A CIIAUITÊ
non ])ar l'(\sj)rit (lu mondc^, s'iiKjuièto pou de l'opinion tics honinics, ou pinlùt, (oui on y ayant égard dans l'occasion, clic n'en l'ait pas le mobile princi])al de ses actions. ¥Àïe n'est point séduite ni entraînée par «l'exemple du mal, et c'est pourquoi, même de ce côté, elle n'a aucune raison de s'en rejouir.
LiUlia il y a encore une circonstance où l^on peut se réjouir du mal commis parles autres, et l'occasion ne s'en offre que trop souyent à cause de la malignité de la nature humaine j)ervertie par le |M»rlié.
Nous souinies [(dlemenl orgueil lenx et pleins de nous-nucmes, que nous vouions nous élever au-dessus, de ce qui nous entoure d'une manière ou de l'autre; ce ({ui, comme nous l'avons vu plus haut, nous donne de l'enflure vis-à-vis de nos somblaldes auxquels nous nous imposons, et de l^envie et de.ia jalousie à cause de leurs vertus ou de leui*s mérites.
Dans cette mauvaise disposition, tout ce qui les diminue ou les rabaisse est as^réablc à notre vanité (pii S'en exalte d'autant, et nous croyons gagner tout ce que les autres perdent à nos yeux.
Dans ce cas on se réjouit de l'iniquité commise par les autres, comme de tout mal qui leur arrive. C'esl le ])roj)rc de Tenvie, (jue la chat ilé ne coiniaît pas, non œmulatur. Non-seuleuient elle ne se rejouit point des fautes des autres, parce que leurs qualités ne lui portent aucun ombrage. ; mais encore elle s'en nlflige sinccrement, parce qu'elles olTensent Dieu et sont iunest(»s au prochain dont elles peuvent conipromcilre le salut.
Donc la charité, en aucun cas et d'aucune manière, ne se réjouit de l'iniquilé, ([ui lui est antipathique par tous les eûtes.
Congaudet autemveritati.]^^ chnr'ûè se réjouit de la vérité. Eu eilet^ la vcrilé ne déplaît qu'à ceux dont ' elle contrarie les goûts, les désirs, les intérêts, ou dont elle condamne les désordres et les vices.
Quand on ne cherche que la justice et le ))ien, la vérité n'est ni un embarras, ni un épouvantai I. On n'a aucune raison de se tourner contre elle ou de la redouter.
La charité, qui aime Dieu par-dessus tout, va toujours droit à Dion, et n'cstinie les choses que par leur rapport à sa loi et à sa gloire. Sa conduite, qui n'a qu'un but, est donc toujours simple et vraie; car les voies ne deviennent tortueuses que si, comme les courbes, elles résultent de deux forces opposées, qui n'ont pas hi même direction.
Alors on parait vouloir une chose et ou en veut * une autre, aller à droite et on va à gauche, et la volonté, partagée, tiraillée en deux sens, prend quelquefois l'apparence du bien pour faire le mal, et déguise son intérêt sous les seaiblauts de la justice. Dans ce cas, elle ne se réjouit pas de la vérité qui la démasque ou découvre ses i*uses.
Mais la charité ne prend jamais de masque, elle n'a rien à (iissimuler, à cacher, et par conséquent elle ne craint pas la lumière de la vérité; elle Tainie au contraire, et l'appelle de tout son désir. C'est toujours une joie pour elle de la reconnaître et de la voir
irionqiher.
(l'est pourquoi elle a horreur du mensonge, qui est la négation ou l'obscurcissement du vrai, et par cela
rennomi do Dieu, (jui est la vérité même : Ego sum Veritas (Joan. xiv, 6). Tout mensonge tend à nier Dieu ou à Tobscurcir dans sa lumière, à diminuer sa gloire. Le mal a commencé par le mensonge, et l'auteur du mal est appelé le calomniateur, Diabolos, Or la charité, qui est rdTusion de l'Esprit divin dans Pâme humaine, n'a rien en elle de Fesprit satanique, de l'esprit de ténèbres; elle est (ille de la lumière et ne ▼eut que là lumière. Il n'y a point de ténèbres en elle, et la vérité seule la réjouit, Congaudel autem verUati.
