CHAPITRE VI l'encyclopédik et le théâtre
lo Critique de la tragédie (condamnation des trois unités, des confidents, des discours), il y faudrait plus de décorations (p. 233).
2° Légitimité de la tragédie populaire qui sera écrite en prose (p. 236).
1° Critique de la trag-édie (condamnation des troiî5 unités, des confidents, des discours)^ il y faudrait plus de décorations.
La division en cinq actes est... une règle arbitraire qu'on peut violer sans scrupule.
Encyclopédie^ art. Acte (abbé ÎMallet), t. I, 1751.
Il serait à souhaiter que la durée liclive de l'action pût se borner au temps du spectacle ; mais c'est être ennemi des arts et du plaisir qu'ils causent, que de leur imposer des lois qu'ils ne peuvent suivre, sans se priver de leurs ressources les plus fécondes, et de leurs plus touchantes beautés.
A la faveur de la distraction que l'intervalle d un acte à l'autre occasionne, on est donc convenu d'eiendre à l'espace de vingt-quatre heures le temps fictif de l'action ; et c'est communéaicnt assez, vu la rapidité, la chaleur que doit avoir l'action théâtrale; mais si les Espagnols
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et les Anglais ont porté à l'excès la licence contraire, il me semble que, sans supposer comme eux, des années écoulées dans l'espace de trois heures, il devrait au moins être permis /le supposer, si un beau sujet le demande, qu'il s'est écoulé plus d'un jour; et de cette liberté, rachetée par de grands effets qu'elle rendrait possibles, il n'y aurait jamais à craindre et à réprimer que l'abus. Encyclopédie, art. Unités (Maumoxtel), suppl., t. IV, 1777.
... A notre théâtre... le spectateur n'est censé voir l'action qu'en idée, et l'action est supposée n'avoir pour témoins que les acteurs qui sont en scène. Or, dans celte hj'polhèse, non seulement je regarde le changement de lieu comme une licence permise, mais je fais plus, je nie que ce soit une licence pour nous. L'entr'acte, je viens de le dire, est comme une absence et des acteurs et des sprctateurs. Les acteurs peuvent donc avoir changé de lieu d'un acte à l'autre; et les spectateurs n'ayant point de lieu fixe, ils sont en esprit où se passe l'action, et si elle change, ils changent avec elle.
Ibid.
Notre théâtre, en renonçant à l'usage du choeur, a conservé les confidences intimes, mais il en a porté l'abus jusqu'à un excès ridicule...
En général plus une action est vive et pleine, moins elle admet de confidents.
Encyclopédie, art. Confident (Marmontel), suppl. t. II, 1776.
On se plaint que nos tragédies sont plus en discours qu'en action ; le peu de ressource qu'a le poète du côté du spectacle, en est en partie la cause. La parole est souvent une expression faible et lente ; mais il faut bien se résoudre à faire passer par les oreilles ce qu'on ne peut offrir aux yeux.
Encyclopédie, art. Décoration (Marmontel), t. IV, 1754.
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La partie des décorations qui dépend des acteurs euxmêmes, c'est la décence des vêtements. Il s'est introduit à cet égard un usage aussi difficile à concevoir qu'à détruire. Tantôt c'est Gustave qui sort des cavernes de Dalécarlie avec un habit bleu céleste à parements d'hermine; tantôt c'est Pharasmane qui, vêtu d'un habit de brocart d'or, dit à l'ambassadeur de Rome :
La Nature marâtre en ces affreux climats,
Ne produit, au lieu d'or, que du fer, des soldats.
De quoi faut- il que Gustave et Pharasmane soient vêtus ? l'un de peau, l'autre de fer. Comment les habillerait un grand peintre ?... C'est au spectateur de se déplacer, non au spectacle.
Ibid.
Le théâtre de la tragédie, où les décences doivent être bien plus rigoureusement observées qu'à celui de l'opéra, les a trop négligées dans la partie des décorations. Le poète a beau vouloir transporter les spectateurs dans le lieu de l'action, ce que les yeux voient, devient à chaque instant ce que l'imagination se peint. Cinna rend compte à Emilie de sa conjuration, dans le même salon où va délibérer Auguste; et dans le premier acte de Brutus, deux valets de théâtre viennent enlever l'autel de Mars pour débarrasser le scène. Le manque de décorations entraîne l'impossibilité des changements, et celle-ci borne les auteurs à la plus rigoureuse unité de lieu; règle gênante qui leur interdit un grand nombre de beaux sujets, ouïes oblige à les mutiler.
