‹ Idées et doctrines littéraires du 19e siècleChapitre 16 sur 75 · V. Hugo, Odes et Ballades, préface de · texte numérisé non relu

V. Hugo, Odes et Ballades, préface de

9° Le romantisme, c'est le goût du merveilleux et du « fantastique » (Nodier).

Il n'y a point d'erreur dans les croyances de l'homme, qui ne soit fille d'une vérité, et cela même a son charme, car les vérités positives n'ont rien de flatteur pour l'imagination. Elle est au contraire si amoureuse du mensonge, qu'elle préfère à la peinture d'une émotion agréable, mais naturelle, une illusion qui épouvante. Cette dernière ressource du cœur humain, fatigué des sentiments ordinaires, c'est ce qu'on appelle le genre romamique ; poésie étrange, mais très bien appropriée à l'état moral de la société, aux besoins des générations blasées qui demandent des sensations à tout prix, et qui ne croient pas les payer trop cher du bonheur même des générations à venir. L'idéal des poètes primitifs et des poètes classiques, leurs élégants imitateurs, était placé dans les perfections de notre nature.

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Celui des poètes romantiques est dans nos misères. Ce n'est pas un défaut de l'art, c'est un effet nécessaire des progrès de notre perfectionnement social. On sait où nous sommes en politique; en poésie nous en sommes au cochemar et aux vampires.

Ch. Nodier, Compte rendu du Vampire de Byron; trad. par M. Faber. [Mélanges de littérature et de critique.)

Les malheurs toujours croissants de la nouvelle société présageaient si visiblement sa ruine prochaine, que la trompette de Fange des derniers jours ne l'annoncera pas plus distinctement à la génération condamnée. De ce moment le fantastique fit irruption sur toutes les voies qui conduisent la sensation à l'intelligence; et voilà comment il est entré, malgré Aristote, Quintilien, Boileau, La Harpe et je ne sais qui, dans le drame, dans l'élégie, dans le roman, dans la peinture, dans tous les jeux de l'esprit, comme dans toutes les passions de l'âme. Et alors ce fut un cri d'aigre et ignorante colère contre l'invasion inopinée qui menaçait les belles formes du classique; et on ne comprit pas qu'il y avait encore une forme plus large, plus universelle, plus irréparable, qui allait finir; que cette forme, c'était celle d'une civilisation usée, dont le classique n'est que l'expression partielle, momentanée., indifférente, et qu'il n'était pas étonnant que le lien puéril des sottes unités de la rhétorique se relâchât, quand l'immense unité du monde social se rompait de toutes parts.

Parmi les hommes d'élection qu'un instinct profond du génie a jetés, dans ces derniers temps, à la tête des littératures, il n'en est point qui n'ait senti l'avertissement de cette muse d'une Société qui tombe, et qui n'ait obéi à ses inspirations, comme à la voix imposante d'un mourant dont la fosse est déjà ouverte. L'école romanesque de Lewis, l'école romantique des lackistes, et, par-dessus tout, ces grands maîtres de la parole, Byron et Walter Scott, et Lamartine et Hugo, s'y sont précipités à la recherche de

la vie idéale, comme si un organe particulier de divination que la nature a donné au poète leur avait fait pressentir que le souffle de la vie positive était près de s'éteindre dans l'organisation caduque des peuples.

Ch. Nodier, Du Fantastique en littérature.

10° Le romantisme, c'est l'abus des adjectifs (Musset).

Nous crûmes d'abord, pendant deux ans, que le romantisme, en matière d'écriture, ne s'appliquait qu'au théâtre, et qu'il se distinguait du classique, parce qu'il se passait des unités...

Mais on nous apprend tout à coup (c'était, je crois, en 1828) qu'il y avait poésie romantique et poésie classique, roman romantique et roman classique, ode romantique et ode classique; que dis-je? un seul vers... un seul et unique vers pouvait être romantique ou classique, selon que l'idée lui en prenait.

Quand nous reçûmes cette nouvelle, nous ne pûmes fermer l'œil de la nuit... Heureusement, dans la même année, parut une illustre préface1 que nous dévorâmes aussitôt, et qui faillit nous convaincre à jamais... On y disait très nettement que le romantisme n'était autre chose que l'alliance du fou et du sérieux, du grotesque et du terrible, du bouffon et de l'horrible, autrement dit... delà comédie et de la tragédie. Nous le crûmes, Cotonet et moi, pendant l'espace d'une année entière... Aristophane, vous le savez, est, de tous les génies de la Grèce antique, le plus noble à la fois et le plus grotesque, le plus sérieux et le plus bouffon, le plus lyrique et le plus satyrique... Dans quelle classification pourra-t-on jamais faire entreries ouvrages d'Aristophane? Quelles lignes, quels cercles tracera-t-on jamais autour de la pensée humaine, que ce génie audacieux ne dépassera pas ? Il n'est pas seulement tragique

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