‹ Idées et doctrines littéraires du 19e siècleChapitre 57 sur 75 · Celui de Walter Scott · texte numérisé non relu

Celui de Walter Scott

tresse adorée, que vous êtes sur le point de la quitter. » Ce nouveau système, s'il prend jamais, va renouveler tout le dialogue de l'amour... Suivant cet auteur, quand un amant s'ennuie auprès de sa maîtresse, ce qui à toute force peut arriver quelquefois dans ce siècle si moral, si hypocrite, si ennuyeux, ce qu'il a de mieux à faire, c'est tout simplement de ne pas nier son ennui; c'est un accident, c'est un malheur tout comme un autre.

Ceci paraîtra tout simple en Italie, le naturel dans les façons, dans les discours, y étant le beau idéal, mais en France, pays affecté, ce sera une grande innovation.

Stendhal, Correspondance inédite, 2e série. (Lettre CXCI, 18 octobre 1832.)

J'abhorre le style contourné, et je vous avouerai que bien des pages de la Chartreuse ont été imprimées sur la dictée originale...

Je crois que depuis la destruction de la cour, en 1792, la part de la forme devient plus mince chaque jour... La plupart des fripons étant emphatiques et éloquents, on prendra bientôt en haine le ton déclamatoire. A dix-sept ans j'ai failli me battre en duel pour « la cime indéterminée des forêts »,de Chateaubriand, qui comptait beaucoup d'admirateurs au sixième de dragons...

En composant la Chartreuse, pour prendre le ton, je lisais chaque matin deux ou trois pages du Gode civil, afin d'être toujours naturel ; je ne veux pas, par des moyens factices, fasciner l'âme du lecteur. Ce pauvre lecteur laisse passer les mots ambitieux, par exemple, le vent qui déracine les vagues; mais ils lui reviennent après l'instant de l'émotion. Je veux, au contraire, que, si le lecteur pense au comte Mosca, Une trouve rien à rabattre...

Tout le monde me dit qu'il faut annoncer les personnages, que la Chartreuse ressemble à des mémoires, et que les personnages paraissent à mesure qu'on en a besoin. Le défaut dans lequel je suis tombé me semble fort excusable; n'est-ce pas la vie de Fabrice qu'on écrit?...

DU XIXe SIÈCLE 243

Souvent je réfléchis un quart d'heure pour placer un adjectif avant ou après son substantif. Je cherche à raconter avec vérité et avec clarté ce qui se passe dans mon cœur. Je ne vois qu'une règle : être clair. Si je ne suis pas clair, tout mon monde est anéanti.

Je veux parler de ce qui se passe au fond de l'âme de Mosca, de la duchesse, de Clélia; c'est un pays où ne pénètre guère le regard des enrichis, comme le latiniste, le directeur de la Monnaie, M. le comte Roy, etc., etc., le regard des épiciers, des bons pères de famille, etc.

Si à l'obscurité de la chose je joins les obscurités du

style de M. V...1, de madame S...2, etc , si je joins à

la difficulté du fonds les obscurités de ce style vanté, personne absolument ne comprendra la lutte de la duchesse contre Ernest IV.

Le style de M. de Chateaubriand et de M. V... me semble dire :

1° Beaucoup de petites choses agréables, mais inutiles à dire...

2° Beaucoup de petites faussetés agréables à entendre.

Le public, en se faisant plus nombreux, moins mouton, veut un plus grand nombre de petits faits vrais sur une passion, sur une situation de la vie.

Combien Voltaire, Racine, etc., tous enfin, excepté Corneille, ne sont-ils pas obligés de faire des vers chapeaux pour la reine! Eh bien, ces vers occupent la place qui était due légitimement à de petits faits vrais...

Stendhal, Correspondance inédite, 2e série. (Lettre CCLXI, à Balzac, 30 octobre 1840.)

On trouvera dans le style de ce roman des façons de parler naïves que je n'ai pas eu le courage de changer. Rien d'ennuyeux pour moi comme l'emphase germanique et romantique. L'auteur disait : « Une trop grande recherche

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