LE ROMANTISME DÉFINITIONS ET IDÉES GÉNÉRALES
1° Le romantisme, c'est une sensibilité forte, simple, primitive, s'exprimant en un style libre, inégal, irrégulier. (Sénancour.) (P. 88.) (2^Le romantisme, c'est la littérature qui donne le plus grand plaisir possible aux modernes, « le classicisme, celle qui donnait le plus grand plaisir possible à leurs arrière-grands-pères ». (Stendhal.) (P. 90.)
3° Le romantisme, c'est « le transport du spiritualisme dans la littérature ». (Desprès.) (P. 92).
4° Le romantisme, c'est « le protestantisme dans les lettres et les arts ». (Vitet.) (P. 94.)
5° Le romantisme, c est la poésie, le classicisme étant la prose. Ou encore, le romantisme, c'est « le nouveau ». (Emile Deschamps.) (P. 94.)
6° Le romantisme, c'est la littérature « des émotions ». Soumet.) (P. 95.)
7° Le romantisme, c'est le vrai « relatif », c'est le « moi », c'est u le cœur », ennemis de l'ordre, de la correction et du goût. (Guiraud.) (P. 96.)
8° Le romantisme, c est la « vérité dans la forme », le mélange des genres, « la liberté dans 1 art », « le libéralisme en littérature ». (Hugo.) (P. 98.)
9° Le romantisme, c'est^le goût du merveilleux et du « fantastique ». (Nodier.) (P. 100.) 10° Le romantisme, c'est l'abus des adjectifs.
(Musset.) (P. 102.)
TEXTES CITÉS De Sénancour, Obermann, 1804.
Stendhal, Racine et Shakespeare, 1822. Deuxième partie,
(1825.) Desprès, Article du Globe (1er octobre 1825). Vitet, Article du Globe (2 avril 1825). Em. Deschamps, Etudes françaises et étrangères, préface,
— La guerre en temps de paix. (La Muse fran-
çaise, 1824.) Alex. Soumet, Compte rendu des « Nouvelles Odes » de
V. Hugo. (La Muse française, 1824.) Guiraud, Nos doctrines. (La Muse française, 1824.) V. Hugo, Compte rendu d'«. Eloa » d'Alfred de Vigny (La Muse française, 1824.)
— Odes et Ballades, préface de 1824.
— Hernani, préface, 1830.
Ch. Nodier, Compte rendu du « Vampire de Byron » traduit
— par H. Faber, 1820.
— Du Fantastique en littérature, 1832.
A. de Musset, Lettres de Dupuis à Cotonet, 1836.
i° Le romantisme, c'est une sensibilité forte, libre, primitive, s'exprimant en un style libre, inégal, irrég-ulier (Sénancour).
Le romanesque séduit les imaginations vives et fleuries; le romantique suffît seul aux âmes profondes, à la véritable sensibilité. La nature est pleine d'effets romantiques dans les pays simples : une longue culture les détruit dans les terres vieillies, surtout dans les plaines dont l'homme s'assujettit facilement toutes les parties.
Sénancour, Obermann, troisième fragment.
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Indicible sensibilité, charme et tourment de nos vaines années; vaste conscience d'une nature partout accablante et partout impénétrable, passion universelle, sagesse avancée, voluptueux abandon; tout ce qu'un cœur mortel peut contenir de besoins et d'ennuis profonds, j'ai tout senti, tout éprouvé dans cette nuit mémorable. J'ai fait un pas sinistre vers l'âge d'affaiblissement; j'ai dévoré dix années de ma vie. Heureux l'homme simple dont le cœur est toujours jeune !
Sénancour, Obermann, lettre IV.
Je commence à sentir que j'avance dans la vie. Ces impressions délicieuses, ces émotions subites qui m'agitaient autrefois et m'entraînaient si loin d'un monde de tristesse, je ne les retrouve plus qu'altérées et affaiblies. Ce désir que réveillait en moi chaque sentiment de quelque beauté dans les choses naturelles, cette espérance pleine d'incertitude et de charme, ce feu céleste qui éblouit et consume un cœur jeune, cette volupté expansive dont il éclaire devant lui le fantôme immense, tout cela n'est déjà plus. Je commence à voir ce qui est utile, ce qui est commode, et non plus ce qui est beau.