Quand ia charité est unie à la science, elle l'excite vivement par le désir de faire connaître la vérité par
la ])arole, et de l'appliquer au hien de tous.
Le zèle apostolique est la charité dans renseignement des choses du ciel, des vérités éternelles. C'est l'esprit de Dieu répandant par les hommes la lumière de la vérité universelle, et c'est une nécessité et un lioulieur pour ceux (pii en oui i rcii la mission. C'est pourquoi rA|)olre dit ; Vx miiù si non evangellzaveio [l Cor. IX, 16).
Lé zèle scientifique véritable, ou l'amour de la vérité par-dessus tout, est la charité dans la reclieiche et dans la divulgation de la science. C est pourquoi le vrai savant se dévoue tout entier, âme, corps et biens, à la découverte du vrai, non pour en tirer honneur ou profit, ce qui n'est pas défendu, mais avant lout [)our nianitester aux hommes la puissance et la gloire du Créateur par les merveilles de la création, etf ainsi leur apprendre à l'aimer davantage et à le servir mieux par l'admiration reconnaissante de ses œuvres et l'exploitation éclairée de ses bienfaits.
La charité, dans l'ordre scieiitilique comme dans
NEHYlfiMB SÉRIE.
l'ordre apostolique, aspire au moment où h vérité sera manifestée à tous non plus dans ses reflets, partiellement et comme en énigme, mais pleinement,
(lircdement, dans tout son éclat, telle (jircllc est en soi, en sorte qu'ils la coauaitiont comme elle les connaît.
C'est pourquoi Tapôtre saint Paul dit que les disciples de Jésus-Christ, qui est la lumière même, Ego sum lux mimdi (Joan. viii, 12), on lo siii\*aiit suivent la lumière : Qui sequitur me mn ambulat m tenebris (Joan., ibid,)j et qu'ainsi, sur les pas de leur maître et danala voie du ciel qu'il leur a ouverte, ils marcheront de clartés en clartés jus(|u à ce (jifils conlcnijilent et possèdent la lumirre dans son foyer iniiui, ou au sein même de la Divinité (11 Cor. m, 18).
OmniasufffTtt omnia crédit, mnit spe* rattOmniatusUnet (I Cor. xtii).
Elle M>uffi I' Ictut, plie rroil lOUl, ello CS-
pùrti loul, clic lolcre lout.
1" La charité soiiCfrc tout, parce qu'elle est patiente, comme dit TApùtre en comuiengant ; mais ici il semble ajouter quelque chose par le mol omnia. Non-seulement elle est patiente, mais patieptc sans
mesure, elle souffre tout.
Et cependant ccttccxjn cssion no [)cut pas être prise dans un sens absolu ; car il y a des clioses qu'on ne
doit pas 8!i|)|)oi t( r quand on a le pouvoir de s'y sous-
îi airo, à savoir loul co qui est contre la foi et la conscience.
L'Apôtre veut donc dire que la charité souffre tout ce qu'il est possible de souffrir, physiquement et moralement.
Phvsi(|ueni(Mi(, la charité dans ses ins|)irations et dans les (euvres qui doivent la réaliser, va jusqu'au bout des forces humaines, c'est-à-dire jusqu'à douner sa vie, à l'exemple du divin Maître et selon sa parole : On i.e |)ent j)as aimer davantage que de donner sa vie |)our ce qu'on aime (Joan. xv, i 5).
C'est ce qui arrive quand elle verse son sang en témoignage de sa foi, se dévouant à la cause de la vérité, comme les martyrs ; ou au service du prochain, comme dans l'apostolat de \i\ j)aroh» (hvine, Féihication des enfants ou le soin des malades et le soulagement de tous ceux qui souffrent.
Moralement, la charité suj)|)orte tout ce qui ne va pas contre la consci(;uce, la jmdrur on Thonnenr. Ainsi les premiers chrétiens acceptaient tout de la part des païens, excepté ce qui était contraire à leur foi. Ils obéissaient aux empereurs en toutes choses, sauf à l'ordre de sacrifier aux idoles; ils priaient ^ même pour leurs porséruteurs.
