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LE MELODRAME

Le mélodrame est « l'expression du siècle » et doit avoir droit de cité dans la littérature.

TEXTE CITÉ Charles Nodier, Mélanges de littérature et de critique, 1820.

S'il n'est pas douteux que les peuples acquièrent de nouveaux besoins politiques dans les révolutions, il est également évident qu'ils doivent y constater de nouveaux besoins moraux, et que leurs organes plus exercés, accoutumés à des impressions plus énergiques et plus profondes, chercheront désormais des impressions analogues jusque dans les plaisirs de l'esprit. Ainsi l'inutile levée de boucliers des classiques contre les romantiques... n'empêchera pas le mélodrame de se naturaliser sur notre scène : c'est... une de ces conquêtes de la civilisation, et une de ces conquêtes irréparables dont il n'est pas possible de s'appauvrir, parce quelles sortent d'elles-mêmes de l'institution sociale, et qu'elles deviennent, comme la littérature l'est toujours, Y expression d'un siècle. Il me semble que bien des gens ne se sont déchaînés contre le mélodrame qu'à défaut d'apercevoir ce rapprochement. Il aurait peut-être été plus naturel et mieux entendu de donner une bonne direction à ce genre, en lui appropriant autant que possible quelques-unes des idées et des règles classiques, et en le faisant servir à un but d'utilité nationale. Aujourd'hui qu'on s'occupe beaucoup de l'éducation

IDÉES ET DOCTRINES LITTERAIRES DU XIXe SIECLE 227

du peuple, on devrait songer que le peuple des grandes villes fait son éducation ou la refait au mélodrame. De quelle importance, par exemple, ne serait pas la tragédie romantique appliquée, par des écrivains d'un certain talent, à l'étude de notre histoire? Il ne faut pas s'imaginer que la tragédie historique, traitée à la manière des classiques, puisse jamais produire les mêmes résultats. Il y a dans l'histoire une foule de détails naïfs, mais extrêmement caractéristiques, qui révolteraient la délicatesse de nos Muses scrupuleuses ; et c'est précisément là le coup de pinceau qui appelle l'attention du peuple, et dont l'effet se met en harmonie avec ses idées et ses sentiments.

Gh. Nodier, Compte rendu de la Gaule poétique, par M. de Marchangy. [Mélanges de littérature et de critique.)

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