Sénancour, Obermann, lettre XXI.
Ces lettres ne sont pis un roman. Il n'y a point de mouvement dramatique, d'événements préparés et conduits, point de dénouement; rien de ce qu'on appelle l'intérêt d'un ouvrage, de cette série progressive, de ces incidents, de cet aliment de la curiosité, magie de plusieurs bons écrits, et charlatanisme de plusieurs autres.
On y trouvera des descriptions; de celles qui servent à mieux faire entendre les choses naturelles, et à donner des lumières, peut-être trop négligées, sur les rapports de l'homme avec ce qu'il appelle Yinanimé.
On y trouvera des passions; mais celles d'un homme qui était né pour recevoir ce qu'elles promettent et pour
n'avoir point une passion; pour tout employer et pour n'avoir qu'une seule fin.
On y trouvera de l'amour; mais l'amour senti d'une manière qui peut-être n'avait pas été dite.
On y trouvera des longueurs : elles peuvent être dans la nature; le cœur est rarement précis, il n'est point dialecticien. On y trouvera des répétitions, mais si les choses sont bonnes, pourquoi éviter soigneusement d'y revenir? Les répétitions de Clarisse, le désordre (et le prétendu égoïsme) de Montaigne, n'ont jamais rebuté que des lecteurs seulement ingénieux. Jean-Jacques était souvent diffus. Celui qui écrit ces lettres paraît n'avoir pas craint les longueurs et les écarts d'un style libre : il a écrit sa pensée. Il est vrai que Jean-Jacques avait le droit d'être un peu long; pour lui, s'il a usé de la même liberté, c'est tout simplement parce qu'il la trouvait bonne et naturelle...
Ces lettres sont aussi inégales, aussi irrégulières dans leur style que dans le reste.
Sénancour, Obermann, Observations.
2° Le romantisme, c'est la littérature qui «donne le plus de plaisir possible aux modernes » ; le classicisme, celle « qui donnait le plus grand plaisir possible à leurs arrière-grandspères » (Stendhal).
Le romanticisme est l'art de présenter aux peuples les œuvres littéraires qui, dans l'état actuel de leurs habitudes et de leurs croyances, sont susceptibles de leur donner le plus de plaisir possible.
Le classicisme, au contraire, leur présente la littérature qui donnait le plus grand plaisir possibleji leurs arrièregrands-pères.
Sophocle et Euripide furent éminemment romantiques; ils donnèrent aux Grecs rassemblés au théâtre d'Athènes les tragédies qui, d'après les habitudes morales de ce
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peuple, sa religion, ses préjugés sur ce qui fait la dignité de l'homme, devaient lui procurer le plus grand plaisir possible.
Imiter aujourd'hui Sophocle et Euripide, et prétendre que ces imitations ne feront pas bâiller le Français du xix* siècle, c'est du classicisme.
Je n'hésite pas à avancer que Racine a été romantique; il a donné aux marquis de la cour de Louis XIV une peinture des passions, tempérée par X extrême dignité qui alors était de mode...
Cette dignité-là n'est nullement dans les Grecs, et c'est à cause de cette dignité, qui nous glace aujourd'hui, que Racine a été romantique.
Shakespeare fut romantique parce qu'il présenta aux Anglais de l'an 1590, d'abord les catastrophes sanglantes amenées par les guerres civiles, et, pour reposer de ces tristes spectacles, une foule de peintures fines des mouvements du cœur, et des nuances de passions les plus délicates...
Les romantiques ne conseillent à personne d'imiter directement les drames de Shakespeare.
Ce qu'il faut imiter de ce grand homme, c'est la manière d'étudier le monde au milieu duquel nous vivons, et l'art de donner à nos contemporains précisément le genre de tragédie dont ils ont besoin, mais qu'ils n'ont pas l'audace de réclamer, terrifiés qu'ils sont par la réputation du grand Racine.
Stendhal, Racine et Shakespeare, ch. m.
Rien ne ressemble moins que nous aux marquis couverts d'habits brodés et de grandes perruques noires, coûtant mille écus, qui jugèrent, vers 1670, les pièces de Racine et de Molière.