La patience de la charité n'a donc d'autres limites que celles des forces humaines, ou les dictées de la conscience et de l'honneur.
2" Charitos omnia crédit^ la cliai ité croit tout ; non pas non pins d'une njanière ahsolue, ce qui serait un défaut et non un avantage, car lacrédvdité n'est pas ime qualité. Mais elle croit tout ce qui est croyable, c'est-à-dire que, pleine de candeur et de bienveiU
408 NEUYIÈME SÉRIE.,
lance, et ne soupçonnant point le mal, elle ne met pas en doute la parole des hommes. Comme Tenfant innocent, qui n^a point encore été trompé, elle est portée à recevoir de confiance tout ce qu'où lui dit.
Mais, à coup sûr, elle n'admet pas facilement le mal dans les autres ; elle n'ajoute pas foi de premier abord aux mauvais bruits et aux méchantes interprétations.
Kilo n'accueille point comuie vrai tout ce qu'elle peut entendre dire dans le monde contre Dieu et sa loi, eontre l'Église et ses ministres, contre Tautorité et ses agents, contre ses amis et même ses ennemis. -
Elle croit volontiers tout ce qui ne blesse pas sa conscience, Onmia^ salvaconscienlia; tout ce qui n'est pas contraire à la foi, Ornim^ salva fidC ^ Cela veut dire que la chajrité n'est point raisonneuse, dilficuUueiise, pointilleuse, mais que dans sa simplicité et sa bonne volonté elle est prête à croire tout ce qu'on lui dit sans penser à mal, sans défiance ni arrière pensée.
Ce qui n'exclut point le discernement de la raison ni la pénétration de rintelli;,^< nre, cjuand il s'agit de constater la vérité ou la fausseté de la parole, et de juger le bien et le mal des actions.
3** Charitas omnia sperat ; c'est Tespérance chrétienne qui est une vertu, parce que sortant de la foi en Dieu et en sa toute-puissance, elle a toujours pour objet quelque chose de surhumain et de céleste.
C'est pourquoi au milieu des plus grandes dour leurs, des infortunes les plus extrêmes et de l'abandon ou de l'impuissance des liommes, elle a confiance en un secours supérieur qu'elle invoque ardemment, persuadée que Dieu fera même un miracle pour Tai-
LAGHABITÊ. 409
der, si cela est utile à sa gloire ou au salut des âmes*. Aussi elle ne se décourage jamais deyant le malheur
ni dans sa propre cause, ni dans celle des aiilrcs.
Dieu demaude à Abraham de lui sacrifier sur la montagne son (ils unique, Isaac, l'objet denses promesses, et Abraham, dans sa confiance en la parole divine, n'hésite pas à obéir, quoi qu'il arrive, parce qu'il sait que Dit'u est assez j)nissant pour accomplir ses desseins et réaliser ses promesses par un autre instrument, si cela lui convient.
Il espère donc contre toute es[)érance, In spem eontvaspem (Rom. iv, 18), à cause de sa foi; ce (pji lui a été imputé à justice et lui a mérité le titre de père des croyants.
Mais Dieu ne fait des miracles que pour manifester
sa puissance et gagner des âmes, et ainsi c'est surtout dans cet ordre de choses cl pour cette lin que la charité ne désespère jamais malf^ré toutes les invraisemblances et contre toutes les possibilités humaines.
De là son courage, sa longanimité et sa persévérance dans ses peines, dans ses travaux, dans ses sacrifices, et surtout dans l'assistance et la consolation des malheureux.
4*^ Omnia sustinet; elle tolère tout. Ici encore le
sens absolu n'est pas admissible ; ce serait TindilTérence en^re le bien et le mal, entre le juste etl'iujuste, ou la négation des distinctions morales.
La charité tolère tout ce qu'elle ne peut empêcher sans inconvénient et tout ce qui est honorablement tolcrable.
La tolérance, comme le mot l'indique, est une nécessité fâcheuse imposée par la force des choses. 11 y a toujours une peine ou un regret dans la tolérance;
vAv elle supposi» an mal reconnu comiaciual, cL.qu'on dôtruirait volontiers si cela était possible. Alors on est obligé de souffrir ce qu'on ne peut empêcher.
