PALIS SOT ET LA CRITIQUE DES IDÉES DRAMATIQUES DE DIDEROT
La comédie sérieuse ne crée que des êtres de raison. Critique des « moralités » Le bourgeois est voué à la comédie. Critique de la comédie de conditions^ de la pantomime.
TEXTES CITES
Palissot '.Petites Lettres sw de grands philosophes, deuxième lettre : Le Fils naturel, 1757.
— Les Tuteurs, discours préliminaire, 1754.
La comédie... prend ici le masque le plus décent et le plus grave. Les personnages sont fondus dans un même moule, et sont tous des Etres sérieux, moraux et métaphysiques...
Quel est donc cet abus insensé de vouloir travestir tous les hommes en philosophes, et quels philosophes encore ! La vraie philosophie n'est-elle pas depuis longtemps au théâtre ? Ne suffit-il pas d'instruire par l'action, sans l'ensevelir sous un fatras de déclamations pédantesques, aussi tristes qu'elles voudraient être sublimes?...
Dans quelle société troiivera-t-on le modèle de ces I:lrcs de raison, de ces philosophes en cornettes dont on veut afïubler nos théâtres ?
Palissot, Petites Lettres.
Quelle ingrate organisation... que celle de ces gens qui vont chercher si loin, au lieu des mouvements que leur indiquerait leur propre cœur, de froides moralités enfilées fastidieuseraent les unes aux autres, et qui, dans un ouvrage où la conversation devrait être imitée, terminent symétriquement chaque phrase par une sentence ou par une épigramme!... Est-ce la pîice de ces maximes lancées avec tant de confiance, et qui, toutes prises à part, auraient besoin d'être éclaircies o i prouvées?
Ibid.
Je me trompe fort... ou ce sont surtout les mœurs bourgeoises que l'on doit peindre au théâtre,..
La comédie est une guerre déclarée au vice par le ridicule. Il faut que ce ridicule soit mis dans tout son jour, que la vérité de l'imitation soit à la portée du public; et je ne crois pas que l'on puisse saisir, dans le grand monde, cette espèce de ridicule nécessaire à la bonne comédie. Il est bien vrai que la nature est la même parmi le peuple et parmi les grands ; mais ici, elle est corrigée par l'éducation, masquée par l'art ; les vices y sont cachés sous des dehors plus polis ; les ridicules y prennent même une certaine empreinte de grandeur ; les nuances plus délicates et plus fines, sont dès lors moins faites pour être aperçues, et doivent nécessairement échapper au gros des spectateurs. C'est à ce peuple cependant qu'il est important de plaire; et comment jugera-t-il des mœurs ([u'il ne connaît pas? Chez les bourgeois, au contraire, les vices ont précisément la charge théâtrale ; ils paraissent, si je l'ose dire, plus naïvement. Onreconnaîtla même nature, mais elle s'y présente avec moins d'art. Les ridicules n'y contractent pas une sorte de dignité ; ils ont ce
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degré de saillie qui les rend propres au point de vue du théâtre; en un mot, ils sont capables d'exciter ce rire qui naît de l'iinitation fidèle de ce que nous avons familièrement sous les yeux...
C'est donc... à cette affectation d'anoblir le genre, que j'attribuerais sans balancer une partie de ses pertes. Ce prétendu ton de la bonne compagnie... ce ton que l'on a voulu employer jusque dans des livres de géométrie, me paraît le coup le plus mortel que l'on ait pu porter à la comédie.
Palissot, Les Tuteurs^ discours préliminaire.
Une idée qui est entièrement de l'auteur, mais qui est bien aussi la chose la plus singulière que l'on ait dite, c'est ce qu'il appelle des comédies de condition. Jusqu'à présent on a fait, dit-il, des pièces de caractères, et les caractères sont épuisés. Nous avons des financiers dans nos comédies, mais le financier n'est pas fait. Il y a des pères de famille au théâtre, mais le père de famille reste à faire. Et l'auteur part de là pour nous donner libéralement vingt sujets de comédie : r Homme de Lettres, Le Pliilosophe, le C mmerçant, le Juge, l'Avocat, le Politique, le Citoyen, le Magistrat, le Financier... etc.
En vérité, je ne sais plus de quel nom appeler ce délire d'imagination. Si je choisis un de ces sujets, le magistrat par exemple, il faudra bien que je lui donne un caractère : il sera triste ou gai, grave ou frivole, affable ou brusque; et ce sei'a ce caractère qui le fera un personnage réel, qui le tirera de la classe des abstractions métaphysiques. Voilà donc le caractère qui redevient la base de l'intrigue et de la morale de la pièce, et la condition qui n'est plus que l'accessoire. Il en est de même de tous les sujets proposés. Le projet de l'auteur n'est donc qu'une chimère, et l'une des plus bizarres peut-être qui ait jamais pris naissance dans une tête humaine.
Palissot, Petites Lettres,
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Cette force comique, si abondante, si variée, ettou ours si naturelle- clans les anciens chefs-d'œuvre de i: tre scène, ne se produisit plus guère sur nos théâtres que par étincelles. On imagina de nouveaux genres. La joie naïve de la nature fut remplacée par je ne sais quel sourire de l'esprit nécessairement froid et sérieux, parce qu'il est forcé, et que tout ce qui n'est que fin touche de près à l'affectation.
Palissot, Les Tuteurs, discours préliminaire.
M. Diderot, en indiquante chaque page le jeu pantomime de ses acteurs, et tous les endroits où les personnages doivent pleurer, frémir ou pousser f accent inarticu é du désespoir, pense-t-il avoir rempli son objet par ces indications frivoles? En serait-il besoin, si l'objet élait rempli? Tout comédien, tout lecteur ne se scnlirait-il pas ému, sans qu'on l'avertît qu'il doit l'être ?
Palissot, Petites Lettres.