Ces grands hommes cherchèrent à flatter le goût de ces marquis, et travaillèrent pour eux.
Je prétends qu'il faut désormais faire des tragédies pour nous, jeunes gens raisonneurs, sérieux et un peu envieux
de l'an de grâce 1823. Ces tragédies-là doivent être en prose. De nos jours, le vers alexandrin n'est le plus souvent qu'un cache-sottise.
Stendhal, Racine et Shakespeare, préface.
Molière était romantique en 1670, car la cour était peuplée d'Orontes, et les châteaux de province d'Alcestes fort mécontents. A le bien prendre, tous les grands écrivains ont été romantiques de leur temps. C'est, un siècle après leur mort, les gens qui les copient au lieu d'ouvrir les yeux et d'imiter la nature, qui sont classiques.
Stendhal, Racine et Shakespeare, deuxième partie, lettre II.
3° Le romantisme, c'est « le transport du spiritualisme dans la littérature » (Desprès).
Un écrivain, auquel ces différentes explications ou définitions paraissaient peu satisfaisantes, s'est avisé d'étudier à fond la matière, et il nous présente le résultat de ses recherches sous le titre d'Essai sur la littérature romantique... L'auteur inconnu de ce livre a compris qu'il ne s'agissait ici ni d'un genre de style, ni d'une manière d'écrire, mais d'un système de haute philosophie. Il fait d'abord l'histoire du romantisme depuis son introduction en France, et il n'a pas de peine à démontrer que les premières définitions qu'on en a données étaient fausses et superficielles. Partant de ce principe que la littérature est l'expression de la société, et considérant que les peuples modernes ont un caractère particulier qui n'est pas celui des anciens, il en conclut que leurs littératures doivent être différentes comme leurs mœurs et il définit le romantisme : la littérature propre aux nations modernes...
Qu'est-ce, demandons-nous, que cette civilisation moderne dont le romantisme serait l'expression littéraire ? Voilà, ce semble, comment devrait être posée la question
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Déciale du romantisme, lorsqu'il a été établi que toute ttérature est l'expression d'une société. Quand on a dit que la littérature romantique était celle du oyen âge, de la chevalerie ; quand on a ajouté qu'elle est sentiellement mélancolique; quand on lui a donné le tristianisme pour origine, il semble qu'on avait le sentient de son principe. Il y a de tout cela dans la civilisa- )n de l'Europe moderne; ses lois portent encore l'em- 'einte des mœurs féodales ; ses croyances sont encore îrétiennes malgré les altérations que le christianisme y subies. Mais, de tous les établissements du moyen âge, culte est sans contredit celui qui a exercé sur les idées jpulaires l'action la plus vigoureuse, et qui s'est conrvé le plus intact dans nos souvenirs. C'est que la relion est une croyance intime avant de devenir une instition. D'ailleurs le christianisme en particulier fut le lien >mmun de tous les Européens, l'idée la plus générale et plus profondément enracinée dans les cœurs... On peut )nc le regarder comme le fait le plus important des temps odernes, comme la pensée dominante des sociétés de tte époque. A ce titre le christianisme devrait être le ïncipe fondamental de la littérature romantique, si tant t qu'elle réfléchisse fidèlement la civilisation euroenne ; car l'Europe est surtout chrétienne, elle est chrénne avant d'être républicaine ou monarchique. Nous ne conclurons pas de là, comme se l'imagineront ut-être quelques honnêtes classiques, que le romantisme it nécessairement tirer ses sujets de l'histoire sainte, ou s légendes, ou des traditions du moyen âge, ou des cits historiques plus récents ; car il se pourrait que (cri va in ne composât ni une fable dramatique, ni un cit épique, et c'est ce qui arrive souvent aux poètes alleinds par exemple; mais nous conclurons que toutes les mpositions romantiques, quelle qu'en soit la forme, ivent être empreintes de christianisme, ou, pour mieux ré, du principe qui fait la base de cette religion : ce incipe, c'est le spiritualisme. Le romantisme, dirons-
nous donc, est le transport du spiritualisme dans la littérature1.
Desprès, article du Globe, 1er octobre 1825.
4° Le romantisme, c'est « le protestantisme dans les lettres et les arts » (Vitet).
