rhèdre, acte V, scène iv
2. H .UAT., Ep. I, lib. III, V. 14 ; a S'exerce-t-il dans les fureur» et la langage pompeux de la tragédie >..
DU XVin» SIÈCLE 179
mainement : rien n'est plus ridicule pour un héros, dans les plus grandes actions de sa vie, que de ne joindre yas à k noblesse et à la force une simplicité qui est très opposée à l'enflure :
Projicit ampullas et sesquipedalia verba ^ .
Féxelox, Lettre sur les occupations de V Académie.
Le simple orateur est bien plus autorisé aux expressions audacieuses que l'auteur dramatique : car comme l'orateur parle en son nom et qu'on le sait préparé, on ne lui reproche point le soin et la recherche, quoiqu'on les sente, pourvu qu'il n'en dise que déplus grandes choses... mais l'auteur dramatique revêt des personnages étrangers. Il doit être fidèle aux caractères et aux passions qu'il représente, et surtout imiter le discours naturel de gens importants qui, sans préparation, se parlent selon leurs intérêts et leur passion présente. Aussi je ne craindrai point de dire que dans le sens dont il s'agit, il y a, sans comparaison, beaucoup plus de poésie dans M. Fléchie r que dans M. Racine.
La Motte, Discours à C occasion d'une scène de <i Mithridate ».
Pourquoi des vers dans vos tragédies? Pourquoi ce reste de uiusique dans la représentation des choses ordinaires ? Puisque vous faites agir des hommes, faites-les parler comme des hommes. Vous vous êtes rapprochés de la nature : encore un pas et vous l'atteindrez. Faites parler vos acteurs en prose, et vous aurez une imitation parfaite et dans sa plus grande naïveté.
La Motte, Réponse à M. de Voltaire.
Voici un dernier fruit de l'usage (des tragédies en prose) que je voudrais établir, c'est de multiplier le
1. HoRAT., de Arte poet., v. 97. oïl banni l'emphase et les grands maux. »
nombre des auteurs dramatiques, en les dispensant d'un talent que bien des gens d'esprit n'ont pas. N'y a-t-il pas des écrivains qui ont assez d'invention pour imaginer de grands desseins, assez de génie pour les bien arranger, assez de raison et d'esprit pour les bien exécuter, mais qui ne se sont jamais exercés à la versification, ou qui par bon sens s'en sont rebutés de bonne heure par la perte de temps qu'elle coûte? Quel dommage que tout ce mérite soit perdu pour le théâtre?
Si M. de Fénelon ne s'était mis au-dessus du préjugé qui veut que les poèmes soient en vers, nous n'aurions pas le Téléinaque...
La Motte, Discours à l'occasion de la tragédie d' « Œdipe ».
Dans la tragédie, on fait parler des personnages. C'est un dialogue, une suite de conversations sur les choses les plus intéressantes pour ces personnages. C'est le développement de leur cœur, et par conséquent un ouvrage de sentiment; j'en dois oublier l'auteur. Mon plaisir est imparlait, ce n'est pas le plaisir essentiel d'une tragédie, s'il ne va pas jusqu'à une espèce d'illusion. Mais cette illusion ne peut être procurée que par la réunion de toutes les convenances, tant celles qui frappent immédiatement l'âme, que celles qui commencent par frapper les sens : convenance dans la décoration du théâtre, les habits des acteurs, leur figure, leur âge; convenance dans les pensées, les sentiments, le style de leurs discours. Or n'est-ce pas une de ces convenances de les faire parler, à la vérité ingénieusement et noblement, parce qu'ils représentent des personnages à qui on suppose de l'esprit et de la naissance, mais en prose, et non en vers, parce que ces personnages ne sont pas supposés poètes, du moins dans l'usage ordinaire de la vie?
Trublet, Réflexions sur la prose et les vers, XIV. (Essais, t. IV.)
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Les vers sont encore moins propres à toucher qu'? instruire; le cœur ne veut rien que de naturel et de simple. Démosthène et le P. Bourdaloue eussent moins touché, moins ébranlé en vers. Osons-le dire, les vers, surtout rimes n'ont pas même l'air sérieux. Par conséquent ils conviennent moins que la prose à la Tragédie, dont le but principal est de toucher le cœur.
Trudlet, Ibid., XIII.
GHAPIIRE II