‹ Idées et doctrines littéraires du 19e siècleChapitre 14 sur 75 · V. Hugo, préface à'Hernani · texte numérisé non relu

V. Hugo, préface à'Hernani

La littérature actuelle, que l'on attaque avec tant d'instinct d'un côté et si peu de sagacité de l'autre, est l'expression anticipée de la société religieuse et monarchique qui sortira sans doute au milieu de tant d'anciens débris, de tant de ruines récentes, rll faut le dire et le redire, ce/ n'est pas un besoin de nouveauté qui tourmente les esprits,/ c'est un besoin de vérité, et il est immense. J

Ce besoin de vérité, la plupart des écrivains supérieurs

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de l'époque tendent à le satisfaire. Le goût, qui n'est autre chose que V autorité en littérature, leur a enseigné que leurs ouvrages, vrais pour le fond, devaient être également vrais dans la forme; sous ce rapport, ils ont fait faire un pa- à la poésie. Les écrivains des autres peuples et des autres temps, même les admirables poètes du grand siècle, ont trop souvent oublié dans l'exécution le principe de vérité dont ils vivifiaient leur composition. On rencontre fréquemment dans leurs plus beaux passages des détails empruntés à des mœurs, à des religions ou à des époques trop étrangères au sujet. Ainsi V horloge qui, au grand amusement de Voltaire, désigne au Brutus de Shakespeare l'heure où il doit frapper César, cette horloge, qui existait, comme on voit, bien avant qu'il y eût des horlogers, se retrouve, au milieu d'une brillante description des dieux mjTtho!ogiques. placée parBoileau à la main du Temps. Le canon dont Galderon arme les soldats d'Héraclius. et Milton les archanges des ténèbres, est tiré, dans YOde sur Namar, par dix mille raillants A^cides qui en font pétiller les remparts.

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