Ainsi, Jôsus-Clirist tolèro la ^'rossiÎMVtt' oi ror^rneil de so< fliscipics (jiii rcvcnl la pui.ssaiicu »la uioudc quand il leur paile du ciel, et, se disputent à qui sera le plus grand, quand il leur enseigne Thumilité. Mais il no peut les transformer en un jour.
Âiusi le père de l'auiille tolère Tivraio dans sou champ au milieu du bon grain, malgré le dommage (ju'elle lui causera certainement, mais pour éviter un plus jîrand mal, si on voulait Tarraclier avant la moisson, coMunc ses serviteurs le lui j)ro()osi'nl dans leur zèle imprudent, au risque de déraciner la bonne semence.
Ainsi Dieu tolère les fautes et les crimes des hommes, résultais du lil>ro ariulre ({u'il leur a donné, jusqu'au jour où il sera po^isibie de le^ aiueuder par la punition, ou enfin jusqu'au dernier jugement, qui restaurera la justice infinie et remettra tout dans l'ordre.
Ainsi l'Église, ju^'o de la vérité et de la justice parmi les liommes, tolère toutes sortes d'opinions' inexactes, de doctrines hasardeuses, d'actions douteuses et suspectes, parce qu'en certains temps sa |>ar(dc ne serait j)oint comprise et (pfil y aurait plus d'inconvénient à coudanmer qu'à laisser aller.
Ainsi dans ia société on est obligé de tolérer beaucoup de choses blâmables ou nuisibles, parce qu'il y aurait plus de dommage à les détendre qu'à les punir.
Voilà comment TApotre entend la tolérance de la charité qui se soumet à ce qu elle ne peut empêcher,
et laisse aller le mal, que la lutte mquerait d'augmenter, mais sans l'accopler-dans aucun cas aulroiiient (|U(' coimiic un lait ro^rrttahlo. Alors, j>lcine do douceur et d'humililé* comme sou divin niaitre, eiici remet toutes choses entre les mains de Dieu, témoin de son impuissance et qui peut seul y suppléer.
CkarUa» mmquam exddit (I Cm. xiii). • La charité ne fiuira jamai».
L'Apôtre achève la description de la charité par un dernier trait qui ne convient qu'à elle el qui,
])ar consé(jucnt, est son caractère ju'oj^re ; nunquam c.rndil^ dit-il; elle ne jiérit jamais, elle est perpétuelle, éternelle, et seule elle a cet avantage., tandis que les qualités énumérées jusqu'à présent se retrouvent en d'autres vertus.
(Tesl |u)!U'(juoi l'AjxMrc w dit (juc tous les aulr(\s doi]s ne sont rien ou ne sqrvcut de rien sans la charité, ni le don des langues, ni la prophétie, ni la science, ni la foi elle-même, ni l'abandon de ses biens et de sa vie.
C'est qu'en etïet toutes cis vertus n'ont de valeur véritable et de permanence que par elle. Toutes sont passagères, même celles qu'on appelle divines ; elles sont les vertus de l'exil ou du voyage, qui n'ont
NEUnËME SÉRIE.
de raison d'être et d'efficacité que pour arriver au terme, où elles disparaissent comme l'échafaudage inutile quand l'édifice est achevé.
Or, la charité est le conronnomont de la perfection humaine, et, tant que ce couronnement ne lui est pus donné, l'édilice est imparfait et sans solidité.
Toutes les autres vertus sont passagères, la charité seule est éternelle, et c'est pourquoi, dit l'Apôtre, des trois vertus les plus excellentes, de celles (pi'on appelle divines parce qu elles viennent directement de Dieu et ont Dieu seul pour objet, la foi, l'espérance et la charité, la charité est la plus grande, parce que seule elle est inunortellc.
