Voir des extraits de cette préface, p
majestueux exclusivement admis dans la tragédie française; car il est impossible de faire connaître les défauts et les qualités d'un homme, si ce n'est en le présentant sous divers rapports; le vulgaire, dans la nature, se mêle souvent au sublime, et quelquefois en relève l'effet : enfin, on ne peut se figurer l'action d'un caractère que pendant un espace de temps un peu long, et dans vingt-quatre heures il ne saurait être vraiment question que d'une catastrophe. L'on soutiendra peut-être que les catastrophes conviennent mieux au théâtre que les tableaux nuancés; le mouvement excité par les passions vives plaît à la plupart des spectateurs plus que l'attention qu'exige l'observation du cœur humain. C'est le goût national qui seul peut décider de ces différents systèmes dramatiques; mais il est juste de reconnaître que si les étrangers conçoivent l'art théâtral autrement que nous, ce n'est ni par ignorance, ni par barbarie, mais d'après des réflexions profondes et qui sont dignes d'être examinées. ..
En Angleterre, toutes les classes sont également attirées par les pièces de Shakespeare. Nos plus belles tragédies en France n'intéressent pas le peuple; sous prétexte d'un goût trop pur et d'un sentiment trop délicat pour supporter de certaines émotions, on divise l'art en deux; les mauvaises pièces contiennent des situations souvent froides, à force d'être dignes : nous possédons peu de tragédies qui puissent ébranler à la fois l'imagination des hommes de tous les rangs.
Ces observations n'ont assurément pas pour objet le moindre blâme contre nos grands maîtres. Quelques scènes produisent des impressions plus vives dans les pièces étrangères, mais rien ne peut être comparé à l'ensemble imposant et bien combiné de nos chefs-d'œuvre dramatiques : la question seulement est de savoir si, en se bornant, comme on le fait maintenant, à l'imitation de ces chefs-d'œuvre, il y en aura jamais de nouveaux. Rien dans la vie ne doit être stationnaire, et l'art est pétrifié quand il ne change plus. Vingt ans de révolution ont donné à
DU XIXe SIÈCLE 35
l'imagination d'autres besoins que ceux qu'elle éprouvait quand les romans de Crébillon peignaient l'amour et la société du temps. Les sujets grecs sont épuisés; un seul homme, Lemercier, a su mériter encore une nouvelle gloire dans un sujet antique, Agamemnon { ; mais la tendance naturelle du siècle, c'est la tragédie historique.
Tout est tragédie dans les événements qui intéressent les nations; et cet immense drame, que le genre humain représente depuis six mille ans, fournirait des sujets sans nombre pour le théâtre, si Ton donnait plus de liberté à .'art dramatique. Les règles ne sont que l'itinéraire du ;*énie; elles nous apprennent seulement que Corneille, Racine et Voltaire ont passé parla ; mais si l'on arrive au Dut, pourquoi chicaner sur la route? et le but n'est-il pas i'émouvoir l'âme en l'ennoblissant?...
De l'Allemagne, deuxième partie, ch. xv.
Walstein est la tragédie la plus nationale qui ait été ^présentée sur le théâtre allemand...
J'ai vu jouer le prologue, intitulé le Camp de Walstein'1 ; :>n se croyait au milieu d'une armée, et d'une armée de Dartisans, bien plus vive et bien moins disciplinée que les ;roupes réglées. Les paysans, les recrues, les vivandières, es soldats, tout concourait à l'effet de ce spectacle; l'impression qu'il produit est si guerrière, que lorsqu'on le lonna sur le théâtre de Berlin, devant des officiers qui partaient pour l'armée, des cris d'enthousiasme se firent mtendre de toutes parts...
Un écrivain d'un grand talent 3 a resserré la' trilogie de Schiller en une tragédie selon la forme et la régularité rancaises. Les éloges et les critiques dont cet ouvrage a îté l'objet nous donneront une occasion naturelle d'acheter de faire connaître les différences qui caractérisent le jystème dramatique des Français et des Allemands. On a