Pour préparer cette nouvelle révolution, de nouveaux encyclopédistes se sont élevés ; on les appelle romantiques. Héritiers, non des doctrines, mais du rôle de leurs devanciers, ils plaident pour cette indépendance trop longtemps négligée et qui pourtant est le complément nécessaire de la liberté individuelle, l'indépendance en matière de goût. Leur tâche se borne à réclamer pour tout Français doué de raison et de sentiment le droit de s'amuser de ce qui lui fait plaisir, de s'émouvoir de ce qui l'émeut, d'admirer ce qui lui semble admirable, lors même qu'en vertu des principes bien et dûment consacrés, on pourrait lui prouver qu'il ne doit ni admirer, ni s'émouvoir, ni s'amuser. Tel est le romantisme pour ceux qui le comprennent dans son acception la plus large, ou, pour mieux dire, la plus philosophique. C'est, en deux mots, le protestantisme dans les lettres et les arts2.
Vitet, article du Globe, 2 avril 1825.
5° Le romantisme, c'est la poésie, le classicisme étant la prose. — Ou encore : le romantisme, c'est « le nouveau ». (Emile Deschamps).
Oh ! je vois maintenant à quoi cela tient. Vous appelez romantique ce qui est poétique. Il n'y a que de s'entendre. En récapitulant tous les ouvrages nouveaux que vous proscrivez, il est clair que vous pensez aujourd'hui comme pensaient autrefois les Subligny, les Perrault, les Lamotte,
1. Cité dans G. Michaut, Pages de critique et d'histoire littéraire i p. 103 et 110.
2. Cité dans G. Michaut, Pages de critique et d'histoire littéraire, p. 114.
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etc.; ils ne connaissaient pas le mot de romantique, voilà tout, mais ils vous reconnaîtraient tout de suite. Ainsi, ce procès si embrouillé des classiques et des romantiques n'est autre chose que l'éternelle guerre des esprits prosaïques et des âmes romantiques.
Emile Deschamps, La guerre en temps de paix [La Muse française).
Nos grands maîtres ont parcouru en triomphe et jusqu'au bout toutes les routes qu'ils se sont ouvertes. On doit s'écarter de leur chemin autant par respect que par prudence; et certes, ce n'est point en cherchant à les imiter qu'on parviendra jamais à les égaler. Un grand siècle littéraire n'est jamais la continuation d'un autre siècle.
Les hommes d'un vrai talent de chaque époque sont toujours doués d'un instinct qui les pousse vers le nouveau..,
Em. Deschamps, Études françaises et étrangères, préface.
6° Le romantisme, c'est la littérature « des émotions » (Soumet).
Les temps ne sont plus où d'aimables maximes et de riants préceptes suffisaient à l'inspiration. L'imagination des modernes a besoin de pénétrer plus avant dans les mystères de notre propre cœur, et ce que nous demandons avant tout à nos écrivains, c'est de posséder, si je puis m'exprimer ainsi, le génie des émotions. La poésie antique, fraîche et brillante, ressemble à l'espérance; la poésie moderne, idéale et sérieuse, est l'image du souvenir. La religion, l'enthousiasme des dévouements sublimes, la contemplation de la nature et de la divinité, sont aujourd'hui les plus chers objets de la rêverie des muses.
Alex. Soumet, Compte rendu des Nouvelles Odes de Victor Hugo [La Muse française).
7° Le romantisme, c'est le vrai « relatif » \ c'est le « moi », c'est « le cœur », ennemis de l'ordre, de la correction et du goût (Guiraud).
Nous aimons à proclamer hautement après lui [Boileau] qu'il n'y a de beau et bon en littérature, et surtout en poésie, que ce qui est vrai...
Mais il est deux sortes de vérités littéraires : l'une, absolue, qui s'applique à toutes les conditions dans lesquelles l'auteur ne figure que comme narrateur ou interprète; l'autre, relative, qui se fait distinguer dans les productions où l'auteur entre en scène lui-même, et nous révèle ses impressions et tous les mystères de sa propre nature. La première se nourrit de souvenirs que féconde l'inspiration, et elle impose à tous les écrivains des conditions fixes et égales...
