Idées et plans pour la méditation et la prédication
Depuis qu'avec la voix nous a été ôlée la faculté de prêcher et d'enseigner, nous nous efforçons de suppléer à l'impuissance de la parole par la plume, et tant qu'il nous restera la tête pour penser et la main pour écrire, nous emploierons Tune el l'autre à expliquer la doctrine chrétienne, afin de travailler autant qu'il est en nous à étendre le règne de la vérité sur la terre ; car c'est le principal devoir et le plus bel apanage de notre sacerdoce. Vx mihi, si non evangelizavwo !
Après avoir publié déjà des méditations sur les épîtres et les évangiles des dimanches et fêtes et de tous les jours de carême, nous offrons aujourd'hui aux chrétiens, et même à ceux qui ne le sont pas, les plans d'un grand nombre d'instructions faites et refaites plusieurs fois dans le cours de notre long minislère. Ce n'est qu'à l'aide de ces
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plans préparés au pied du crucifix et dans le silence du cabinet, que notre parole improvisée a pu avoir quelque succès. Car on n'improvise jamais les idées, et ceux qui parlent le mieux, ou au moins le plus fructueusement en public, ne font qu'exploiter un fond acquis par l'étude, et approprié par une profonde méditation à la circonstance. L'homme, qui lit beaucoup en se rendant compte de tout ce qu'il lit, se forme nécessairement des suites d'idées, qui s'organisent dans son entendement, en sorte que, dès qu'il doit parler sur un sujet quelconque, outre l'étude nouvelle qu'il fait de la question du moment, il trouve en lui toutes préparées des richesses intellectuelles qu'il met à profit. Profert de thetauro suo nova et vetera.
Ce que nous avons pratiqué pendant |>lus de quarante ans, nous invitons les jeunes prêtres qui nous succèdent à le faire à leur tour, avec l'espérance qu'ils y réussiront mieux que nous s'ils veulent profiter de notre expérience. Qu'ils permettent donc à un vétéran du sacerdoce de leur dire :
Ne vous contentez pas de lire une fois ou deux ces plans avant de monter en chaire, comme pour y ramasser en passant quelques pensées, que vous jetterez à votre auditoire sans les approfondir. Car de cette manière, si vous avez le talent de la parole, vous pourrez être brillant mais vous serez superficiel et ainsi votre discours, qui aura
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peu de fond, portera aussi peu de fruits. Trop souvent des arbres couverts de fleurs ne produisent presque rien. Quand vous devez parler aux fidèles, que vous preniez les plans que nous vous offrons ou que vous en composiez d'autres, ne vous hasardez jamais à ouvrir la bouche sans savoir ce que vous allez dire, c'est-à-dire sans vous être approprié par une méditation ardente et répétée la suite des idées que vous avez à exposer. Elles doivent s'organiser dans votre esprit et y former comme un corps vivant, dont toutes les parties, liées étroitement entre elles, se développeront successivement par l'enchaînement du discours, en même temps que vous ne cesserez point de les tenir dans leur unité sous le regard compréhensif de votre esprit. C'est ainsi que votre discours reproduira l'unité dans la variété ; ce qui est partout la condition du beau.
. Le plan de l'orateur doit être écrit dans son entendement comme il l'est sur le papier et mieux encore, parce qu'il y sera gravé en caractères vivants. Alors sa parole, pourra être vivante ellemême, et elle fera vivre. iJ9bc/ac et vives. Ce n'est pas le moment de nous étendre sur ce sujet, que nous avons traité d'ailleurs tout au long dans notre étude sur Y Art de parler, à laquelle nous renvoyons le lecteur. (Hachette,' 2 e édit.)
Toutefois nous n'avons pas voulu travailler uni-
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quement pour les prédicateurs. Ces plans d'instructions, qui sont toutes des explications ou des paraphrases d'un fait ou d'un texte évangélique, nous les présentons aussi aux fidèles comme des siyets de méditations journalières. Toute âme qui a le goût et l'habitude de la piété doit, pour s'entretenir dans la vie chrétienne, prendre chaque jour une alimentation spirituelle, et, suivant saint Augustin, la méditation de la parole divine est comme une autre Eucharistie. Mais là aussi il ne faut pas y aller à la légère et avec précipitation. La parole de Dieu est une semence, qui ne prospère que dans une terre bien cultivée, ou, comme dit un des maîtres de la vie spirituelle, Rodriguez, c'est un fruit dont on ne goûte la saveur et assimile la substance que s'il est d'abord broyé, mâché , absorbé et digéré. Nous recommandons ces diverses opéra^ tions aux personnes qui désirent méditer utilement, car elles sont aussi nécessaires à la nourriture de l'âme qu'à celle du corps. Qu'elles broyent donc la parole par l'analyse des mots pour endégager les idées, qu'elles mâchent les idées par la réflexion pour en extraire la lumière et le suc qu'elles absorberont doucement, et alors la substance divine qui y est contenue, digérée par leur esprit, s'assimilera à leur vie, la nourrira et la transformera en l'accroissant.