‹ Idées et doctrines littéraires du 19e siècleChapitre 45 sur 75 · LES THEORIES ROMANTIQUES · texte numérisé non relu

LES THEORIES ROMANTIQUES

j ° Il faut s'affranchir des unités et faire du drame « un tableau large de la vie, au lieu du tableau resserré de la catastrophe d'une intrigue ». Souci d'une vérité plus riche et plus vivante. « Tout regardé à la fois sous toutes ses faces. » (P. 210.)

2° Mélange des genres : le sublime et le grotesque. (P. 214.)

3° Peinture des caractères individuels et complexes. Évocation pittoresque du passé : la couleur locale. (P. 217.)

4° Le drame doit contenir une philosophie et être un enseignement pour la foule. Les personnages auront une valeur symbolique. (P. 218.)

5° Le style, familier, comique, tragique, et parfois épique. (P. 221.)

6° Mais le drame doit rester une oeuvre d'art et ne pas verser dans le mélodrame. Aussi gardera-t-il : 1° la concentration; le poète doit choisir « le caractéristique » ; 2° le vers, « forme optique de la pensée. » (P. 221).

TEXTES CITES

Victor Hugo, Cromwell, préface, 1827. («Lut.

— Lucrèce Borgia, préface, 1833.

— Marie Tudor, note, 1833.

— Littérature et Philosophie mêlées, 1834.

— Angelo, préface, 1835.

— Ruy Blas, préface, 1838.

A. de Vigny, Le More de Venise, Lettre à Lord ***, 1829.

— La Maréchale d'Ancre, Avant-propos, 183J.

— Chatterton, Dernière nuit de travail, 183r±.

— Journal d'un poètes, 1867.

. Em. Deschamps, Études françaises et étrangères, préface, 1828. A. Dumas : Charles VII chez ses grands vassaux, préface, 1831. A. de Musset : De la tragédie, 1838.

1°I1 faut s'affranchir des unités et faire du drame « un tableau large de la vie, au lieu du tableau resserré de la catastrophe d'une intrigue » . Souci d'une vérité plus riche et plus vivante. « Tout regardé à la fois sous toutes ses faces. »

Ce qu'il y a d'étrange, c'est que les routiniers prétendent appuyer leur règle des deux unités sur la vraisemblance, tandis que c'est précisément le réel qui la tue. Quoi de plus invraisemblable et de plus absurde en effet que ce vestibule, ce péristyle, cette antichambre, lieu banal où nos tragédies ont la complaisance de venir se dérouler, où arrivent, on ne sait comment, les conspirateurs, pour déclamer contre le tyran, le tyran pour déclamer contre les conspirateurs, chacun à leur tour, comme s'ils s'étaient dit bucoliquement :

Alternis cantemus; amant alterna Camense.

Où a-t-on vu vestibule ou péristyle de cette sorte ? Quoi de plus contraire, nous ne dirons pas à la vérité, les scolastiques en font bon marché, mais à la vraisemblance ? Il résulte de là que tout ce qui est trop caractéristique, trop intime, trop local, pour se passer dans l'antichambre ou dans le carrefour, c'est-à-dire tout le drame, se passe dans la coulisse. Nous ne voyons en quelque sorte sur le théâtre que les coudes de l'action; ses mains sont ailleurs. Au lieu de scène, nous avons des récits; au lieu de tableaux, des descriptions. De graves personnages placés,

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