommes. Assez de livres sont pleins de toutes les minuties des actions de guerre, et de ces détails de la fureur et de la misère humaine. Le dessein 'le «et essai est de peindre les principaux caractères de ces révolut > ns, et 'l'écarter la multitude des petits faits, pour laisser voir les seuls consilérab'.es, et, s'il se peut, l'esprit qui les a conduits.
[Siècle de Louis A'/C, eh. i et li.)
INDEX
Action. — Est l'essPTitipl de la li;.-<.din, 171-172, 195-203, 234.
Alembert (D'), 70, 116, 14 1, 32'.), 421.
Amour, 184, 1S6, 187, 188, 189.
Anciens, querelle des anciens et des modernes, 1-81. — Sont nos maîtres, 18-19. — Sont justiciables du droit d'examen, 19-21. — Modernes doivent chercher à les surpasser, 21-23, 24-23. — A quoi tiennentlcurs imperfections, 25- 10, 71-75. — Modernes savent plus de faits qu'eux, 40-42, 54-55, 76-78. — Anciens, sont supérirurs aux modernes par le goût, 36-57, 71-75, 76-78. — Ont atteint lapert'ection, 58-59.
— La jalousie des modernes entre eux est un des facteurs du culte abusif des anciens, 60-63. - Dangers d'une admiration superstitieuse, 69-71.
— Sont plus près que nous de la nature, 73.
Anglais. — Ont de bons poètes, 132 — « Pensent plus fortement », 133. — Leur tlitâtre, 133-137. — Ont un poème épique, 137. — Ont traité la .
morale en vers avec profondeur, 138. — En quoi leur théâtre imitable, 193-197, 198.
Leurs romans, 406.
Arts. — Ont un point de perfeclio 1 qu'ils ne peuvent dépasser, 59. — Ont besoin d'encouragements, 64-73. — Sont susicptibles d'un progrès indéfini, 79-80. — Leurs progrès doivent plus aux causes physiques qu'aux causes morales, 88-90.
Autorité. — N'est pas de mise en matière litt raire, 6-9.
Batteux (Abbé), 314, 313.
Beau. Estreiatif, 84-90. — Le vrai beau est « le beau le plus singulier ». 123. — Il y a un beau universel, et des boautés de dctaii locales, 142-143.
INDEX
Beaumarchais, 265-270, 297.
Berquin, oUi.
Bougainville, 225.
Buffju, 413-419.
Climat- — Son influence sur les productions de l'esprit, 13-14, S4->6.
Conditions (peinture des) substituée à celle des caractères.