Eu eltet, comme l'Apôtre dit ailleurs (tiéb. xi, 1), la foi est la preuve des choses qu'on ne voit pas : nrgumeiitum non apparenthm. Or, quand nous en aurons l'évidence^ nous u'aurons |)lus hesoin de celte preuve ; on ne croit pas ce qu'on voit, on le voit. La foi, si puissante, si secourable dans notre aveuglement actuel, et par laquelle nous participons déjà à la lumière du ciel, cessera donc avec ses ténèbres, quand nous jouirons [)lcineuient de cette lumière et que nous connaîtrons comme nous sommes connus. Elle est un instrument temporaire, qui disparaîtra avec le besoin qu'il doit servir.
Il en est de même de l'espérance, vertu divine aussi, parce qu'elle a Dieu et le ciel pour objet. Elle est l'ancre ou plutôt la boussole de notre navire pendant le voyage sur la mer de ce monde. Elle doit nous conduire au port céleste où elle n'aura plus de raison d'être, puisque nous serons au terme du voyage et en jouissance de ce qu'elle nous a promis. On n'espèic plus ce qu'on possède : on en jouit.
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Au ciel comme en enfer, il n'y a plus d^espérance,
mais pnr dos raisons contraires. Elle lînit d'un t ùté par la pleine possession du bien suprême, qui ne laisse rien à désirer, par conséquent à espérer, et de l'autre, par la certitude de ne pouvoir jamais l'obtenir, c'est-à-dire par le désespoir.
On peut en dire autant de toutes les vertus humaines. La tempérance n'est une vertu que parce qu'il faut de la force pour combattre et maintenir les appétits de la concupiscence. Là où ils sont vaincus et bien ordonnés, là où ia cliair est parlaiteiuent soumise à la raison, comme la raison ù Dieu, il n'^ a plus lieu à lutte, et cette vertu, qui n'a plus d'objet, périt.
La justice est le r(^s[)eet des droits d'antrui, et elle demande beaucoup de l'orce pour résister aux tentations de les violer, et aux entraînements de 1 egoîsme. Mais, une fois cet égoîsme vaincu et ces tentations surmontées, il n'y a plus lieu de combattre, et il ne vient |)as même la pensée de l'aire tort à son prochain.
La prudence est l'exercice éclairé de la raison au ' milieu des périls et des séductions de ce monde, afin de ne rien faire ni dire qui soit mal ou nuisible. Elle n'aura plus rien à l'aire dans un monde meilleur, où CCS obstacles n'existeront plus.
La force ou le courage est une vertu dans le danger, et ainsi, là oili nous serons à l'abri de toute attaque, il n'y aura plus lieu de l'exercer.
La patience n'aura plus de raison d'èlre, quand nous n aurons plus rien a supporter ni à souffrir.
La modestie tombera avec l'orgueil ou la vanité qu'elle devait maintenir.
El il n'y aura plus lieu au désintéressement ni au
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sacrilicc de nos biens, là où tous ceux avec lesquels nous yWrons seront comme nous en possession du bien suprême.
La charité seule, oii rainniir de Dieu et du prochain, est la vertu de réternité. Elle est iinntni udio comme son objet, infinie comme lui ; car elle est la participation de la créature h la vie divine, à sa perfection et îi sa gloire, à sa félicité, et c'esl j)ar elle, en vertu de l'union surnaturelle de rinunauilé avec la divinité en la personne du Verhe Incarné, que le lini est nourri, transtiguré et glorifié par l'intini.
Mais cet amour suffira-t-il à notre cœur inconstant, qui en ce monde veut toujours quelque chose de nouveau, au point (jne tout ce qui est uniforme Pennuie et qu'il se lasse même du bonheur, s'il devient monotone?
Qu'il en soit ainsi de tous les biens de ce monde, on le comprend, parce qu'ils sont tous bornés, limités, et (pie notre âme a soif de l'inlini. Notre inconstance dans ce cas est une preuve de la grandeur de notre âme et de sa haute destination.
Mais il y a deux raisons ])our qu'il en soit autrelueni dans sou union avec le souverain bien ; c'est d'abord re.\cclleuc(^ de Tobjet aimé, et ensuite l'état surnaturel de rhomme dans la gloire du ciel.
