I. — Double objet de l'histoire
a) Etablir la vérité et la séparer de la fable. — Recherche des faits certains, des dates précises, etc. — Quelques règles du travail critiquezle doute.
Un diiilingue les temps en fabuleux et historiques.
Mais les historiques auraient dû être distingués euxmêmes en vérités et en fables. Je ne parle pas ici de fables reconnues aujourd'hui pour telles... mais dans les faits les plus reçus, que de raisons de douter!
VoLTAinE, Dict. philos., art. Histoire, sect. III, Incertitude de l'histoire.
Toute certitude qui n'est pas une démonstration mathématique n'est qu'une extrême probabilité : il n'y a pas d'autre certitude historique.
Ibid.
La vérité est si précieuse qu'elle est respectable lors même qu'elle paraît inutile.
Voltaire, supplément au « Siècle de Louis XIV », 3" partie.
Un lecteur sage s'apercevra aisément qu'il ne doit croire que les grands événements qui ont quelque vraisemblance, et regarder en pitié toutes les fables, dont le fanatisme, l'esprit romanesque et la crédulité ont chargé dans ti/us les temps la scène du monde...
Chez toutes les nations l'histoire est déflgurée par la fable, jusqu'à ce qu'enfin la philosophie vienne éclairer les hommes.
Voltaire, Essai sur les mœurs, ch. cxcvii.
Croyons les événements attestés par les registres publics, par le consentement des auteurs contemporains, vivant dans une capitale, éclairés les uns par les autres, et écrivant sous les yeux des principaux de la nation. Mais pour ces petits faits obscurs et romanesques, écrits par des hommes obscurs dans le fond de quelque province ignorante et barbare; pour ces contes chargés do circonstances absurdes ; pour ces prodiges qui déshonorent l'histoire au lieu de l'embellir, renvoyons-les à
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Voragine, au jésuite Gaussin, à Maimkourg, et à leurs semblables.
Ibid.
Gardons-nous de mêler le douteux au certain, et le chimérique avec le vrai.
Ibid.^ Introduction, I.
On exige des historiens modernes, plus de détails, des faits plus constatés, des dates précises, des autorités, plus d'attention aux usages, aux lois, aux mœurs, au commerce, à la finance, à l'agriculture, à la population, VoLTAïui', Dict. philos., art. Histoire, sect. IV. De la méthode, de la manière d'écrire l'hist., et du style.
Ce qui répugne au cours ordinaire de la nature ne doit point êlre cru. à moins qu'il ne soit attesté par des hommes animés visiblement de l'esprit divin, et qu'il soit impossible de douter de leur inspiration.
Ibid., sect. III, incertitude de l'histoire.
Nous n'admettons pour vérités historiques que celles qui sont garanties. Quand des contemporains, comme le cardinal de Retz et le duc de la Rochefoucauld, ennemis l'un de l'autre, confirment le même fait dans leurs mémoires, ce fait est indubitable; quand ils se contredisent il faut douter : ce qui n'est point vraisemblable ne doit point être cru, à moins que plusieurs contemporains dign/es de foi ne déposent unanimement.
Voltaire, Siècle de Louis XIV, ch. xxv.
On ferait des volumes immenses de tous les faits célèbres et reçus dont il faut douter.
Voltaire, Dict. pldlos.^ art. Histoire, sect. III.
DU XVIIl" SIÈCLE 371
On est naturellement porté à croire qu'un monument érigé par une nalion pour célébrer un événement en atteste la certitude. Cependant, si ces monuments n'ont pas été élevés par des contemporains, s'ils célèbrent quelques faits peu vraisemblables, prouvent-ils autre chose sinon qu'on a voulu consacrer une opinion populaire ?
Ibid.^ sect. III, les temples, les fêtes, etc.
Les médailles ne sont des témoignages irréprochables que lorsque l'événement est attesté par des auteurs contemporains ; alors ces preuves, se soutenant l'une par l'autre, constatent la vérité.
Ibid.
Pour connaître avec un peu de certitude quelque chose de l'histoire ancienne, il n'est qu'un seul moyen, c'est de voir s'il reste quelques monuments incontestables.
Ibid.^ section P^, des Monuments.
b) f^lle doit se proposer fulilité. Il faut Cécrire en philosopite qui montre les droits et les devoirs des hommes.
Quelle serait l'histoire utile ? celle qui nous apprendrait nos devoirs et nos droits, sans paraître prétendre à nous les enseigner.
Ibid. y section II.
Jamais le public n'a mieux senti qu'il n'appartient qu'aux philosophes d'écrire l'histoire. Le philosophe ne doit point, comme Tite-Live, entretenir son lecteur de prodiges; il ne doit point, comme Tacite, imputer toujours aux princes des crimes secrets.
Il y a de la différence entre un historien fidèle et un bel esprit malin qui empoisonne tout dans un style concis et énergique. Le philosophe ne recueille point les bruits populaires comme Suétone...
372 IDÉES ET DOCTItlNliS LlTTÉltAIKES
Le philosophe n'est d'aucune patrie, d'aucune faclion.. M. Hume, dans son Histoire ^, ne paraît ni parlementaire, ni royaliste, ni anglican, ni presbytérien; on ne découvre en lui que l'homme équitable.
VoLTAinE, articles extrait? de la Gazette littéraire, VII, 2 mai 1764.
On n'a pas été déterminé seulement à donner cette vie par la petite satisfaction d'écrire des faits extraordinaires; on a pensé que cette lecture pourrait être uti'e à quelques princes, si ce livre leur tombe par hasard entre les mains.
Voltaire, Discours sur V Histoire de Charles XII.