Ibid.
La violence de la passion exige beaucoup de gestes, et comporte même les plus expressifs.
Encyclopédie, art. Déclamation (Marmontel), t. IV, 1754.
Quant à la profusion des paroles qu'on nous reproche,
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il est vrai que nous donnons quelquefois trop à Téloquence poétique, en faisant parler nos personnages lorsqu'ils ne devraient que sentir Mais aussi n^ faul-il pas croire que le langage des passions se réduise à des sens suspendus, à des mots entrecoupés, à d'éternelles réticences.
Encyclopédie, art. Tragédie (Maumontel).
Suppl., t. iV, 1777.
2* Légitimité de la tragfédie populaire, qui sera écrite eu prose.
C'est faire injure au cœur humain et méconnaître la nature, que de croire qu'elle ait besoin de titre pour nous émouvoir. Les noms sacrés d'ami, de père, d'amant, d'époux, de fils, de mère, de frère, de sœur, d'homme enfin, avec des mœurs intéressantes, voilà les qualités pathétiques. Qu'importe quel est le rang, le nom, la naissance du malheureux.
Ibid.
Si l'image est trop ressemblante et le spectacle trop horrible, l'âme y répugne et ne peut le souffrir.
Ibid.
Le but de tous les arts est d'intéresser par l'illusion; dans la tragédie l'intention du poète est de la produire; l'attente du spectateur est de l'éprouver; l'emploi du comédien estde remplir l'intention du poète et l'attente du spectateur. Or le seul moyen de produire et d'entretenir l'illusion, c'est de ressembler à ce qu on imite. Quelle est donc la réflexion que doit faire le comédien en entrant sur la scène? la même qu'a dû faire le poète en prenant la plume. Qui va parler ? Quel est son rang? Quelle est sa situation? Quel est son caractère? Coinnicnt s^ exprimeraitil s^il / araissait lui-niénie ? Achille et Agaiiienmon se bz-a^ veraient-ils en cadence? On peut nous opposer qu'ils ne
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se braveraient pas en vers, et nous l'avouerons sans peine.
Cependant, nous dira-t-on, les Grecs ont cru devoir embellir la tragédie par le nombre et l'harmonie des vers. Pourquoi, si l'on a donné dans tous les ^emps au style di'amatique une cadence marquée, vouloir la bannir de la déclamation? Qu'l nous soit permis de répondre qu'à la la vérité priver le style héroïq e du nombre et de l'harmonie, ce serait dépouiller la nature de ses grâces les plus touchantes; mais que pour l'embellir il faut prendre ses ornements en elle-même, la peindre, sinoâ comme elle a coutume d'être, du moins comme elle est quelquefois. Or il n'est aucune espèce de nombre que la nature n'emploie libr ment dans le style, mais il n'en est aucun dont elle garde servilement la périodique uniformité. Il y a parmi ces nombres un choix à faire et des rapports à observer; mais de tous ces iMpports, les plus flatteurs cessent de l'être sans le charme de la variété. Nous préférons donc pour la poésie dramatique une prose nombreuse aux vers. Oui sans doute : et le premier qui a introduit des interlocuteurs sur la scène tragiqu -, Eschyle lui-même, pensait comme nous, puisque obligé de céder au goût des Athéniens pouf les vers, il n'a employé que le plus simple et le moins cadencé de tous, afin de se rapprocher autant qu'il lui était possible de cette prose naturelle dont il s'éloignait à regret. 'Voudrions-nous pour cela bannir aujourd'hui les vers du dialogue? non, puisque l'habitude nous ayant rendus insensibles à ce défaut de vraisemblance, on peut joindre le plaisir de voir une pensée, un sentiment ou une image artistement enchâssée dans les bornes d'un vers, à l'avantage de donner pour aide à la mémoire un point fixe dans la rime, et dans la mesure un espace déterminé.
Encyclopédie, art. Déclamation (MAnMoxTEi,), t. IV,