On ne peut aimer que le bien, le vrai et le beau, ou ce qui en a ra|)j>arence, e(, cette apparence nous trompe souvent ici-bas. Ouaud nous aimons un objet plus qu'un autre, c'est qu'il olïre à noire contem-
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LA CIIAUITÉ. 415
platîon, k notre jouissance, plus de bonté, plus de vérilr, plus de l)(niuté.
De là le désir du chaiigenieut, quand nous croyons avoir trouvé mieux que ce que nous possédons, ou quand la possession a affaibli le plaisir de la jouissance.
Mais, une fois en possession dv Dieu par l'amour, c'esl-à-dire du Bien souverain, de la Vérité universelle, de la Beauté parfaite, il n'y a plus lieu de désirer antre eliose, parée ()u'il n'y a rien au delà de la perléclion, vi ainsi, toute la capacité d'aimer sera comblée par la plénitude même de Taraour et de son objet infini. Car alors, dit saint Paul, nous ne le connaîtrons plus partiellement, dans un miroir ou en énigme comme actmdlenient (ï Cor. xni, 12), mais nous le verrons pleinement comme il est, sicutl est (I Joan. ui, 2) et comme il nous voit lui-même. C'est donc la plénitude de la possession et de la jouissance, et on ne peut rien imaginer au delà.
[.a seconde raison est l'état surnaturel de l'humanité dans le ciel.
Unie dans son âme à l'âme de Jésus-Christ et ainsi participant à son amowr, elle sera possédée parFamour divin, donl clic ne ])(>urra dévier ni s'éloi<^ner, en sorte qu'il n'y aura plus pour elle possibilité de tomber dans le péché, dans la faiblesse, dans le malheur. Donc, fixée dans et par Tamour immuable qui lui donne toute la félicité dont elle est capable, elle n'a pins de raison de désirer un changement, et rinconstance lui est impossible. Elle s'est domiée toute entière a l'amour divin qui la possède toute entière.
En même temps (pie son cœur est vivifié par l'a-
mour infini, son esprit est illuminé par la lumière étemelle et il voit tout dans cette lumière. Il n'y a
plus d'oncur possible là où il n'v a plus (ronihres ni de ténèbres. La science huuiainc sera détruite, parce qu'elle est toujours partielle et mélangée d'ob- .scurité; elle sera absorbée dans Tunité de la science universelle du Dieu des sciences. Les langues cesseront, linyuie cessabunt, parce (pi'il n'y aura plus (pi'un langage, une parole, la manifestation du Verbe divin qui a tout fait et qui conserve tout.
Enfin, le corps lui-même, purifié, spiritualisé, transfiguré par la vie divine ([ui l'animera après la résurrection de la chair par la glorification de 1 ànic auquel il appartient, ne sera plus un obstacle à la charité, comme ici-bas, par ses instincts grossiers et les tentations des sens. Uni à Viuuq comme l'âme est unie à Dieu, et participant à sa manière à la nature divine, il en éprouvera les délices, et, comme dit le prophète, il sera inondé par le torrent de la volupté du ciel, Et torrente voluptatis tux potabis eos (Ps. XXXV, 9).
Et en aimant ainsi Dieu par-dessus toutes choses, nous aimons en lui toutes ses créatures et surtout nos frères, enfants de Dieu comme nous, et comme nous membres du cori)s de Jésus-Christ ou de son Église, et participant à la môme vie.
Alors plus d'intérêts ni de passions qui séparent les cœurs ;
Plus d'erreurs rjni divisent les esprits;
Plus d'opposition entre les volontés.
Toutes convergent harmonieusement vers le même foyer, dont elles reçoivent Téternelle vie et où elles la rapportent, sans jamais se contrarier ni se faire
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obstacle, comme les rayons du cercle gravitent tous en paix vers leur centre.
linaf^o admirablo do la ])crrcclion, tic la iV'licité et de la beauté de rexistcuce universelle, animée et ré* glée par la charité infinie, dans laquelle les créatures, régénérées et transfigurées par leurs épreuves, participeront à la vie même du Créateur et jouiront h lout jamais de sa lumière, de sa gloire, de sa puissauce et de son bonheur.
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l'ULMlÈRli; SLUlË. ~ US BÉATITUDES.