‹ Idées et doctrines littéraires du 18e siècle (extraits des préfaces, traités et autres écrits théoriques)Chapitre 51 sur 106 · Racine · texte numérisé non relu

Racine

n'était que larmoyante, c'est alors qu'elle serait un genre très vicieux et très désagréable.

On avoue qu'il est rare de faire passer les spectateurs insensiblement de rallendrisseinent au rire : mais ce passage, tout diflicile qu'il est de le saisir dans une comédie, n'en est pas moins naturel aux hommes. On a déjà remarqué ailleurs ' que rien n'est plus ordinaire que des aventures qui affligent l'âme, et dont certaines circonstances inspirent ensuite une gaieté passagère. C'est ainsi malheureusement que le genre humain est fait.

Voltaire, Nanine, préface.

Quant au genre de la pièce, il est dans le haut comique, mêlé au genre de la simple comédie. L'honnête homme y sourit de ce sourire de l'âme, préférable au rire de la bouche. Il y a des endroits attendrissants jusqu'au.'s larmes, mais sans pourtant qu'aucun personnage s'étudie à être pathétique; car de même que la bonne plaisanterie consiste à ne vouloir pas être plaisant, ainsi celui qui vous émeut ne songe point à vous émouvoir, il n'est point rhétoricien, tout part du cœur...

Ce qui est beaucoup plus important, c'est que cette comédie est d'une excellente morale... sans rien perdre de ce qui peut plaire aux honnêtes gens du monde.

La comédie ainsi traitée est un des plus utiles efforts de l'esprit humain; il faut convenir que c'est un art, et un art difficile.

'Voltaire, V Écossaise^ préface.

Rien n'étant plus difficile que de faire rire les honnêtes gens, on se réduisit enfin à donner des comédies romanesques qui étaient moins la peinture fidèle des ridicules que des essais de tragédies bourgeoises : ce fut une espèce bâtarde qui, n'étant ni comique ni tragique, manifestait l'impuissance défaire des tragédies et des comé-

Page 1