Les littératures étrangères nous ont... devancés dans toutes ces compositions où se fait remarquer celte vérité relative que j'ai définie plus haut, et qui n'a été connue que fort tard en France. Les productions de ce genre sont toutes d'inspiration, et les choses acquises y ont peu de place... Avant Jean-Jacques Rousseau et Bernardin de Saint-Pierre, je ne sais aucun écrivain français qui soit entré avec nous en confidences d'ami...
On n'est vrai, dans ce genre, que d'après soi-même ; si on n'est soi, on n'est rien que fausseté et affectation...
Prenons donc ces compositions modernes chacune à part; car tout est particulier en elles, dans leur forme comme dans leur mérite. N'allons pas surtout leur chercher des modèles chez les anciens; elles n'en ont point, comme elles ne sont point destinées à en servir ellesmêmes. Les longs malheurs des peuples de l'Occident tant de fois saccagés par toutes sortes de vainqueurs, la religion nouvelle du Christ, qui transportait dans l'âme une partie du culte que les anciens rendaient à la divinité, tout cela a concouru longuement à donner à cette littérature d'inspiration et non de souvenir ce caractère intime et
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individuel dont il n'y a aucune trace dans les littératures classiques.
Guiraud, Nos Doctrines (La Muse française).
Certes, le goût, que M. Lemercier appelle si bien le ministre de la raison, est un guide heureux et sûr qu'il ne faut pas négliger; mais tout en rendant justice à ce sentiment exquis des Français, qui leur fait discerner avec tant de promptitude et de délicatesse le mal que peut causer un pli de rose à la mollesse d'un sybarite, je le crois méticuleux et timide, et je craindrais de lui donner un ascendant trop prononcé sur les arts. Il ne peut d'ailleurs obtenir qu'une importance accessoire, de quelque façon qu'on veuille l'étendre : il n'a que faire là où manque la vie, et l'habit le plus élégant ne sert de rien sur un corps paralysé.
Guiraud, Nos Doctrines (La Muse française).
.Notre Révolution vint couper au pied cette société flétrie, dont les rameaux se séchaient de toutes parts... Or ce monde nouveau, régénéré par un baptême de sang, est maintenant encore dans sa jeunesse; et, comme l'énergie des premiers temps a fortement empreint de couleurs poétiques nos deux plus belles productions, la Genèse et X Iliade, nous ne doutons pas que notre littérature ne se ressente aussi poétiquement de cette vie nouvelle qui anim >. notre société. Celle-ci est devenue plus vraie ; la littérature le sera aussi : il est entré violemment du sérieux dans les esprits; elle sera sérieuse. Nos pensées ont été fortement refoulées en nous-mêmes ; elle sera plus intime : elle nous révélera des secrètes parties du cœur que lui auront découvert ses grandes secousses, elle exprimera les sentiments, les passions qui l'auront déchiré; elle nous donnera enfin de la poésie, car le malheur est de toutes les inspirations poétiques la plus féconde... Lorsque les événements font rentrer la vie dans le cœur... tous les sentiments énergiques se réveillent. De vaines argumentations
ne sont plus de saison. On agit parce qu'on sent : on exprime, non ce qu'on a analysé, mais ce qu'on éprouve ; il y a enfin un mouvement naturel qui décide tout, et l'expression littéraire de tout cela c'est la poésie...
La lutte... existe entre ceux qui veulent croire quelquefois à leur cœur, et ceux qui, ne croyant qu'à leur raison ou à leur mémoire, ne se fient qu'aux routes déjà tracées dans le domaine de l'imagination...
Alex. Guiraud, Nos Doctrines [La Muse française).
8° Le romantisme, c'est la « vérité dans la forme » , le mélange des genres, « la liberté dans Fart » , « le libéralisme en littérature » . (Hugo.)
Osons donc le dire un peu haut. Ce n'est point réellement aux sources d'Hippocrène, à la fontaine de Gastalie, ni même au ruisseau du Permesse, que le poète puise son génie; mais tout simplement dans son âme et dans son cœur.
V. Hugo, Compte rendu à'Eloa d'Alfred de Vigny {La Muse française).
Le romantisme, tant de fois mal défini, n'est, à tout prendre, et c'est là sa définition réelle, si l'on ne l'envisage que sous son côté militant, que le libéralisme en littérature.